III. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES
L’oxigène sec n’a pas d’action sur lui à la température ordinaire; mais aune température élevée, il s’y combine, et produit un protoxide rouge ou un deutoxide brun, si la chaleur n’est pas trop forte , car au rouge cerise ce deutoxide repasse à l’état de protoxide.
Il se combine à chaud avec le chlore en produisant de la lumière. Il y a deux chlorures; mais lorsque la température est très-élevée, on
ne peut obtenir que du protochlorure, parce que le deutochlorure est réduit en protochlorure par l’action d’une chaleur rouge.
L’iode s’unit très-bien avec le cuivre chaud.
Le soufre s’y combine également, à l’aide de la chaleur: il se produit une belle lumière rouge. Cette lumière est assez vive, pour que les chimistes hollandais, qui l’observèrent longtemps après qu’elle eut été signalée pour la première fois, l’aient opposée à la théorie antiphlogistique ; ils avaient raison , en cela qu’elle est indépendante de toute oxigénation. Dans la manière dont nous avons envisagé la combustion, le phénomène dont nous parlons s’explique tout simplement par l’action mutuelle du soufre et du cuivre.
Le sélénium, le phosphore, l’arsenic, l’antimoine, l’or, l’argent, le platine, se combinent à chaud avec le cuivre.
Ce métal plongé dans l’eau pure n’en éprouve aucune altération; mais si Feau est aérée, il passe à l’état de protoxide. Cet oxide se forme encore lorsque le cuivre se trouve dans une atmosphère humide.
Le cuivre qui est exposé à la fois au contact de l’eau liquide et à celui de l’air atmosphéri-
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que , se couvre de taches, connues sous le nom de vert-de-gris , lesquelles résultent de l’union du métal avec l’oxigène, l’acide carbonique et l’eau : c’est un sous -carbonate de deutoxide de cuivre hydraté.
Il importe beaucoup au teinturier, qui exécute la plupart de ses opérations dans des chaudières de cuivre, de savoir quelle est l’action des acides sur ce métal ; il y en a qui ne lui font éprouver aucun changement, tandis que d’autres l’altèrent profondément. En général, on peut dire que toutes les fois que des acides très-faibles, qui, à l’état de pureté, n’auraient pas d’action sur lui, séjournent un temps suffisant dans une chaudière de ce métal avec le contact de l’air, il y a toujours production d’un sous-sel cuivreux, et souvent dissolution dans l’acide d’une quantité sensible de deutoxide de cuivre. Je ne parle pas de cette dissolution sous le rapport des inconvéniens qu’elle peut avoir pour détruire la chaudière, mais comme pouvant altérer certaines couleurs : car le cuivre, une fois dissous dans de l’eau à l’état salin, est susceptible de s’appliquer sur le coton et sur d’autres étoffes que l’on plonge dans la liqueur où il se trouve ; et comme dès lors
il peut changer la nuance de ces étoffes, vous sentez les inconvéniens qu’il y a à faire certaines opérations dans des vases de métal. Mais il faut avouer qu’en général le cuivre est peu disposé à se combiner avec les acides; et si on a soin de bien écurer les chaudières qui en sont formées, et de ne préparer la dissolution des mordans qu’au moment d’en faire usage, on évitera les inconvéniens dont nous parlons. Quoi qu’il en soit, nous allons examiner rapidement l’action des acides sur le cuivre métallique.
L’acide nitrique* même faible, le dissout, surtout si la température est élevée : le teinturier doit donc éviter de mettre cet acide dans des chaudières de cuivre ; et, lorsqu’il s’agit de colorer la laine ou la soie en jaune, au moyen de l’acide nitrique plus ou moins chaud et plus ou moins concentré, il faut opérer dans des vases de porcelaine, de grès, ou, ce qui serait préférable, dans des vases de platine. En se servant du cuivre, il y a non- seulement l’inconvénient de la corrosion du vaisseau , mais le teinturier souffre beaucoup d’être exposé aux vapeurs de l’acide nitreux qui se développent dans l’opéra don.
L’acide sulfurique bouillant et concentré attaque le cuivre; il se dégage du gaz acide sulfureux, et il se produit du sulfate de deutoxide de cuivre anhydre.
L’acide sulfurique faible, sans le contact de l’air, n’attaque pas ce métal; d’un autre côté, comme il a une action marquée sur ses oxides, il est très-propre à décaper les chaudières de cuivre rouge. Lorsque ces vaisseaux sont d’un jaune terne, ils doivent cette couleur à une couche très-mince de protoxide. Si alors vous y mettez de l’acide sulfurique très -faible, sur-le-champ la surface du métal est parfaitement décapée. Voyons à quoi cela tient. La couche de protoxide qui recouvre la chaudière se compose de i atome de cuivre et de i atome d’oxigène. Supposons 2 atomes de protoxide que nous mettrons en contact avec 2 atomes d’acide sulfurique : le protoxide se décomposera de manière à donner
1 atome de deutoxide =z[ 2 at*
( 1 at. de cuivre,
-p i atome de cuivre.
L’atome de deutoxide sera dissous par l’acide, et il reparaîtra 1 atome de cuivre métallique.
Les acides phosphorique, borique, dissous dans l’eau, n’ont pas d’action prononcée sur le
cuivre tant que ces corps sont soustraits au contact de l’oxigène.
Il en est de même, à plus forte raison, de Facide carbonique. Mais lorsque celui-ci est dissous dans l’eau, et qu’il est en même temps en contact avec le cuivre et l’air, il est possible que Faction soit plus forte que si l’eau était privée d’acide. Au reste, voici ce qu’on remarque lorsque de l’eau contenant de Facide carbonique, ou pouvant en puiser dans l’atmosphère, est contenue dans un vase de cuivre découvert : peu à peu il se produit du vert-degris dans toute la partie où le métal a le double contact de l’air et de Feau. Ce vert-de-gris est un sous-carbonate de cuivre hydraté , ainsi que nous l’avons dit. Pour reconnaître si Feau tient du sel cuivreux en dissolution, on la mêle avec de Facide hydrosulfurique ; celui-ci, en formant, avec l’oxide de cuivre qui peut être dissous, de Feau et un sulfure noir qui trouble la transparence des liqueurs qu’on a mélangées, rend sensible la présence du métal. On peut encore faire usage de l’hydrocyanoferrate de potasse, qui forme, avec Foxide de cuivre, un précipité d’un rouge marron. Ce réactif est même préférable à Facide hydrosùlfurique.
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L’acide hydrochlorique n’a à froid qu’une très-faible action sur le cuivre; à chaud, il l’attaque davantage, mais cependant toujours avec difficulté. Il y a un faible dégagement d’hydrogène. Le liquide contient évidemment du prolochlorure en dissolution dans de l’acide hydrochlorique. Lorsqu’on y mêle de l’eau , le protochlorure se précipite à l’état d’hydrate blanc, et il peut rester en dissolution du perchlorure qui colore la liqueur en vert ou en bleu.
Le gaz acide hydrosulfurique est décomposé à chaud par le cuivre; l’hydrogène est mis en liberté, et le métal est sulfuré. La même décomposition a lieu à froid lorsque de l’eau hydrosulfatée est renfermée dans un vaisseau de cuivre. C’est pour cette raison que les eaux de la Bièvre re'pandent une odeur sulfureuse qui noircit ce métal. On conçoit , d’après ce que nous avons dit de la réaction de l’acide hvdro-
sulfurique et du cuivre, que dans cet état elles ne peuvent tenir de sel cuivreux en dissolution.