‹ Leçons de chimie agricoleChapitre 21 sur 87 · SOUDE · texte numérisé non relu

SOUDE

CHAUX

OXYDES DE FER et

DR MANGAXBSB.

en en m ooooo o o o o o o o o

EAU, FLUOR, chlore,

ACIDB CARBONIQUE.

Dans les terrains secondaires et tertiaires, nous trouvons des grès, des psammites, des grauvackes, des calcaires, des argiles, des marnes, et dans toutes ces substances la chimie décèle la silice, la chaux, la magnésie et la potasse, matières précieuses que nous allons bientôt retrouver comme éléments constitutifs des cendres végétales. J'ajouterai, bien que j'aie l'intention de revenir longuement sur ce sujet, que si, dans les analyses dont les chiffres sont sous vos yeux, la dose de l'acide phosphorique ne figure pas, il faut s'en prendre à l'imperfection de nos procédés opératoires. Les recherches des chimistes modernes établissent nettement, en effet, que le phosphore fait partie de nombreuses roches où pendant longtemps on ne soupçonnait pas môme sa présence.

Les résultats de l'analyse chimique des couches corticales du globe vous permettent de comprendre que, l'humidité et l'acide carbonique aidant, les roches feldspathiques puissent abandonner de la potasse et de la silice, et que les eaux qui les baignent renferment du silicate basique de potasse. Vous comprenez facilement aussi que le terrain ainsi lavé soit riche en argile, c'est-à-dire en silicate d'alumine hydraté retenant des traces d'alcali. Au reste, parmi les causes qui facilitent ces curieuses transformations si bien observées par le regrettable Ebelmen(i), et en regard delà réaction énergique de l'acide carbonique, il faut signaler comme digne d'attention la végétation elle-même. Certaines plantes, en effet , douées d'une vitalité aussi énergique que remarquable, prennent possession de la roche envers et malgré tout, y implantent leurs racines, aspirent alors des matières minérales bientôt réparties dans leur propre organisme, et, par un double rôle, font concourir le sol et l'air à la formation d'une nourriture efficace pour les animaux. Du débris de ces plantes se forment le terreau, l'humus, la matière organique du sol, en un mot; et les plantes qui l'ont accumulée sont particulièrement les lichens et les mousses.

« Chaque année, dit le docteur Mougeot (2), de nouveaux

(1) Recherches sur les produits de la décomposition des espèces minérales de la famille des silicates (Annales des mines , 4e série, t. XII).

(2) Considérations sur la végétation spontanée du département des Vosges, par le docteur Mougeot.

éboulements se produisent dans les montagnes, les cassures récentes des fragments de rocher, exemptes d'abord de toute végétation, se trouvent envahies l'année suivante par des croûtes de lichen auxquelles viennent s'unir des mousses. Une fois cette première végétation assez développée et capable d'avoir produit suffisamment de terre végétale pour recevoir quelques semences de graminées, de fougères, ces dernières plantes s'y multiplient à foison, et par leur destruction annuelle, réunie à celle des cryptogames, augmentent l'humus, berceau des graines des sapins, des hêtres et des sous-arbrisseaux. »

M. Puvis, faisant allusion à la végétation d'arbres résineux sur des rochers presque nus, rapporte (1) qu'il a vu sur les murs du vieux château de Bade des épicéas de plus d'un mètre de circonférence, venus spontanément et qui continuent de s'élever sur ces ruines encore liées par le ciment. Dans la belle vallée de Bade, ajoute le même auteur, les chênes se développent presque à nu sur la roche formée de grès des Vosges à gros grain en décomposition. Quelques-uns de ces chênes ont 3, 4 et 5 mètres de circonférence. En admirant avec M. Puvis l'énergie des forces végétatives, nous nous garderons bien de conclure avec lui que les matières minérales trouvées par l'analyste dans les cendres des arbres sont un produit de la végétation. Un sol fournit-il des plantes à cendre calcaire, c'est que le sol est luimême calcaire. Si l'analyse ne met pas la chaux en évidence, c'est que le réactif est insuffisant, et le chimiste doit, ou l'employer mieux, ou l'abandonner pour un meilleur. Voilà ce que disait la logique avant que la science l'eût démontré (2).

Je reviens, Messieurs, à la composition chimique du sol.

Les considérations auxquelles je me suis livré ont eu pour but de vous faire entrevoir que le dosage de la matière organique et de la chaux y combiné avec l'examen physique, sera suffisant dans le plus grand nombre des cas pour fixer l'agriculteur. J'ajouterai, toutefois, que la recherche de l'acide phosphorique du sol peut offrir un très-grand intérêt, mais c'est là une opé-

(t) Traité des amendements, p. 19Î.

(2) Que dire de la prétendue transformation du sucre en nitrate de potasse, attestée par M. Puvis, p. 200 do son Traité des amendements, si riche d'ailleurs eu documents pratiques sur l'emploi des calcaires

ration fort délicate et que le chimiste habile peut seul effectuer. Quoi qu'il en soit, voici la méthode générale d'essai que je crois pouvoir vous recommander.

M. I. Pierre conseille de lever l'échantillon avec les précautions suivantes :

On choisira dans le champ un certain nombre de places à peu près régulièrement distribuées — au moins quatre ou cinq par hectare — à chacune de ces places on fera, avec une bôche, un trou oblong, d'une profondeur suffisante pour traverser :

1° Le sol actif (i) ;

2° Le sol vierge (2) ;

3° Le sous-sol jusqu'à la profondeur d'un bon fer de bêche au moins (3).

On dressera avec soin, en les inclinant vers le dehors, les faces du trou, qui devra avoir au moins 1 mètre de long, sur 50 à 60 centimètres de largeur.

Sur chacune des faces du trou on détachera d'un seul coup, avec la bôche, une petite tranche d'environ 1 kilogramme, de la hauteur de la couche qui forme le sol actif ; on répétera la même opération dans tous les trous, et on réunira ensemble tous ces échantillons partiels; on les mêlera soigneusement, puis on en prendra environ 2 kilogrammes 1/2 ou 3 kilogrammes pour former l'échantillon moyen définitif, qui sera enfermé avec soin dans un bocal, dans une petite caisse ou dans un petit sac en toile serrée.

On procédera identiquement pour le sol vierge, puis pour le sous-sol, en évitant de faire un mélange de terres provenant de couches différentes.

L'examen ultérieur de ces trois échantillons moyens se fera de la même manière, c'est-à-dire qu'ils seront l'objet d'une série d'opérations semblables.

Si les différentes parties d'un même champ présentaient, au point de vue de leur fertilité, ou dans l'aspect et l'épaisseur des

(1) Sol fouillé par la charrue et fécondé par la double action des engrais et de l'air atmosphérique.

(?) Couche qui ne diffère delà précédente que parce qu'elle n'est pas soumise aux influences de la culture.

(3) Couche distincte des deux premières par la contexture et la composition minérale.

couches, de trop grandes différences, il ne faudrait réunir, pour une môme analyse, que les échantillons partiels provenant des parties du champ qui n'offriraient pas entre elles de trop grandes dissemblances, et les autres parties pourraient alors faire l'objet d'un nouvel examen spécial. En procédant différemment, on s'exposerait à obtenir des résultats qui ne représenteraient rien de conforme à la réalité.

La recherche du coefficient d'imbibition constituant une opération spéciale, je ne vois aucun intérêt à déterminer l'humidité d'une terre, puisque cette humidité varie à tout instant. Il faut, toutefois, analyser cette terre à l'état sec. Pour cela, on la placera dans une soucoupe, on introduira cette soucoupe dans une étuve, et on élèvera la température jusqu'à 100 degrés au moins, pendant trois heures environ. Cette température ne chasse pas l'eau de combinaison de l'argile. L'important est d'opérer toujours à la môme température pour tous les échantillons qu'on examine comparativement.

Souvent, lorsqu'on veut déterminer la substance organique, on pèse 10 grammes de terre séparée des graviers, et on les introduit dans un creuset ou mieux dans une petite soucoupe en terre, appelée tet, qu'on chauffe au rouge vif, en ayant soin d'éviter toute perte de substance. On facilite l'incinération en remuant avec un fil de fer ; lorsque la terre a perdu la coloration noire que l'action de la chaleur lui avait tout d'abord communiquée, on la pèse de nouveau. La diminution de poids constatée représente, dit-on (1), la matière organique brûlée.

11 est évident, Messieurs, que ce procédé n'est pas exact. La terre en effet perd ici de l'eau combinée avec de l'argile, et le chiffre attribué à la matière organique est surchargé d'autant. D'autre part, si la terre est calcaire, elle abandonne ainsi une partie de

(t) M. P. de Gasparin, dans les intéressantes études sur Yagrologic qu'il a récemment publiées {Journal de ^agriculture, I8G7), adopte cette méthode de dosage des matières organiques à l aide de la calcination, mais il suppose qu'on fera l'analyse scientifique et rigoureuse de la terre, par conséquent, que l'on arrivera à connaître fort exactement l'alumine et l'oxyde de fer

quelle renferme. Or, il admet que l'oxyde de fer hydraté contient ^ d'eau ,

0 0 l'alumine ~, la silice — ■•

sun acide carbonique. Pour éviter ces causes d'erreur, on pourrait employer la méthode suivante : Prendre 20 grammes de terre fine et sèche séparée des graviers, mélanger avec 30 grammes de litharge (oxyde de plomb), introduire le tout dans un creuset, recouvrir d'une couche de litharge et bien fermer avec un couvercle, enfin chauffer au rouge et maintenir la masse en fusion pendant une demi-heure. Lorsque le creuset sera refroidi, si on casse la masse qu'elle renferme, on trouvera à sa partie inférieure un culot de plomb réduit dont le poids sera d'autant plus fort que la matière organique de la terre aura été plus considérable. On estime que 13gr, 3 de plomb régénéré représentent i gramme de matière organique.

Entre des mains habiles, cette méthode fournit des résultats assez exacts et, comme par l'analyse de la terre on a pu séparer l'humus des radicelles qui venaient nagera la surface de l'eau pendant le criblage des graviers, on ne craint pas de confondre ces radicelles non décomposées — et qui seraient aptes à réduire la litharge — avec l'humus luimême.

Vroulez-vous, Messieurs, une méthode d'évaluation moins scientifique, mais cependant fort utile, introduisez dans un ballon 10 grammes de terre avec une solution faible de potasse ou de soude, et faites bouillir pendant un quart d'heure; plus la liqueur se colorera en brun, et plus les matières or-

" il 11 iques Se Ton t Recherche de l'humus à l'aide d'une eau alcalin**.

abondantes dans l'échantillon examiné.

Avec un peu d'habitude et de méthode, en opérant d'ailleurs d'une manière comparative, on peut arriver ainsi à des résultats fort utiles, et comme on possède des instruments très-précis pour apprécier l'intensité de coloration des liquides (1), il devient facile d'obtenir le résultat cherché.

Je me suis assuré depuis longtemps que, si l'on fait bouillir des quantités connues d'une même terre, pendant le même temps et avec une dissolution toujours identique de potasse dans Veau, les colorations obtenues sont exactement proportionnelles aux poids de la terre soumise à l'expérience; aussi n'ai-je pas été surpris lorsque dans le mémoire de M.Pagnoul, queje vous ai déjàcité, j'ai vu cet auteur conseiller de déterminer la substance organique do sol de la manière suivante, dont je reproduis la description :

u Nous prenons, dit M. Pagnoul, une liqueur type colorée eu brun par du caramel (2) dans la proportion de 1 gramme de caramel pour deux litres d'eau. Cette liqueur est introduite dans un tube de verre effilé et de même diamètre que le tube employé déjà pour la lévigation (3), c'est-à-dire de 4 centimètre carré de section ; ce tube est ensuite fermé à la lampe.

« Pour faire bouillir la terre, nous nous servons d'un tube d'essai de 24 à 25 centimètres de longueur, et de 20 à 22 millimètres de diamètre, portant deux traits qui marquent : l'un

(1) Coloriraèlres de Collardeau, de Dubosc.

(2) Cette liqueur n'est pas toujours identique, sa teinte s'affaiblit avec le temps : on pourrait la remplacer avantageusement par la solution d'un sel de sesquioxyde de fer. — (3; Voir plus haut.

20 centimètrescubes, y l'autre 50. Nous in-

laissons refroidir, nous versons de l'eau jusqu'au second trait, nous agitons et nous jetons le tout sur un filtre. Une petite quantité de la liqueur filtrée est introduite dans le tube de lévitation. On rejette ce liquide qui sert simplement à laver le tube, puis on verse de nouveau 10 centimètres cubes. En plaçant alors ce tube devant un mur blanc, à côté de celui qui contient la liqueur type, on trouve que le premier est en général plus foncé ; on ajoute de l'eau de pluie ou de l'eau distillée, en ayant soin d'agiter chaque fois, jusqu'à ce que les teintes soient identiques. Les quantités d'eau ajoutées sont nécessairement d'autant plus fortes que la liqueur était plus colorée paille l'humus.

a Si la terre était très-riche en humus, on pourrait n'introduire dans le tube gradué que 3 centimètres cubes, par exemple, de liqueur filtrée au lieu de 10; il faudrait alors multiplier le résultat obtenu par L . On pourrait encore opérer sur 1 gramme ou o décigrammes de terre et multiplier Je résultat par 2 ou par Si au contraire la terre est très-pauvre en humus, on pourra comparer la teinte avec celle d'un deuxième tube type contenant une liqueur normale A fois plus étendue que la première ou bien opérer sur 8 grammes de terre ; on divisera alors Je résultat par 4. Voici quelques chiffres obtenus par ce procédé.

Hauteur dans le tube gradué.

A Bief brun (argile presque pure) 3

B Terre de bois à 0«ViO au-dessous de la surface. 1 1

C Terre limoneuse îl

D Autre terre limoneuse. Parcelle n'ayant reçu

l'année précédente que de l'engrais chimique. 23 E Même champ. Parcelle ayant reçu l'année précédente du fumier 21

F Terre de jardin 41

G Terre de bois au-dessus de B et immédiatement au-dessous du terreau

Il Terre de jardin <>7

I Terreau de bois *&0

En regard de ces déterminations empiriques, mais fort précieuses, je vous citerai quelques chiffres donnés par M. P. deGasparin comme exprimant les richesses pondérales de divers sols en madères organiques.

n(i LEÇONS DE CHIMIE AGRICOLE.

Matières orgaaitjues pour luO.

Cabanes (alluvions de la Durancc) 0,8fi

Palus dllchaux (Vaucluse) L08

Alluvions de l'Ardeche (St-Just) 1.82

Martien an (Orange)

Tonelle (Tarascon), alluvions récentes

l'œstum (Italie), entre la ville et la rivière 8,29

Jardins (Orange) en culture depuis 80 ans 0,(i3

J'aborde la question relative au dosage du calcaire (i). Le dosage, du carbonate de chaux contenu dans une terre peut être facilement effectué en faisant digérer un poids connu de cette terre dans l'acide ehlorhydrique, filtrant, ajoutant de l'ammoniaque en léger excès, filtrant de nouveau et versant enfin de l'oxalatc d'ammoniaque dans le liquide limpide. Le précipité blanc qu'on obtient décèle, par sa quantité plus ou moins grande, la richesse en chaux que l'on voulait déterminer. En général, on reconnaît qu'une terre est riche en carbonate

de chaux lorsque, mise dans un verre avec de l'acide ehlorhydrique ou nitrique, elle donne une vive effervescence. A vrai dire, le carbonate de chaux peut être uni à une certaine quantité de carbonate de magnésie. Mais, à l'aide du phosphate de soude, on peut précipiter la magnésie dans les liquides d'où on a séparé l'oxalate de chaux par fil I ration.

Voici un moyen plus simple et sou-

Kflenescence d'une terre cal- VCnt SUffisaM :

caire mise en contact avec Prendre une capsule de porcelaine, y un acide' verser de l'eau de pluie, et y introduire

10 grammes de la terre à essayer bien sèche , ajouter peu

(1) Les méthodes toujours délicates de l'analyse chimique ne sont guère accessibles à l'agriculteur qui n'aurait pas fait d'études spéciales. Il est donc entendu une fois pour toutes que je me bornerai à décrire des procédés simples et s'appliquaut, non à tous les cas difficiles qui peuvent se présenter, mais aux circonstances ordinaires. Pour un examen chimique plus approfondi, je renverrai le le.-teur aux ouvrages spéciaux. Je leur signalerai aussi les Lettres sur Cagroloyie, publiées par M. P. de Gasparin dans le Journal </e l'agriculture, et dont j'ai déjà fait mention.

à peu de l'acide chlorhydrique ou nitrique et chauffer légèrement. Lorsque toute effervescence aura cessé, jeter sur un filtre en lavant avec soin la capsule. Sécher le filtre et en détacher le résidu insoluble. Le déficit trouvé sur le poids de la terre indique, à peu de chose près, la richesse en carbonate de chaux et de magnésie. Dans les sols de la Bretagne, vous ne trouverez que des traces insignifian tes de calcaire. Dans le Thor-Palus d'Avignon, on en trouve jusqu'à 88 p. 100.

Ici encore, je vous citerai le mémoire de M. Pagnoul.

« Lorsqu'on verse un acide sur quelques grammes de terre, l'acide carbonique qui se dégage produit une effervescence d'autant plus abondante que la terre est plus calcaire. On pourra donc évaluer la proportion de calcaire d'après le volume de gaz produit (l).On prend un petit flacon fermé avec un bouchon de caoutchouc, traversé par 2 tubes de 3 millimètres de diamètre intérieur ; l'un est recourbé en S, et son ouverture s'élargit en forme d'entonnoir, l'autre est droit, très -effilé à sa partie inférieure et terminé supérieurement par un tube de 15 à 18 millimètres de diamètre et de A à 5 centimètres de longueur. On introduit dans la partie courbe du premier tube quelques gouttes d'eau; on verse de l'acide nitrique dans le second, que l'on ferme aussitôt avec un bouchon de caoutchouc un peu long et s'engageant facilement dans le tube; le liquide s'écoule d'abord par la partie effilée, mais cet écoulement s'arrête bientôt. On introduit dans le flacon 2 grammes de terre, que l'on délaye dans 2 centimètres cubes d'eau, on ferme avec le bouchon muni de ses tubes, et, en exerçant une légère pression sur le bouchon supérieur, on fait tomber une goutte d'acide. 11 y a alors un dégagement

Appareil de M. Fa gPMHll pour le dosage du ealcaire.

(1) Toutes choses égales d'ailleurs, bien entendu, c'est-à-dire ù température et pression égales.

(te gaz qui refoule la goutte d'eau du tube recourbé, elle passe dans la partie élargie et une bulle gazeuze se dégage. On fait couler lentement l'acide par gouttes pour que les bulles gazeuses se dégagent d'une manière bien distincte et puissent être comptées sans précipitation, on agite le ballon de temps en temps en le prenant par la partie voisine du bouchon pour ne pas réchauffer avec la main, et on agite un peu plus vivement à la fin de l'opération. Le nombre des bulles sera proportionnel au poids du calcaire contenu dans la terre, et les résultats s'accorderont suffisamment si le tube recourbé a bien à peu près 3 millimètres de diamètre intérieur, et si la partie A de ce tube qui aboutit à l'entonnoir n'a que 7 à 8 millimètres de longueur. L'opération dure de 5 à 10 minutes.

« En faisant quelques essais sur des terres de composition connue, on peut déterminer ce que représente chaque bulle et déduire alors de leur nombre la proportion de calcaire pour 400. Ainsi, avec l'appareil dont nous nous servons, et en opérant sur 2 grammes de terre, nous considérons la proportion de calcaire comme négligeable lorsque nous obtenons moins de 5 bulles ; de 5 à 10 bulles, nous indiquons seulement des traces de calcaire; au delà de 10, nous ajoutons 5 bulles pour tenir compte du gaz qui reste dans l'eau du flacon, et nous multiplions par 0,035, ce qui nous donne approximativement le poids du calcaire contenu dans 100 parties de terre. Voici quelques résultats obtenus par ce procédé. Nous mettons en regard les résultats que nous a donnés le procédé ordinaire, c'est-à-dire l'emploi de l'oxalate d'ammoniaque : »

Calcaire pour 100 Nombre - — ' "~ ^

des bulles, par les bulles, par l'oxalate.

A Bois au-dessous du terreau

H Id., 0Œ,30 au-dessous

G Argile ordinaire

D Terre limoneuse

E Autre

F Autre

G Autre

H Terre de jardin

] Autre terre de jardin

K Terre calcaire.....

L Terre très calcaire

» traces. traces.

C1NQU

Le dosage de l'acide phosphorique et de la potasse des terres offre également un grand intérêt. La détermination de la potasse en particulier se complique d'une grande difficulté, car les quantités qui l'expriment ne sont pas des unités de môme nature. En effet, telle molécule de potasse est rapidement assimilable, et telle autre, au contraire, est engagée dans- des combinaisons fixes et réfractaires, dans une certaine limite, aux influences dissolvantes du sol. Des tentatives fort intéressantes ont été faites par les analystes, et notamment par M. P.deGasparin, pour fixer cette limite. J'avoue que la solution du problème me semble bien difficile ; et, tout en reconnaissant qu'on peut fixer la proportion de la potasse soluble dans l'eau, et celle de la potasse engagée dans des roches non encore décomposées, je cherche en vain le mètre d'une appréciation faisant considérer comme inerte un alcali que les pratiques du chaulage, l'emploi des engrais divers, enfin les actions météorologiques que favorise le retournement du sol mettent peu à peu en liberté.

Quoi qu'il en soit, Messieurs, de ce point si discutable, il demeure avéré que le dosage de la potasse est une opération délicate et qui ne saurait être mise en œuvre que par un chimiste habile; je ne m'y appesantirai donc pas et me contenterai, pour terminer cette leçon, de résumer les points principaux auxquels je l'ai consacrée.

La pratique a fait considérer comme excellente une terre dont l'examen fournit les données suivantes :

J'ajouterai que l'on peut classer les terres à l'aide des méthodes d'analyse grossière que j'ai soumises à votre attention, et obtenir ce tableau, bien suffisant à coup sûr, pour les besoins de la pratique :

Sable

Argile

Calcaire

Substances organiques

Î Limoneux.

Argilo- calcaires.

Crayeux.

Sablonneux.

2# Terrains ne contenant pas j Siliceux.

de culcaire I Glaiseux.

3° Argiles proprement dite».

IDoux Acides (bruyères, bois défrichas, landes, tourbes].

Si nous cherchons à subordonner ces divisions à la notion nu mérique, nous établirons les distinctions suivantes :

Terres argileuses. ..... contenant environ 40 p. 100 d'argile.

Terres sableuses contenant plus de 80 u. 100 de sable.

!où domine le carbonate de chaux, et où 1 argile ne dépasse pas en général 10 p. 100.

Je n'entrerai pas dans le délai! des classifications multiple* que Ton a cru devoir créer pour spécifier les nombreuses variétés clés sols connus; elles ont une utilité problématique. Il convient toutefois que nous pénétrions plus avant dans la connaissance du milieu où la plante est fixée, c'est ce que j'entreprendrai de faire dans la leçon qui va suivre.

Composition chimique des sols. — Caractères botaniques comparés aux caractères chimiques. — Influence du climat. — Influence du sous-sol. — Influence des masses. — Propriétés absorbantes des terres pour les principes fécondants. — Opinion de Liebig sur l'action du sol. — Épuisement des terres déterminé par la nature des récoltes. — Conséquences sociales. — ISécessite des engrais.

Vous connaissez les procédés à l'aide desquels on peut séparer les principaux éléments d'un sol. A leur aide, on a déterminé la composition des terrains les plus remarquables par leur fécondité, et on aj)u résumer ainsi dans quelques types bien caractérisés des catégories de terres que rapprochait l'analogie de texture et d'origine minérale. Je vais vous signaler quelquesuns de ces types.

Ces terres produisent d'excellentes récoltes de café, de cannes et de tabac.

Messieurs,

Terre de 1 * * classe de Cuba.

Sable

Argile

Calcaire

Matières organiques et eau

Voici maintenant la composition d'une bonne terre à froment de Neufchàtel :

Sable calcaire 6

Argile rouge 14

Calcaire 78

Débris organiques '2

Bergmann a analysé une terre de première qualité qui lui a donné le résultat suivant :

Calcaire 30

Sable siliceux grossier 30

Argile composée de j ^™n*\\[ \ \ Z\\ h \ 40

M. Hurtaud, auteur d'un bon mémoire sur les cendres de marais (1), a donné la composition suivante de bonnes terres d'alluvion de la région vendéenne appelée le Marais. Ces terres, très-voisines de la mer, n'ont jamais reçu d'engrais et sont d'une fertilité exceptionnelle.

(1) Essai sur les cendres de marais, tbèse de pharmacie. Paris, 1859.

Ces terres produisent 35 à 40 hectolitres de froment, 45 à SO hectolitres de fèves, 65 à 70 hectolitres d'orge ou avoine. Gela dure depuis soixante années et sans que la jachère soit appliquée au sol (1).

Enfin, le sol dit terre franche de Clamart, recherché par les jardiniers de Paris pour faire Ja base de leurs diverses compositions, contient :

Argile sablonneuse 57,0

Argile fine 33,0

Gros sable siliceux 7,4

Graviers calcaires . 1,0

Carbonate de chaux divisé 0,6

Débris de végétaux 0,5

Terreau 0,5

Je n'insisterai pas, car déjà vous avez pu voir, Messieurs, que la faculté de produire de bonnes récoltes n'est pas rigoureusement attachée à une composition fixe du sol. Cette composition doit être, en effet, exprimée en fonction de plusieurs autres circonstances, telles que celles du climat, de l'exposition, de la nature du sous-sol et de la masse. C'est ce que je vous démontrerai bientôt.

Quoiqu'il n'y ait rien d'absolu dans les conclusions à tirer d'une analyse d'un sol, puisque sa nature peut être amendée par des influences naturelles et artificielles assez nombreuses, il n'en est pas moins vrai que, dans le plus grand nombre des éventualités de la pratique, on peut arriver, toutes choses égales ^'ailleurs, à classer les terres en raison de leur contexture et de leur composition. Le tableau suivant, dû à Thaer et Einoff, le démontre d'autant mieux qu'il exprime des observations consciencieuses et non des doctrines préconçues (2).

(1) Il y aurait grand intérêt à rechercher les éléments distincls, et notamment la quantité d'acide phosphorique de l'ensemble des substances désignées dans ce tableau sous la dénomination générale de sulfates et phosphates teri*eux, oxyde de fer.

(2) M. Boussingault pense que l'humus a été porté un peu haut dans ce tableau, en raison des difficultés inhérentes à ce dosage.

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Ce tableau suffit pour vous faire bien comprendre, Messieurs, l'utilité des engrais calcaires dans les sols granitiques et schisteux de notre région.

Voulez-vous connaître maintenant les caractères botaniques des deux grandes variétés de sols, c'est-à-dire des terres calcaires et argileuses? Les voici : les plantes parasites du calcaire sontlemélampyre, le coquelicot, l'ononis, le tussilage, le chardon, etc. ; celles du sol silico-alumineux sont le chiendent, les agrostis, les rhinanthus, la petite matricaire et l'oseille; ces plantes s'y rencontrent au milieu des végétaux cultivés, tandis que les terres en friche nous offrent avec abondance les bruyères, les genêts, les ajoncs et les fougères.

Mais revenons, Messieurs, à cette proposition que j'énonçais tout à l'heure devant vous, et qui avait pour but de vous démontrer que les compositions des sols ne doivent être interprétées qu'en fonction de certaines influences accessoires; je citerai plus spécialement, pour vous en convaincre :

L'influence du climat;

L'influence du sous-sol ;

L'influence des masses.

L'influence du climat est manifeste , et sous cette dénomination je comprends tout à la fois la température , l'humidité — que celle-ci provienne d'ailleurs des pluies ou des courants souterrains — l'exposition aux vents, etc. Les faits qui établissent cette influence sont nombreux.

On sait que, dans les terres riches en matière organique, l'humus est peu à peu brûlé par l'oxygène àtmosphérique et fournit de l'acide carbonique bientôt absorbé par les végétaux ; or, la combustion de cet humus s'accomplirait quelquefois trop rapidement si une terre fort échauffée était rendue trop poreuse à l'aide de labours profonds. L'excès de porosité pourrait agir d'autre part en desséchant le sol au delà du nécessaire. L'inertie de la matière organique en serait la conséquence. Ce n'est donc pas sans raison que, dans les pays chauds, en Afrique, par exemple, on s'en tient aux labours superficiels.

L'humidité du sol modifie puissamment quelquefois les effets qu'on pourrait attendre de sa nature physique et de sa composition chimique. Je me souviens qu'ayant fait, il y a plu-

sieurs années, des essais de fertilisation à l'aide des phosphates fossiles, je remarquais qu'un terrain très-régulier, labouré et fumé d'une manière uniforme, me fournissait cependant des résultats dissemblables dans ses diverses parties. Après avoir recherché avec soin la cause de cette anomalie apparente, je vis qu'elle était due à l'eau souterraine qui, par capillarité, agissait sur une portion du champ, tandis que l'autre portion était sèche. Des faits de cette nature peuvent, lorsqu'ils sont méconnus, donner lieu à des conclusions fort erronées sur le rôle comparatif des engrais. M. Puvis exprime l'opinion (1) que les sables de la Pologne, si productifs en froment, pourraient bien être trop secs en Provence; des terres humides d'Angleterre seraient trop sèches en Italie ; sous des climats humides, des sables gras peuvent produire des fèves et du froment, tandis qu'ils ne produiraient que du seigle et du blé noir dans des contrées sèches.

u II est reçu partout, dit le docteur Sace(2), que le sainfoin ne vient que dans des terres très-calcaires; aussi refuse-t-on d'emblée ce caractère aux terres dans lesquelles le sainfoin ne prospère pas; et cependant, nous avons vu un fort beau champ légèrement incliné du nord au sud, très-calcaire dans toute son étendue, au haut duquel le sainfoin prospère; il est misérable au milieu et périt vers le bas; la terre y a partout identiquement la même composition; mais elle est sèche en haut, humide en bas. A Mulhouse, le sainfoin ne vient pas, quoique le sol ait la même nature que celui de Neufchàtel dont cette plante est le fourrage le plus précieux; c'est que l'atmosphère de Mulhouse est humide et celle de Neufchàtel sèche. Le chimiste, en voyant prospérer le sainfoin sur une terre très-calcaire, dit que cette plante caractérise les sols de cette nature ; mais l'observateur attentif ajoute : sous un ciel sec et dans une terre sèche. »

Je vous rappellerai à cette occasion ce que je vous ai dit précédemment de la chaleur spécifique des sols et de son importance sur la végétation.

L'influence du sous-sol est également très-grande, et, sans m 'arrêter aux questions de perméabilité ou d'imperméabilité

{ i ) Troitt des amendements, p. 13.

(V) Chimie ogticole, p. 3.

dont les effets sautent aux yeux, je me bornerai à vous citer les recherches de M. Albert Leplay sur le sous-sol du Limousin (1).

Dans le domaine étudié par M. A. Leplay, le sol ne donne pas de chaux à l'analyse. Le sous-sol n'en fournit pas davantage. D'où provient donc la quantité assez forte de cette matière que, chaque année, le domaine exporte sous forme de matière osseuse du bétail et de squelette calcaire du froment ? La question ne laisse pas que d'être intéressante, vous le voyez.

M. Albert Leplay, se livrant à une étude minéralogique exacte de la composition des terrains sur lesquels repose le domaine de Ligoure, le trouve constitué par un massif de gneiss, avec filons de granit, de pegmatite et d'anorthose, recouvert d'un tuf gneissique épais de quelques mètres, à la surface duquel se trouve la terre végétale elle-même.

Des analyses chimiques nombreuses montrent que la chaux contenue dans les plantes est empruntée au tuf placé sous la terre arable. En effet, ce tuf contient quatorze dix millièmes de chaux ; il peut en perdre la moitié assez rapidement — en deux ans par exemple — par son exposition à l'air et à la pluie; la terre arable placée au-dessus de lui n'en renferme pas.

Le tuf gneissique contient donc du carbonate de chaux. Pénétré par l'eau de pluie, ce carbonate est dissous, à la faveur de l'acide carbonique. L'eau ainsi chargée de chaux vient alimenter les plantes, soit qu'elle atteigne leurs racines par capillarité, soit qu'elle arrose par suintement des terres situées plus bas.

Ainsi, Messieurs, se trouve résolu par des observations simples et d'une vérification facile un problème sur la nature duquel j'ai déjà éveillé votre attention en vous montrant l'illogisme de ces théories qui assignent aux forces végétatives la puissance de créer des matières minérales.

Le défonçage, les labours très-profonds, le mélange des matériaux inférieurs du sol avec sa surface, — soit par l'instrument, soit par certaines plantes dont les racines s'enfoncent profondément — auront donc quelquefois pour objet d'appor-

(I) Recherches sur l'une des sources de la chaux que s*assimilent les produits agricoles du Limousin (Comptes rendus de IWcadémie des sciences^ 1 861 , V semertre, p. 1057).

SIXIÈME LEÇON. m

ter à la couche arable des substances précieuses pour la végétation.

Avant de poursuivre, permettez-moi, Messieurs, de vous faire remarquer que, là où échoue l'analyste aidé par les moyens grossiers que lui fournissent les réactifs chimiques, la végétation réussit admirablement. Dans le laboratoire, on se prononce quelquefois avec légèreté sur l'insolubilité d'une substance, et les courants d'eau du sol viennent contredire l'affirmation émanée d'une science trop prompte à décider. On ne trouve pas d'acide phosphorique ou de chaux dans un terrain, et les récoltes de ce terrain prouvent qu'on avait mal opéré. L'acide phosphorique en particulier, dont on a souvent méconnu la présence dans les roches, en raison des difficultés de son dosage, est aujourd'hui décelé dans des substances très-nombreuses, à l'aide de méthodes plus convenables. Il y a quelques années, j'éprouvais une extrême difficulté à mettre en évidence l'acide phosphorique d'un terrain feldspathique r pour séparer efficacement cet acide du terrain, je plaçai ma confiance dans les forces végétatives, et elle ne fut pas trompée. En semant, en effet, dans cette terre concassée quelques grains de sarrasin et arrosant avec de l'eau distillée, je vis se développer sous une cloche des plantes dont l'incinération me fournit ensuite une cendre riche en phosphates. La plante avait été le véritable analyste (i).

(1) Cette démonstration par les plantes substituées aux réactifs, je la produisais à Nantes dans mon Cours public en 1853. On a bien voulu lui donner une certaine importance chronologique à l'époque où M. G. Ville, rapportant des observations très-bien faites d'ailleurs, imprimait les lignes suivantes (Conférence* agricoles, IWti); « Dites-moi si je n'étais pas fondé à affirmer que les végétaux étaient des instruments merveilleux d'analyse (/ont tes indications rappellent presque par leur exquise sensibilité la méthode spectrale de MM. Kirshoff et Bunsen? » Je suis loin de contester, en citant ces dates, la différence qui existe entre l'énoncé d'un principe reconnu par moi à la suite d'expériences purement qualitatives et les minutieuses constatations quantitatives faites par M. G. Ville. Mais il est opportun de rappeler à ce sujet les lignes imprimées en 1852 parle prince de Salm Hortsmar : « Un sol est en quelque sorte analysé par les plantes qui indiquent que ce sol contient toutes les substances nécessaires à leur végétation dans une condition telle que ces plantes puissent se les assimiler. Si ce point est admis, on peut en tirer comme conséquence qu'il serait peut-être avantageux de se servir de la méthode employée dans la série des expériences précédentes (additions de substances diverses dans des vases multiples) pour éprouver dans certains cas quelques terrains naturels. Par là, on arriverait à déterminer les substances qui manquent,

Or, ce que font les plantes, les mollusques, les poissons, l'exécutent chaque jour dans l'immensité des mers. Les chimistes n'ont point encore trouvé l'acide phosphorique des eaux de mer (1), et cependant des myriadesd'individus l'y soutirent et l'y condensent admirablement. Cela, vous le voyez, Messieurs, doit rendre modestes, ceux qui concluent des analyses du laboratoire à l'interprétation des grands phénomènes de la culture. — Il faut être un habile chimiste pour isoler la potasse ou l'acide phosphorique qui existent rarement dans le sol à une dose supérieure h unmillièmey mais il faut être un esprit sérieux et prudent pour utiliser cette donnée dans le domaine de l'agronomie.

Lorsque M. Rieffel vint planter courageusement dans les landes de Grand-Jouan le drapeau de la science agricole, il reconnut de suite l'impérieuse nécessité d'attaquer le sous sol et d'en mélanger les matériaux avec la couche arable. Cet habile agronome développait, dans les termes suivants (2), la nécessité de modifier physiquement le sol pour en augmenter la fertilité.

« La plupart des cultivateurs qui opèrent sur un sol semblable à celui de Grand-Jouan, craignent d'attaquer le sous-sol imperméable, parce qu'ils savent bien que, dans les premiers temps, il leur faudra une dose d'engrais plus forte pour fertiliser la terre de la couche inférieure. Cependant, toutes les fois que l'on voudra se livrer, en pareil cas, à des améliorations agricoles, on ne tardera pas à s'apercevoir que la profondeur des labours est destinée à devenir la base la plus solide de l'édifice, l'état le plus puissant de sa consolidation. Dès lors on ne craindra pas un sacrifice momentané d'engrais que la supériorité des récoltes à venir récompensera avec usure. Ce qui manque surout au sol des landes, c'est l'aération ; il a besoin d'air, de chaleur, de lumière. Plus on l'expose aux influences atmosphériques, plus il seferlilise à leur contact, et plus cette fécondation

beaucoup mieux que si l'on avait recours à des analyses de sol, qui, comme on le suit, ne uunt pas toujours satisfaisantes. »

(1) « Dans une recherche spéciale opérée sur le résidu de l'évaporation d'une assez fi»rte quantité d'eau recueillie dans la mer du Nord, je n'ai obtenu que des résultats négatifs. J'ai examiné aussi dans le même but des croûtes de générateur d'un bateau naviguant dan? la Aiamhe, et je n'y ai pas trouvé non plus une quantité appréciable d'acide phosphorique. •

CORKîSwiNDLH, De la migration du phosphore.

(2) Agriculture de l'Ouest, vol. 1, p. 83, 1840.

a lieu profondément, plus on fournit de sues nutritifs aux plantes. Dans le commencement de nos travaux, je craignais que des labours réitérés n'amenassent une trop grande porosité dan> ces terres déjà légères de la surface , et dont le terreau de bruyère formait alors le volume le plus considérable ; mais cet inconvénient n'a plus lieu dès l'instant qu'on approfondit la • couche arable, en attaquant le sous-sol imperméable. Alors, de nombreux labours et de plus en plus profonds, en exposant au grand jour et divisant à l'infini les molécules de ce so? vierge, l'appellent à la participation de la vie universelle, et le rendent propre à fournir des aliments aux plantes, qui, à leur tour, l'enrichissent de tous leurs détritus. C'est un spectacle admirable pour l'observateur, que ce travail entre le ciel et la terre, dirigé par les mains de l'homme, et d'où résulte une fécondité qui le nourrit à son tour.

« Je ne saurais trop m'étendre sur les immenses avantage* des labours profonds et sur la nécessité d'attaquer le sous-sol imperméable, cause d'infertilité et d'insuccès. On ne trouve, dans ce sous-sol aride, aucun humus, aucun débris de végétation, mais en surabondance une argile alumineuse parfois magnésienne ; de l'oxyde de fer et de l'eau. Dans certaines parties, on rencontre quelquefois dç légères couches de cailloux de quartz, principalement dans les vallées, puis, toujours l'argile el l'eau. On sait, aujourd'hui, à quelle grande distance s'étendent presque invisibles les extrémités des racines. On sait que ces organes délicats recherchent sans cesse dans leur marche souterraine la terre la plus riche en principes nutritifs. Un sous-sol infertile, imperméable, entièremeirt privé des influences atmosphériques, offre, dans ce cas, la résistance inerte d'un rocher. Dès que les spongioles arrivent à son contact, elles s'arrêtent, et prennent une direction horizontale. J'ai suivi maintes foi* cette expérience, soit sur les plantes annuelles, soit sur les arbres. Les betteraves et les rutabagas se contournent d'une manière vraiment extraordinaire, et à larécolte on les trouve assis, ployés en double sur le sous-sol. De semblables récoltes présentent nécessairement une notable diminution de produits qu'il eût été bien facile d'éviter.

« Ces considérations diverses et le succès constant que j'ai

trouvé dans rapprofondissement du sol, m'ont fait adopter à Grand-Jouan des labours de plus en plus profonds et réitérés autant que possible. Pour opérer ce mélange du sous-sol argileux avec le terreau de bruyère de la surface, il semble qu'on ne puisse assez faire manœuvrer la charrue. Plus elle marche, plus la couche arable s'échauffe et s'améliore. Mais c'est principalement sur les labours d'été qu'on arrive aux résultats les # plus heureux. 11 semble alors que les rayons du soleil versent à Ilots des principes de fécondité sur cette nature froide et inerte. Des champs d'une aridité désespérante, et qui, l'année précédente, s'étaient refusés à toute végétation , ont été amenés à donner les produits les plus satisfaisants après quatre et cinq labours énergiques, au moment des plus fortes chaleurs.

« Mais ces résultats ne sont pas les seuls à constater connue conséquences de fréquents labours d'été. Nul moyen n'égale ces labours pour la destruction des mauvaises herbes qui envahissent les terres quelques années après le défrichement des landes. Il semble alors que, nouveau Prométhée, le défricheur ait réalisé un miracle grandiose. Les herbes naturelles au sol repoussent de toutes parts, en compagnie de graines nouvelles introduites parla culture. »

Je n'ajouterai rien, Messieurs, à ces considérations et j'aborderai enfin la question relative à l'influence des masses.

L'influence des masses doit être surtout signalée au chimiste chargé d'interpréter les résultats d'une analyse. De ce que cent kilogrammes d'une terre analysée renferment, en effet, tant de calcaire, tant d'acide phosphorique, tant de potasse vraisemblablement ou sûrement assimilables, il n'en résulte pas que les réserves soient connues. Deux cents kilogrammes de terre à un pour cent d'acide phosphorique offrent, en effet, plus de phosphore Que cent kilogrammes à un et demi pour cent. Cela revient à dire qu'en regard de l'analyse, il faut faire intervenir la connaissance de l'épaisseur des couches arables, les masses disponibles en un mot.

M. Deherain, dans une analyse des terres noires de Russie connues sous le nom de Tchornoizem, a mis ce principe en évidence {{). Ce chimiste a, du reste, analysé tout à la fois et

(1) Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1862, l* semestre, p. 122.

cette terre noire d'une remarquable fécondité et celle d'un domaine de Seine-et-Marne. Les résultats obtenus ont été les suivants :

Terre noire de Russie,

Tchornoizem. Terre de la Brie

^ — — — • ■ ^ (Seiue-et-Marne,.

Sable 49,6 20,2 20,5

Argile 50,4 79,8 79,5

Densité. i,?6G 1,1 80 |,?2G

L'analyse chimique a donné pour un kilogramme de terre sèche :

DESIGNATION

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