I. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES
L’étain est solide jusqu’à la température de 2120, où il entre en fusion. Il cristallise en
rhomboïdes , et il peut se volatiliser à une température élevée. Il est mou et ductil au laminoir et sous le marteau, mais il n’a pas assez de ténacité pour être passé à la filière.
Il est très - difficile de le diviser au moyen de la lime, parce qu’il s’y attache, et qu’il la graisse , comme on dit vulgairement. Pour en opérer la division, il faut le fondre dans un creuset de terre ou dans une cuiller de fer bien propre, puis le verser doucement dans l’eau froide, et en ayant le soin de n’en répandre que de très- petites quantités sur chaque point de la surface de l’eau. Par ce moyen, le métal se trouve divisé convenablement pour être dissous dans les acides. Avant de chercher à le dissoudre dans une eau régale, pour faire une composition cT étain , on doit le diviser ainsi.
La densité de l’étain est de 7,299.
Son poids atomistique est de 1 470,58.
Sa couleur blanche et son éclat le rapprochent de l’argent.
Il a une propriété connue de tous ceux qui le travaillent, c’est de faire entendre, lorsqu’on le ploie, un petit bruit qu’on appelle cri de l’étain.
IL PROPRIÉTÉS CHIMIQUES
Il ne s’unit pas à l’hydrogène.
Il n’a pas d’action sensible sur l’oxigène à la température ordinaire; mais à chaud, il s’y combine en produisant du feu et un deutoxide de couleur blanche légèrement jaunâtre. On dé-^ montre la combustibilité de l’étain en chauffant une petite portion de ce métal sur un charbon , à la flamme du chalumeau. Lorsqu’il est en globule incandescent, on le projette sur une feuille de papier dont les bords sont relevés, et qui est placée sur une table horizontale; alors l’étain se divise en une multitude de petits globules qui brûlent en répandant une vive lumière.
A chaud, le chlore se combine avec l’étain; il se produit un deutochlorure liquide , et il se dégage de la chaleur et de la lumière.
Le sélénium, le phosphore, le soufre, l’iode, l’arsenic, l’antimoine, l’or, le platine, le mer^ cure, l’argent, le bismuth, le cuivre, s’y combinent pareillement.
L’eau n’est pas décomposée à froid par l’étain; mais à chaud, la décomposition s’opère.
Si l’on chauffe dans une fiole à médecine mu-.
nie d’an tube recourbé, dont l’extrémité libre s’engage sous une cloche pleine de mercure , de l’acide sulfurique concentré avec de l’étain en excès, la réaction des corps est assez vive; il en résulte i° du gaz acide sulfureux; a° du gaz hydrogène ; 3° du gaz acide hydrosulfurique ; 4° du soufre, dont une partie reste dans la fiole, et dont une autre se dépose dans le tube à gaz qui y est adapté ; 5° du sulfate de protoxide d’étain, en supposant que l’acide sulfurique n’ait pas été en excès, et qu’on ne Fait pas fait chauffer trop long-temps, car, dans le cas contraire, il se produirait plus ou moins de sulfate de peroxide. Celui-ci diffère de l’autre en ce qu’il est presque insoluble dans un excès de son acide.
Il est évident que dans cette réaction il y a de l’oxide d’étain qui se forme aux dépens i° d’une portion d’eau décomposée, a0 d’une portion d’acide sulfurique, qui par là est réduite en acide sulfureux; mais comment y a-t-il du soufre mis à nu? c’est ce qu’on peut expliquer de plusieurs manières. Par exemple,
A. On peut concevoir qu’une portion d’étain s’oxide aux dépens d’une portion d’acide sulfurique qui se trouve complètement désoxigénée : on peut admettre ,
i° Que ce n’est pas seulement par l’affinité du métal pour l’oxigène, mais que. c’est encore par l’affinité du soufre pour l’hydrogène de l’eau que cette décomposition radicale de l’acide sulfurique est opérée; d’après cela, il doit se former de l’acide hydrosulfurique et de l’acide sulfureux; une partie de ces corps, en se décomposant ensuite mutuellement, donnent de l’eau et du soufre ;
2° Ou bien que le soufre, à l’état naissant, s’unit à de l’hydrogène, et qu’une portion de cet acide hydrosulfurique décompose, dans le tube qui est adapté à la fiole, une portion d’acide sulfureux.
B. On peut concevoir qu’il n’y a pas d’acide sulfurique complètement desoxigéné par l’étain, mais que de l’hydrogène, à l’état naissant, décompose de l’acide sulfurique ou plutôt sulfureux, et qu’il en résulte de l’eau du soufre et de l’acide hydrosulfurique, dont une partie est ensuite réduite , dans le tube à gaz , en eau et en soufre.
L’acide sulfureux dissout l’étain sans dégage” ment de gaz, parce qu’il se produit un hyposulfite de protoxi de.
L’acide nitrique très-concentré, de 4 8° à 5o°,
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par exemple, n’a point d’action sur l’étain; mais s’il est à 4o°, il a une action des plus énergiques; il se dégage des vapeurs nitreuses, et le métal se trouve converti en une matière blanchâtre qui est du peroxide d’étain. Lorsqu’on opère sur une grande masse, le résultat n’est pas le même que lorsqu’on opère sur une petite masse que nous supposons contenue dans un vase de verre, dont le poids est considérable relativement aux corps qui réagissent : car alors le verre s’échauffant, s’oppose à ce que la température développée soit aussi grande qu’elle l’aurait été dans l’autre circonstance; c’est ce qui fait, en général, qu’il y a une si grande différence entre une opération faite en petit et une opération faite en grand, toutes les fois que le contact des corps mis en expérience donne lieu à un dégagement de chaleur.
Lorsqu’au lieu de prendre de l’acide nitrique concentré, on prend de l’acide nitrique à 6° et à une température de 12 à 1 5° du thermomètre centigrade, l’étain se dissout dans l’acide, et, ce qu’il y a de remarquable, il se dissout sans presque produire d’effervescence, et l’acide prend une couleur jaune. Il y a formation de protoxide d’étain. Lorsque vous saurez
que l’on rencontre dans la liqueur, outre le protoxide d’étain, de l’ammoniaque, vous concevrez comment la dissolution peut se faire sans effervescence. En effet, puisqu’il y a de l’ammoniaque produite, il y a de l’acide nitrique décomposé : or cet acide est formé d’oxigène et d’azote ; d’un autre côté , puisque l’étain ne contient pas d’hydrogène, que l’acide nitrique n’en contient pas non plus, et qu’il y a de l’eau en contact avec le métal, il faut admettre la décomposition d’une portion de ce liquide : or, puisque nous avons de l’acide nitrique décomposé qui a fourni de l’azote, de l’eau décomposée qui a fourni de l’hydrogène , nous avons les deux élémens de l’ammoniaque ; quant à i’oxigène provenant de ces décompositions, il s’est porté sur l’étain , et a formé du protoxide qui s’est dissous dans l’acide étendu. Puisqu’il ne se développe pas d’oxides d’azote, il ne pourrait y avoir d’autre cause d’effervescence qu’un dégagement de gaz hydrogène et de gaz azote; mais ces corps se combinant pour former de l’ammoniaque, qui s’unit à une portion d’acide nitrique, il est évident qu’il n’y a plus de cause d’effervescence.
Si, pour une opération de teinture, l’on avait
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besoin d’une dissolution d’étain au minimum d’oxidation, vous pourriez employer avec avantage la dissolution nitrique d’étain. Il est peutêtre nécessaire d’insister sur ce sujet , parce que beaucoup de personnes s’imaginent que ce métal n’est pas dissoluble dans l’acide nitrique, croyant qu’un métal aussi oxigénable ne peut exister qu’à l’état de peroxide en présence de cet acide; et ces personnes savent d’ailleurs qu’il n’y a pas de nitrate de peroxide d’étain soluble.
Le gaz acide hydrochlorique est décomposé par l’étain. Si l’on chauffe le métal dans une petite cloche remplie de ce gaz, et pose'e sur le mercure, un volume d’hydrogène égal à la moitié de celui de l’acide réagissant est mis en liberté, du chlorure d’étain est produit. On peut donc démontrer par ce procédé qu’il y a { volume d’hydrogène dans i volume d’acide hydrochlorique.
On obtient une dissolution d’étain en mettant ce métal en contact avec de l’eau et de l’acide hydrochlorique; et c’est même un procédé qu’on peut exécuter en grand pour produire le sel d'étain , qui est surtout employé dans la teinture du coton en rouge des Indes.
On met de l’étain en rubans ou en grenailles
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avec de l’eau dans un flacon ou une bouteille qui communique à une source de gaz acide hydrochlorique. A mesure que ce gaz arrive dans l’eau, il s’y dissout, et réagit aussitôt sur l’étain ; il se forme un protochlorure et il y a dégagement d’hydrogène. La chaleur produite, et par la combinaison de l’acide hydrochlorique dans l’eau, et par la réaction de cet acide sur l’étain, est extrêmement convenable pour la dissolution ultérieure du métal; de sorte qu’il n’est pas nécessaire d’employer une chaleur étrangère. D’un autre côté , cette manière d’opérer a l’avantage de ne pas laisser dégager dans l’atmosphère une certaine quantité de gaz acide hydrochlorique , ainsi que cela arrive presque toujours lorsqu’on opère la dissolution de l’étain , comme on le fait quelquefois dans les fabriques de produits chimiques, en faisant réagir dans des ballons, à une température assez élevée, de l’acide hydrochlorique concentré sur de Pétain métallique ou sur un mélange de ce métal et de son oxide. Au reste, si on voulait employer ce procédé, il faudrait éviter, surtout au commencement, d’élever la température à un degré tel que l’acide hydrochlorique se dégagerait à l’état de gaz avec
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plus de rapidité qu’il ne se porterait sur l’étain.
L’acide hydrosulfurique est décomposé par ce métal ; il se produit un protosulfure, et l’hydrogène est mis à nu.