CONSIDÉRÉS RELATIVEMENT A L'ART DE LA TEIN- TURE
Ualun de Rome, que l'on fabrique à laTolfa et à la Solfatare, a été de tout temps considéré par les teinturiers comme le meilleur qu'on puisse employer, car en en faisant usage lorsqu'il s'agit de teintures délicates, telles que des jaunes de
gaude sur coton ou sur soie, des cramoisis à la cochenille sur soie , on est certain de réussir, tandis qu'on ne l'est pas toujours en faisant usage de tel autre alun du commerce. Quelle est la raison de ce résultat? C'est une question qui n'est pas résolue, et je me vois encore ici obligé de renvoyer les expériences que j'ai entreprises pour la traiter, à la seconde partie du cours. Quoi qu'il en soit, je vais présenter l'état de la science sur ce point important.
L'opinion la plus ancienne est que l'alun de Rome doit sa supériorité à sa pureté , c'est-àdire à ce qu'il est absolument exempt de sulfate de fer, ou qu'il n'en contient qu'une extrême petite quantité. Cette opinion a été celle de Fougeroux de Bondaroix, de Macquer, de Bergmann, de Chaptal, de Berthollet, deVauquelin, de Séguin, de Désormes, de Clément, etc., etc. Mais avant 1806, époque où MM. Thénard et Roard présentèrent une belle suite d'échantillons de laine, de soie et de ligneux teints comparativement avec de l'alun de Rome, de l'alun de Liéee, de l'alun français et de l'alun purifié, l'opinion dont nous parlons ne reposait sur aucune expérience instituée dans la vue de la démontrer. Ce qui lavait rendue très-
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probable à Vauquelin, à Séguin, c'est qu'il insultait des analyses qu'ils avaient faites des différais aluns du commerce, que tous avaient la même composition, sauf que les uns, comme l'alun de Rome, étaient dépourvus de sulfate de 1er, ou n'en contenaient qu'une trace , tandis (pie les autres en contenaient une quantité sensible, mais qui ne dépassait pas ~ de leur poids, suivant Séguin.
Avant d'exposer une seconde opinion il est bon de revenir sur ce que nous avons dit (pages 9 et 10 de cette leçon), au sujet de la forme cubique ou cubo-octaèdre que prend l'alun dans plusieurs circonstances.
Sieffert, en 1770, paraît le premier auteur qui ait traité ex professo de l'alun cubique ; mais ce produit était déjà connu. Sieffert le prépara en mêlant 12 parties d'alun, 1 partie de cbaux éteinte à l'air; faisant dissoudre ce mélange dans l'eau bouillante, et faisant évaporer lentement la liqueur.
Leblanc, et après lui Vauquelin et Bertbollet, ont attribué cette forme à une moindre proportion d'acide, ou à une plus forte proportion de base que celle qui constitue l'alun octaèdre; et Leblanc; en donnant un moyen de prépare*
l'alun cubique , dit que la solution de ce sel , soumise à une trop forte chaleur ou aux chocs de Vèbullitioiiy se sépare de son excès d'alumine, et ne fournit plus que de l'alun octaèdre.
Peu de temps après que Tauquelin eut publié les analyses qui établissaient l'identité de composition de l'alun de Rome et des autres aluns, Hassenfratz fit l'observation que le premier cristallisant en cube, il était probable, d'après les expériences de Leblanc, que la supériorité cl$ cet alun sur les autres tenait à un excès de bas-e, et que Yauquelin pouvait avoir été trompé sur l'origine de la matière qu'il avait examinée sous le nom d'alun de Rome.
M. Darcet, non-seulement a adopté cette opinion, mais il a encore fabriqué en France de grande quantités d'alun cubique ou cubo-octaèdre, qu'il regarde comme identique à celui de Rome, parce que, suivant lui, ce dernier, dissous dans l'eau froide, donne une liqueur qui, évaporée spontanément, fournit d'abord des octaèdres, et ensuite des cubes. M. Darcet, en confirmant l'observation de Leblanc sur la décomposition que la solution de l'alun cubique éprouve par une élévation de température qu'il fixe à 5o' environ, mais qui me parait être
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celle nécessaire pour porter cette solution à IVbullition, explique par là comment les chimistes qui ont trouvé l'alun de Rome identique à l'alun octaèdre, peuvent avoir été trompés. En effet, qu'ils aient filtré une solution d'alun de Rome faite à une température suffisante pour la décomposer, et ils n'auront plus trouvé dans la liqueur que les proportions d'acide sulfurique, de potasse et d'alumine, qui constituent l'alun octaèdre.
Enfin, M. Darcet pense qu on peut remplacer avec avantage l'alun de Rome, non phis comme l'ont dit MM. Vauquelin, Séguin, Désormes, Clément, Thénard et Roard, par de l'alun octaèdre privé de fer, mais par la solution d'alun octaèdre opérée de 3o à 4°% à laquelle on a ajouté, pour i p. d'alun, o,o3 de sous-carbonate de soude sec : cette solution est employée depuis long-temps par les teinturiers sur ligneux et sur soie.
Enfin, il est une troisième opinion qui, quoique invraisemblable, doit être rapportée : c'est celle deCuraudau. Il reconnaissait la supériorité de qualité de l'alun de Rome en teinture , d'après sa propre expérience; mais suivant lui elle ne dépendait pas d'un excès de base, par la rai-
son, disait-il, que de ce même alun dissous dans de l'eau acidulée d'acide sulfurique, lui avait donné des cristaux doués de toutes les propriétés du meilleur alun de Rome; il pensait que l'alumine , base de ce dernier, provenant d'un terrain volcanique, avait e'té modifiée d'une manière toute particulière par la chaleur extrême qu'elle avait supportée, et que c'était cette modification qui la rendait si propre à fixer les principes colorans.
Je Tais traiter maintenant
A. De la manière de distinguer l'alun de Rome des autres aluns, en supposant avec Hassenfratz et M. Darcet, qu'il est identique avec l'alun cubique : je dis en supposant, parce que malheureusement je ne saurais affirmer que cette identité existe, n'ayant jamais eu à ma disposition de l'alun de Rome sur l'origine duquel je pusse compter ;
B. De la manière de priver l'alun octaèdre du sulfate de fer qu'il peut contenir;
C. De la manière de distinguer l'alun octaèdre pur de celui qui contient du sulfate de fer.
A. On a pu distinguer long-temps l'alun de Rome des autres aluns par la couleur rosée de
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la poudre qui le recouvre ; mais aujourd'hui ce serait une erreur de croire que tous ceux qui ont. cette teinte viennent de Rome, car plusieurs fabricans français livrent au commerce des aluns qui en ont l'aspect parce qu'ils les ont colorés avec une poussière formée de peroxide de fer et d'alun , ou de peroxide de fer et d'alun alumine. Il faut donc d'autres caractères que celui qui est tiré de la couleur; il est évident, d'après ce qui précède, que l'on pourra recourir aux deux suivans, toujours en adoptant ia manière de voir de Hassenfratz et de M. Darcet.
i° A Informe. Tout alun cubique ou cubooctaèdre pourra être considéré comme alun de Rome : dans le cas où l'alun serait en morceaux amorphes, on les ferait dissoudre à /jo° dans l'eau, puis on exposerait la solution à l'évaporation spontanée, pour voir si elie donnerait des cubes, sinon au commencement, du moins à la fin de l'opération;
2° A la décomposition que la solution faite à 4o° environ, éprouverait par une èbullition de quelques instans. Alors elle se troublerait en laissant précipiter de l'alun alumine, et la liqueur filtrée donnerait des cristaux octaèdres.
B. Pour purifier l'alun il suffit de le dissoudre
APPLIQUÉE A LA TEINTURE. 3r
«tans i fois et demie son poids d'eau; par le refroidissement on obtient de l'alun pur.
M. Seguin a vu i° qu'en prenant 200 parties d'eau, et y faisant dissoudre à chaud 100 p. d'alun impur, on obtient 72 p. d'alun pur, cristallisé par le refroidissement;
a" Qu'en faisant dissoudre 66 p. d'alun impur dans les eaux-mères précédentes, on obtient 60 p. d'alun pur;
3o Qu'en faisant dissoudre 70 p. d'alun impur dans les eaux-mères précédentes, oïl obtient 70 p. d'alun pur;
4° Qu'en faisant dissoudre 70 p. d'alun impur dans les eaux-mères précédantes, on obtient 66 p. d'alun pur;
5° Qu'en faisant dissoudre 70 p. d'alun impur dans les eaux-mères précédentes, on obtient 62 p. d'alun pur;
6,J Qu'en faisant dissoudre 70 p. d'alun dans les eaux-mères précédentes, on obtient 68 p. d'alun qui retient du fer.
Cette purification est fondée sur la force de cristallisation de l'alun d'une part, et d'une autre part sur la faible proportion du sulfate de 1er contenue dans l'alun et sa grande solubilité daas l'eau»
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C. La présence d'une petite quantité de sulfatedefer danslesalunsoctaèdres,aune sigrande influence dans plusieurs opérations de teinture sursoie et sur ligneux, qu'il est nécessaire que le teinturier sache reconnaître la pureté de ses aluns avant de les employer. Heureusement que rien n'est plus facile.
Après s'être procuré de l'alun parfaitement pur par le procédé précédent, on le dissout dans une quantité suffisante d'eau, et on prépare avec les aluns qu'on veut essayer, autant de dissolutions semblables à la première, quant à la proportion de l'eau ; puis on prend des volumes égaux de. chacune d'elles, et on y verse quelques gouttes d'hydrocyanoferrate de potasse; l'alun pur ne change pas, du moins dans la première heure du mélange , tandis que les aluns qui contiennent du sulfate de fer prennent une couleur bleue parce qu'il se forme du bleu de Prusse.
En répétant la même épreuve avec l'infusion de noix de galle, on observe que l'alun pur ne se colore pas, tandis que ceux qui contiennent du fer deviennent bleuâtres ou verdâtres.
Enfin, un très - bon moyen, indiqué par MM. Thénard et Roard, consiste à aluner quel-
ques décigrammes de soie dans les solutions précédentes, en les y laissant plongés 4 heures environ, et à les teindre ensuite dans une infusion de gaude. La soie alunée avec l'alun pur se colore en jaune franc, tandis que celle qui Va été avec de l'alun impur prend un jaune plus ou moins olivâtre.
MM. Thenard et Roard ont estimé Que l'alun de Liège, qui, à l'époque où ils ont travaillé , était le moins estimé dans le cornmerce, contenait ~ de sulfate de protoxide de fer;
Et que l'alun de Rome n'en contenait pas tout-à-fait 7^-a.