RECUIT DU VERRE
§ 580. Lorque le verre est soumis à un refroidissement gradué, il devient capable de résister & des chocs assez forts et à des variations de température assez brusques.
On vient de voir que lorsque le verre a été refroidi brusquement, il prend un état particulier qui le rend très-cassant. On lui fait perdre cette propriété par une opération qu*on appelle le recuit et qui consiste à chauffer les objets préparés jusqu'à une température voisine du rouge , en évitant toutefois de les ramollir, et en les abandonnant à un refroidissement très-lent. Ils peuvent alors supporter toutes les variations de température sans se casser.
§ 581 . Si Ton chauffe du verre au point de le ramollir, et qu'on Tenroule autour d'une roue animée d'une assez grande vitesse , on peut obtenir des fils d'une finesse extrême et qui possèdent une assez grande ductilité.
Le verre filé est aussi souple que la soie ; il peut être roulé à la manière du fil commun et employé en ornements.
La densité du verre est en rapport avec sa composition ; les verres alcalino-calcaires sont les plus légers, le verre à bouteilles vient ensuite , puis les verres plombeux.
L'oxygène ou l'air n'exercent aucune action sur les verres à froid ou à chaud , pourvu qu'ils soient secs.
Les corps désoxygénants agissent très-énergiquement sur les verres plombeux.
L'eau n'agit pas sur tous les verres; mais il en est un assez grand nombre qu'elle tend à décomposer en silicate alcalin soluble et en silicate alcalino-terreux insoluble ; elle établit donc un partage semblable à celui que produit la dévitrification.
Les verres exposés au contact de l'air humide s'altèrent en perdant une partie de leur alcali , et leur surface se recouvre d'une pellicule composée de petites écailles très-minces qui présentent l'aspect de la nacre de perle.
L'acide fluorhydrique attaque rapidement le verre ; on met à profit cette propriété pour en faire l'analyse.
§ 582. On peut remplacer dans le verre ordinaire la chaux par la baryte, et comme la substitution de cette base donne au verre une densité plus considérable, celui-ci, squs ce point de vue, tend à se rapprocher du cristal.
On a préparé dans ces dernières années une espèce de cristal
dans lequel l'oxyde de zinc remplace Toxyde de plomb. Les produits résultant de cette substitution présentent une aussi gramle limpidité que le cristal, et comme, d'une part, le prix de Toxyde de zinc est moins élevé que celui de Toxyde de plomb , et qu en outre le poids de son équivalent est plus faible , on peut espérer que cette substitution pourra présenter dans l'avenir des avantages réels. C'est à l'expérience à nous fixer sur ce point.
§ 583. Le plus ordinairement les verres sont utilisés à Tétai incolore; quelquefois, au contraire, on exécute à leur surface d«5 dessins colorés, ou bien on les colore uniformément dans toute leur masse. On peut employer deux procédés distincts pour colora les verres ; l'un consiste à appliquer la matière colorante à la surface du verre comme sur une toile : c'est une véritable peinture; l'autre consiste à incorporer la matière colorante dans le verre lui-même pendant sa fusion : c'est une véritable teinture.
Lorsqu'on veut obtenir des verres de couleurs claires avec des oxydes doué» d*un pouvoir colorant considérable , on fait usage de l'artifice suivant. L'ouvrier cueille à l'extrémité de sa canne une certaine masse de verre incolore, puis lorsqu'elle a acquis uue consistance convenable , il la plonge dans un pot renfermant du verre coloré, et y fixe ainsi une couche plus ou moins épaisse: puis il donne à la matière , par le soufilage , la forme d'un cylindre qu'il étend ensuite d'après les procédés que nous avons décrits § 574. On donne à ces sortes de verres le nom de verres doublés.
On peut encore décorer le verre en y traçant des dessins avec des matières colorantes, qu'on appliquée l'aide d'un pincaau.
§ 584. La soude forme avec l'acide sulfurique deux combinaisons bien définies qui sont le sulfate et le bisulfate de soude.
Le sulfate neutre de soutlcy connu des anciens chimistes sous les noms de sel de Glauber, sel admirable, est incolore ; sa saveur est d'abord salée , puis amère. Il cristallise en prismes à six pans d'une grande transparence. Sa solubilité croit avec la température jusqu'à 33 degrés. A partir de ce point elle diminue jusqu'à io3.
La cristallisation du sulfate de soude présente une particularité très-remarquable. Si, après avoir fait une dissolution saturée à chaud de sulfate de soude dans l'eau , on recouvre cette dissolution d'une
couche d'huile qui la préserve du contact de Tair , et qu'on l'abandonne au refroidissement à Tabri de toute agitatation , on remarque qu^il ne s'y produit aucune trace de cristallisation; mais si Pon vient à toucher la dissolution avec une pointe quelconque y en traversant la couche d*huile , elle cristallise aussitôt en se prenant en masse.
Ce phénomène est encore plus frappant si l'on opère de la manière suivante : On introduit une dissolution de sulfate de soude saturée à chaud dans un tube de verre bouché et dont la partie supérieure a été étirée en entonnoir; on fait bouillir la dissolution de manière à chasser tout l'air contenu dans le tube , après quoi on le ferme hermétiquement en le faisant fondre à la lampe. Lorsque la dissolution est refroidie , on remarque que la cristallisation ne s'est pas produite, et l'on peut agiter le tube en tous sens sans la déterminer; si l'on brise la pointe effilée du tube de manière à permettre la rentrée brusque de l'air, la dissolution se prend en une masse cristallisée en même temps qu'il se produit un dégagement de chaleur appréciable. Ce dégagement de chaleur se remarque chaque fois qu'un corps passe de l'état liquide à l'état solide.
Le sulfate de soude exposé à l'air s'eiïleurit en perdant une partie de son eau de cristallisation et se réduit en une poussière blanche.
Le sulfate de soude existe en petite quantité dans les eaux de la mer; mais la majeure partie de celui que l'on consomme en France s'obtient en décomposant le sel marin par l'acide sulfurique.
Le sulfate de soude cristallisé a pour formule
SO'NaO + ioHO.
§ 585. Le bisulfate de soude ressemble beaucoup au bisulfate de potasse. On l'obtient en ajoutant à une dissolution de sulfate de soude une quantité d'acide sulfurique égale à celle qu'il contient. Les cristaux qui se déposent ont pour formule
2SO*, NaO + 3HO.
Si l'on considère cette combinaison comme étant formée d'un mélange de sulfate de soude et d'eau , on peut écrire la formule de a manière suivante : •
SO^, NaO, HOH-SO*, 2HO.
6o PHOSPHATES DE SOUDE.
Ce sel cristallise en petites aiguilles. Par une application convenable de la chaleur, on peut lui faire perdre ses 3 équivalent» d'eau , et Ton obtient ainsi un sulfate anhydre qu'une tempéra turp plus élevée peut décomposer en donnant du sulfate neutre et de l'acide sulfurique anhydre (§175).
HYPOSULFITE DE SOUDE.
§ 586. Ce sel présente quelque importance en raison de ses applications à la photographie. Il jouit, en effet, de la propriété de dissoudre le sel d'argent demeuré intact après l'exposition de la feuille impressionnable au foyer de la chambre obscure.
Ce sel se prépare en dissolvant du soufre jusqu'à refus dans une dissolution de sulfite neutre de soude. La liqueur abandonne par l'évaporation l'hyposulfite sous la forme de gros cristaux , qui présentent la composition suivante :
S»0',NaO -1-5 HO.
§ 587. Quand on verse une dissolution de soude dans une dissolution d'acide phosphorique à 3 équivalents d'eau, jusqu'à ce que la liqueur acquière une réaction alcaline , on obtient par l'évaporation une substance cristallisée représentée par la formule
PhO*, 2Na0 4-25H0.
Ce phosphate est efllorescent. Il fond facilement dans sop eau de cristallisation. Chauffé à 200 degrés en\nron , il abandonne 24 équivalents d'eau. Le sel desséché a par conséquent pour formule
PhO*(aNaO-hHO).
La formule du sel cristallisé doit donc s'écrire
PhO*(2NaO, HO) -f- 24 HO.
Lorsqu'on redissout le sel desséché dans l'eau, il reprend 24 équivalents d'eau et pr^nte tous ses caractères primitifs. Mais si on le chauffe jusqu'au rouge, il perd son dernier équivalent d'eau.
La formule du sel calciné est donc
PhO*, ïNaO.
PHOSPHATES DE SOUDE. 6i
Quand on dissout ce dernier sel dans l'eau , on obtient par Tévaporation des cristaux différents des précédents. Ils ne sont pas efflorescents et ne renferment que lo équivalents d'eau qu'ils perdent facilement à une température élevée. La formule de ce second sel est donc
PhCS aNa0 4-ioH0;
on lui donne le nom de pyrophnsphate de soude.
Ces deux sels présentent encore d'autres différences. Si l'on verse de l'azotate d'argent neutre dans la dissolution du premier sel, il se forme un précipité jaune représenté par la iormule
PhO*, 3AgO.
Le phosphate de soude possédait une réaction légèrement alcaline; la liqueur, après la formation du précipité, est devenue acide, ce qu'on peut facilement expliquer. En effet, on a
(PhO*, aNaO, HO)-f-3{AzOS AgO) -(PhOS 3AgO)4-a(AzOS NaO) + AzO*, HO.
Si, au contraire, on verse de l'azotate d'argent dans la dissolution du second phosphate de soude , on obtient un précipité blanc représenté par la formule
PhOS a AgO,
et la liqueur est neutre après la précipitation. Dans ce cas on a
(PhO*, !iNaO)4-a(AzO*AgO) rr: (PhO* îAgO) -4- !2( AzO*, NaO).
Si Ton ajoute au phosphate de soude ordinaire un excès d'acide phosphorique, on obtient un sel qui, à l'état cristallisé, est représenté par la formule
PhO%Na0 4-4HO.
L'azotate d'argent produit dans la dissolution de ce sel un précipité jaune de phosphate d'argent
PhOS 3 AgO,
et la liqueur est fortement acide. Le sel précédent correspond donc
à Tacide phosphorique ordinaire , et sa formule doit s'écrire de la