‹ Leçons de chimie appliquée à la teinture (volume 3)Chapitre 223 sur 268 · DE LA SUIE · texte numérisé non relu

DE LA SUIE

La suie que l’on emploie en teinture est la matière noire qui s’attache aux parois intérieures des tuyaux des cheminées dans lesquelles on brûle du bois; elle provient de ce que la combustion de ce dernier est incomplète , car, dans le cas contraire, la matière combustible ne donnerait que de l’eau, de l’acide carbonique, de l’azote et des cendres.

COMPOSITION IMMÉDIATE

La suie est formée, suivant M. Braconnot,

i° D’eau i2,5o

2° D’une matière brune peu soluble dans l’eau, soluble dans la potasse, soluble dans l’acide sulfurique concentré. M. Braconnot la regarde comme

A reporter. . . ia,5o

Report 12,5a

de l’ulmine artificielle, c’est-à-dire comme identique à la matière brune qui se produit lorsque le ligneux, qui a été fondu avec de l'hydrate de potasse, a le contact de l’air 3o,20

3° D’une matière azotée très-soluble dans l’eau

et insoluble dans l’alcool 20,00

4° De sous-carbonate de chaux mêlé de quelques

traces de sous-carbonate de magnésie 14,66

5° D’acétate de chaux. 5,65

6° De sulfate de chaux. ........ 5, 00

7a D’acétate de potasse. ........ 4>ro

8° D’une matière abondante en charbon, insoluble dans la potasse. 3,85

90 De phosphate de chaux ferrugineux . . . i,5o

io° De silice. ... : 0,96

ii° D’acétate de magnésie. ....... o,53

12° D’un principe âcre et amer, particulier, que M. Braconnot nomme asboline. ...... o,5o

i3° De chlorure de potassium ...... o,36

î4° D’acétate d’ammoniaque 0,20

i5° D’acétate de fer. ...... traces.

i partie de suie , provenant d’une cheminée dont les parois sont en plâtre, et io parties d’eau bouillies pendant un quart d’heure, m’ont donné une liqueur d’un brun roux, d’une odeur

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de suie, d'une saveur amère et d’un goût de suie, qui se troublait par le refroidissement et se recouvrait d’une pellicule irisée.

La colle de poisson ne la troublait pas.

Elle rougissait sensiblement le papier de tournesol.

Elle précipitait rhydrochlorate de baryte en flocons roux. Le précipité, traité par l’acide nitrique , laissait beaucoup de sulfate provenant certainement d’un peu de plâtre mêlé à la suie.

Elle précipitait le nitrate d’argent en flocons roux épais, difficilement solubles dans l’acide nitrique. Peut-être y avait-il du chlorure.

L’oxalate d’ammoniaque y démontrait une quantité notable de chaux.

La potasse en fonçait la couleur, en rendait le jaune plus brillant, et y faisait un précipité abondant insoluble dans un excès d’alcali.

Les eaux de baryte, de stronîiane, de chaux , se comportaient d’une manière analogue, et en dégageaient une quantité notable d’ammoniaque, ainsi que le faisait la potasse.

L’hydrochlorate de protoxide d’étain y faisait un précipité abondant d’un gris roux.

L’alun y faisait un précipité roux.

L’acétate de plomb y faisait un précipité d’un gris brun.

L’acétate de cuivre y faisait un précipité d’un jaune brun.

Le sulfate de peroxide de fer y faisait un précipité d’un gris jaune brun.

L’acide sulfurique concentré en dégageait une odeur de suie, et en précipitait des flocons d’un jaune brun.

L’acide sulfurique faible en précipitait des flocons d’un jaune roux.

L’acide nitrique à 34° la troublait; un excès faisait disparaître les flocons; la solution était d’un rouge brun.

L’acide oxalique y faisait sur-le-champ un précipité floconneux roux, qui était certainement mêlé d’oxalate de chaux.

L’acide acétique en éclaircissait la couleur et la précipitait.

L’eau d’iode ne produisait rien de remarquable.

L’eau de chlore semblait la rougir d’abord; ensuite un excès la faisait passer au jaune, et en précipitait sur-le-champ des flocons de cette couleur.

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L’extrait aqueux de suie cède à l’alcool , et l’extrait alcoolique sec cède à l’éther, une matière jaune, qui communique à la laine alunée une couleur d’un jaune orangé analogue à celle que le fustet lui aurait donnée , et , ce qu’il y a de remarquable , c’est que cette meme matière prend, par le contact de la potasse, une couleur rouge analogue à celle que prend la matière colorante du fustet dans la même circonstance.

USAGES

La suie n’est d’usage que pour les brunitures sur laine, mais sa couleur n’est pas très-solide.

Il existe encore plusieurs matières colorantes d’origine organique qu’on a employées et qu’on, peut employer en teinture avec plus ou moins d’avantages; mais les limites de ce cours ne me permettent pas d’en parler ici d’une manière spéciale; cependant je citerai

i 0 Le Munjet, employé aux Indes au lieu de la garance, pour teindre les foulards;

2° Le Cam-wood ou le Bar-wood, sorte de bois rouge qui nous vient de l’Afrique, et que Àfzélius a décrit sous le nom de Baffia nitida; 3° Les Feuilles du laurier saule ( scilix pen-

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tandra ), qui donnent , suivant Scheffer, une belle couleur jaune à la laine, à la soie et au lin ;

4° Les Pousses du peuplier d’Italie, qui donnent à la laine, passée à la composition d’étain, une belle couleur jaune solide, suivant Dambourney ;

5° Les Semences de trèfle rouge ( trifolium pratense purpureum majus raiï\n qui, suivant Vogler, donnent des jaunes solides à la laine passée à l’alun ou à la dissolution d’étain ;

6° La Verge d’or du Canada ( solidago ca~ nadensis ), qui donne d’excellens résultats, suivant Hellot, Gaad, etc.

Si en général on doit chercher à remplacer les matières colorantes d’origine organique par leurs principes coîorans, soit purs, soit sous la forme d’extraits où ils se trouvent dans des proportions constantes et dans des états constans de combinaisons, cependant, avant de substituer des préparations de ce genre aux matières brutes d’où elles proviennent, il faut, pour ne pas éprouver de mécompte, s’ëtre assuré, i° Que les nouvelles préparations donnent aux étoffes les memes couleurs, ou des couleurs

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plus belles que celles que donnent les matières brutes ;

20 Que les nouvelles préparations donnent des couleurs aussi solides ou plus solides que celles qu’on obtient avec les matières brutes;

3° Qu’elles sont d’une conservation facile.

11 peut arriver qu’un corps qui accompagne un principe colorant contribue à lui donner plus de stabilité, lorsque le teinturier les a fixés tous les deux sur une étoffe, et, sous ce rapport, l’emploi du principe colorant pur serait moins avantageux que celui de la matière brute où il se trouve. Par exemple, si la carminé est le principe colorant du lac-dye ou du kermès, il faut admettre qu’elle est, dans ces matières, accompagnée de quelque corps qui lui donne plus de stabilité; et loin de chercher à l’en séparer, il faudrait plutôt trouver le moyen d’unir ce corps à la carminé de la cochenille. En général, on ne s’est point assez occupé de l’influence que des matières, qui ne sont pas des mordans employés dans les ateliers, peuvent avoir pour donner plus de fixité aux principes colorans organiques.

On se tromperait souvent beaucoup si l’on pensait que Peau qu’on a appliquée à une ma-

iière colorante qu’elle ne dissout qu’en partie, donnerait, après qu’on l’aurait séparée du résidu, un bain de teinture, qui serait toujours identique à celui qu’on obtient lorsqu’on délaie cette même matière colorante dans Feau, et qu’on y passe ensuite l’étoffe sans avoir séparé le résidu ; car, si la matière colorante contient un corps peu soluble dans l’eau, susceptible d’exercer un effet quelconque sur letoffe en s’y fixant, il arrivera qu’en teignant dans le premier bain , l’effet du corps sera nul ou presque insensible, à cause de sa petite quantité, tandis que le contraire aura lieu dans le second bain , par la raison que, quelque petite que soit la quantité du corps dissous, elle se fixera sur l’étoffe, et en même temps l’eau, redevenant susceptible de dissoudre une nouvelle quantité du corps peu soluble, elle en prendra pour le céder encore à l’étoffe, et cette action se prolongeant jusqu’à ce qu’il s’établisse un équilibre entre l’affinité du corps peu soluble pour la partie insoluble à laquelle il est naturellement uni , et son affinité pour l’étoffe, on conçoit dès lors comment Feffet produit par le corps peu soluble pourra être bien plus grand que dans le premier cas.

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