III. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES
A. Cas où l'indigotine n'éprouve aucune altération.
L'indigotine est neutre aux réactifs colorés.
L'eau n'a aucune action sur elle.
Il en est de même de l'alcool et de Péther hydratique à froid ; à chaud, et surtout dans le digesteur distillatoire (tom. Ier, leçon t\,pag. 7), l'alcool en dissout assez pour se teindre en bleu. Il se décolore entièrement par le refroidissement. S'il restait violet, cela prouverait
que l'indigotine employée à faire l'expérience ne serait pas pure, qu'elle retiendrait une quantité notable d'une matière dite résineuse qui se trouve dans les indigos du commerce.
Les alcalis faibles ou concentrés n'ont aucune action sur elle.
Il en est de même de l'acide sulfurique faible, et des acides phosphorique, arsénique, borique, hydrochlorique, etc., faibles ou concentrés.
L'acide sulfurique hydraté d'une densité de 1,84 2 ïa dissout en présentant des phénomènes complexes que nous allons décrire d'après M. Berzelius qui les a examinés dans ces derniers temps.
Lorsqu'on met i partie d'indigotine et l 'i parties d'acide sulfurique hydraté d'une densité de ],84a, la couleur devient jaune dans quelques parties, puis verte, et enfin l'on obtient une liqueur d'un beau bleu , sans qu'on observe de dégagement de gaz sulfureux.
Si l'on opère avec de l'acide fumant, et qu'on en mette 6 parties avec i partie d'indigotine, on obtient promptementune liqueur d'un rouge pourpre, sans qu'il se dégage de gaz acide sulfureux. Il ne s'en dégage pas davantage lorsque l'indigotine est exposée au contact de la vapeur
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provenant de la distillation de l'acide sulfurique fumant (tom. i", leçon 6,pag. 20). Seulement M.Dœbereiner a observé que la dissolution pourpre qui s'opère alors est si concentrée qu'elle se prend en masse par le refroidissement- La dissolution d'indigotine faite avec l'acide fumant étendu d'eau, ne donne pas de précipité. Elle est bleue, comme celle qu'on a préparée avec l'acide d'une densité de 1,0*42.
On avait généralement considéré la dissolution sulfurique d'indigotine comme un sulfate d'indigotine, ou un acide sulfo-indigotique. M. Berzelius, qui l'a examinée dans ces derniers temps, y reconnaît trois composés:
i° Du sulfate d'indigotine, que je nommerai acide sulfo-indigotique ;
20 De l'hyposulfate d'indigotine, que je nommerai acide hyposulfo-indigotique;
3° Du sulfate d'indigotine modifiée, qu'il appelle pourpre d'indigo, et que je nommerai acide sulfophénicique. M. Crum l'a décrit le premier rous le nom de phénicine .
L'examen de cette dissolution est trop important pour que nous n'en fassions pas l'objet d'un paragraphe spécial.
Il Cas où V indigotine est décolorée, sans être radicalement altérée.
Lorsque l'indigotine est en contact avec une liqueur alcaline et une matière oxigénable, et qu'elle se trouve d'ailleurs hors de l'influence de l'air, elle perd sa couleur et forme avec l'alcali une combinaison soluble dans l'eau, qui présente un phénomène bien digne de fixer notre attention ; c'est qu'elle n'a pas plutôt le contact de l'oxigène atmosphérique, qu'elle l'absorbe, et que l'indigotine, qui était tenue en dissolution par l'alcali, s'en sépare en reprenant la belle couleur pourpre cuivrée qui est propre à cette substance. Je dois d'autant plus insister sur ces faits, que le teinturier les observe tous les jours lorsqu'il fait usage des cuves à indigo.
Un des cas les plus simples où l'indigotine se décolore, est certainement celui où l'on remplit un flacon bouché à l'émeri de
Indigotine o,5o
Sulfate de protoxide de fer 1 ,83 =\ Y 0,46 j
( aq o,834
n , 1 m 1 •' 1 c (Po J.aSo
rotasse a alcool . . 1,00 npttœnmt { „ „<?•>
' ■ [aq o,20i
Eau 5oo,oo
8 29e LEÇ03 DE CHIMIE
Le mélange, abandonné à lui-même à la température ordinaire et agité de temps en temps, présente au bout de plusieurs heures un liquide d'un jaune foncé, et un dépôt d'oxide de fer, dont une partie est à l'état de peroxide. Ce liquide se recouvre, par le contact de l'air, d'une belle fleurée de couleur pourpre violette, et jouit, ainsi que je l'ai remarqué, de la propriété de précipiter de l'indigotine incolore, lorsqu'on vient à neutraliser la potasse par l'acide hydrochlorique.
Revenons maintenant à la réaction des corps que nous avons renfermés dans le flacon. On peut l'interpréter de deux manières différentes; mais, dans les deux cas, on est obligé de reconnaître que le mélange se réduit essentiellement à de la potasse, du protoxide de fer et de l'indigotine; car 0^,6^5 de potasse, en neutralisant 0^,531 d'acide sulfurique du sulfate de fer, forment i6r , 1 55 de sulfate de potasse. Il reste donco8r,625 de potasse libre, oBr,465 de protoxide de fer, et 0^,50 d'indigotine.Or, en parlant du protoxide de fer (tom. ier, leçon i45 pag> 66), nous avons insisté d'une manière toute particulière sur sa forte affinité pour l'oxigène.
A. Dans la première hypothèse, l'indigotine cède tout ou une portion de son oxigène au
APPLIQUÉE A LA TEINTURE. o.
protoxide de fer, ou à une partie seulement, et l'indigotine désoxigénée se dissout dans l'eau de potasse.
B. Dans la seconde hypothèse , l'eau est décomposée. Son oxigène se porte sur le protoxide de fer, et son hydrogène s'unit à l'indigotine pour former une espèce d'hydracide qui se combine à la potasse.
Berthollet est le premier, je crois, qui ait fait voir que les faits s'expliquaient dans ces deux hypothèses : la première a été universellement adoptée jusqu'à l'époque où le chlore a été considéré comme un corps simple. Alors M. Dœbereiner a soutenu la seconde, et il a appelé l'hydracide d'indigotine acide isatique; et j'avoue que cette hypothèse m'a paru plus satisfaisante que l'autre , jusqu'à l'époque où M. Berzelius et M. Liebig ont examiné d'une manière particulière l'indigotine incolore, et où ils l'ont considérée comme de l'indieotine désoxigénée. Nous nous conformerons à cttte hypothèse, tout en avouant cependant qu'elle n'est pas démontrée.
Quoi qu'il en soit, le teinturier doit parfaitement comprendre ce que nous venons de dire, s'il veut se rendre un compte exact de ce qui
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se passe dans la teinture en bleu de cuve; car, ainsi que nous le verrons dans la seconde partie du cours, toutes les cuves se réduisent à de l'indigotine plus ou moins impure, à une matière alcaline, soit la potasse, la chaux et même l'ammoniaque; à une matière oxigénable, soit minérale, comme le sulfure d'arsenic, soit organique, comme le sucre, l'amidon, la gomme, etc. Dans ce cas, on est presque toujours obligé d'élever la température pour faciliter la réaction de corps.
Le phosphore, les sulfites, les phosphites, les sulfures de potassium, de calcium, d'antimoine, etc., réduisent l'indigotine sous l'influence d'un alcali capable de la dissoudre lorsqu'elle est désoxigénée.
i volume d'acide sulfurique concentré , et 3 à l\ volumes d'alcool dans lesquels on fait digérer de l'indigotine en vase clos, en déterminent la désoxigénation. L'indigotine désoxigénée est dissoute par l'alcool.