‹ Leçons de chimie agricoleChapitre 23 sur 87 · TERRE · texte numérisé non relu

TERRE

DE

Ko «.

LA BIUE.

3 mèt.

3 mèt.

DES M ATI EUES

IIK\ KF.IIMKKS DASM l.\

UBCTARE.

kilog.

kilog .

kilog.

818, :Ui

Ce qui revient à dire que la terre de Russie n* 2 renferme 23 fois plus d'azote et 17 fois plus d'acide phosphorique que la terre de Brie examinée. Il appartient à l'agronome d'utiliser ces richesses en ramenant à la surface ou au moins dans les couches supérieures du sol, les éléments précieux que la nature a répartis dans toute la masse utilisable.

^Ce qu'on ne saurait trop admirer, c'est qu'à chaque effort

10 Murchison, Description géologique de lu Russie, 1. I.

SIXIÈME LEÇON. l3o

mécanique de l'homme pour ameublir le sol s'ajoute un effort chimique de la nature pour lui faciliter sa tâche. Aide-toi, le Ciel t'aidera. Jamais proverbe ne fut mieux appliqué. Un coup de bêche divise les masses : mais en môme temps intervient l'oxygène qui les modifie chimiquement, l'acide carbonique qui prend naissance, l'ammoniaque atmosphérique qui se fixe. Je pourrai bientôt vous montrer l'acide phosphorique et la potasse inertes devenant actifs par cette aération de la terre ameublie.

Voulez-vous des chiffres propres à spécifier l'influence de l'oxygénation du sol ? Je puis vous en citer, grâce aux recherches de MM. Boussingault et Léwy (1). Ils prouvent que la richesse en débris organiques combinée avec le retournement, c'est-à-dire la mise en conctact des éléments solides avec l'air, donne naissance à des quantités énormes d'acide carbonique. Or l'action de ce gaz sur les végétaux vous est connue.

Acide carbonique.

Une couche de terre récemment fumée, de 0"\35 d'épais-

seur, contenait par hectare 18 mèt cub.

Une terre analogue 80 —

L'ue terre de vigne 10 —

Un sol de forêt 2 —

Un sous-sol de forêt 2 —

Un sol riche en humus M —

Une prairie 10 —

Le calcul prouve que l'air enfermé dans un hectare de terre arable, fumé depuis près d'un an, contient à peu près autant d'acide carbonique qu'il s'en trouve dans 1 8,000 mètres cubes d'air atmosphérique, et que, dans l'air d'un hectare de terre arable récemment fumée, l'acide carbonique peut représenter quelquefois celui qui est contenu dans 200,000 mètres cubes d'air normal. Donc, plus nous avançons et plus nous reconnaissons que l'agriculture est en grande partie résumée dans ces deux principes : bien fumer, bien ameublir.

Non-seulement la terre condense avec une admirable facilité les principes gazeux au sein desquels la végétation s'accomplit île préférence, mais nous allons voir qu'elle joue un rôle ana-

(1 ) Annales de chimie et de physique, 1853, t. I.

logue et non inoins remarquable en accumulant dans ses pores les substances fécondantes de tonte nature, à la seule condition que celles-ci soient préalablement dissoutes.

Il n'y a pas besoin d'être chimiste pour savoir que la dissolution des engrais par l'eau des pluies active la végétation. Lorsqu'on emploie des matières calcaires on alcalines en couverture sur nne luzernière, à défaut de science, le bon sens indique que la chaux ne pourra atteindre les racines profondes de la luzerne que par voie de dissolution et d'imbibition du sol. Lorsque, dans ses Lettres sur l'agriculture moderne (1), l'illustre Liebig reproche aux agronomes de son temps, d'enseigner a que les végétaux reçoivent leur nourriture en solution et que la rapidité d'action de cette nourriture est en rapport intime avee sa solubilité; il est donc permis à ceux qui admirent les hautes conceptions et la vaste érudition du savant professeur de Munich, de formuler un doute respectueux sur le bien fondé de sa critique. Voici du reste les arguments qui la résument :

« Connaissant l'action que l'eau et l'acide carbonique exercent sur les roches, nous avons conclu qu'il en était de même pour les sols arables ; mais cette conclusion est fausse.

« Il n'y a pas, en chimie, de phénomène plus merveilleux ni plus propre à confondre toute la science de l'homme, que celui que nous offre le sol arable des champs et des jardins.

« Chacun peut se convaincre, par les expériences les plus simples, que l'eau de pluie, en s'infiltrant dans la terre ticcampagnes ou des jardins, ne dissout que des traces de potasse, d'acide silicù/ue. d'ammoniaque ou d'acide pltosphorique / que le sol ne lui cède que des quantités insignifiantes des principes nutritifs qu'il renferme, (/ue l'eau enfin ne lui dérobe à peu près rien. La pluie, même la plus longue, ne peut ôter aux campagnes les conditions de fertilité, excepté par une action purement mécanique.

« Non-seulement le sol arable retient les principes nutritifs qu'il possède, mais la puissance qu'il a de conserver aux plantes ce dont celles-ci ont besoin, va bien plus loin encore. Lorsque

(I) Pages 2G et suivantes.

l'eau provenant de la pluie ou d'une source quelconque, et tenant en dissolution de l'ammoniaque, de la potasse, de l'acide silicique, est en contact avec le sol, les corps que nous venons de citer se séparent instantanément de cette solution : c'est que la terre les enlève à l'eau, les autres demeurent en totalité ou en grande partie dissoutes.

« Remplissez de terre arable un entonnoir et versez-y une dissolution de silicate potassique, l'eau filtrée ne contiendra plus aucune trace de potasse, et, dans certaines circonstances seulement, on pourra y retrouver de l'acide silicique.

<( Dissolvez du phosphate calcaire ou magnésique récemment précipité, dans de l'eau saturée d'acide carbonique, et faites filtrer de même cette dissolution à travers un peu de terri» arable, l'eau qui en découlera ne renfermera aucune trace d'acide phosphorique. Une dissolution de phosphate calcaire dans l'acide sulfurique étendu, ou de phosphate ammoniaconiagnésique dans l'eau chargée d'acide carbonique, se comporte de la même manière. L'acide phosphorique des phosphates calcaires, l'acide phosphorique et l'ammoniaque du sel magnésique restent également dans la terre.

« Des recherches spéciales ont montré qu'un litre ou 1000 centimètres cubes de terre de jardin (riche en chaux) absorbe la potasse contenue dans 2025 centimètres cubes de silicate potassique qui, sur 1000 centimètres cubes, renferme 2*r,78 d'acide silicique et l*r,lt>6 de potasse ; on peut conclure de là qu'un hectare de terre de même composition, sur 0", 25 de profondeur, enlèverait à une solution identique 5,000 kilogrammes de potasse et les retiendrait fixes pour la végétation des plantes. Le même essai, fait avec une dissolution ùv phosphate ammoniaco-magnésique dans de l'eau chargée d'acide carbonique, fit voir qu'un hectare de terrain absorbait 2500 kilogrammes de ce sel dans une dissolution analogue. Une terre argileuse (pauvre en chaux) se comportera de la même manière.

« Ce que nous venons de voir nous donne une idée de l'action puissante du sol, de sa force d'absorption envers trois des principes nutritifs les plus nécessaires aux plantes cultivées, principes qui, en raison de leur grande solubilité dans l'eau

m LEÇONS DE CHIMIE AGRICOLE.

pure ou chargée d'acide carbonique, ne pourraient rester lixes dans le sol, si celui-ci ne possédait ces propriétés. »

Tels sont, Messieurs, les faits sur lesquels s'appuie Liebig pour démontrer que la force dissolvante ne doit pas être invoquée comme élément important de la fécondation. J'éprouve un certain embarras, je l'avoue, en essayant de réfuter l'opinion de cet illustre penseur; mais les agronomes attaqués par lui ne me semblent pas mériter les reproches qu'il leur adresse. Je mettrai donc toute fausse modestie de côté, et je me souviendrai avant tout du culte que je dois à ce qui est vrai, ou du moins à ce que mon raisonnement me fait regarder comme tel.

Moi aussi, j'ai souvent dit, dans celte enceinte, que la solubilité d'un engrais était l'une des causes de son action. Non-seulement, en le disant, je me souvenais des faits que j'avais observés , mais encore des enseignements consignés dans les ouvrages de Liebig lui-même. N'est-ce pas ce chimiste qui a proclamé (I) avec raison d'ailleurs :

« Que les blés ne prospèrent pas si, dans le sol, il ny a pas (Varide silicique à l'état de dissolution;

« Que, pendant la jachère , le sol s'enrichit de principes solubles ;

u Que si, dans les landes de Lunebourg (Hanovre), on parlent à conquérir sur la terre, au bout de trente ou quarante ans, une récolte de blé, en brûlant les bruyères et répandant leurs cendres sur le sol, c'est que la potasse et la soude de ce> plantes sont rendues solubles par la pluie, et offrent à l'avoine, à l'orge et au seigle, les oxydes que ces plantes exigent pour leur développement ; »

Que les racines des plantes recueillent sans cesse les alcalis que la pluie et les eaux de sources amènent; »

Enfin que, dans beaucoup de localités, la récolte des blés dépend d'une seule pluie, l'absorption de l'eau étant une absorption « d'alcalis et de sels ?nis dans l'état convenable par les eaux pluviales. »

N'est-ce pas le professeur Liebig qui a consigné ces faits parfaitement exacts, et lorsque les professeurs d'agriculture ont

(I) Lettres sur la (hume, pag. *i8S.

cru devoir les propager en les interprétant, ont-ils donc été si coupables ? Recherchons-le en toute sincérité et avec une entière liberté.

Il importe tout d'abord, pour éclairer ce débat, de bien établir sur quel terrain et dans quelles limites il doit être circonscrit. Connaître l'état des matières fécondantes dans le sol, les transformations qu'elles y subissent, leurs aptitudes à produire la fertilité sous l'influence de ces transformations, tout est là, rien que là.

Voici de la poudre de phosphate fossile récemment extraite du sol. Cette autre poudre provient d'un phosphate extrait depuis cinq ans. Je les confie l'une et l'autre à la terre ensemencée. Le phosphate de récente extraction est moins soluble dans l'eau que le phosphate ancien. La récolte obtenue est inversement proportionnelle dans ce cas à la solubilité. Ne suis-je pas en droit de conclure que l'engrais à l'état de dissolution a joué un rôle évident dans le phénomène observé?

Je sais bien que la terre est poreuse, je sais bien qu'elle agit d'une façon toute providentielle en fixant des principes utiles dans ses pores à la façon du noir animal ; mais pour que cette fixation s'effectue, ne faut-il pas que, préalablement, la substance fécondante ait été dissoute ?

Et d'ailleurs avons-nous jamais pénétré d'une manière tellement intime dans les phénomènes qui se produisent à l'extrémité des radicelles, que nous puissions être éclairés sur la question de savoir si c'est une solution qui pénètre dans le tissu, ou une solution qui se décompose au contact du tissu, s'il y a assimilation d'une molécule dissoute ou d'une molécule isolée de son dissolvant? J'avoue que, tout en penchant vers l'idée de la nourriture par voie de solution, je trouve que la solution du problème agronomique ne réside pas à l'extrémité de cette pointe d'aiguille. Ne sortons pas du domaine des faits et ne régénérons pas les subtilités scholastiques en matière d'agriculture.

Ce qui, pour moi, est évident, vingt fois évident, c'est que, pour féconder le sol, les matières minérales doivent préalablement être divisées et solubles;

C'est que leur solubilité leur permet de se répartir uniformément dans la terre arable où elles sont ensuite retenues par

une action mécanique spéciale et par des réactions chimiques ;

C'est que la répartit ion uniforme et favorable de l'engrais n'est possible que sous L'influence d'une faculté de dissolution suffisamment énergique*

Voilà des faits que l'on ne saurait contester.

Et s'il semble extrêmement probable que dans ces myriades de petites chambres du sol où arrive la solution fécondante, l'extrémité des racines agit sur une solution — comme les plantes aquatiques L'effectuent chaque jour sous nos yeux — il n'en est pas moins vrai que cela m'importe peu ou point. II me suffit de savoir, en effet, que la particule de l'engrais ne sera pas active si elle reste grossière, il me suffit de savoir que. dissoute, cette particule pénétrera uniformément le sol, se logera dans ses pores — abandonnant une yrande partie de son véhicule, ]e le veux bien — et communiquera à la végétation une activité réelle, pour que je me déclare édifié sur la vérité «le ce grand fait (pie la dissolution est la cause, et la fertilité l'effet.

L'eau, dit le professeur Liebig, « ne dissout dans le sol que des traces de matières fertilisantes. » Il serait peut-être plus exact, selon moi, de dire que, malgré la dissolution notable qui s'effectue dans le sol, celui-ci ne s'appauvrit pas beaucoup si on observe un cube de terre un peu considérable. Dans les tourbières, on sait (pie, sous L'influence de l'eau, beaucoup de sels solublos sont entraînés dans les profondeurs du sol. Récemment; M. P. de Gasparin a reconnu que dans une propriété de M. Mallac, à Changy-les-liois (Loiret), le sol supérieur est sableux, puisqu'une couche marneuse se présente, puis enfin du tuf calcaire. Eh bien, tandis que la potasse de la couche sablonneuse, lavée par les pluies, ne s'élève qu'à 0,670 p. 100 , elle s'élève à dans la marne, et enfin n'est dans le tuf que 0,250. — On voit ici tout à la fois et le résultat de la dissolution dans la partie poreuse et le phénomène de condensation et de retenue par la marne. Très-souvent, les argiles sont des magasins à potasse qui ont retenu au passage les composés potassiques préalablement dissous. Toutefois, on ne saurait confondre cette argile riche en potasse antérieurement dissoute, donc trbs-soluble et très-assimilable, avec les composés réfractaires de silice, d'alumine et do potasse que l'on trouve souvent dans les sols non ameublis.

Selon moi, une molécule de potasse qui a été une fois dissoute par l'eau peut ensuite être fixée dans telle ou telle partie du sol, mais elle a conquis — parce qu'elle a été dissoute — la propriété de se dissoudre facilement de nouveau, et en somme la solubilité est la cause efficace de sa faculté d'assimiliation. En saisissant cette nuance, on comprend que, si l'on est fondé à dire que la potasse ou l'acide phosphorique sont insolubles dans la terre, on est plus fondé encore à affirmer que cette insolubilité n'est que fort relative et que la localisation des principes nutritifs est compatible avec une aptitude à la solubilité ultérieure qui s'effectuera au profit de la plante.

La meilleure agriculture est celle qui, sans ruiner le fonds, procure des prompts bénéfices. Eh bien, demandons à ses traditions quelques faits significatifs, elles nous en offriront des milliers.

Elles vous diront, ces traditions, que le phosphate de chaux et l'humus, fussent-ils très-abondamment répartis dans une sole de blé noir, ne donneront qu'une très-maigre récolte sans influences dissolvantes énergiques. Cela est tellement vrai, que les plus belles récoltes de sarrasin sont souvent obtenues dans l'Ouest, dans les années les plus humides.

Elles vous diront que les phosphates si riches del'Estramadure, quelque grande que soit leur division physique, agissent peu, tandis que les phosphates fossiles sont absorbés plus rapidement.

Elle vous diront enfin que les phosphates des os fertilisent avec une remarquable rapidité, et qu'en admettant l'emploi comparatif de ces trois engrais dans un sol non acide, leur action sera presque proportionnelle à leur solubilité relative dans l'eau pluviale.

Elles vous diront qu'une prairie irriguée par le ruisseau coulant sur un sol primitif ou de transition, sera fertilisée d'une manière remarquable par la solution étendue de silicate de potasse qui constitue en pareil cas l'eau du ruisseau.

Elles vous diront enfin que les eaux d'égout— alors même qu'on les a filtrées — sont d'excellents engrais, et qu'un observateur attentif ne saurait abandonner la confiance légitime qu'il a dans ia dissolution considérée comme agent énergique de fertilisation

du sol. Voilà, Messieurs, ce que vous diront les traditions de l'agriculture, et leur langage sera logique.

Mais je devance avec empressement l'objection qui pourrait m'être faite, et le reproche d'exagération que l'on ne manquerait pas de m 'adresser si je ne formulais quelques réserves.

De ce que les faits observés jusqu'à ce jour n'infirment rien Vidée que la nourriture peut être apportée aux plantes soi/s forme de solution, de ce que les mêmes faits établissent, au contraire, que, malgré sa richesse en engrais uniformément répartis dans ses pores, un sol serait stérile s'il n'était humide, il n'en résulte \)àsf/uau delà d* une certaine limite l'état de dissolution des engrais soit favorable à la végétation.

Bien au contraire.

Lorsque, dans un sol à réaction basique, on verse une solution de phosphate acide de chaux, on peut en obtenir un excellent effet, parce que les bases du sol, s'nnissant à l'acide, précipitent du phosphate hydraté et basique susceptible de se dissoudre ensuite lentement pour les besoins de la récolte. Si on avait opéré sur un sol de lande dépourvu de calcaire et à réaction très-acide, il en eût été autrement. En général, les bons engrais doivent se dissoudre graduellement et d'une manière proportionnelle aux besoins de la végétation. Les artilleurs ont remarqué que la meilleure poudre n'est pas celle qui brûle instantanément, mais celle qui, brûlant d'une manière complète dans le temps que le projectile met à parcourir l'àme de la pièce, lui imprime graduellement toute la force de projection qu'elle est susceptible de fournir. 11 en est, Messieurs, de l'engrais comme de la poudre.

Et puisque cette discussion m'a amené à parler du pouvoir absorbant du sol, je vous citerai quelques faits bien propres à compléter ce que je vous ai déjà exposé à cet égard. Ils caractérisent, du reste, l'état de la science sur ce point.

OndoitàMM. HuxtableetTompson à M. Way (i), MM. Hei> neberg et F. Stohmann (2), au baron de Liebig (3), et enfin à

(f) Journal de la Société d'agriculture de Londres, t. IX, 1850.

(2 Journal fùr Landwirthshnft, janvier 1869.

('i) Annalen der Chemin vnd Pharmacie, t. CV, p. 100.

M. Brustlein (I) des travaux fort consciencieux sur le pouvoir absorbant des terres arables. M. Way, en particulier, opérait en introduisant une solution saline ou ammoniacale bien connue dans un flacon bouche à l'émeri, où il plaçait également un poids déterminé de terre, objet de l'expérience. Après avoir bien agité le tout, il laissait déposer et analysait un volume fixe de la solution ; il put ainsi constater que la terre absorbe et retient de préférence les matériaux utiles aux plantes. Il reconnut de plus qu'une bonne terre peut retenir facilement soixante fois autant de principes fertilisants qu'on en introduit généralement sous forme d'engrais (2).

Les matières isolées de leurs solutions par le sol peuvent être cédées ensuite par celui-ci à certains dissolvants et devenir assimilables par l'organisme végétal. Le phosphate de soude, en particulier, a la propriété de rendre soluble la matière organique azotée du sol arable. Les azotates, les sels ammoniacaux et alcalins, ont la même faculté. Aucune expérience, dit M. Ubaldini, ne montre que les substances faisant partie de la terre arable passent dans les végétaux sans le concours d'un dissolvant.

M. Brustlein a exécuté des expériences intéressantes, ayant pour but la connaissance du pouvoir absorbant du sol pour certains principes fertilisants tels que l'ammoniaque et les sels ammoniacaux. En ce qui concerne l'eau ammoniacale, voici les résultats de ces expériences : „

(1) Journal d'agricultwe pratique^ octobre 1859, p. 320.

(2) Ces faits expliquent la pureté relative des eaux provenant du drainage. La quantité d'ammoniaque contenue dans l'eau de drainage analysée par

Way est extraordinnirement minime ; on peut à peine se figurer qu'un demikilogr. d'ammoniaque dissous dans 1,750,000 litres d'eau puisse exercer une influence marquée sur la végétation.

La petite quantité d'acide phnsphorique des eaux de drainage est nulle : Krocker ne put en rencontrer; Way n'en trouva que des traces dans trois cas différents; dans trois autres analy es, sur 7,000,000 de parties d'eau, il put découvrir deux fois 12 parties d'acide phosphorique, et, les aulros fois, C et S parties.

I4t LEÇONS DE CHIMIE AGRICOLE.

Un kilogramme de terre absorbe d'une dissolution donnée en quantité suffisante et contenant par litre :

3«r,5S6 «l'ainmoiiiaqu«libre.

Terre de Bechclhroun i,H98r

Terre do Liebfraueiibërg 0,712

T«-rre de Mitt»*lhausbergen 0,483

Perreau de chêne r.\.VJI

Tourbe 7,082

Noir animal en grain 0,364

Noir animal lavé 3,720 (i)

Noir animal lavé auquel on u incorporé du carbonate de chaux »

Terre de Bechelbroun trailée par un aride 1,059

La même, a laquelle on a incorporé du carbonate de chaux »

On ne saurait, «lit avec raison M. Brustleiu, s'expliquer comment, M' développant dans des milieux aussi peu chargés de Mihstanres directement assimilables- — ammoniaque et aeide nitrique — une plante pourrait en absorber assez pour subvenir à ses besoins, si elle ne les empruntait à des dissolutions, car l'action directe exercée par les racines sur le sol serait insuffisante.

Nous nous en tiendrons, Messieurs, à cette conclusion, la seule qui soit en harmonie avec les connaissances acquises el les faits généralement connus de la pratique.

J'aborde maintenant un autre ordre de considérations.

Si nous tentons de résumer les données générales relatives à la constitution chimique du sol, nous reconnaissons que la chaux, la magnésie, les alcalis et l'acide phosphorique y jouent un rôle d'une extrême importance; mais ce que nous devons reconnaître aussi, c'est l'action remarquable de ces détritus organiques de couleur brune — humus, acide humique, pourri — solubles dans les solutions alcalines et pouvant, au fur et à mesure de leurs transformations, ou servir directement à la nourriture de la plante, connue l'ont démontré Saussure, £t dans ces derniers temps MM. Soubeiran et Malaguti, ou encore intervenir utilement par l'énorme quantité d'acide carbonique à laquelle ils donnent naissance.

(I) La dissolution renfermait 4,r,730 d'ammoniaque par litre.

Le terreau a été analysé avec beaucoup de soin par M. Boussingault; ce savant observateur y a trouvé pour un kilogramme >éché à l'air:

pi i

gr-

Azote entrant dans la constitu-

tion de matières organiques.

Ammoni' q >e toute tonnée. . ..

Nitrates équivalant à .... nitrate

G I^Mlfi

Carbone appartenant à des ma-

Je vous ferai observer, à cet égard, que L'azote du salpêtre; ainsi que l'azote de l'ammoniaque sont immédiatement assimilables. Celui des matières organiques ne l'est pas autant : il esl emmagasiné pour servir peu à peu en se transformant. L'état sous lequel se trouve l'azote en pareil cas est une garantie contre sa déperdition, c'est la réserve de l'avenir.

M. Krocker a déterminé, il y a quelques années, l'azote total de quelques terres, et il a reconnu qu'un hectare, considéré sous une épaisseur de 25 centimètres, renfermait l'azote de 7 à 10,000 kilogrammes «l'ammoniaque. En opérant de son coté sur des terres d'Alsace, M. Boussingault a trouvé que l'hectare, sous une épaisseur de 33 centimètres, fournit £4,310 kilog.' d'azote, soit 13,734 kilog. d'ammoniaque. A vrai dire — et M. Boussingault insiste sur ce point — les 14,310 kilog. d'azole sont en partie engagés dans une combinaison organique, on ne saurait les considérer dès lors comme une nourriture toute préparée pour la plante. Ils n'agiront pas comme l'azote des nitrates ou de l'ammoniaque. Je crois, Messieurs, qu'il ne faudrait pas s'exagérer l'importance de ces différences d'état. Du moment que l'azote d'une combinaison organique se trouve soumis aux influences du sol arable, on ne saurait avoir de doute

sur la puissance des afiinités qui vont le rendre assimilable. Eu voulez-vous une preuve ? Dans le sol duLiebfrauenberg, l'azote des combinaisons organiques représente les î)6 centièmes de l'azote total, et cependant ce sol est extrêmement fertile. Ici comme dans bien des circonstances, on peut se reposer sur la nature du soin d'approvisionner la plante ; par ses forces san> cesse agissantes, elle provoque et favorise la dissémination des molécules condensées, et réalise la loi de l'éternel mouvement.

M. Grandeau a résumé, dans un tableau que je place sou> vos yeux, la richesse en azote d'un hectare de divers sols de la Prusse, sous une épaisseur de 30 centimètres.

Provenance des suis (Prusse;. Kilogr. d'azote à l'hectare.

Sol de Hnvixbec 22,V9G

Si»l do Rurgwegeleben. 21,259

So! de Jurgaitschen 17,7 IH

Sol de Wallup HJ.l97

Sol de Keesdau

Sol de Turve M*1

Sol de Dalheim M1»**

Sol de Laasom 7, ODS

Sold'EeMma G,5«J

Sol de Burgbornheim fi»583

Sol de Neuhof 6*014

Sol de fteuenmund :>,5K3

Sol de Frankenfeld i>,0Sl

Sol «Je Caillou :5,->4S

Voici maintenant un tableau qui indique la quantité d'ammoniaque toute formée (le divers sois.

Ammoniaque.

kilogr. il ammoniac)"-'

Provenance des sois analyses. « l'hectare.

Tourbe de Katzenow (Pomeranie) 19,053

Sol argileux de Londres 2,4 iC

Sous-sol de la même couche 710

Sol du jardin d'essais «le Heidelberg 1,946

Jardin pointer île Cologne 1

Terre de forêts d'Huhenheim M39

Bonne terre à bellcrave de Magdebourg 1 ,3*2 S

Sou>-sol argileux de Londres, à 1 mette I»ÛH

Jardin potag-r de Bickendorf 9?7

Sol calcaite (environs de Munich) 98*

Sol à tubac de Cuba '"S

Sous-sol lehmcux • . . • *>94

Sol arable n'ayant pas reçu de fumier depuis

viiiçt deux ans ... $63

SIXIÈME LEÇON. 1i7

Sol arable fumj avec fumier de ferme repuis

vingt deux ans :>fc)

Sol lehnieux 1 M»7

Sol marneux de Hosbell «>0i»

Sol de prairie de Valaehie Si?

Sol sablonneux de Bordeaux... Itfi

Sot d'ilohenheim 300

Sol d'Oderbrueh V98

Sous-sol du terrain d'Oderbruch 230

Sol d'une forêt de hêtre

Sol de forêt C4

Sol sablonneux léger C*

S«l sablonneux de Krankenfeld 51

Sol de prairie M

Sol lehmeux et sablonneux ... 10

Voilà bien des chiffres, Messieurs, et cependant je ne saurais terminer cette leçon déjà Longue, sans vous faire entrevoir la haute portée des études dont la constitution du sol a été l'objet : accordez-moi, en effet, que les diverses récoltes obtenues sur un terrain lui empruntent des éléments minéraux distincts par la nature et les quantités, il en résultera, n'est-ce pas, que de l'examen de ces principes, nous pourrons déduire l'appétit spécial à telle ou telle plante, à telle ou telle famille de plantes. Eh bien, supposons qu'au mépris de toute logique, nous ayons, pendant des siècles, exporté d'un sol peu riche en potasse, en chaux ou en acide phosphorique, des récoltes ou des bestiaux qui, dans leur charpente minérale, aient condensé abondamment la potasse, la chaux et les phosphates. Le sol sera appauvri, sa faculté productrice sera profondément atténuée. Voilà un fait souvent constaté et que l'économie politique a grand intérêt à faire entrer dans le domaine de ses plus graves préoccupations. Une pratique, qui n'en tient pas compte, peut recevoir ce nom énergique & agriculture vampire (1), que lui

(I) « L'agriculture de vol, qui change des pays en déserts et les rend inhabitables, peut être décrite en peu de mots.

« Dans U s temps primitifs, ou lorsqu'il a à sa disposition un sol vierge, le cultivateur ne demande à la terre que de? recolles de céréales qui se succèdent sans interruption. Lorsque ces récoltes diminuent, le cultivateur va plus loin chercher d'autres terres que. n'a pas encore ouvertes la charrue. L'augmentation de la population vient successivement mettre un terme à ces migrations ; alors le cultivateur e«t borné dans sa culture aux mêmes terres, mais il n'en cuit ve chaque année que la moitié, et il laisse l'autre moitié en jachère (culture biennale . Les récoltes continuent pourtant à diminuer, et le cultivateur, pour les augmenter, a recours au fumior

us LEÇONS DE CHIMIE AGRICOLE.

donnait il y a quelque temps Liebig, et lorsque, dans cet ordre d'idées, on médite sur la stérilité de contrées naguère fécondes, •>n se demande, avec M. Élie de Beaumont (1), si l'expression un pmi vague de pays usés et de pays neufs est, eu dernière analyse aussi fantastique qu'elle le paraît tout d'abord.

uu'il obtient au moyen des prés naturels ; c'est l'assolement triennal.

«< Cette ressource est bientôt aussi reconnue insuilisante, et on est amené a la production du fumier au moyen du fourrage que, donnent les terres elles-mêmes. C'est la culture alterne. On demande au sous sol le iumier qu'on demandait aux prés naturels, et on le demande d'abord sans interruption, nuis en intercalant des années de jachère. Le sous-sol finit par cire aussi ép»»»é et les champs ne produisent plus de récoltes fourragères. C est alors qu'apparaissent la maladie «les pois, celle des pommes de terre, puis celte du trèfle, des navets, et enOn toute culture cesse, la terre ne peut plus

nourrir ses habitants. ....

■ 11 est possible que des siècles, que un millier d'années soient nécessaire pour accomplir cette révolution, jusqu'à ce que l'homme comprenne les déplorable* conséquences de sa manière de cultiver, et il a alors recours à des moyens d'amélioration dont chacun est une preuve de l'épuisement du sol.

« L'agriculture anglaise peut nous servir d'exemple pour nous faire voir de la part d'une nation parvenu* à un haut point de civilisation, cette atteinte destructive portée à la circulation de la vie.

• Dans les dernières vingt-cinq années du siècle passé a commence 1 importation des os en Angleterre, et elle a continué sans interruption jusqu à présent L'importation du guano a commencé en 1841 ; en 1850, elle s est élevée à 286 000 tonnes, ou environ 2,800,W0 quintaux métriques. L'importation moyenne annuelle des os est de 60,'Mio à 70.(00 tonnes. Un kilogr. d produit en trois rotations 10 ML de Më; I Ml. de guano produit dans une rotation de cinq ans 8 kil. de blé.

• L'immense quantité de substances fertilisantes introduite chaque ann.v en Angleterre passe, pour la plus grande partie, dans les fleuves, de la a la mer et les produits qu'on en obtient ne suflisent pas pour nourrir les hommes1 dont chaque année s'augmente la population. Le pis est que tous «s Ftats de l'Europe travaillent de la môme manière à leur propre ruine, seulement sur une moins grande échelle que l'Angleterre. Dans les giandes vilb s du continent, les autorités administratives dépensent chaque année de grosses sommes pour mettre hors de la portée des cultivateurs les éléments du renouvellement et du maintien de la fertilité dès terres.

« Pour bien apprécier la situation vers laquelle marche l'agriculture de la Bavière, il sufllra de dire que la seule fabrique de Heufeld a expédie lannee dernière 7,500 quintaux métriques d'os pulvérisés pour la Saxe, où on sau sans doute mieux que chez nous en apprécier la valeur.

u Si l'on suppose qu'il se | crd annuellement, en Bavière seulement, un quart des éléments de production des grains nécessaires à la nourriture de ses habitants, 0:1 trouve, pour 100 ans, un équivalent de 43'V'OO.O "0 de quintaux métriques de blé Aucun pays n'est assez riche pour pouvoir, au bout du» .•ertain temps racheter les principes de son existence qu'il a gaspilles, et, fùt-il assez riche pour les racheter, il n'y a au monde aucun marche qui pourrait les fournir. » Jufus L»kbig.

il) Études sur l'utilité agricole et les gisements du jh'isphore, pag. 121.

Lci végétaux choisissent leurs aliments. — Le même végétal peut se développer dans des terrains distincts. — Comment il faut interpréter la loi des besoins de telle nu telle Ci m il le végétale. — Analyse du sol par les plantes. — Remarquable rapport entre les principes atmosphériques et terrestres fixés par la végétation. — Nécessité des engrais — Engrais dits artificiels. — Amendement?, Engrais, Stimulants, dénominations vicieuses. — Avantages des fortes fumures. - Insuffisance des engrais. — Progrès en voie de réalisation. — L'agriculture de l'avenir. — Classification des principales matières fertilisantes.

Messieihs,

Si j'ai réussi à vous faire comprendre la nature des milieux où s'accomplissent les phénomènes de la végétation, je pui> désormais aborder l'étude de la végétation elle-même. Les plantes vivent de l'air et du sol, elles en choisissent et absorbent les éléments. Voyons comment elles accomplissent cette double fonction.

Vous savez, Messieurs, qu'en dehors de certaines circon* stances exceptionnelles, les végétaux n'absorbent pas directement l'azote de l'atmosphère, d'où cette conséquence que ce principe essentiel de l'organisation doit être transformé, condensé par la culture de la prairie, condensé encore par l'élevage de l'herbivore, et accumulé, en dernière analyse, dans les excréments et les détritus animaux qui se métamorphoseront m plantureuses récoltes. Voilà, Messieurs, l'histoire des migralions d'une bulle d'air, et voilà surtout la démonstration du

cette grande loi du travail, pour la réalisation de laquelle l'activité humaine est l'indispensable moteur.

Et maintenant, Messieurs, que nous sommes d'accord sur ces considérations générales qui dominent évidemment toute discussion relative aux engrais ; maintenant que nous savons quelle pensée de dualisme doit nous guider dans nos investigations ultérieures, abordons l'examen des nécessités les moins discutables de la culture.

Les cendres qu'on obtient lorsqu'on brûle une plante nous donnent une irréfragable preuve de l'aptitude du végétal à emprunter au sol des éléments terreux et fixes. Ce qu'une observation très-su perflcielle nous démontre également, c'est que telle famille végétale se distingue de telle autre aussi bien par la quotité des cendres que par leur qualité. Depuis longtemps, et sans être précisément des chimistes, les marchands de charrée de nos localités ont fait a cet égard des remarques très-judicieuses. Ils savent, ces marchands, que pour une culture déterminée, telle cendre comiendra mieux que telle autre. Or les recherches des savants n'ont fait que préciser ces remarques en les coordonnant.

Est-ce à dire qu'un végétal déterminé donnera toujours la même quantité de cendres, quelles que soient d'ailleurs les conditions de son développement? Sommes-nous en droit d'établir que cette cendre sera toujours identique, alors qu'elle proviendra d'une végétation opérée sur un sol argileux ou calcaire? Certainement non, Messieurs, et c'est à cause des variations de quotité et de qualité inhérentes à ces condiiions variables, qu'il a été longtemps difficile d'établir des lois quelque peu rigoureuses exprimant la répartition des substances minéral es dans les différentes familles des végétaux.

Les analyses des Théodore de Saussure, des Knop, des Berthier, des Boussingault, ont permis d'établir des faits importants, et de démontrer que ce n'est pas dans des conditions indépendantes de toute loi que la matihe minérale du sol est aspirée et fixée dans la récolte.

La publication d'un remarquable mémoire de MM. Malaguti et Durocher a permis de jeter une lumière plus vive sur cet intéressant sujet. Une nombreuse série de végétaux, croissant

spontanément dans des terrains distincts, a été l'objet des analyses de ces savants. Je dois insister quelques instants sur certaines conséquences de ces analyses.

MM. Jkfalaguti et Durocher ont tout d'abord constaté que, dans les individus comme dans les familles, l'influence du sol calcaire se fait remarquer d'une manière saisissante : des chiffres permettent d'établir ce fait important. Voici, en effet, la richesse en chaux de la plante croissant spontanément sur un sol calcaire ou sur un sol argileux :

Page 1