‹ Leçons de chimie biologique, normale et pathologiqueChapitre 89 sur 467 · SUBSTANCES PROTÉIQUES DES VENINS · texte numérisé non relu

SUBSTANCES PROTÉIQUES DES VENINS

Les venins, et en particulier ceux de serpents, contiennent des substances protéiques très toxiques. Nous avons dit plus haut comment elles ont été découvertes. Les travaux les plus précis à ce sujet sont ceux de Norris Wolffendcn sur les venins de cobra, de vipère cl de daboia(1)ï Ce savant montra que ces venins dialyses ne fournissent pas sensiblement de peptones, mais qu'il reste sur le dialyseur trois matières albuminoïdes qu'on peut séparer par les précipitants salins classiques : une (jlobuline, une sérumalbumine et une a cal albumine. Chacune d elles agit différemment sur les animaux inoculés : la globuline paralyse les centres respiratoires et détruit probablement le principe coàgulanl du

(!) Journal of Physiolog., 1886, p. 327.

ÏOXINES DES VENINS. ' 151

sniiii : la sérumalbumine tue par paralysie ascendante de la moelle; i'acFdalbumine agit comme la globuline, mais plus faiblement qu'elle.

Qrace à ['analyse physiologique, MM. Physalix cl Bertrand ont i tré

»ue |,. venin de vipère contient trois substances bien distinctes : Véchidmise, qui détermine dans le tissu cellulaire de l'envenimé un œdème hémorragique énorme sans doute par destruction du pouvoir coagulant, et que la chaleur détruit rapidement à 90"; Yéchidnoloxbie, qui produit les troubles nerveux et vasomoleurs observés dans cet empoisonnement; enfin Véchidnovaccin, peu toxique et doué de propriétés vaccinantes. Ce dernier résiste à la chaleur. Chose plus intéressante encore, découverte par Physalix lorsqu'on filtre une solution aqueuse le venin de vipère à travers le biscuit de porcelaine, seul l'échidnovacein traverse le biscuit; de telle sorte que la liqueur ainsi obtenue est à peine nuisible, mais qu'elle est très vaccinante. Les échidnascs ne sont pas sensiblement toxiques par la voie intestinale.

Chaque venin contient ses alhuminoïdes nuisibles ou vaccinants spéciaux; il est toutefois remarquable de voir que les sérums antivenimeux, obtenus par M. Calmettes (2), sont généralement antivenimenx pour tous les venins de serpents, quelle que soit leur origine.

Les toxalbumines des venins (échidnases, échidnines, etc.) sont solubles dans l'eau, parfaitement neutres, incolores, inodores, insapides, incristallisables, en grande partie incoagulables par la chaleur. Elles ne précipitent pas par l'acétate de plomb. Elles répondent à la composition générale des albuminoïdes ; elles sont très putrescibles; mélangées à l'empois d'amidon, elles ne le saccharifient pas.

La chaleur modifie leur action vénéneuse à des températures variables. Le venin de cobra et celui d'hoplocéphalc gardent presque toute leur puissance à 100° même si on les chaulfe durant plusieurs minutes. A cette température, celui de daboia perd ses propriétés convulsivantes, mais non sa toxicité. Ceux de pseudechis et de vipère sont détruits entre 95° et 97°. Leurs effets résistent a l'action des agents chimiques les plus variés et les plus puissants.

albuminoïdes des sangs venimeux

Les anguilles, congres, murènes, salamandres, crapauds, hérissons, etc., ont un sang venimeux. II. et A. Mosso ont fait une étude détaillée de la matière toxique du sang d'anguille (3). Ils lui ont donné le nom de ichlyoloxine. Elle se préparc en précipitant le sérum

(') Conipt. rend., Acad. sciences, 1800. (-) Les toxines microbiennes. Ouvrage déjà cité, ]>. 500. Irch. ilal. de Biolog., X ; 141 cL XII; 229.

152 APPENDICE Al \ CORPS PROTÉIQUES.

(le ce sang par le sulfate d'ammoniaque en poudre ajouté à saturation* lavant les flocons qui se Pormenl avec nue solution de ce même sel, les reprenant par l'eau, soumettanl la solution à la dialyse, filtranl de nou« veau pour enlever les globulines devenues insolubles, enfin évaporant l'i>i»s le vide le liquide qui ne contient plus que la séroalbumine toxique* 0Br,002 de celle substance tuent presque instantanément, par injection sous-cutanée, I kilogramme de chien ou un lapin. L'ichtyotoxine n'est pas vénéneuse par injection stomacale. D'une saveur d'abord légèrement

salée, elle laisse sur la langue après 15 à 30 secondes, une sensation

phosphorée, Acre et chaude.

L'ichtyotoxine ne dialyse, pas à travers le papier parchemin. L'alcool la précipite de ses solutions aqueuses.

Elle parait représenter une simple variété de la séroalbumine ordinaire du sang dont la rapprochent toutes ses propriétés générales.

La globuline et les zymases, qui accompagneni l'ichtyotoxine, ne paraissent pas sensiblement vénéneuses.

Les acides minéraux et organiques ainsi que les alcalis, même à froid et en solutions étendues, font perdre peu à peu, et pour toujours, à l'ichtyotoxine, ses propriétés vénéneuses.

Les sangs des ophidiens contiennent tous des matières protéiques analogues.

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