VII. PRÉPARATION
On la prépare ordinairement avec le sulfate de strontiane, qui est très-commun aux environs de Paris. Il se trouve en rognons de la grosseur du poing, de la tête, dans des couches de marne argileuse à Montmartre , etc. Le sulfate de strontiane doit être d'abord nettoyé de la couche terreuse qui le recouvre. On y parvient en le brossant sous un filet d'eau. Cela fait , on le réduit en poudre, on le mélange à un quart de son poids de charbon. On renferme la matière dans un creuset de terre qu'on expose à une température rouge qui doit être soutenue pendant une heure, une heure et demie environ : cela dépend au reste de la quantité de matière sur laquelle on opère, et de la température. Lorsque la masse est considérable, il est économique de chauffer les creusets dans des fours à porcelaine pendant plusieurs jours. La chaleur réduit le sulfate et le charbon en gaz acide carbonique etoxide de carbone qui se volatilisent, et en sulfure de strontium qui reste dans le creuset mé-
APPLIQUÉ!' A LA TEINTURF. 55
iangé à la petite quantité île matière terreuse du sulfate. On traite le sulfure par l'eau; il se produit ce qu'on a appelé un sulfure hydrogène. Suivant qu'on veut obtenir du nitrate, de l'hydrochlorate ou de l'acétate de strontiane , on verse dans la liqueur de l'acide nitrique, de l'acide hydrochlorique ou de l'acide acétique. Mais quand on se propose d'obtenir de la strontiane, il faut toujours employer l'acide nitrique. Dans tous les cas , après avoir versé l'acide dans le liquide, on le fait chauffer pour le filtrer ensuite. Avant d'aller plus loin , il faut remarquer que quand on a filtré le sulfure hydrogéné avant de le traiter par un acide , la solution de sel de strontiane n'est mêlée que d'acide hydrosulfurique, qu'on en dégage parla chaleur, et de soufre , qu'on en sépare ensuite par la filtration ; mais si on n'a pas filtré avant de décomposer le sulfure par l'acide , le sel de strontiane contient toujours du fer et même de la chaux. Supposons ce dernier cas, et en outre qu'on ait saturé le sulfure par l'acide nitrique; alors on versera dans la liqueur une certaine quantité d'eau de strontiane , ou si l'on n'en a pas, on y versera une solution filtrée de sulfure hydrogéné de cette même base ; le fer
56 16e LEÇON DE CHIMIE
sera précipité. On filtrera la liqueur, et, en la faisant concentrer, on obtiendra, par le refroidissement, des cristaux de nitrate de strontiane. Le nitrate de chaux ne cristallisera pas. Si on veut avoir le nitrate de strontiane absolument pur, on le lavera et on le fera cristalliser de nouveau. On mettra les cristaux de nitrate purifié dans des creusets de platine ou des cornues de porcelaine, que l'on exposera à une température suffisante pour réduire l'acide nitrique en oxigène, en deutoxide, d'azote et en azote; de sorte que le résidu se trouvera être de la strontiane pure.
Il est aisé de se rendre compte de la cause pour laquelle la strontiane est en masse poreuse. Le nitrate de cette base est fusible par la chaleur lors même qu'il a perdu son eau de cristallisation ; à mesure que l'acide nitrique se décompose , la matière devient moins fusible ; les parties qui reçoivent le plus immédiatement l'action de la chaleur, sont décomposées lorsque les autres parties ne le sont pas encore. De là un mélange de matière fluide, le sel indécomposé, et de matière infusible, la strontiane qui a perdu son acide nitrique. Il est clair que la proportion de la matière infusible augmentant, la liquidité
du mélange diminue. Il arrive donc que la matière devient pâteuse et absolument solide, quoique la température soit maintenue au degré où elle était lorsque la décomposition s'opérait. Il est évident que la porosité a été occasionée par la présence du gaz dans l'intérieur de la masse, et par le défaut de liquidité qui a été toujours en augmentant.
Ce que je dis ici est général et applicable à tous les cas où l'on expose à l'action de la chaleur des matières fusibles qui sont susceptibles de produire un fluide élastique et de laisser un résidu infusible. C'est à une cause semblable que sont dus les yeux du pain , du fromage de Gruyère ; mais le fluide élastique qui les a produits est resté emprisonné dans la pâle, son élasticité n'ayant pas été assez forte pour vaincre l'adbésion des couches supérieures.