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TRENTE-DEUXIÈME LEÇON

Extraction et propriétés dn sodium. — Oxydes de sodium. — Chlorure de sodium. — Description sommaire des différents procédés employé pour l'extraction du chlorure de sodium. — Carbonates de sonde. ~ Soude artificielle. — Bicarbonate. — Sesquicarbonate de soude. — Borate de soude. — Silicates de soude. — Verres. — Verre à gobeJetterie. — Verre à vitres. — Verre à bouteilles. ~ Cristal. — Strass. — Émail. — Dévitrification. — Recuit. — Altérations du verre. — Phosphates de soude. — Sulfates de soude. — Azotate de soude. — Caractères des sels de soude.

§ S54. C'est l'un des métaux que la nature nous offre en plus grande abondance; en .effet, on le rencontre, d'une part, à Tétat de silicate dans certaines roches , et dans l'eau de la mer à Tétai de chlorure de sodium. Ce même chlorure de sodium existe à l'état d'amas considérables dans certaines localités formant des bancs immenses : on lui donne , dans ce cas , le nom de sel gemme.

Les procédés de préparation du sodium sont en tous points semblables à ceux que nous avons décrits , dans la leçon précédente , pour l'extraction du potassium ; il est cependant moins facile à produire dans le canon de fusil, à cause de la volatilité moins grande de son hydrate. Si l'on a recours au procédé de Brunner, il n'est pas nécessaire d'employer du tartrate de soude ; le mélange se prépare en faisant une dissolution de carbonate de soude dans le moins d'eau possible , et y ajoutant le tiers environ de son volume de charbon de bois finement pulvérisé, on en fait une pâte bien homogène que l'on dessèche ensuite. On ajoute au mélange, quand il est bien sec , une certaine quantité de charbon de bois en petits morceaux, afin de rendre la masse poreuse, après quoi on l'introduit dans la bouteille en fer. Le sodium étant plus volatil que le potassium , la température n'a pas besoin d'être portée aussi haut.

§ S55. Le procédé de préparation du sodium a reçu dans ces derniers temps de M. Deville une modification qui permet de retirer d'un poids donné de carbonate de soude une quantité de métal plus considérable. Au lieu d'employer le mélange qui a été indiqué plus haut, il prend du carbonate de soude desséché, auquel il ajoute de la houille réduite en poudre fine, dans la proportion de 45 pour 100 du mélange.

La température nécessaire à la production du sodium n'est pas aussi élevée qu'on se le figure ; une bou telle à mercure peut servir un grand nombre de fois, et n'est nullement altérée par l'opération , si on lui applique le lut que MM. Gay-Lussac et Thenard recommandent dans la préparation du potassium par leur procédé. Le sodium distillant aussi facilement que le potassium, on peut employer l'appareil de MM. Dony et Maresca, avec cette seule modification qu'au lieu d'être ouvert dans toute sa largeur, il est presque entièrement fermé et ne possède qu'une légère ouverture qui permet aux gaz produits de se dégager.

Dans la préparation en grand du sodium , il est essentiel d'employer le charbon en léger excès, et surtout d'y ajouter une matière inerte pour diviser la masse. Cette matière peut être du carbonate de chaux.

Le mélange se fait dans les proportions suivantes :

Carbonate de soude 717

Charbon 175

Carbonate de chaux 108

On prend le carbonate de soude desséché , le charbon et la craie pulvérisés, on en fait une pâte sèche avec de l'huile, et l'on calcine dans une bouteille à mercure coupée qui sert de creuset et que Ton bouche convenablement. La matière grise et poreuse qui provient de cette calcina tion est concassée et introduite dans l'appareil, puis chauffée comme dans la préparation du potassium. En employant un mélange de 1 400 grammes de matière , on peut obtenir 400 grammes de sodium brut. Il reste pour résidu , dans la bouteille, de la chaux et du charbon.

Comme le sodium s'altère à l'air et qu'il décompose l'eau même aux plus basses températures en absorbant son oxygène, on est

obligé de lo consen'or, à la manière du potassium , dans des flacons entièrement remplis d'huile do naphte , composé qui ne contient que de l'hydrogène et du carbone.

§ 356. Le sodium ressemble beaucoup au potassium par ses caractères physiques.il est d'un blanc éclatant, à reflet métallique ; à la température ordinaire, il est mou et très-malléable : on peut le couper très-facilement; sa coupure présente un éclat métallique* très-vif, qui ne tarde piis à s'altérer au contact de l'oxygène de l'air, mais moins rapidement que le potassium. Il se ramollit à 5o degrés, à 90 degrés il se liquéfie; à l'état liquide il peut èliv coulé au contact de l'air sans subir d'altération. On sait que, dans les mêmes circonstances, le potassium s'oxyde très-rapidement. H bout à la chaleur rougo , et se volatilise à une température moins élevée que lo potassium.

Mis en contact avec l'eau, il s'oxyde très-rapidement, mais la température dégagée n'est pas suffisante pour enflammer rh\drogène mis en liberté. On peut néanmoins produire son inflammation on empêchant le globule fondu de se mouvoir à la surface de Teau ; pour cela 9 il suffît de le placer sur une solution épaisse de gomme dans l'eau ou sur des doubles de papier Joseph humide percés, en leur centre, d'un trou dans lequel on verso de l'eau.

La densité du sodium est plus grande que celle du potassium; elle est égale à 0,972.

§ S57. On connaltdeux combinaisons formées par le sodium avec l'oxygène : ces deux combinaisons correspondent à celles du pota^ sium, et se préparent de la même manière ; elles sont représentées de la manière suivante :

Protoxyde de sodium = NaO, peroxyde = NaO*.

V hydrate de soucie s'obtient , à la manière de l'hydrate île potasse , en traitant le carbonate de soude par la chaux. On reconnaît aux mêmes "caractères que l'opération est terminée. La combinaison , amenée sous forme solide par l'évaporation et la fusion , présente le même aspect que l'hydrate de potasse. Cet hydrate possède une propriété qui peut permettre néanmoins de le distinguer de l'hydrate de potasse; exposé à l'air, il en attire l'humidité et tombe en déliquescence , mais ensuite il absorbe l'acide carbonique de l'air et passe à l'état de carbonate de soude qui

s^efileurit. La potasse, dans les mêmes circonstances, reste toujours liquide , parce que le carbonate de potasse qui se produit est lui-même déliquescent.

§ 558. Le sodium forme avec le chlore, le brome, Tiode, le cyanogène, etc., une série de combinaisons dont une seule présente de l'importance, c'est le chlorure de sodium.

§ 559. Le chlorure de sodium cristallise en cubes comme le chlorure de potassium. Il est anhydre , et les cristaux sont très-petits quand il se dépose d'une dissolution chaude; ils sont plus volumineux lorsqu'il se sépare par Tévaporation spontanée. Lorsqu'il Cristallise d'une dissolution refroidie jusqu'à — la degrés, il retient de l'eau de cristallisation et affecte la forme de prismes; les cristaux ont alors pour formule

NaCl-4-4HO.

Soumis à l'action de la chaleur rouge, le sel décrépite d'abord et fond ensuite sans éprouver de décomposition.

La solubilité de ce sel dans l'eau croît faiblement avec la tem<pérature. Sa courbe de solubilité est représentée par une ligne droite très-peu inclinée sur l'axe des températures.

100 parties d'eau dissolvent, , . 35,8 de sel à i3,o

Le chlorure de sodium ne s'altère pas à l'air dans les circonstance ordinaires, mais il est déliquescent quand l'hygromètre marque plus de 86 degrés. Le sel du commerce est presque toujours humide : cela tient à ce qu'il renferme du chlorure de magnésium , et un peu de chlorure de calcium , sels très-déliquescents.

§ 560. Le chlorure de sodium existe en très-grande abondance dans la nature; on le retire des eaux de la mer, et c'est à cette origine qu'il doit son nom de sel marin. On le rencontre encore dans le seini de la terre , où il constitue des amas considérables connus sous le nom de sel gemme,

L'eau de la mer contient en moyenne :

Chlorure de sodium i,5o

Chlorure de magnésium o,35

Sulfate de magnésie o, 58

Carbonates de chaux et de magnésie . . 0,02

Sulfate de chaux 0,01

Eau 96, 54 •

Elle renferme, en outre, de très-faibles proportions de bromures et d'iodures.

On emploie deux procédés distincts pour extraire le chlorure de sodium des eaux de la mer. Le premier consiste à soumettre ces eaux à Tévaporation spontanée ; le second , qui n'est employé que dans les contrées septentrionales , consiste à abandonner ces mêmes eaux à une basse température qui sépare une partie de l'eau à l'état de glace , et laisse une dissolution suffisamment concentrée pour permettre de l'évaporer avantageusement par le feu.

Nous ne décrirons ici que le premier procédé, qui est le plus employé en France, sur les côtes de l'Océan et de la Méditerrannée.

§ 561. On fait arriver l'eau de la mer, soit à l'aide de pentes, soit en mettant à profit les marées , dans de vastes bassins appelés marais salants (f g. 141), qui sont creusés dans le sol et rendus imperméables par une couche d'argile. Ces bassins , très-peu profonds , sont divisés en petits compartiments correspondant les uns dans les autres , et disposés de manière à permettre au liquide de s'écouler très-lentement , à l'aide d'une pente convenablement ménagée, et de se rendre dans des bassins plus petits où Tévaporation s'effectue d'une manière assez rapide. Ces eaux , qui , en se concentrant, ont laissé déposer une partie des sels insolubles qu'elles contenaient , se rendent dans un réservoir, d'où elles sont extraites à l'aide de pompes qui les amènent dans de nouveaux bassins d'évaporation , où elles laissent déposer le sel marin. L'opération continue pendant plusieurs mois, tant que dure la belle saison.

On réunit en tas le sel obtenu pour le laisser égoutter; en cet état il est suffisamment pur pour qu'on puisse le livrer au com-

CHLORURE DE SODIUM. Bg

merce. Il renferme cependant encore des substances étrangères ,

FIf 141.

4o CHLORURE DE SODIUM.

les unes solubles, les autres insolubles, dont on le débarrasse en

le soumettant à une nouvelle cristallisation.

Les eaux d'où s'est déposé le chlorure de sodium et qu'on désigne sous le nom d^eaux mares des marais salants, renferment plusieurs produits utiles dont l'extraction présente un intérêt considérable.

Ces eaux , soumises à l'évaporation , laissent déposer d'abord un mélange de chlorure de sodium et de sulfate de magnésie , puis un sulfate double de potasse et de magnésie , un chlorure double de potassium et de magnésium, et 6nalement du chlore de magnésium.

En traitant le premier dépôt d'une manière convenable, on pourrait facilement en retirer du sulfate de magnésie , mais il est préférable de dissoudre ce mélange dans de l'eau chargée de sel marin, et d'exposer cette dissolution à la plus basse température possible. Le sulfate de soude étant de tous les sels qui peuvent se former le moins soluble à cette température , surtout en présence du chlorure de sodium , il en résulte une double décomposition qui donne naissance à ce sel, tandis qu'il reste du chlorure de magnésium dans les eaux mères. Or, le sulfate de soude étant beaucoup plus soluble dans Veau chargée de chlorure de magnésium que dans l'eau pure, et cette solubilité s'accroissant notablement avec la température, il est évident que si on laissait la liqueur se réchauffer, la majeure partie du sulfate de soude déposé se redissoudrait. Le sulfate de soude étant, au contraire, moins soluble dans l'eau chargée de chlorure de sodium que dans l'eau pure, on conçoit qu'il est important d'ajouter au mélange primitif de chlorure de sodium et de sulfate magnésien un excès de sel marin , afin de convertir la plus grande partie de ce sel en sulfate de soude.

Ceci posé , on extraira du sulfate de soude de l'eau mère des marais salants en l'amenant dans des bassins glaises et utilisant les froids de l'hiver pour produire la décomposition. Dès que le dépôt de sulfate de soude s'est formé, on l'enlève, on le fait égoulter, puis on le dessèche dans des fours à réverbère. On l'utilise alors, soit pour la fabrication du verre , soit pour la fabrication de la soude artificielle.

Le mélange salin d'où s'est séparé le sulfate de soude laisse bientôt déposer un sulfate double de potasse et de magnésie. Le dédoublement de ce sel en sulfate de potasse et sulfate magnésien

n'est pas facile à réaliser en grand , mais on peut l'employer avec avantage, soit pour préparer de Talun , soit pour obtenir du carbonate de potasse, en employant une méthode calquée sur celle que nous décrirons plus bas pour la préparation de la soude artificielle.

§ 562. Le sel gemme forme dans la terre des amas plus ou moins considérables. Quelquefois le sel est pur, et Texploitâtion se fait comme pour la houille; on n*a plus qu'à le réduire en poudre dans des moulins pour le livrer au commerce. Les mines les plus remarquables sont cellesdeWieliczka en Pologne, et de Cardona en Espagne. On rencontre à Wieliczka une espèce de sel gemme qui , en se dissolvant dans Teau, fait entendre des décrépitations. Ces décrépi talions sont dues au dégagement d'une petite quantité de gaz renfermé dans le sel sous une forte pression ; lorsque , par la dissolution , la paroi qui ferme les cavités enfermant le gaz s'est suffisamment amincie, celui-ci la fait éclater avec bruit. Le gaz qui se dégage est de l'hydrogène protocarboné.

Lorsque le banc de sel gemme est impur, on l'extrait par voie de dissolution au sein même de la mine. On perce , à cet effet, un trou de sonde, que l'on fait arriver au milieu de la masse. On descend dans ce trou des tuyaux assemblés à vis, dont l'extrémité, qui est en contact avec le sel, est terminée en pomme d'arrosoir; on descend dans ces tuyaux les conduits d'une pompe aspirante. Ces trous de sonde sont forés dans le voisinage d'une source, dont l'eau peut être facilement détournée pour se rendre dans un bassin creusé auprès du trou de sondage. On fait arriver l'eau dans le trou , et quand elle y a séjourné un temps assez long pour être suffisamment saturée, on l'en retire avec la pompe pour la soumettre ensuite à l'évaporation. Les eaux salées sont presque pures, et contiennent vj pour loo de sel lorsqu'elles sont complètement saturées.

§ S63. Il existe dans quelques contrées des sources d'eau salée, mais ces dissolutions sont ordinairement trop peu concentrées pour qu'on puisse, avec avantage, les évaporer au moyen du feu.

Pour retirer économiquement le sel de ces eaux , on construit de grandes murailles en charpente, dont l'intervalle est rempli <le fagots d'épines {fi^. 142).

Ces murailles sont surmontées d'un réservoir d'où le liquide, en

4a CHLORURE DE SODIUM,

coulant à travers les fagots , se divise , abandonnant par cette éva-

Fir. 141.

poration rapide une partie de son eau. On répète ainsi l'opération jusqu'à quatre ou cinq fois, en remontant chaque fois le liquide à Taide d'une pompe dans le bassin supérieur, après quoi il est suffisamment concentré pour être évaporé par le feu. La rapide concentration du liquide dépend donc de Tétat de l'atmosphère : aussi s'arrange-t-on de façon à exposer une des faces les plus grandes de la muraille à l'action du vent qui règne le plus ordinairement dans la contrée.

§ 56i. Le chlorure do sodium , en se dissolvant dans un poids

d*eau quadruple du sien , détermine un abaissement do tempéra ture assez sensible. La dissolution de i partie de sel dans 4 parties d'eau produit un refroidissement de 1^,9; dans les mômes circonstances, le chlorure de potassium produit un froid de — 11 '',4. Gay-Lussac, en partant de ce fait, a proposé le moyen suivant pour faire Tanalyse approchée d'un mélange de chlorure de sodium et de chlorure de potassium.

Pour cela, on pèse 400 grammes d'eau et 100 grammes du mélange à analyser. On note la température de Teau, puis on dissout rapidement le mélange salin et Ton observe la température de la dissolution; la différence entre la température initiale et la température finale indique l'abaissement produit.

Cela posé; soit x le poids du chlorure de potassium, 100 — misera le poids du chlorure de sodium. Soit ^ rabaissement de température totale, ou la somme des refroidissements produits par la dissolution de chacun des chlorures. On obtiendra la valeur de X par la résolution de l'équation

Cette méthode d'analyse donne des résultats à 0,01 près.

§ 565. Le sodium forme avec le brome, l'iode et le soufre des combinaisons assez nombreuses qui correspondent exactement à celles du potassium.

§ 566. Le carbonate neutre de soucie peut s'obtenir à l'aide de plusieurs procédés. On s'est servi pendant longtemps du mode de préparation qui consiste à lessiver les cendres de certains végétaux qui croissent sur les bords de la mer. Ces y^gétaux , renfermant des sels de soude formés par des acides org^lques, laissent une cendre contenant une proportion plus ou moins notable de carbonate.

Ces plantes marines sont loin de fournir toutes une cendre également riche en carbonate de soude ; ainsi , tandis que la barille qui croit en abondance sur les côtes d'Espagne fournit une cendre très-riche en carbonate de soude, les varechs qui croissent sur les côtes do Normandie n'en donnent que des proportions très-faibles.

Cest pour cette raison que , lors du blocus continental , on dut chercher des moyens de produire artificiellement cette substance d'une manière économique.

Le procédé imaginé à cette époque , que Ton emploie encore aujourd'hui et qui est dû à Leblanc , est fondé sur la transforma* tion* du chlorure de sodium en sulfate de soude, et sur la conversion ultérieure de ce sel en carbonate. Si l'on chauffe du sulfate de soude avec du carbonate de chaux , il se produit à une haute température du carbonate de soude et du sulfate de chaux; mais quand on reprend la masse par l'eau , la réaction inverse se produit , et bientôt il se reforme du sulfate de soude et du carbonate de chaux. On peut parer à cet inconvénient en ajoutant au mélange une quantité de charbon convenable : on donne naissance alors à du carbonate de soude et à un oxysulfure de calcium insoluble dans l'eau et inattaquable par ce liquide à la température ordinaire. On peut expliquer la r^ction de la manière suivante :

2(S0», NaO)-h3(CO^ CaO)-r9C ^ a(CO% NaO ) 4- aCaS, CaO 4- loCO».

Il est important d'employer un excès de craie dans cette réaction, autrement il ne se produirait que du sulfure de calcium, substance soluble dans l'eau, qui, réagissant sur le carbonate de soude, reformerait du carbonate de chaux en produisant une quantité proportionnelle de sulfure de sodium.

Les meilleures proportions pour obtenir le carbonate de soude sont les suivantes; on fait un mélange de :

Sulfate de soude anhydre. . . looo parties,

Carbonate de chaux io4o parties,

Charbon en poudre 53o parties.

Le mélange (^g. 1 43) est placé sur la sole d'un four à réverbère et chauffé .au rouge; lorsque la masse est devenue pâteuse, on l'agite avec un ringard. Il se dégage de l'oxyde de carbone qui brûle à la surface, et quand la combustion du gaz cesse, ce que Ton reconnaît à la disparition des petites flammèches bleues qui s'échappent de la masse, on retire la matière du four : lorsqu'elle est complètement refroidie , on la pulvérise sous des meules ; puis on la traite par l'eau froide, qui dissout seulement le carbonate de

soude. Les eaux provenant de ce lessivage étant soumises à Tévaporation , abandonnent le sel sous forme de cristaux.

Fig. lis.

Ce sel , à l'état cristallisé , présente la composition suivante : CO',NaO-hioHO.

Il s'efBeurit promptement quand on Texpose au contact de Tair; chauffé , il éprouve d'abord la fusion aqueuse , puis se dessèche et fond à une température rouge.

§ 567. Le bicarbonate de soude se prépare en faisant arriver un courant d'acide carbonique dans des caisses en bois contenant du carbonate de soude cristallisé. Les cristaux perdent une partie de leur eau de cristallisation , absorbent de l'acide carbonique et se transforment en masses blanches et poreuses. On utilise pour cette préparation l'acide carbonique qui se dégage des cuves en fermentation. Le bicarbonate de soude existe en grande quantité dans les eaux de Vichy. H est employé en médecine pour la préparation des pastilles digestives de Darcet.

Ce sel cristallisé a pour formule

aCO%NaO-l-nO.

Soumis à Taclion de la chaleur, il perd la moitié de son acide et repasse à l'état de carbonate neutre.

§ 568. Le scsquicarbonate de soude y plus connu généralement sous le nom de natron, se rencontre dans l'Inde, l'Amérique, et plus particulièrement dans quelques lacs d'Egypte ; il se trouve à

46 BORATE DE SOUDE,

la surface du sol et constitue des masses cristallines effleuries qui présentent quelquefois une très-grande dureté. On admet que la formation de ce sel est due à Faction prolongée du chlorure de sodium sur le carbonate de chaux.

BORATE DE SOUDE.

§ 569. Le borate de soude, anciennement connu sous le nom de borax ou de tinkal, se rencontre dans un grand nombre de localités ; on le trouve dans certains lacs de l'Inde , ainsi que dan< les mines de Yiquiutizoa et d'Escapa au Pérou. A Tétat naturel, il n'est pas pur ; ses cristaux présentent ordinairement une coloration jaune ou verdâtre qui est due à la présence d'une matière grasse. Sous cet étal, il' porte le nom de tMai, ou borajc bnu. On le purifie en le réduisant en poudre fine et en le lessivant ave<' une solution de soude marquant 5 degrés de l'aréomètre de Beaumé ou en l'agitant avec de la chaux éteinte. De cette manière, on enlève la matière grasse qui forme un savon , soit avec la soude . soit avec la chaux.

Après cette première opération , on dissout le borax dans Teau bouillante; on ajoute à la dissolution \% pour loode carbonate de soude , on concentre la liqueur jusqu'à ce qu'elle marque 20 degrés Beaumé et on la place dans des cônes renversés doublés de plomb ; par un refroidissement lent on obtient des cristaux volumineux bien nets et incolores.

Aujourd'hui , la plus grande partie du borax consommé en France se prépare de toutes pièces en combinant l'acide borique des lacs de Toscane avec la soude artificielle.

Cent kilogrammes d'acide borique de Toscane produisent i4o kilogrammes de borax susceptible d'être livré au commerce.

§ 570. Le borate de soude possède une faible saveur alcaline; il verdit légèrement le sirop de violette; exposé à l'air, il s'efllcurit k la surface. Soumis à l'action de la chaleur, il éprouve la fusion aqueuse , se boursoufle , se dessèche et fond à la température rouge. La matière fondue donne, par le refroidissement, une masse incolore et transparente dont la densité est représentée par •>.,36.

A une haute température il facilite la fusion des oxydes métalliques et les vitrifie pour la plupart; il prend alors des colorations qui sont |)articuliôres aux oxydes employés. C'est ainsi que l'oxydo

SILICATES DE SOUDE. 47

do manganèse le colore en violet , l'oxyde de fer en vert bouteille, Toxyde de chrome en vert émeraude, Toxyde de cobalt en bleu, etc. On emploie souvent ces caractères dans l'analyse pour reconnaître la présence de certains oxydes métalliques. A cet effet, on plie Textrémité d'un fil de platine , de manière à lui donner la forme d'un crochet; on mouille ce dernier, puis on le plonge dans du borax réduit en poudre. Après y avoir fait adhérer de la sorte une certaine quantité de cette substance , on chauffe avec le dard du chalumeau ; bientôt le borax fond et prend la forme d'un globule qui Teste suspendu à la courbure du crochet. En trempant ce globule dans le liquide ou dans la matière en poudre qui contient l'oxyde à reconnaître, puis projetant de nouveau le dard du chalumeau , la perle prend une coloration qui permet de reconnaître la nature de l'oxyde.

Le borax qui se dépose d'une dissolution à la température ordinaire, cristallise en prismes et retient lo équivalents d'eau; si la température de la dissolution est supérieure à 60 degrés, les cristaux qui se séparent affectent alors la forme octaédrique , et ils ne renferment plus que 5 équivalents d'eau.

La densité du borax octaédrique est plus grande que celle du borax prismatique. La dureté des cristaux est aussi plus considérable.

§ 57i . Le borax est employé dans les arts pour faire les soudures métalliques. A cet effet , on met le borax en poudre avec la soudure sur les pièces à souder, et l'on chauffe au rouge; à cette température , le borax fondu recouvre le métal , dissout l'oxyde formé et préserve le métal d'une nouvelle oxydation , en même temps qu'il permet à la soudure de se fixer.

I^ns le cx)mmerce, où Ton consomme de très-grandes quantités de borax , on est obligé de le soumettre à des essais afin d'en connaître la valeur. Le procédé dont on fait usage est calqué sur celui que nous avons décrit pour l'essai des potasses du commerce.

SIUCATES DE SOUDE.

§ 572. La silice forme avec la soude des combinaisons trèsnombreuses dont les propriétés varient d'une manière très-notable avec les proportions des matières employées. Les silicates simples formés par la soude et la potasse ne présentent qu'un intérêt mé-

48 SILICATES DE SOUDE.

diocre; il n*en est plus de même des composés que formenl ce?

substances avec les silicates terreux, composés qui jouissent do

propriétés toutes spéciales, et qu'on désigne sous le nom de

verres.

On donne, en effet, dans les arts le nom de verre à des combinaisons dans le^uelles la silice est unie à plusieurs bases alcalines et terreuses , formant une masse transparente , molle à une température élevée, se laissant facilement façonner par le soufflage . et susceptible de prendre une coloration quelconque sous rinfluence de certains oxydes métalliques. Ces silicates sont solides à la température ordinaire et insolubles dans Teau.

Les silicates simples ne sauraient servir à former des verres: en effet, ceux qui sont à base d'alcali, potasse ou soude, exigeraient une trop forte proportion de silice pour être inattaquables par Teau , et , dans ce cas, la matière n'entre plus en fusion qu'aux plus violents feux de forge. Les silicates terreux sont inattaquables, îl est vrai , par l'eau , mais ils exigent pour fondre des températures élevées, ils ont , en outre , l'inconvénient de présenter une certaine tendance à la cristallisation.

Lorsque, au contraire, on associe des silicates terreux et des silicates alcalins, on obtient des composés dont le point de fusion est souvent inférieur à celui du silicate le plus fusible, et qui sont dépourvus, en outre, de la propriété de cristalliser. En combinant des silicates alcalins avec des silicates terreux , on peut donc obtenir des produits stssez fusibles pour qu'on puisse les travailler par soufflage , et qui contiennent assez de silice pour résister oonseulement à l'action de l'eau , mais à celle des acides.

Les verres peuvent être divisés en trois classes bien distinctes^ savoir :

i"". Les verres incolores ordinaires, à base de chaux et de potasse ou de soude ;

2"". Les verres colorés communs, ou verres à bouteilles, à base de chaux , d'oxyde de fer, d'alumine , de potasse ou de soude ;

3®. Le cristal , qui ne diffère du verre incolore ordinaire que parce que la chaux s'y trouve remplacée par de l'oxyde de plomb.

VBRRES INCOLORES. 49

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