A LA. TROISIÈME DIVISION
Messieurs ,
Les substances dont je vous parlerai avant de commencer l'étude des sels appartiennent à la classe des composés qu'on a appelés organiques. Je vous ai dit (ire leçon, page 46) que la distinction des composés organiques, établie d'après cette considération , que jusqu'ici ils n'ont été produits que sous l'influence de la vie, n'est point rationnelle; quelle est relative à nos moyens actuels d'expérience, et que tous les jours elle perd de sa rigueur; un exemple remarquable le- prouve, c'est la production de l'urée, principe immédiat de l'urine, que M. Vôhler, un des chimistes qui honorent le plus l'Allemagne, vient d'opérer, en unissant un oxacide de cyanogène avec l'ammoniaque.
4 20e LEÇON DE CHIMIE
Ce qui contribue à maintenir une classe de composés organiques, c'est
i° L'analogie de leur composition élémentaire qui entraîne nécessairement l'analogie des propriétés qu'ils manifestent dans les cas où ils éprouvent une altération dans leur composition immédiate, en un mot lorsqu'ils viennent à agir par leur affinité élémentaire (ae leçon, page 44);
i° L'opposition que l'on a faite de leur altérabilité avec la fixité de ce grand nombre de substances minérales qui constituent les premières couches de la partie solide de notre .globe.
A. Les composés organiques sont très-nombreux ; beaucoup sont formés d'oxigène, de carbone et d'hydrogène; un certain nombre le sont de ces mêmes élémens et d'azote; enfin il en est un, la matière grasse du cerveau, qui paraît formé d'oxigène, d'azote, de carbone, d'hydrogène et de phosphore.
Outre les cinq corps simples que je viens de nommer, on rencontre encore dans les êtres organisés le chlore, l'iode, le soufre, le silicium, le cuivre, le fer, le manganèse, l'aluminium, le magnséium, le calcium, le sodium et
îe potassium; mais ces derniers ne paraissent constituer, du moins le puis souvent, que des combinaisons binaires , telles que des chlorures, des iodures de sodium et de potassium; des acides sulfurique, siiicique; des oxides de fer, de manganèse, d'aluminium, de magnésium, de calcium, de sodium et de potassium, etc. ; en un mot, des composés identiques à ceux de la nature inorganique.
Les composés organiques ont cela de remarquable, que tous, ou presque tous, ne contiennent pas assez d'oxigène pour que celui-ci fasse de l'eau et de l'acide carbonique avec leur hydrogène et leur carbone; d'un autre côté, l'eau et l'acide carbonique étant des combinaisons stables, il en résulte que l'oxigène atmosphérique a une influence très-grande pour les dénaturer, surtout lorsqu'ils sont exposés à la chaleur ou à la lumière, et qu'ils ont en outre le contact de l'eau (1).
B. L'altérabilité des composés organiques dont nous venons de voir la cause, et qu'on a opposée à la fixité des oxides et des acides plus ou moins stables qui constituent ce que nous
(i) Considérations générales sur l'analyse organique et ses applications, par M. E. Chevreul, pag. 5y.
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appelons les terres et les pierres, ne peut fournir un motif de maintenir la classe des composés dits organiques, car l'altérabilité de ces composés n'est point absolue; elle est relative à la nature de l'eau et de notre atmosphère, comme l'est aussi la fixité des terres et des pierres ; et d'un autre côté, ces terres et ces pierres ne représentent pas toutes les espèces des composés inorganiques, car parmi elles vous en trouvez un grand nombre qui s'altèrent avec la plus grande rapidité sous l'influence de l'atmosphère : je citerai pour exemple la solution de l'acide hydriodique dans l'eau, l'hydrogène perphosphoré, les hydrates gélatineux des protoxides de fer et de manganèse, plusieurs sulfures métalliques, bornant mes citations à celles de composés que vous connaissez. L'altérabilité des matières organiques ne les distingue donc pas essentiellement des matières minérales, puisque dans celles-ci il en est qui sont aussi peu stables que les premières.
C. Enfin , lorsque les principes immédiats organiques agissent par attraction résultante sans que leurs élémens se séparent, ils manifestent des propriétés qui ont les plus grandes analogies avec celles des composés inorganiques. Nous
trouvons en effet des principes immédiats organiques acides et alcalins qui se comportent avec les réactifs colorés à la manière des acides et des bases saliflables inorganiques ; nous voyons ceux qui sont doués de l'acidité former des sels avec les alcalis minéraux, de même que ceux qui possèdent l'alcalinité en forment avec les acides minéraux ; enfin les principes immédiats organiques neutres nous présentent des propriétés tout-à-fait analogues à celles des composés neutres de la nature inorganique, c'est-à-dire que les uns se comportent tantôt à la manière d'un acide, tantôt à la manière d'une base salifiable.
D'après ces considérations, je n'hésite point à passer, de l'étude des composés que j'ai examinés précédemment, à celle des principes immédiats organiques qui sont doués de l'acidité et de l'alcalinité, et qui, avec les acides et les bases saliflables que nous connaissons déjà, forment l'ensemble de tous les principes immédiats des sels connus.
PREMIÈRE SECTION