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CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LES MATIÈRES COLORANTES

679. La nature nous présente un grand nombre de matières i colorées. Parmi elles, il en est un certain nombre qui ont trouvé ridans l’industrie un rôle plus ou moins important et qui sont • employées à teindre les étoffes. 11 ne peut entrer dans notre Iplan de faire l’étude complète de ces matières. Nous nous cont tenterons d’étudier les points principaux de cette partie delà s3cience.

Depuis les temps les plus reculés, l’homme fait servir à la coloration des tissus certains produits que nous trouvons dans le (commerce sous la dénomination générique de matières tinctorriales. Ces produits sont tantôt des êtres organisés (kermès, cochenille), tantôt des parties seulement d’un végétal (écorce de .bois jaune, racines de garance, bois de campéche, fleurs et feuilles de gaude), tantôt enfin le résultat de la préparation qu’on a ffait subir à certaines plantes (indigo, orseille).

Ces matières contiennent toutes des principes colorés ou colo-

râbles, qui possèdent un ensemble de caractères communs que nous devons faire connaître avant de les étudier en particulier.

680. Tous sont solides, inodores, et en général insipides. Plusieurs peuvent être obtenus en cristaux, d’autres ont l’aspect de résine. Exposés à une chaleur de 150° à 180°, ils sont tous détruits ; mais une chaleur ménagée peut en volatiliser un certain nombre (telles sont Yalizarine, ou matière colorante de la garance; la lutèoline , ou matière colorante de la gaude).

La lumière solaire agit sur les matières colorantes, au moins avec le temps, comme une température élevée ; elle les détruit peu à peu. Tout le monde sait que les étoffes teintes se décolorent graduellement, surtout lorsqu’elles sont exposées à l’action de la lumière. La lumière n’agit cependant pas seule : l’air active le plus souvent son action ; car s’il est vrai qu’un grand nombre de principes colorables des végétaux ne se colorent que sous l’influence de l’oxygène, il convient de remarquer qu’un excès d’oxygène les décolore ensuite. Tous les agents oxydants agissent comme l’oxygène de l’air ; tels sont les acides cliloreux, hypochloreux, le chlore, l’acide chromique, etc..., qui, en cédant de l’oxygène à la matière colorante, brûlent son hydrogène et la détruisent.

La plupart des matières colorantes sont solubles dans l’eau, et toujours plus à chaud qu’à froid ; un certain nombre sont plus solubles dans l’éther, l’alcool ou l’eau acidulée. Les acides produisent souvent des changements de nuances et font virer la couleur des matières colorantes.

Les oxydes métalliques hydratés se combinent' en général trèsbien avec les principes colorants, et forment avec eux des composés insolubles dans l’eau, qui ont reçu le nom de laques. Les laques sont de véritables sels dans lesquels les matières colorantes jouent le rôle d’acides. L’affinité des matières colorantes pour les oxydes est telle qu’elles les enlèvent souvent aux acides et qu'elle^ se précipitent avec eux sur les étoffes. Le teinturier tire un très-grand parti de celte affinité pour fixer les matières colorantes sur les tissus.

Les sels métalliques agissent sur les matières colorantes, tantôt par leur acide, tantôt par leur base. Dans le premier cas, ils avivent ou font virer les couleurs, dans le second cas, le principe

MATIÈRES COLORANTES. — INDIGOS. 4o9

colorant s’empare de l’oxyde métallique, avec lequel il forme tune laque insoluble.

Les matières colorantes ont la propriété de s unir aux difl érents 'tissus, et de former des combinaisons plus ou moins stables. En : général, ces matières manifestent une plus grande affinité pour les tissus faits avec des fibres d’origine animale, comme la laine « et la soie, que pour les tissus faits avec des fibres végétales, telles que le coton, le chanvre et le lin, et elles en ont plus pour le coton que pour les deux derniers.

Parmi les matières colorantes, les unes ont pour les tissus une affinité assez grande pour se combiner avec eux sans intermédiaire : tels sont les principes colorants de l’indigo, du cur- , cuma, du cartliame, du cachou, etc. D’autres ne peuvent s’y attacher qu’autant qu’on rêvet le tissu d’une substance ayant de l’affinité et pour le tissu, et pour la matière colorante. Cette substance est désignée sous le nom de mordant . Ajoutons que les mordants ont aussi pour effet de modifier souvent la couleur du principe colorant.

Les matières colorantes, au point de vue de la résistance qu’elles opposent aux agents physiques ou chimiques, peuvent être divisées en couleurs solides et en couleurs faux teint.

681. On appelle couleurs solides, on couleurs de bon et de grand teint, celles qui résistent à l’action décolorante du soleil, à l’influence de l’air, de l’eau, des acides et des alcalis faibles, des hypuclilorites faibles et du savon. Telles sont les couleurs de la garance, de l’indigo, de la gaude, du bois jaune, du quercitron, de la cochenille, du cachou, de la noix de galle et des sels de fer.

On appelle au contraire couleurs faux teint , ou de petit teint, celles qui sont promptement détruites par la lumière, l’air, les lessives alcalines et les acides faibles, les hypochlorites et le savon. Tels sont les principes colorants des bois rouges, du campéche, du curcuma, du rocou, du cartliame.

Observons toutefois que, quelle que soit la solidité d’une couleur, elle ne résiste jamais complètement à l’action des causes dont nous venons de parler.

082. Indigos. — On donne le nom d’indigo à une matière tinctoriale bleue, que Ton retire de plantes cultivées plus particulièrement dans les Indes orientales, à Java, dans l’ile de

Cevlan, etc., et que l’on appelle indigotiers. Le suc de ces plantes n’est pas naturellement coloré, il ne le devient que lorsqu’il a subi le contact de l’air, par suite d’un phénomène d’oxydation.

L’indigo n’a pas de saveur, il happe à la langue à cause de sa porosité. Il est inaltérable à l’air, insoluble dans l’eau, soluble dans l’acide sulfurique, avec lequel il forme la liqueur bleue appelée bleu de Saxe, bleu de composition, sulfate d'indigo, acide sulfo-indi gotique . L’acide nitrique le décolore. Les alcalis en dissolution faible n’exercent pas d’action sensible sur l’indigo pris dans son état ordinaire, mais ils le dissolvent lorsqu’il'a été soumis à l’action de corps désoxydants, tels que la couperose verte, l’oxyde d’étain, et la plupart des substances végétales susceptibles de fermenter.

C’est sur cette dernière réaction que sont fondés les procédés de teinture employés pour obtenir les bleus de cuve. La composition des liquides de la cuve varie suivant la nature des tissus à teindre ; mais le principe reste le même. L’indigo est toujours mis en suspension dans l’eau en présence d’une substance réductrice comme la couperose, et d’une base comme la chaux, ou la potasse. Il est désoxydé par la substance réductrice et ramené à l’état d’indigo blanc, qui se dissout dans l’alcali. Si l’on passe dans le bain un tissu de laine ou de coton, par exemple, il s’imprègne de cette dissolution d’indigo blanc ;mais lorsqu’on sort le tissu du bain, l’indigo blanc s’oxyde et repasse à l’état d’indigo bleu, qui teint le tissu en bleu.

Les bleus dits bleus de Saxe, que l’on produit sur laine, sont obtenus en passant les tissus dans la dissolution de l’indigo dans l’acide sulfurique.

683. «ois de campêclie. — Le bois de campéche, dit aussi bois d’Inde, bois noir, bois bleu , est très-employé en teinture. 11 est originaire delà baie de Campéche, qui était autrefois l’entrepôt d’où on l’exportait en Europe, et croît dans toute l’Amérique méridionale. Le bois de campéche contient une matière colorable susceptible de cristalliser, que M. Chevreul a isolée sous le nom d ’hémutine. Elle .est incolore, mais, dès qu’elle subit le contact de l’air et des alcalis, elle donne de magnifiques couleurs.

L’eau froide -attaque à peine le campéche, l’eau bouillante ne lui enlève guère que trois centièmes de matières solubles.

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