‹ Lecons de chimie élémentaire (volume 3)Chapitre 73 sur 114 · V. INDIGOS DE LA CAROLINS · texte numérisé non relu

V. INDIGOS DE LA CAROLINS

Ils sont gris à l'extérieur et en petits carreaux. La première qualité est un cuivré lourd tirant sur le violet ou sur le bleu. Les qualités communes sont presque toujours d'un bleu verdâtre ; il est rare qu'elles soient cuivrées.

Ces indigos sont bien inférieurs aux précédents.

La production moyenne de tous les pays est évaluée ainsi qu'il suit »

Bengale, Oude, Manille, Madras 8500000 kil.

Java 550000

Amérique centrale et Colombie 800000

Tous les autres pays 100000 f

DES MATIERES TINCTORIALES (suite).

SoMif AIRE. — Suite de Vindigo. — Ses caractères ; sa composition. — IndigoHne, <— Carmin d'indigo. — Essai des indigos. — Plantes diverses qui fournissent de l'indigo : Pastel, Renouée des teinturiers. — Du Tournesol. — MATiiass iiNCTOiiiALES VERTES. — Chlorophylle, — Vert de Chine,

HénoBtlBatloBt commerciales. — Dans le choix des indigo8| on ne tient pas seulement compte de la nuance plus ou moins riche et pure qu'ils présentent, on fait aussi attention aux défauts ou imperfections qu'ils offrent, et qui se rencontrent dans les qualités les plus belles et les plus chères comme dans les qualités communes. Ces défauts proviennent soit d'une mauvaise fabrication, soit d'accidents survenus à la pâle sèche après sa préparation, soit enfin de fraudes pratiquées par les fabricants ou les vendeurs. La plupart de ces défauts ont reçu des noms dans le commerce ; je dois vous les faire connaître.

On donne les noms de :

Grand cassé ou grand carré, aux carreaux d'indigo contenus dans une caisse, dont la plupart ont été réduits par accident en morceaux plus ou moins gros; ainsi marqués sur les caisses AAA ;

Demi'pierré, à l'indigo dont les carreaux ont été accidentellement cassés en deux ; ce qu'on exprime par le signe Q] ;

Grabeaux, aux carreaux qui ont été réduits en fragments irréguliers et assez petits pour passer au crible ;

Eventés, aux indigos qui se cassent facilement au sortir des caisses, qui s'ouvrent en plusieurs morceaux dès qu'on les met sur toile, et qui présentent dans leur intérieur une sorte de moisissure blanche. Ce défaut, qui tient sans doute à une mauvaise dessiccation, nuit beaucoup à la vente ;

Piqués ou piquetés, aux indigos qui présentent dans l'intérieur des pierres des points qui leur donnent l'apparence du granité ;

Rubanés, à ceux qui offrent des couches superposées do diverses nuances de bleu dans les mêmes carreaux, nuances tantôt plus rouges, tantôt plus pâles que la pierre même, quelquefois blanchâtres;

Brûlés, aux iqdigos qui, serrés fortement dans la main, se divisent en petits fragments plus ou moins noirs ;

Sablés, aux pierres qui présentent dans leur pâte des parcelles brillantes de sable. Ce sable interposé ne fait qu'augmenter le poids sans ternir la couleur, tandis que la terre qui peut s'y trouver rend les indigos lourds et ternes ;

Écorcés, aux indigos qui sont couverts d'une légère croûte grise-verdàtre, comme autrefois ceux de Coromandel. Ceux de Java offrent ordinairement une croûte grise et même blanchâtre, qui n'a d'ailleurs aucune influence sur leurs qualités.

Robes, aux indigos dont la surface est recouverte d'une couleur qui n'est pas celle de la masse et qui provient du frottement de la substance dans les caisses et surons, ou des matières étrangère^ qu'on y a introduites;

Froids, aux indigos nouveaux qui contiennent de l'humidité et sont, pour

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cette rdson, peu abiorbtots, quoique fiai. Souvent cette Iramidlté prorient on d'tTaries ou de llrtudee ; elle ne &it qu'ijouterdu poids et nuit peu àl» qualité. Cependant, quand un indigo a ététotaleoMut aYarié, il perd beaucoup à la ventei le travail qu'il faut lui fidre subir pour le remettre en état le temh extérieurement et le liiit tomber en grabeaux.

Lorsqu'on achète on indigo, il ikut commencer par vider sur una toile le baril ou suron qui le contient ; examiner s'il est le même partout, car il n'est pas raire de trouver en dessus des morceaux d'une qualité supérieure et dans le fond des morceaux de basse qualité ; juger la robe de l'indigo, c'est-à-dire la beauté et l'éclal de la nuance; faire attention n les pierres sont bien entières, parce que, s'il en est ainsi,' c'est une preuve que la pâte est bien homogène, qu'elle a subi une dessiccation soignée et un bon ressuage; considérer la cassure de la pierre et voir d elle est nette, d'un grain fin et uniforme, d'une teinte cuivrée, sans rubans ni sable, exempte, en un mot, de tous les défauts que Je viens de vous signaler ; enfin constater si la|>otisse ou fMnu qui se trouve dans la caisse est bien pure et de même nature que lès pierres ; car celte portion, étant la plus facile à mélanger, est presque toujours altérée.

On a remarqué, en effet, des cailloux robes dans de la pousse d'indigo, de l'ardoise pilée, du sable noir, de la poudre ou crosse de plomb, de la plombagine (i), de l'amidon, de la fécule bleuie par llode, et autres matières aussi communes. Souvent la pousse est d*une autre qualité que les pierres, attendu que certains marchands ont l'habitude, pour se débarrasser de celle qui leur reste toujours de leur détail^ d'en mettre une certaine quantité dans les caisses qui n'en comportent pas trop. On a aussi trouvé, dans les surons de Guatimala» des trochisques faits de terre et de poussière d'indigo. Il y a quelques années, à Bordeaux, on a vendu de l'indigo en pains fraudés avec une laque alumineuse de campôche I

Le prix toujours très-élevé des indigos, 12 à 18 francs le Icilogramme, suivant les qualités, doit faire comprendre la nécessité de toutes les vérifications que je viens d'indiquer.

En 1856, la France a importé, pour sa consommation, 1034349 lùlogrammes d'indigo, représentant une valeur de 20500000 fir. En 1858, ces chiffres ont singulièrement fléchi, puisque l'importation n'a été que de 756ï22 kilogrammes, soit en i^i^gent 14400000 francs. Les Indes anglaises, les Indes françaises, le Venezuela sont les principaux pays de provenance.

La consommation annuelle du monde entier en indigo peut être

(1) C'est la plombagine qui est le corps de prédilection que les fraudeurs mélangent à la pousse d'indigo. 500 gram. de cette substance finement pulvérisée dans chaque caisse passent d'une manière inaperçue (confidence d'un ex-mai^ cband d'indigo).

évaluée à 5000000 de kilogrammes au maximum. Nous avons vu pré* cédemment que la production moyenne est de 4450000 kilogrammes» Par conséquenti il n'y a Jamais d'excédant, ce qui contribue à maintenir le haut prix de celte substance*

OaractèrcB dlBilncItfia de l'indlfro. —Quelles que soient, au reste, les différences que présentent entre elles les nombreuses qualités commerciales de l'indigo, toutes ont des caractères communs qu'il est essentiel de connaître.

L'indigo n'a aucune saveur, mais il happe à la langue, à la manière des argiles, ce qui tient à son état de porosité. II n'a d'odeur sensible qu'en grande masse ; cette odeur devient surtout très-prononcée lorsqu'on le brûle, ou lorsqu'on le soumet au travail de la cuve.

Chauffé fortement dans un creuset ou projeté sur les charbons incandescents, il répand des vapeurs pourpres, qui se condensent sur les corps froids en jolies petites aiguilles brillantes, d'un aspect métallique et de couleur cuivrée. C'est la matière colorante pure ou Yindigotine^ dont la proportion varie beaucoup dans les diverses sortes d'indigo (1). Dans les premières qualités du Bengale, j'en ai trouvé plus des 3/5 du poids.

Après la vaporisation de l'indigotine, il reste une matière charbonneuse qui, soumise à une nouvelle calcination, laisse un résidu plus ou moins considérable, composé de substances terreuses et d'oxyde de .fer.

Inaltérable à l'air, ce produit est insoluble dans l'eau et dans les autres véhicules, excepté dans l'acide sulfurique concentré, auquel il communique sa belle couleur. Cette dissolution, connue sous les noms de bleu de Saxe, de bleu de composition, de bleu en liqueur, de sulfate d* indigo, est facilement décolorée par le chlore et les hypochlorites. L'acide sulfurique de Saxe dissout bien plus facilement l'indigo que l'acide ordinaire, et la dissolution a une couleur pourpre. Lorsque nous aurons étudié l'indigotine, je reviendrai sur ces dissolutions pour vous apprendre leur composition.

L'acide chlorhydrique n'a presque pas d'action sur l'indigo. Il n'en est pas de même des acides azotique et chromique qui le décolorent complètement et le transforment en produits très-variables suivant les circonstances dans lesquelles on opère. L'un de ces produits est une matière neutre, cristalline, d'un rouge brun, l'autre un acide cristallisable en aiguilles jaunes et fort analogues à l'acide picrique :

(I) Lorsqu'on veut extraire toute l'indigotine contenue dans un indigo commercial, il faut se servir de l'appareil que M. Kopp a imaginé pour l'extraction de l'alizarine, et dont j'ai donné la figure et la manœuvre, à la page 2 13. On substitue tout simplement l'indigo à la garancine dans le cylindre; mais l'opération est plus difficile à conduire, parce que l'indigo se boursoufle très-facilement et qu'on est obligé d'employer une température plus élevée.

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