PLOMB
§ 796. Le plomb est connu depuis la plus haute antiquité. Les anciens chimistes le désignaient sous le nom de Saturne y parce que dans leur opinion ce métal dévorait les autres métaux pendant la calcinalion. On le rencontre quelquefois dans la nature à Tétai d'oxyde ; mais le plus ordinairement on le trouve uni au soufre, constituant la substance connue des minéralogistes sous le nom de
Le plomb du commerce cx)ntient souvent des traces de fer et de cuivre, quelquefois de l'argent ; pour l'obtenir pur, on a recours à l'oxyde de plomb obtenu par la calci nation de l'azotate. Cet oxyde , chauffé dans un creuset avec du poussier de charbon, est promptement réduit à l'état métallique.
§ 797. Le plomb pur possède une couleur d'un gris bleuâtre ; il présente une grande mollesse, aussi l'ongle l'entamo-t-il aisément; il laisse des traces grises quand on le frotte sur du papier, n est très-malléable , peut se réduire en feuilles très-minces et s'étirer en Gis trè^-déliés qui ont peu de ténacité; un fil de 3 millimètres d'épaisseur se rompt, en effet, sous un poids de i4 kilogrammes.
Le plomb fond entre 3^5 et 335 degrés. A une très-haute tem-pérature, il émet des vapeurs abondantes; il est susceptible de cristalliser par fusion : les cristaux présentent la forme d'octaèdres
SUBOXYDE DE PLOMB. aa5
réguliers. Sa densité est 11,44 5. Contrairement aux autres métaux, cette densité diminue par Técrouissage.
Exposé au contact de l'air à la température ordinaire, le plomb se recouvre d'une pellicule grise que l'on considère comme un suboxyde de plomb. Lorsqu'on le chauffe au contact de Tair un peu au-dessus de son point de fusion, il se forme à sa surface une couche irisée qui se transforme rapidement en une matière jaune ; c'est du protoxyde de plomb.
Le plomb, soumis à l'action simultanée de Tair et de l'eau distillée pure ou des eaux pluviales, est rapidement attaqué : il se recouvre d'une pellicule blanche d'oxyde et de carbonate de plomb , l'eau renferme en même temps en dissolution une certaine quantité de cet oxyde. Si l'eau contient une petite quantité d'un sel en dissolution , comme les eaux de sources ou de rivières par exemple , elle est sans action sur le plomb. D'après M. Phillips^ tous les sels n'exercent pas la même action sûr ce métal ; le sulfate de chaux posséderait au plus haut degré cette propriété. Cette différence explique pourquoi l'on peut sans inconvénient distribuer des eaux ordinaires dai^ des conduits de plomb , tandis qu'on ne saurait laisser séjourner des eaux pluviales dans des réservoirs faits avec ce métal.
Les acides agissent sur le plomb avec plus ou moins d'énergie; son meilleur dissolvant est l'acide azotique.
SUBOXYDE DE PLOMB.
§ 798. Lorsque du plomb reste exposé pendant un certain temps au contact de l'air, sa surface se recouvre d'une pellicule bleuegrisàtre; cette matière est le suboxyde de plomb, mais il serait impossible de le séparer du plomb métallique qu'il recouvre. On l'obtient facilement en calcinant l'oxalate de plomb : il se dégage alors un mélange d'acide carbonique et d'oxyde de carbone , tandis qu'il reste un résidu gris-noiràtre de suboxyde de plomb. D'après M. Pelouze, on l'obtient plus sûrement encore en chauffant cet oxalate au bain d'alliage, dans une petite cornue, à la température de 3oo degrés jusqu'à ce qu'il ne se dégage plus de gaz.
La réaction s'explique au moyen de l'équation
2(C'Ô', PbO) = 3CO'-f.CO + Pb'0.
2!â6 PROTOXYDE DE PLOMB.
Cet oxyde présente l'aspect d'une poudre noire veloutée dont la composition est parfaitement définie; c'est bien un oxyde particulier et non un mélange de plomb métallique et de protoxyde comme l'avaient admis plusieurs chimistes. On peut facilement démontrer ce fait en le triturant d'abord avec du mercure , puis en le faisant digérer avec une dissolution de sucre; ces deux réactifs restent intacts : ce qui ne saurait avoir lieu dans le cas d'un mélange, le plomb s'amalgamant facilement et le protoxyde se dissolvant en abondance dans l'eau sucrée. D est décomposé par les acides étendus et concentrés; il se forme du protoxyde de plomb PbO qui se combine avec l'acide et un précipité gris de plomb métallique. Il jouit donc des propriétés des oxydes singuliers.
Chauffé un peu au-dessus de 400 degrés en vases clos, il subit la même décomposition qu'avec les acides. Si l'on opère au contact de l'air, il s'enflamme et brûle comme de l'amadou. Exposé à l'air humide, il en absorbe l'oxygène et se convertit en hydrate de protoxyde.
Sa composition est exprimée par la formule
Pb'O.