IV. PRÉPARATION DES INDIGOS DU COMMERCE
On peut extraire, ou, comme on le dit aussi, fabriquer de l’indigo avec plusieurs espèces de plantes, telles que Xindigofera anil , l’ indigofera argente a , Xindigofera emarginata, le nerium tinctorum , X isatis tinctoria ; mais presque tous les indigos du commerce proviennent des espèces du genre indigofera.
On suit deux procédés généraux pour préparer l’indigo avec les feuilles des indigofères, ou l’on fait usage des feuilles vertes , ou l’on fait usage des feuilles sèches. Nous allons décrire rapidement ces deux procédés.
A. Préparation de V indigo avec les feuilles vertes.
Lorsque la plante contient le plus possible d’indigo tine, c’est-à-dire lorsque la plupart des individus sont en pleine fleur, et que les fruits commencent à nouer, on coupe les branches avec une serpette , à un pouce environ du tronc, s’il s’agit d’un indigofère tel que celui du Sénégal ; ou on coupe la plante même avec une faucille ou une faux plus épaisse, plus courte et plus acérée que celles qui servent pour les foins, à 4 ou 5 pouces de terre, s’il s’agit d’un
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indigofère tel que celui qu’on cultive au Bengale.
La préparation de l’indigo demande trois cuves en maçonnerie bien cimentées à l’extérieur, et qui soient disposées en escalier, de manière que le liquide de la plus élevée puisse s’écouler dans la seconde, et le liquide de celui-ci dans la troisième.
La première s’appelle la trempoire ou pourriture : c’est la plus grande;
La seconde s’appelle la batterie : elle est plus étroite, mais plus profonde que la précédente;
La troisième s’appelle le bassinet, le diablotin, le voleur : elle est bien plus petite que la batterie.
Les parties herbacées de Y indigofère une fois récoltées , on les arrange dans la trempoire , en évitant de les fouler et pourtant de laisser des vides ; on met dessus des planches épaisses ; celles-ci sont maintenues par deux barres de bois , qui glissent horizontalement chacune dans les trous de quatre gros prismes carrés de bois , qu’on appelle les clefs , et qui sont enfoncés verticalement dans la terre. Les planches ne doivent pas presser contre les feuilles , mais seulement s’opposer à ce qu’elles surnagent sur l’eau qui doit agir dessus.
La trempoire étant chargée , on y fait arriver l’eau au moyen d’une gouttière. Il s’établit bien-
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tôt un mouvement de fermentation ; de petites bulles se dégagent, la couleur du liquide passe du jaune au vert foncé, et la surface devient cuivrée. La température s’élève; beaucoup de gaz se dégage , et la liqueur se couvre d’une écume violette.
Il me semble que, dans cette opération, Findigotine blanche se dissout, mais j’ignore sous l’influence de quel corps : il me semble encore que Foxigène atmosphérique de l’eau, en en oxidant une portion, donne lieu, soit à de l’indigotine pourpre qui forme du vert avec le jaune de la liqueur aqueuse, soit à de l’indigotine verte (c’est-à-dire à un oxide d’indigotine inférieur à celui qui constitue l’indigotine pourpre). Quant à la pellicule cuivrée, elle est due à de Findigotine qui s’oxide complètement aux dépens de Fair ambiant. Lorsqu’on juge que l’eau est suffisamment chargée d’indigo, c’est-à-dire, en général, au bout de 10 à 12 heures , on débouche le trou de la trempoire , afin de la faire écouler dans la batterie. Les signes auxquels on reconnaît qu’il faut transvaser, sont que l’eau tirée du fond de la trempoire dans une tasse d’argent, est d’un beau jaune qui passe bientôt au vert et dépose un indigo en petits flocons grenus, mobiles,
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qui lie s’attachent point au fond de la tasse, quand on l’incline en différens sens.
La liqueur étant dans la batterie , on l’agite avec des busquets ou une roue à palettes , afin d’en précipiter l’indigotine, en l’oxigénant aux dépens de l’air. Lors même que la fermentation a été bien conduite, la durée du battage a la plus grande influence sur la bonté du produit. S’il n’a pas été suffisamment prolongé, l’indigo ne se précipite pas, il reste en suspension. Enfin, dans le cas contraire , il paraît que l’indigo précipité est susceptible de se délayer dans l’eau , sans pouvoir se précipiter de nouveau.
Une heure et demie ou deux heures après le battage, l’indigo est en grande partie déposé; l’eau surnageante doit être de la couleur de l’eau-de-vie de Cognac, ou d’un rouge de bière. Elle ne doit point être brune ou verte.
Après trois heures au moins , on peut commencer à lâcher l’eau de la batterie. Elle s’écoule par trois trous placés à des hauteurs différentes, qu’on tient fermés avec des chevilles, et qu’on débouche successivement, en commençant par celui du haut. Lorsqu’on débouche le trou inférieur par lequel l’indigo s’écoule, on met un panier dessous, afin qu’il serve de tamis,
c’est-à-dire qu’il retienne les parties grossières mêlées à l’indigo.
L’indigo ainsi recueilli dans le bassinet , est mis dans des sacs de toile où il s’égoutte. Après 18 heures environ, il est en pâte molle. On l’étend dans des caisses plates, et on l’expose au soleil pendant un certain temps pour le sécher rapidement. Il se produit des gerçures ; c’est pourquoi il faut passer une truelle à sa surface pour la polir, et cela le soir, afin que pendant la nuit la dessiccation continuant lentement, n ne se fasse pas de nouvelles gerçures. On le divise en petits pains carrés, qu’on expose au soleil le lendemain. Enfin, dès que les pains se détachent des caisses, on les fait sécher à l’ombre.
La dessiccation de l’indigo doit avoir été telle, qu’il ne soit pas écaillé, ni fendillé, ainsi que nous l’avons dit plus haut.
B. Préparation de F indigo avec les feuilles sèches.
Je vais décrire cette préparation d’après M. Plagne , qui l’a pratiquée lui-même avec succès.
Les feuilles d’indigofère récoltées doivent être séchées au soleil, depuis 9 heures jusqu’à
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4 heures ; deüx jours suffisent. Au reste, on reconnaît qu’elles le sont convenablement, à leur couleur, qui doit être un vert franc un peu plus pâle qu’à l’état frais et sans taches ; à ce qu’elles se réduisent en poudre, quand on les presse entre les doigts; et enfin, à ce qu’elles exhalent une odeur de luzerne sèche.
Elles peuvent, dans un magasin bien sec, être conservées jusqu’à deux mois , sans se détériorer sensiblement.
On met dans la trempoire 22 veltes d’eau qui doivent la remplir aux trois quarts; on y ajoute ensuite i7kllog*,5 de feuilles sèches. Avec une batte on les enfonce dans l’eau, de manière à les submerger. La macération ne dure pas plus de deux heures , pendant lesquelles on agite la matière deux fois.
On débouche la trempoire , et, la liqueur, passant à travers une toile, tombe dans la batterie : lorsqu’il ne s’écoule plus rien, on lave les feuilles, avec de 14 à 20 litres d’eau, divisés en deux parties égales. On presse le marc, afin d’en extraire toute l’eau du dernier lavage.
On bat ensuite la liqueur dans la batterie , pendant trois quarts d’heure ou une heure en-
viron. Au reste , on cesse de battre lorsque la couleur de la matière passe du bleu perse au bleu grisâtre , et qu’un peu de liqueur mise dans un verre présente de petits grains qui se précipitent rapidement lorsqu’on y verse quelques gouttes d’eau de chaux. Arrivé à ce point, on ajoute de 8 à io litres d’eau de chaux dans la batterie; on agite pour mêler les liqueurs.
Une demi-heure après, le dépôt est formé; on tire le liquide surnageant, en débouchant un trou pratiqué au-dessus du dépôt.
On puise ensuite l’indigo , ainsi que îa liqueur où il nage , au moyen de calebasses. On le met à égoutter sur un filtre de toile.
On a une chaudière placée sur un fourneau , et qui a été préablement remplie d’eau aux deux tiers; on îa chauffe jusqu’à l’ébullition : l’indigo égoutté et encore en pâte est délayé dans une calebasse avec un peu d’eau chaude, puis tamisé, en le jetant sur une toile claire placée au - dessus de la chaudière. On le fait bouillir^ on écume , puis on retire le feu ; on remplit la chaudière d’eau et on laisse déposer. On décante la liqueur éclaircie, et enfin on met le dépôt à égoutter sur une toile fixée à un cadre
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de bois. On peut presser l’indigo dans cette toile, ou bien le soumettre à la pression de la manière suivante :
On l’enlève de dessus la toile avec une spatule de bois; on le met dans une calebasse; on l’agite ; on a 4 caissons de i pied carré et de 6 pouces de profondeur ; le fond et le couvercle sont détachés ; toutes leurs faces sont criblées de trous d’une ligne de diamètre. On en garnit l’intérieur d’une toile de guinée de j 8 pouces de côté, qu’on a humectée; on remplit la cavité d’indigo ; on couvre la surface avec la toile qui déborde; on applique le couvercle du caisson, puis, avec un levier, on presse graduellement jusqu’à ce qu’il ne s’écoule plus d’eau. On attend ensuite une heure pour que la toile soit séchée. On en retire l’indigo , qu’on divise en pains carrés, avec un couteau ou un fil de laiton, et qu’on met sécher sur des paillassons élevés de 3 à 4 pieds au-dessus du sol.
La dessiccation de l’indigo doit se faire dans une atmosphère peu agitée, surtout si elle est sèche, afin d’éviter les gerçures : les pains doivent être retournés de temps en temps, pour que toutes leurs faces soient également exposées à l’air. S’ils se couvrent d’efflorescences, il
faut les enlever avec des chiffons ou une brosse : c’est ce qu’on appelle parer* V indigo.