PROTOXYDE DE MERCURE
§ 843. On l'obtient en soumettant le mercure à une température élevée à l'action de l'air atmosphérique, ainsi que nous Pavons constaté en rendant compte de l'expérience de Lavoisier sur la constitution de l'air atmosphérique (§77). Ce procédé donne du protoxyde de mercure très-pur ; mais on ne l'obtient qu'en trèspetite quantité. On préfère le préparer en décomposant l'azotate de protoxyde de mercure à une chaleur bien ménagée, dans un creuset de terre, jusqu'à ce qu'il ne se dégage plus de vapeurs nitreuses. On peut l'obtenir encore en décomposant par la potasse
a68 PROTOXYDE DE MERCURE.
ou la soude en excès , une dissolution d'azotate ou de protochlorure de mercure. Préparé par l'action directe de Tair, il a l'apparence de la brique pilée. Celui qu'on obtient par la décomposition de Tazotate , présente l'aspect d'une poudre rouge ; lorsqu'au contraire il s'est formé par précipitation , il est jaune-orangé. Dans l'un ou l'autre cas, il est anhydre; mais il diffère cependant par quelques propriétés. En effet, l'oxyde jaune obtenu par précipitation est plus facilement attaqué par le chlore; l'acide oxalique le dissout instantanément, même à froid, tandis que l'oxyde rouge ne se dissout que très-difficilement à chaud. Traité par une dissolution alcoolique de protochlorure de mercure , il se convertit en oxychlorure noir dès qu'on chauffe légèrement ; l'oxyde rouge ne change pas d'aspect dans cette circonstance.
Chauffé au contact de l'air, le protoxyde de mercure se décompose en oxygène et en mercure métallique.
Le protoxyde de mercure se combine avec l'ammoniaque; le composé qui résulte de ce contact joue le rôle d'une base assez énergique susceptible de s'unir avec les acides et de les neutraliser complètement. On assigne à ce composé la formule
3HgO, HgAzH^-|-3H0.
C'est l'hydrate d'une base pouvant saturer un équivalent d'acide pour former des sels très-nettement cristallisés.
Ce composé s'obtient en traitant indifféremment l'oxyde rouge ou l'oxyde jaune de mercure par lammoniaque caustique concentrée ; il se forme une poudre jaune qu'on lave rapidement et que l'on sèche au-dessus de l'acide sulfurique. Placé dans le vide à côté d'une capsule renfermant de l'acide sulfurique , il perd 2 équivalents d'eau et devient brun; chauffé de 100 à i3o degrés, il perd son troisième équivalent et possède alors la formule
3HgO,HgAzH^
Il peut également former avec le chlore et l'iode de^ combinaisons parfaitement définies.
Nous formulerons ici les composés les plus importants formés par cette base.
Base anhydre 3HgO, Hg AzH',
Base hydratée 3 HgO, Hg AzH' + 3 HO,
œMBINAISONS DU MERCURE AVEC LE SOUFRE. 269
Sulfate (3HgO, HgAzH»), SCF,
Carbonate sec (3HgO, HgAzH'), CO',
Carbonate hydraté. {3HgO, HgAzH'), CO'4-HO,
Oxalate (3HgO, HgAzH»), C^0^
Azotate (3HgO, HgAzH'), AzO*-hHO.
La composition du protoxyde de mercure est exprimée par la formule
HgO.
§ 8-44. Le soufre forme avec le mercure deux combinaisons qui correspondent aux oxydes.
§ 845. La première combinaison, Hg'S, qui correspond à l'oxydule Hg* 0 , s'obtient en versant goutte à goutte de l'acide sulfliydrique dans une dissolution d'un sel d'oxydule de mercure ; le précipité noir qui se forme est lavé à l'eau froide et desséché à la température ordinaire au-dessus de l'acide sulfurique.
Ce sulfure, soumis à l'action d'une douce chaleur, se décompose à la manière de l'oxydule en protosulfure et en mercure métallique.
§ 846. La seconde combinaison, qui correspond à l'oxyde HgO, et qui porte le nom de protosiUfure de mercure^ s'obtient en faisant passer jusqu'à refus un courant d'acide sulfhydrique dans un sel de protoxyde de mercure; il se forme d'abord un précipité blanc qui n'est autre chose qu'une combinaison du sel sur lequel on opère et du sulfure qui a pris naissance; ce précipité ne tarde pas lui-même à se décomposer, et l'on obtient finalement du sulfure noir. Ce sulfure est noir, pulvérulent; soumis à l'action de l'acide azotique, il se décompose en azotate de mercure, et du soufre se dépose. Chauffé dans une cornue , il se sublime sans avoir subi la moindre altération, etle produit qui s'est condensé présente l'as*pect d'une masse fibreuse, cristalline, d'un violet intense, et qui est connue sous le nom de cinabre. On peut encore l'obtenir en faisant fondre i partie de soufre et y ajoutant 6 parties de mercure; on remue constamment le mélange, et bientôt la combinaison s'effectue avec dégagement de chaleur et de lumière. On réduit la masse en poudre fine et on la soumet à une chaleur bien ménagée pour volatiliser le soufre on excès, après quoi on la sublime
a7o COMBINAISONS DU MERCURE AVEC LE CHLORE, dans un matras. Plus la quantité de sulfure à sublimer est considérable, plus la teinte du cinabre approche du rouge , et, par conséquent, plus il est recherché.
Le cinabre existe tout formé dans La nature; on le rencontre sous la forme de masses compactes d*un rouge violet foncé.
DansTindustrie, on prépare par voie humide un sulfure de mercure connu sous le nom de vermillon, A cet effet, on prend 3oo parties de mercure pur, n4 parties de soufre, et une dissolution de 75 parties de potasse caustique dans 45o parties d'eau ; on broie pendant environ trois heures, et quelquefois, plus le mercure et le soufre pour activer la sulfuration ; on verse ensuite la dissolution de potasse sur la matière noire qui s'est formée , et l'on élève la température jusqu'à 45 degrés, en ayant soin de remuer continuellement. Au bout d'un certain temps, la matière commence à se colorer. en rouge brun; à partir de ce moment, il faut la surveiller, car la couleur tend à devenir plus franche dans un temps très-court. On lave ensuite le vermillon avec beaucoup de soin par suspension et décantation , et le précipité est alors d'un rouge très-vif.
Comme nous l'avons vu plus haut, le cinabre peut être chauffé à l'abri de l'air sans éprouver de décomposition : il se sublime ; lorsqu'au contraire on le chauffe au contact de l'air, il est décomposé en mercure métallique et en acide sulfureux. L'hydrogène , le charbon et la plupart des métaux le décomposent. Les acides sulfurique, azotique et chlorhydrique sont sans action sur lui; l'eau régale le dissout avec la plus grande faciHté.
Le vermillon est employé dans la peinture à l'huile.
COMBINAISONS DU l^rERCURE AVEC LE CHLORE.
• § B47. On connaît aussi deux combinaisons de mercure avec le chlore : le sous-chlorure Hg* Cl et le prolochlorure Hg Cl.
Le sous-chlorure , que l'on appelle le plus ordinairement mercure doujCy calomely se prépare en versant de l'azotate d'oxydule de mercure dans une dissolution de sel marin aiguisée, d'acide chlorhydrique; il se forme un précipité blanc qu'on fait digérer pendant quelque temps avec la liqueur surnageante et qu'on lave ensuite à l'eau bouillante. On Tobtient encore en broyant avec
COMBINAISONS DU MERCimE AVEC LE QILORE. vji soin 4 parties de protochlorure de mercure et 3 parties de mer- ¥\%. 197. cure métallique ; on ajopte au mélange, pen-
dant la trituration , un peu d'alcool qui empêche le protochlorure de se soulever en poussière, on introduit ensuite le mélange dans une grande fiole de verre à fond plat (fig, 197 ] que Ton chauffe au bain de sable. Le sous-chlorure se sublime et vient se fixer sur la partie du ballon qui n'est pas enfouie dans le sable. Enfin on peut Tobtenir en chauffant dans une fiole à fond plat comme précédemment un mélange de sulfate d'oxydule et de sel marin ; la réaction s'explique au moyen de Téquation
SO^, Hg»0-l-NaCl = SOS NaO-^Hg'Cl.
11 est important que le sulfate d'oxydule ne contienne pas de sulfate de protoxyde , sans quoi le calomel renfermerait du protochlorure.
En pharmacie, pour obtenir le sous-chlorure en poudre impal pable , on fait rendre la vapeur de co produit dans un espace où l'on fait arriver en même temps de la vapeur d'eau; le souschlorure se dépose en poudre fine, et le protochlorure qui pourrait s'y trouver mêlé se dissout dans Teau ; le calomel est lavé à plusieurs reprises jusqu'à ce que les eaux de lavage ne soient pas troublées par la potasse ni par l'hydrogène sulfuré. Le chlorure ainsi préparé porte le nom de calomel à la vapeur.
Le sous-chlorure sublimé en masses épaisses affecte la forme de prismes carrés terminés par des sommets à quatre faces. La lumière solaire le noircit; broyé dans l'obscurité, il répand une lueur semblable à celle du sucre. La densité du sbus-chlorure est de 6,5. Il est très-peu soluble dans l'eau; une dissolution de i partie d'acide chlorhydrique dans 260000 parties d'eau, donne encore un précipité dans un sel d'oxydule de mercure. Soumis à l'action de lacide chlorhydrique concentré et bouillant, il se décompose en protochlorure et en mercure métallique. Il se combine à l'ammoniaque gazeuse , en formant un produit dont la composition est exprimée par la formule
iIgH:H-AzH\
vj-k œMBINAISONS DU MERCURE AVEC LE CHLORE.
En faisant réagir de l'ammoniaque liquide , il se forme une poudre
grise dont la composition se représente par
Hg'Ci + UgAzH'.
Il forme avec le chlorure d'étain un sel d'une composition bien
définie
Hg^Cl + SnCL
§ 848. Le protoctdorurc de mercure HgCl , connu généralement sous le nom de sublimé corrosif y peut s'obtenir par différents procédés.
En versant de l'acide chlorhydrique concentré dans une liqueur également concentrée et bouillante d'azotate de protoxyde de mercure, jusqu'à ce qu'il ne se forme plus de précipité, ajoutant de l'acide chlorhydrique en quantité égale à celle qui a servi à faire la précipitation et faisant bouillir, le précipité se redissout, et, par le refroidissement, il se précipite en beaux cristaux.
On l'obtient également en traitant directement par l'acide chlorhydrique le protoxyde de mercure , sous l'influence de l'alcool qui dissout le chlorure formé ; ce procédé étant assez dispendieux , on préfère préparer ce chlorure en opérant de la manière suivante. On fait un mélange intime de parties égales de sulfate de protoxyde de mercure et de sel marin qu'on introduit dans une fiole à fond plat chauffée sur un bain de sable ; le protochlorure se sublime et vient se condenser sur les parties froides de la fiole, et il reste au fond de la fiole un résidu qui est du sulfate de soude. La réaction s'explique, comme pour le sous-chlorure, au moyen de l'équation
S0\ Hg 0 + Na Cl = SO^' Na 0 -f- Hg Cl.
Le chlorure obtenu par ce dernier procédé possède un aspect cristallin. Il est inaltérable à l'air. Sa densité est G, 5. Il entre en fusion à la température de aGa degrés , et bout vers 295 degrés. Sa vapeur est incolore et possède une densité de 9,42.
Il est soluble dans l'eau, l'alcool et l'éther; 100 parties d'eau dissolvent 5,73 de chlorure de mercure à la température de o dogré, et 54 parties à 100 degrés. L'alcool en dissout 2 J parties à la température ordinaire de l'atmosphère; il se dissout dans 3 parties d'éther. L'éther l'enlève aux dissolutions aqueuses; on met à
œMBINAISONS DU MERCURE AVEC LE CHLORE. Î73 profit cette propriété dans les expertises de médecine légale pour déterminer la présence de ce sel.
L'acide sulfurique est sans action sur le protochlorure de mercure; l'acide azotique le dissout plus facilement que Teau, et la dissolution évaporée laisse déposer le sel sans avoir subi d'altération. L'acide chlorhydrique bouillant en dissout de très-grandes quantités, et la liqueur se prend par le refroidissement en une masse cristalline d'aspect nacré, qui perd à l'air son eau d'hydratation et s'efileurit.
Une dissolution de protochlorure de mercure renfermant des matières organiques, de la gomme, de l'alcool ou une huile essentielle, se décompose quand on l'expose au contact prolongé des rayons solaires; elle passe à l'état de sous-chlorure.
Le protochlorure possède des propriétés toxiques très-énergiques. il est cependant quelquefois employé en médecine. Sa principale application consiste dans son emploi pour la conservation des matières animales, et principalement pour les objets d'histoire naturelle et les préparations anatomiques. On l'emploie aussi pour préserver les bois de l'invasion des vers.
On connaît des combinaisons d'oxyde et' de chlorure de mercure qui se forment quand on verse dans une dissolution de sublimé corrosif, des alcalis caustiques ou des carbonates alcalins; il se forme des précipités dont la composition varie avec la manière d'opérer et les quantités de matières employées. Ces combinaisons, qui présentent tantôt une couleur grise , tantôt une couleur rouge ou violette, sont des oxychlorures qui ont pour formule
aHgO, HgCl, 3HgO,HCl, 4HgO, HgCl.*
Lorsqu'on verse de l'ammoniaque dans une dissolution de sublimé corrosif, il se forme un précipité blanc dont la composition est très-variable. Si l'on fait l'inverse, le précipité qu'on obtient présente une composition constante ; il a reçu le nom de dUorantidure de mercure : il a pour formule
Hg»ClAzH'=HgCl,llgAzH';
ce qui en ferait un composé de protochlorure de mercure , avec une substance qui ne différerait de l'ammoniaque qu'en ce que I équivalent d'hydrogène s'y trouve remplacé par i équivalent de
274 œMBINAISONS DU MERCURE AVEC LE BROME, ETC. mercure. Enfin, si Ton verse de l'ammoniaque caustique goutte à goutte dans une dissolution du subiimé corrosif , en ayant soin de maintenir ce corps en grand excès , on obtient encore un précipité blanc dont la composition est exprimée par la formule
3HgCl, HgAzHS
qui ne diffère , comme on le voit, deToxyde ammonio-mercurique qu'en ce que l'oxygène s'y trouve remplacé par une quantité équivalente de chlore.