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ACÉTATES DE PLOMB

§ 811. L'acétate neutre de plomb se prépare en grand en traitant la litharge par de l'acide acétique, et ayant soin d'arrêter l'opération aussitôt que la liqueur est devenue neutre; on l'évaporo lentement : elle laisse alors déposer des cristaux neutres d'acétate de plomb qui ont pour formule

Pb0,C*H=»O'-|-3H0.

Quand on veut obtenir ce sel parfaitement neutre, on opère de la manière suivante : On place des morceaux de plomb mince dans

ACÉTATES DE PLOMB. %3y

un vase trôs-plat contenant du vinaigre distillé, en ayant soin qu'une partie du plomb seulement baigne dans le liquide. Le métal placé extérieurement s'oxyde aux dépens de Tair, et, lorsqu'il est devenu complètement blanc, on le fait tremper à son tour dans Tacide. On continue ainsi jusqu'à ce qu'il ne se dissolve plus d'oxyde. La liqueur évaporée laisse déposer des cristaux d'acétate de plomb d'mie neutralité parfaite.

L'acétate neutre de plomb possède une saveur d'abord sucrée , puis astringente ; il est soluble dans l'eau et l'alcool. La dissoltiuon de ce sel exposé à l'air, absorbe un peu d'acide carbonique, et la liqueur devient acide. Chauffé à -f- 57 degrés environ , il fond dans son eau de cristallisation. Exposé dans un courant d'air sec, il s'effleurit et devient alors susceptible d'absorber l'acide carbonique en perdant de l'acide acétique qui se volatilise. Placé dans le vide au-dessus de l'acide sulfurique, il perd son eau de cristallisation et se réduit en poudre.

Quand on fait bouillir une dissolution d'acétate neutre de plomb avec de la litharge, dans la proportion de i partie de litharge pour 2 d'acétate, le sel qui prend naissance se dépose en paillettes nacrées quand on l'abandonne dans un endroit frais. Ce nouveau sel , qui a pour formule

3PbO, 2C*H^0^-f-H0,

constitue l'acétate sesquibasique de plomb. Si, au lieu d'abandonner la liqueur à la cristallisation, on l'évaporé jusqu'à siccité, il présente l'aspect d'une masse cristalline. D'après Woehler , on peut obtenir l'acétate basique de plomb en chauffant jusqu'à la température de 280 degrés l'acétate neutre de plomb anhydre : il se dégage de l'acide carbonique et do l'acétone , et le résidu qui reste dans le vase est de l'acétate basique de plomb.

Ce sel est très-soluble dans l'eau; sa dissolution constitue Vextrait de Saturne des pharmaciens.

Quand on ajoute au sel précédent une quantité d'oxyde de plomb

égale à celle qu'il renferme déjà , on obtient un sel tribasique qui

a pour formule

3PbO, CMP 0^ + 110.

On obtient enûn une quatrième combinaison qui renferme plus d'oxyde de plomb que les précédentes, en faisant bouillir le sel

précédent ou de l'acétate neutre avec de la litharge en poudre Gne , jusqu'à ce qu'il refuse d'en dissoudre. Le sel qui prend naissance se précipite par le refroidissement sous la forme d'une poudre blanche très-peu soluble dans l'eau.

Ce sel a pour formule

6PbO, C*H'0^.

C'est un acétate sexbasique.

§ 812. On rencontre le carbonate de plomb dans la nature; il forme des cristaux blancs transparents, isomorphes avec l'arragonite, qui sont connus sous le nom de plomb carbonate. On le prépare artificiellement en faisant passer un courant d'acide carbonique dans la dissolution d'un sel basique de plomb ; le sel basique est ramené à l'état de sel neutre , et l'excès d'oxyde de plomb se précipite à l'état de carbonate. On peut encore l'obtenir par double décomposition en versant un carbonate alcalin dans la dissolution d'un sel de plomb.

Ce sel se présente sous la forme d'une poudre blanche insoluble dans l'eau; il perd son acide carbonique quand on le calcine; bouilli avec une dissolution de potasse ou de soude caustique , il laisse déposer, d'après M. Calvert, des petits cristaux cubiques rouges d'oxyde de plomb.

§ B13. On prépare en grand , dans le commerce , ce carbonate de plomb, qui est connu sous le nom de blanc de plomb, ou cérttse. On emploie, à cet effet, deux procédés : l'un , qui est connu sous le nom de procédé de Clichy, et qui consiste à décomposer l'acétate basique de plomb par l'acide carbonique; l'autre, qui a pris naissance en Hollande, et qui, pour cette raison, est connu sous le nom de procédé hollandais.

Dans la préparation par le procédé de Clichy, on fait arriver un courant d'acide carbonique dans une dissolution d'acétate tribasique de plomb ; l'acide carbonique est fourni par un feu de charbon qui sert à chauffer la chaudière dans laquelle s'opère la transformation de l'acétate neutre en acétate basique. L'acétate basique se décompose, il se précipite du carbonate de plomb et il reste une liqueur légèrement acide contenant beaucoup d'acétate de plomb. Cette

liqueur est transformée de nouveau en acétate basique et peut servir à une autre opération. Quant au carbonate de plomb, il est lavé à grande eau, puis placé sur une aire en plâtre qui absorbe la majeure partie de ce liquide ; il est ensuite séché à une basse température. Le carbonate de plomb est d'un blanc de neige. La réaction peut s'exprimer au moyen de l'équation

C*H'0^, 3Pb0 4-2C0»= îCO*, Pb0 4-C*H»0^, PbO. Dans le procédé hollandais [fg* 193), on roule des feuilles de fif . m.

ÙMX-

plomb de 1 5 centimètres de hauteur sur 60 centimètres à i mètre de largeur; on a soin de laisser entre les feuilles un intervalle de i à 1 centimètres et on les place dans des pots en grès vernissés, munis, à quelques centimètres du fond, d'un rebord sur lequel on appuie le rouleau. On place au fond des pots une certaine quantité de vinaigre de mauvaise qualité ; les pots sont placés l'un à côté de l'autre dans du fumier de cheval et recouverts de paille. Sous l'influence de l'air et de la chaleur développée par le fumier, le plomb s'oxyde et se transforme graduellement en sous-acétate de plomb, sur lequel agit l'acide carbonique. Au bout d'une quinzaine de jours environ , le plomb se trouve en partie transformé en carbonate que l'on détache en battant les rouleaux. La matière détachée des feuilles est amenée par le broyage à l'état d'une poudre fine et purifiée par lévigation. On la fait ensuite sécher comme dans l'autre procédé.

La céruse ainsi préparée n'est ordinairement pas blanche comme celle que fournit le procédé de Clichy ; elle contient toujours une

petite quantité de sulfure de plomb , provenant du soufre de la

matière organique, qui la colore en gris.

La cémse est employée pour la peinture à Thuile. On la môle souvent avec une certaine quantité de sulfate de plomb ou de carbonates de chaux et de baryte; mais la fraude est très-facile à reconnaître en traitant la substance par de Tacide azotique affaibli qui dissout la céruse et les autres carbonates , et ne dissout pas le sulfate de plomb. En faisant passer ensuite à travers la liqueur un courant d'acide sulfhydrique , on pourra reconnaître dans la liqueur filtrée Texistence de la chaux ou de la baryte.

§ 8i4. Le plomb se combine avec la plupart des métaux f»our former des alliages, mais les plus importants sont ceux qui résultent de sa combinaison avec Tétain et l'antimoine.

Le plomb s'allie directement au potassium et au sodium. On peut encore obtenir ces alliages en chauffant le plomb avec des alcalis et du charbon ou bien avec du flux noir. Ces alliages décomposent l'eau.

L'alliage de plomb et d'étain à parties égales constitue la soudure des ferblantiers ; celle des plombiers renferme a parties de plomb et I d'étain.

Les potiers d'étain emploient un alliage qui varie suivant l'usage auquel on destine l'objet à fabriquer. Le plus usité contient 12 à 18 pour 100 de plomb.

Si aux deux métaux précédents , le plomb et Tétain , on ajoute un troisième métal , le bismuth , on obtient un alliage qui fond à une température inférieure à 100 degrés. Cet alliage est connu sous le nom à' alliage de Darcet; il est formé dans la proportion de 8 parties de bismuth , de 5 de plomb et 3 d'étain. En ajoutant à l'alliage précédent un peu de mercure, on obtient un produit qui fond à une température encore bien inférieure.

Le plomb et l'antimoine peuvent former un très-grand nombre d'alliages; le plus important est employé dans la fabrication des caractères d'imprimerie. Il est formé de 78 à 80 de plomb pour 22 à 20 d'antimoine.

§ 8i5. On rencontre dans la nature un grand nombre de minéraux renfermant du plomb ; mais les deux seuls qui soient assez abondants pour servir à son extraction et qu'on puisse considérer comme de véritables minerais de ce métal , sont le carbonate , et le sulfure qu'on désigne sous le nom de galène. C'est ordinairement de la galène qu'on retire le plomb consommé dans les arts. A cet effet, on peut employer deux méthodes : l'une, qui consiste à faire agir le fer sur ce sulfure ; l'autre , qu'on désigne sous le nom do méthode par réaction y repose sur l'action réciproque de l'oxyde et du sulfate sur le sulfure.

Ces réactions peuvent se représenter à l'aide des équations suivantes :

I™ métJuHle : PbS -f- Fe = FeS 4- Pb.

2" méthode: PbS + aPbO = 3Pb -hSO%

PbS -h sa», PbO = 2Pb4- 2SO».

La première méthode est surtout applicable aux minerais dont la gangue est riche en silice. Ces minerais se prêteraient, en effet, difficilement à l'emploi du procédé par réaction , car il se formerait dans ce cas un silicate qui n'exerce aucune action sur le sulfure. La fusion s'exécute dans un fourneau à cuve terminé par un creuset qui sort en partie du fourneau. Un canal de coulée débouche à la partie inférieure de ce creuset, et permet de faire écouler les produits liquides qui s'y sont accumulés dans un creuset extérieur. Par la réaction des matières mises en expérience , il se forme du plomb métallique et des sous-sulfures qu'on désigne sous le nom de mottes, qu'on traite ultérieurement.

Lorsque la gangue est peu siliceuse, on préfère employer la méthode par réaction. A cet effet, on grille le minerai, convenablement préparé, sur la sole d'un four à réverbère à la chaleur du rouge sombre ; il se produit tout à la fois de l'acide sulfureux, qui se dégage sous forme de gaz dans l'atmosphère , et de l'oxyde et du sulfate de plomb, qui se mélangent à la galène inaltérée. Dans le but de faciliter le grillage, l'ouvrier remue constamment la masse avec un ringard, afin de renouveler les surfaces. Lorsque l'ouvrier reconnaît à certains signes que la quantité de minerai

4a EXTRACTION DU PLOMB.

grillé est suffisante , il ferme tous les ouvreaux pour empêcher Taccès de Tair, et donne un violent coup de feu. Si le sulfate, l'oxyde et le sulfure se trouvaient dans les proportions convenables ) on n'obtiendrait que du plomb , le soufre se dégageant en entier à l'état d'acide sulfureux. Mais comme il n'est pas possible de réaliser pratiquement ces conditions, il s'ensuit qu'on obtient, en même temps que du plomb métallique, un sous-sulfure Pb'S. Ce dernier constitue un matte très-fusible qu'on soumet à son tour au même traitement pour en retirer une nouvelle quantité de plomb.

§ 8i6. Le sulfure de plomb, ou galène, contenant souvent une certaine proportion d'argent, on dirige le traitement du minerai de telle sorte , qu'on puisse obtenir séparément ces deux métaux.

Après avoir fait subir au minerai les différents traitements nécessaires pour le transformer en plomb métallique , on part de ce métal , auquel on donne le nom de plomb (Tœmre, pour en séparer l'argent par le procédé de la coupellation. Ce procédé , ainsi que nous le verrons un peu plus loin en traitant de l'analyse des alliages des monnaies d'argent , est basé sur la propriété que possède le plomb de s'oxyder à l'air, tandis que l'argent, n'éprouvant aucune altération dans ces circonstances , se concentre de plus en plus dans la masse, jusqu'à rester absolument seul. Cette coupellation diffère néanmoins de celle qu'on exécute dans les laboratoires d'essais, en ce que la litharge qui se forme par l'action de Foxygène atmosphérique, au lieu d'être éliminée par imbibition dans la coupelle , s'écoule en dehors du fourneau au fur et à mesure de sa production.

Le fourneau de coupellation (fig, 194) n'est autre chose qu'un fourneau à réverbère dont la sole présente la forme d'une calotte sphérique. Cette sole , qui constitue la coupelle , est formée de briques réfractaires sur lesquelles on applique des couches successives d'une substance qui doit résister, autant que possible, à l'imbibition et à l'action érosive de la litharge; à cet effet, on emploie de la marne qu'on tasse fortement avec un pilon. Un couvercle en tôle, qu'on peut manœuvrer à l'aide d'une grue, sert à former la voûte du four.

Le métal étant fondu, on fait arriver dans rintéricur du fourneau, à l'aide de deux soufflets, une grande masse d'air qu'on

projette à la surface du bain, en même temps qu'on élève un peu FiK. m.

plus la température; le plomb fondu prend une forme convexe, c'est-à-dire que ses bords s'arrondissent et s isolent du fond de la coupelle , de manière à laisser un espace vide dans lequel vient se rendre la litharge au fur et à mesure qu'elle se forme. Pour éviter que celle litharge ne vienne couvrir la surface du métal en fusion, et, par conséquent, empêcher son contact avec l'oxygène échauffé, on la fait écouler constamment; et pour cela il suffit d'entailler le fourneau dans un de ses points jusqu'au niveau du métal liquide et de l'abaisser au fur et à mesure qu'il diminue : la litharge s'écoulant par cette entaille arrive dans un emplacement disposé pour la recevoir. On continue l'opération tant qu'il se forme de la litharge , et l'argent reste seul sous la forme d'un pain plus ou moins volumineux.

Au moment où l'opération est terminée , il se manifeste un phénomène qu'on appelle Viris, immédiatement suivi^de V éclair. Ce phénomène est dû au refroidissement subit* qu'éprouve l'argent

lorsque, privé de plomb , la chaleur dragée par la combinaison chimique vient à manquer tout à coup. D'un autre côté, la pellicule de litbarge, étant très-mince, présente les différentes nuances des bulles de savon , et finit par disparaître complètement en laissant à nu la surface du métal.

Aussitôt que l'éclair est apparu , on verse sur la sole d^ four de l'eau chaude , puis de l'eau froide pour séparer le gâteau d'argent solidifié. Cet argent, qui contient encore une certaine quantité de plomb , iV environ , est connu sous le nom à' argent de coupelle. Pour l'obtenir dans un état de pureté plus considérable, on est obligé de le soumettre au raffinage.

Cette opération consiste en une seconde coupellation , qui s'effectue cette fois dans une coupelle poreuse destinée à absorber les oxydes liquides provenant de l'oxydation des métaux étrangers qui accompagnent l'argent. On active la combustion à l'aide d'un soufflet qui permet d'injecter dans le four une grande quantité d'air. Lorsqu'il ne se forme plus de taches à la surface , l'affinage peut être considéré comme terminé; l'argent retient alors au plus 77^ de métaux étrangers.

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