IV. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES
À. Cas où C ammoniaque ne se décompose pas.
Tant que l’ammoniaque ne se décompose pas, elle jouit des propriétés alcalines au plus haut degré, ainsi que le démontrent la couleur verte qu’elle communique à la teinture de violette, la couleur bleue qu’elle fait prendre à la
teinture de tournesol rougie par un acide, et enfin les sels quelle forme avec tous les acides.
Elle s’unit à l’eau avec dégagement de chaleur et en proportions indéfinies. Une mesure de ce liquide est susceptible de dissoudre 670 mesures d’ammoniaque, suivant sir H. Davy, et 780 mesures, suivant M. Thomson. La densité de la combinaison est de 0,875 suivant le premier, et de 0,900 suivant le second; exposée à —55°, elle se prend en une gelée épaisse. La chaleur en dégage une grande quantité d’ammoniaque. La simple exposition à l’air produit le même effet, mais dans ce cas l’acide carbonique est absorbé par la portion d’ammoniaque qui ne se volatilise pas.
La solution aqueuse d’ammoniaque doit être conservée dans un flacon bouché à l’émeri.
B. Cas oit V ammoniaque s'altère.
L’ammoniaque se décompose quand elle est soumise à Faction de l’étincelle électrique, mais la décomposition est toujours lente , c’est-àdire que pour réduire une quantité sensible de gaz en ses élémens, il faut multiplier les étincelles qu’on fait passer au moyen d’un excitateur dans un volume connu de gaz qui doit être con-
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tenu dans une petite cloche placée sur le mercure. A mesure que la décomposition fait des progrès, on voit le gaz augmenter de volume, mais on ne parvient pas à décomposer la totalité de l’ammoniaque soumise à l’expérience. Si, lorsqu’on juge l’électrisation suffisante, on mesure le volume des gaz, et qu’on les mette ensuite en contact avec un peu d’eau, on dissoudra l’alcali non décomposé ; et en retranchant le volume de cet alcali non décomposé du volume du gaz qui a été soumis à l’expérience, la différence exprimera le volume de l’alcali qui a été décomposé. Or ce dernier volume est au volume d’azote et d’hydrogène provenant de sa décomposition:: i : a. On peut en outre faire l’analyse des gaz dans un eudiomètre par l’oxigène, et s’assurer qu’ils sont formés de 3 volumes d’hydrogène et de i volume d’azote.
Un courant de gaz ammoniaque qu’on fait passer dans un tube de porcelaine rempli de fragmens de porcelaine est décomposé, sinon en totalité au moins en partie. Si on remplace les fragmens de porcelaine par du cuivre, du fer, etc., la décomposition est plus prononcée. Le cuivre devient cassant, et sa densité est diminuée. M. Thénard pense que les métaux
agissent physiquement, c’est-à-dire sans se combiner avec aucune portion d’ammoniaque ou de ses élémens. M. Savart pense le contraire.
Toutes les fois que la température de l’ammoniaque est suffisamment élevée, et qu’elle se trouve en contact avec l’oxigène, celui-ci se porte sur son hydrogène pour former de l’eau; c’est pour cette raison que, lorsque vous présentez la flamme d’une bougie à l’orifice d’une cloche de gaz ammoniaque renversée, la flamme s’agrandit, mais elle s’éteint ensuite. C’est encore pour la meme raison que le mélange de 2 volumes d’ammoniaque et de 1 d’oxigène détonne quand on y plonge une bougie enflammée.
Y. PROPRIÉTÉS ORGANOLEPTIQUES.
L’ammoniaque a une odeur forte et stimulante, une saveur acre et caustique. Au sujet de l’odeur de l’ammoniaque, je vous ferai remarquer, Messieurs, que cette odeur se manifeste dans un grand nombre de cas. Par exemple, on a donné pour caractère aux alcalis caustiques fixes, tels que la potasse, la soude, la chaux, d’avoir une saveur urineuse; hé bien, cette propriété ne leur appartient pas; il faut la reporter à l’ammoniaque, et à Vain »
moniaque agissant sur H odorat et non sur le goût. En effet , quand vous mettez de la potasse ou de la soude très-étendue d’eau dans la bouche, ces alcalis réagissent sur les sels ammoniacaux contenus dans la salive , l’ammoniaque, devenue libre, se volatilise; elle sort en partie par le ne^, et c’est alors que la membrane de l’odorat en reçoit l’impression. Cette sensation étant simultanée avec l’impression que reçoit le goût du contact de l’alcali caustique, on a été porté ainsi à attribuer à ce dernier une saveur urineuse qu’il n’a point. Pour s’en convaincre, il suffit d’arrêter l’air qui s’échappe par le nez, en appuyant les doigts contre les narines : la sensation dont je parle est alors complètement détruite; d’un autre côté, il suffit de mêler de la salive avec un alcali fixe pour sentir l’odeur urineuse lorsqu’on flaire le mélange.
Yï. ETAT.
L’ammoniaque se trouve dans la nature, mais rarement à l’état caustique, et cela se conçoit, car dans les circonstances où elle se forme, elle est le plus souvent en présence d’acides pour lesquels elle a une grande affinité; aussi est-elle presque toujours à l’état de sous-carbo-
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nate, de sulfate et d’hydrochlorate^ elle se produit dans la plupart des décompositions spontanées des matières organiques azotées.
V II. PRÉPARATION. '
La manière d’obtenir Fammoniaque à Fétat de gaz est fort simple; on prend parties égales d’hydrochlorate d’ammoniaque et de chaux, réduites en poudre; on en fait un mélange qu’on introduit dans une cornue et qu’on recouvre ensuite avec clés morceaux de chaux ; la cornue est garnie d’un tube recourbé qui plonge dans un bain de mercure ; on chauffe le mélange; lorsqu’on juge le gaz qui se dégage assez pur, on le recueille dans une cloche : on est assuré de sa pureté quand il est entièrement soluble dans l’eau.
Pour obtenir Fammoniaque en dissolution dans Feau , on introduit dans une cornue de grès un mélange fait à parties égales, de chaux éteinte à l’eau et d’hydrochlorate d’ammoniaque; on adapte à la cornue un tube de sûreté qui va plonger clans un flacon; celui-ci communique de la même manière avec un second flacon , qui communique hxi-même avec un troisième : ces deux vases doivent être rem-
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plis d’eau au tiers de leur capacité environ; enfin le troisième communique avec un dernier flacon. On chauffe la cornue, du gaz ammoniaque et de la vapeur d’eau se dégagent; celle-ci se condense en partie dans le premier flacon avec une petite quantité d’ammoniaque, tandis que le reste va se dissoudre dans le second, et même dans le troisième.
Voyons ce qui se passe dans cette expérience. Nous avons mis dans la cornue de l’hydrate de chaux et de l’hydrochlorate d’ammoniaque. Supposons qu’on ait
i atome de chaux
{i at. oxigène.
i — calcium.
4at. hydrochl. d’amm. =
4 — hydrog.
4 — azote, la - hydrog.
plus un excès de chaux.
A une température élevée, l’équilibre des élémens de l’atome de chaux et de ceux des 4 atomes d’hydrochlorate d’ammoniaque est rompu : un nouvel équilibre s’établit ; 4 atomes de chlore se combinent avec i atome de calcium pour former i atome de chlorure de calcium , qui étarp: fixe reste dans la cornue uni à l’excès de chaux; les 4 atomes d’hydrogène de
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l’acide hydrochlorique , se combinant avec les 2 atomes d’oxigène, qui ont abandonné le cah cium, donnent naissance à a atomes d’eau qui ,se dégagent avec les 4 atomes d’ammoniaque : l’eau qui constituait l’hydrate de chaux se volatilise en même temps.
Èn grand on opère la décomposition de l’hydrochlorate d’ammoniaque dans des tubes de fonte.
L’ammoniaque fluor contient presque toujours des matières étrangères. Lorsqu’on s’est servi d’eau distillée , et qu’on n’a pas pris, d’ailleurs, toutes les précautions imaginables, il arrive presque toujours qu’il s’y trouve une petite quantité d’huile empyreumatique et d’acide carbonique; et lorsqu’on a fait usage d’eau ordinaire; par exemple d’eau de puits ou d’eau de Seine, l’ammoniaque fluor contient de plus de l’acide sulfurique, et même de l’acide hydrochlorique.
Voyons comment on reconnaît la présence de ces corps dans l’ammoniaque fluor.
Y reconnaître la présence de V acide hydrochlorique.
On y met de l’acide nitrique en excès; on
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ajoute ensuite du nitrate d’krgent; et si ie liquide n’est pas troublé r c’est que l’ammoniaque ne contient pas d’acide hydrôchlorique.
Y reconnaître la présence de V acide carbonique .
On mêle l’ammoniaque avec du nitrate de baryte ou même de Fhydrochiorate de chaux bien neutre et bien pur dans un flacon bouché à l’émeri. Si au bout de quelques heures il ne se produit pas de précipité, on peut être sûr que Fammomaque ne contient pas de quantité notable d’acide carbonique.
Y reconnaître la présence d J une huile empjr Cli-
matique.
v II faut mêler peu à peu avec l’ammoniaque un volume d’acide sulfurique concentré égal au sien ; si elle ne prend pas une teinte plus ou moins rousse, elle ne contient point d’huile.
• Y reconnaître V acide sulfurique .
Quand elle a été neutralisée par l’acide hydrochlorique, elle ne doit pas précipiter Fhydro chlorate de baryte.
L’ammoniaque, ainsi que nous l’avons dit, peut être fendue liquide. Il suffit pour cela de chauffer, dans un tube de verre fermé à la
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lampe , un composé de chlorure d’argent et d’ammoniaque, pendant que l’extrémité oppasée est refroidie.