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CHARBON ET LES CORPS POREUX EN GÉNÉRAL

Les différentes espèces de fluides élastiques sont absorbées en des proportions diverses par le charbon d'une même espèce de bois.

Cette proposition résulte d’expériences de MM. Rouppe et Norden, du comte Morozzo, et surtout de celles de M. Th. de Saussure, que nous allons rapporter:

Ce physicien distingué a trouvé que i volume

de charbon de buis, qui a été préalablement rougi, et refroidi sans le contact de l’air, absorbe à la température de 1 1 à ï 3°, et sous une pression de ora,724 de mercure:

190 volumes de gaz ammoniaque,

85 — acide hydrochlorique,

65 — acide sulfureux,

55 — ■ acide hydrosulfurique,

40 — protoxide d’azote,

35 — acide carbonique,

35 — - hydrogène bicarboné,

9,4 2 — oxide de carbone,

9,2 5 — oxigènej

7,5o — azote,

1,75 — hydrogène.

Vous voyez, Messieurs, par ce tableau, que les gaz simples sont moins absorbables que les gaz composés en général, et que les gaz composés les plus absorbables sont ceux qui ont des propriétés acides ou alcalines prononcées, et le plus de solubilité dans l’eau.

Vous concevez que si , avant d’introduire dans un gaz le charbon dont on veut déterminer le pouvoir absorbant, on n’avâit pas la précaution de l’exposer à une température rouge et de le laisser refroidir sans le contact de l’air, on serait induit en erreur par les fluides

9e LEÇON DE CHIMIE

aériformes qu’il aurait pris dans l’atmosphère , ce qui affaiblirait son pouvoir absorbant d’une certaine quantité. C’est pour être à l’abri de cette cause d’erreur, qu’il faut dépouiller le charbon de tous les gaz qu’il pourrait contenir, en le faisant rougir, ou bien encore en l’exposant au vide de la machine pneumatique; car M. Th. de Saussure a constaté que le charbon qui a été dégazé par ce dernier procédé , a sensiblement le même pouvoir absorbant que celui qui a été chauffé au rouge. Cette observation est importante en ce qu’il existe des corps organiques destructibles par la chaleur, dont le pouvoir absorbant ne pourrait être mesuré, si on n’avait pas la ressource de les dégazer en les soumettant au vide.

L'absorption des gaz par le charbon n'est jamais instantanée. M. Th. de Saussure l’a généralement considérée comme achevée après 24 ou 36 heures. Il a remarqué que le charbon que l’on conserve des années entières dans l’oxigène continue à en absorber, quoique trèslentement à la vérité. Mais parce qu’il se produit en même temps de l’acide carbonique, et que celui-ci est plus absorbable que l’oxigène, on conçoit qu’à mesure qu’il s’en forme, le char-

bon a la faculté d’absorber de nouvel oxigène dans l’atmosphère où il est plongé.

TJ absorption des gaz par le charbon est accompagnée d’un dégagement de chaleur qui est d’autant plus sensible, toutes choses égales d’ailleurs, qu elle est plus rapide.

Puisque nous avons vu que le charbon peut être dé gazé par la chaleur et par son séjour dans le vide , il est clair que du charbon qui aura été saturé d’un gaz à une certaine température , devra en abandonner lorsqu’il sera exposé à une température plus élevée, ou à une pression moindre que celle ou il a été saturé de ce gaz.

Le charbon qui est saturé d’un gaz en abandonne une partie, lorsqu’on le plonge dans beau. C’est ce dont il est aisé de se convaincre en introduisant sous une cloche pleine d’eau, du charbon qui soit saturé d’air atmosphérique, ou de tout autre gaz peu soluble dans ce liquide.

Le charbon saturé d’un gaz mis dans un autre gaz , laisse constamment dégager une portion du premier en même temps qu ’il absorbe plus ou moins du second.

M. Th. de Saussure dit que si le volume du gaz expulsé est plus grand que celui du gaz

absorbé, il y a production de froid, tandis que dans le cas contraire il y a dégagement de chaleur.

Les charbons obtenus de bois diffèrens nont pas tous , indistinctement au même degré, le pouvoir d absorber les gaz .

Les charbons de buis, de chêne, et des bois denses en général, ont un pouvoir absorbant plus grand que ceux de sapin, de bouleau, et des bois blancs légers.

Mais M. Th. de Saussure a observé que les diffèrens gaz sont absorbés par des charbons diffèrens, en quantités qui sont entre elles dans les mêmes rapports pour tous ; par exemple si i volume d’un certain charbon absorbe la moitié moins d’acide carbonique que i volume de charbon de buis , il absorbera la moitié moins de toute autre espèce de gaz.

Il ne faut pas croire que la propriété d’absorber les gaz soit particulière à la matière qui nous occupe ; tous les corps poreux la possèdent ; et pour avoir une juste idée des causes auxquelles on peut rapporter cette propriété dans le charbon, il faut prendre en considération les corps avec lesquels il 3a partage.

Nous avons vu que les quantités de gaz qui

sont absorbées par différentes sortes de charbon sont entre elles dans les mêmes rapports. Iln en est pas de même de celles qui le sont par des corps poreux autres que le charbon . Par exemple, si vous prenez i volume d’écume de mer dépouillé de toute substance gazeuse par l’action de la chaleur ou du vide, si vous le mettez avec différens gaz, et que vous dressiez un tableau correspondant à celui que nous avons donné pour le charbon de buis, il se trouvera des gaz qui seront plus absorbables par le charbon que par l’écume de mer, et réciproquement.

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