OR
§ 894.. L'or, tel qu'on le trouve dans le commerce, n'est jamais pur; comme on ne saurait l'employer seul en raison de sa grande mollesse , on l'allie d'ordinaire à d'autres métaux , et principalement à l'argent et au cuivre. Sa rareté d'une part , sa belle couleur et son inaltérabilité de l'autre, le firent considérer par les alchimistes comme le roi des métaux, comme le métal le plus parfait; de là leurs tentatives multipliées pour opérer la transmutation des autres métaux en or.
On peut le retirer à l'état de pureté des monnaies ou des bijoux ; à cet effet, on les dissout dans l'eau régale , puis on évapore la dissolution jusqu'à siccité , pour chasser l'acide en excès. On reprend le résidu par l'eau chargée d'acide chlorhydrique , et, après avoir filtré la dissolution , dans le but de séparer le chlorure d'argent, on la traite par un excès de sulfate de proloxyde de fer. L'or se précipite alors sous la forme d'une poudre brune ; on décante le liquide surnageant, et on le remplace par de Tacide chlorhydrique qu'on laisse séjourner pendant quelque temps au contact du précipité. On le recueille enfin sur un filtre , on le lave, puis on le fait fondre avec du nitre et du borax dans un creuset, au fond duquel il vient se rassembler en culot.
3ia OR.
M. Levol conseille d'ajouter à la dissolution d'or un excès de chlorure d'antimoine dissous dans un mélange d'acide chlorhydrique et d'eau; l'or se précipite, au bout de quelques heures, sous forme de petites lames cohérentes qui se rassemblent rapidement. On lave le dépôt, comme précédemment, avec de l'acide chlorhy drique, puis à l'eau distillée, enfin on le fond avec du nitre et du borax.
§ 89S. A l'état de pureté, l'or possède une couleur jaune caractéristique. C'est le plus malléable et le plus ductile des métaux. 5 centigrammes d'or peuvent s'étirer en un fil de 162 mètres de longueur; on peut le réduire en feuilles de 75^^^ de millimètre d'épaisseur. Dans cet état il est transparent et laisse passer une lumière verte. Un fil d'or de 64 centimètres de long sur 1 de millimètre de diamètre, peut supporter un poids de 8 kilogrammes sans se rompre. Sa densité est de 19,5. Il fond à la température d'environ 1 100 degrés du thermomètre à air. On peut le chauffer à la température la plus élevée que produisent les meilleures forges sans qu'il émette de vapeurs sensibles; mais le fait-on traverser par ia décharge d'une forte batterie électrique, ou le maintient-on entre les deux charbons qui terminent l'extrémité des conducteurs d'une pile galvanique puissante , il se volatilise au point qu'une feuille d'argent, placée à une petite distance, se trouve dorée; une feuille de papier, placée dans les mêmes circonstances, se recouvre d'une poussière d'or très-divisée qui la colore en brun. Il est susceptible de cristalliser par fusion; si on laisse refroidir lentement une grande masse d'or et qu'on décante ia partie demeurée liquide après que les bords sont solidifiés , les cristaux qui se sont formés affectent la forme de pyramides courtes à quatre faces. On rencontre souvent l'or natif en cristaux très-nettement définis.
L'or précipité par voie humide possède une couleur brune qui varie cependant suivant la méthode employée pour opérer la précipitation. Comprimé fortement , il se soude à la manière du fer el du platine. Lorsqu'il a été fondu avec du borax , il est pins pÀle que lorsqu'il a été fondu avec du nitre ou du sel marin.
L'oxygène n'exerce d'action sur l'or à aucune température. L'acide sulfhydrique ne le ternit pas. L'acide sulfurique , l'acide azotique et l'acide chlorhydrique no lui font subir aucune altération ; ces deux derniers acides réunis pour former l'eau régale le dissolvent
OXYDULE D'OR. 3i3
très-facilement et donnent naissance à du sesquichlorure d'or Âu^ GP. Si Ton ajoute à l'acide chlorhydrique une substance qui soit susceptible de lui faire abandonner du chlore, telle que le bioxyde de manganèse, le peroxyde de plonib, Tor se dissout. Le chlore, le brome l'attaquent rapidement, même k froid; Tiode n'agit sur lui que très-faiblement.
Les alcalis caustiques ne l'attaquent pas, même sous l'influence d'une température élevée , pourvu que l'oxygène n'intervienne pas; dans ce cas, il se forme un aurate.
On ^mploie l'or irès-divisé pour décorer le verre ou la porcelaine. On l'obtient à cet état en précipitant sa dissolution par le sulfate de protoxyde de fer.
Sous forme de feuilles très-minces, il est employé par les doreurs sur bois.
OXYDULE D'OR.
§ 896. L'oxydule d'or se prépare en traitant du sous-chlorure d'or par une dissolution étendue de potasse caustique, en évitant rélévation de la température. Il se forme un précipité noir-violacé que l'on sépare par la Bltration. On l'obtient encore en ajoutant à de l'azotate de protoxyde de mercure une dissolution de chlorure d'or que l'on a privée d'acide en l'évaporant préalablement à siccité. Si l'on ajoute à du chlorure d'or des infusions végétales ou des acides organiques additionnés de potasse caustique en excès, il se forme également un précipité d'oxydule d'or.
Le protoxyde d'or à l'état d'hydrate est une poudre d'un violet foncé ; desséché , il a le même aspect que le poupre de Cassius. A +25 degrés, il se décompose en oxygène et en or métallique. La lumière solaire le décompose très-rapidement. Il est insoluble dans l'eau.
Les oxacides sont sans action sur lui ; l'acide chlorhydrique le décompose en or métallique et sesquichlorure Au* Cl^ L'ammoniaque produit un précipité violet qui détone, mais moins vivement que l'or fulminant jaune. Les propriétés de ce corps sont , du reste , fort peu connues.
La composition de cet oxyde se représente par la formule
Au'O.
3i4 SESQUIOXYDE D'OR.
SESQUIOXYDE D*OR.
§ 897. Cet oxyde , que Ton désigne le plus ordinairement sous le nom à! acide aurique, en vertu de la propriété qu'il possède de s'unir aux bases, se prépare en faisant digérer une dissolution de sesquichlorure d'or avec un léger excès de magnésie ; l'oxyde se précipite et se mêle à l'excès de cette base : en traitant le mélange par l'acide azotique, qui dissout la magnésie seule, on obtient le sesquioxyde d'or pur.
Dans ces dernières années, M. Fremy a proposé de préparer le sesquioxyde d'or par un procédé beaucoup plus simple et plus commode ; il consiste à faire bouillir le chlorure d'or avec de la potasse en excès jusqu'à ce que la liqueur soit en partie décolorée, et à traiter ensuite la dissolution par un excès d'acide sulfurique. Il se produit un précipité qu'on fait dissoudre dans de l'acide azotique concentré; en ajoutant de l'eau à la dissolution azotique, le sesquioxyde d'or se précipite de nouveau; on le lave jusqu'à ce qu'il ne renferme plus trace d'acide.
Le sesquioxyde d'or hydraté présente l'aspect d'une poudre tantôt jaune, tantôt brune; chauffé à + loo degrés, il change de couleur et devient noir ; à 25o degrés , il se décompose en or métallique et en oxygène. C'est un corps assez instable, qui se décompose rapidement à la lumière solaire ; il se décompose même à l'obscurité , en se recouvrant d'une pellicule d'or. Il est réduit par les acides organiques, l'alcool, etc., en or et en oxydule : on utilise souvent cette propriété pour produire cet oxyde ; sa formule est
Au'O».
L'acide chlorhydrique le dissout en le transformant en sesquichlorure. Les oxacides ne forment pas avec lui de combinaisons définies. Il n'en est pas de même de la potasse et de la soude ; le sesquioxyde d'or se combine avec ces bases , et c'est de cette propriété qu'il tire son nom à' acide aiirique. La combinaison de l'acide aurique avec la potasse se sépare, par l'évaporation dans le vide , sous la forme de petites houppes soyeuses. Ce sel se dissout en forte proportion dans l'eau , qu'il colore en jaune. Chauffé au rouge , il se décompose en or métallique , en dégageant de l'oxygène. En partant de Taurate de potasse, il est très-facile d'obtenir.
POURPRE DE CASSIUS. 3i5
par double décomposition , tous les aurates métalliques qui sont insolubles. La composition de i'aurate de potasse cristallisé se représente par la formule
Au'0%K0-h6H0.
Quand on verse du sulfite de potasse dans de l'aurate de la même base , il se forme un précipité jaune , cristallisé en longues aiguilles. C'est un sel double auquel M. Fremy donne le nom d'aurosuifiic de potasse; il a pour formule
KO, Au*0^4-4(KO, S0^)4-5H0.
Quand on verse de Tammoniaque en excès dans du sesquichlorure d'or, il se forme un précipité jaune-brunâtre qui , lavé convenablement et séché lentement au bain-marie , détone avec violence.
Si on laisse digérer le composé précédent avec de l'ammoniaque en excès additionnée de potasse caustique , le chlore qui y existait se trouve enlevé par la potasse , et le précipité prend une teinte plus brune; après la dessiccation, il acquiert une couleur pourpre. On doit apporter les plus grandes précautions dans la préparation de cette 'substance ; à loo degrés, elle détone avec une force d'explosion telle, que si l'expérience a été faite sur une lame métallique, celle-ci se trouve percée ; elle détone sous le choc du marteau , par le plus léger frottement , et quelquefois spontanément. C'est donc un corps qui ne doit être manié qu'avec les plus grandes précautions. M. Dumas lui assigne la formule
Au'O^jaAzH' + HO.