CHAPITRE ONZIEME
Les tiges , les hvanches et les rameaux.
JLa tige est cette partie des plantes qui Sort du collet de la racine, se dirige dans l'air, produit et soutient les branches , les rameaux , les feuilles et les fleurs ; c'est par elle que leur arrivent les sucs nourriciers puisés par les racines dans le sein de la terre ; c'est par elle que chaque espèce est placée dans la situation qui con\ ient le mieux à sa constitution. Si les plantes ont besoin d'un air vif et pur, leur cîme est portée presque jnsqne dans les nues par un tronc droit et robuste. Exigent-elles un air plus humide ou plus dense? leur tige s'élève peu , ou se courbe vers la terre. Doivent-elles couvrir les rochers, se répandre en guirlandes sur les autres arbres, pendre en festons de leurs rameaux? elles ont alors des tiges grêles, souples, pliantes, constituées de manière à embrasser, par leurs circonvolutions, le tronc des grands arbres , à s'}- cramponner par des vrilles ou par de petites racines sorties de leurs articulations. 11 est d'autres plantes destinées à ramper sur la terre, a se glisser sous les broussailles : elles sont pourvues de tiges longues, flexueuses, traînantes, toujours attachées au sol qui les nourrit. Ainsi le Lut de la nature se montre dans tous ses travaux. Si les tiges sont longues ou courtes, droites ou rampantes, cette direction est la suite des fonctions qu'elles ont a remplir , étant chargées de porter la cîme des plantes dans la partie de Tatmosphère qui leur est la plus favorable.
Les tiges ont un port particulier qui n'est presque jamais sans élégance : les unes sont lisses^ cjdindriques , pyramidales; les autres creusées par de profondes cannelures, ou torses, anguleuses, quadrangulaires ; d'autres divisées et fortifiées par des anneaux, par des nœuds habilement ménagés. Les unes, fières de leurs forces, bravent, par leur niasse colossale, l'impétuosité des tempêtes-, d'autres semblent y céder par leur souplesse : elles^ se courbent , mais 5®. Lwraison,
pour se relever victorieuses et triomphantes. Presque toutes fournissent aux arts les modèles de la plus élégante, comme de la plus majestueuse arcliitecture : elle y trouve ses plus riches ornemens, et cette variété de formes propres aux divers genres de construction. Les pampres de la vi|^ne s'étendent en guirlandes sur les entablemens ; les amples feuilles deVacanlhe, quelquefois celles du dattier, couronnent les belles colonnes de l'ordre corinthien. Ainsi l'art se perfectionne, s'embellit par l'observation de la nature.
Avant de faire connaître les différentes formes des tiges et leurs caractères respectifs, je m'arrêterai d'abord aux tiges ligneuses des dicotylédons (pi. 4, hg-'^), si intéressantes sous tant de rapports. Destinées à soutenir une cîme ample et touffue, à lutter contre l'impétuosité des vents, les tiges des végétaux ligneux devaient être nécessairement douées d'une force suffisante pour résister aux dangers auxquels les expose leur grande élévation. La nature a dirigé leur organisation vers ce but; elle les a rendues d'une dureté, d'une solidité admirables, en accumulant couches sur couches, année par année, en les resserrant, les consolidant de plus en plus , à mesure que le végétal s'élève et qu'il a besoin de plus de force.
Pour concevoir cette opération, il faut examiner laccroissement annuel des tiges tant en grosseur qu'en longueur. Si nous prenons la plante dès son origine, c'est-àdire au moment où la jeime tige, sortie de la terre, commence a s'élever dans l'air, nous n'y remarquerons qu'un tissu cellulaire ou une moelle très-abondante, entourée de trachées, de fausses trachées, etc., premiers linéamens de l'étui médullaire. Leur développement se fait avec assez de rapidité , et l'on y distingue bientôt une première couche de liber, qui s'étend, s'allonge, se fortifie peu a peu, tandis qu'une couche plus intérieure forme de l'aubier. De nouvelles couches se joignent aux premières, les recouvrent; d'autres leur succèdent et s'allongent dans les mêmes proportions : l'ancien aubier, avec le temps, passe a l'état ligneux '. Ces nouvelles productions se forment par une substance mucilagineuse , le cambium , qui transsude entre le liber et l'aubier ; la tige grossit , s'élève par ces additions : elle conti-
» Voyez la note suivante.
nuerait ainsi sans interruption , si la végétation n'était pas suspendue par l'arrivée des frimas.
A cette époque, c'est-à-dire au moment où s'arrête la pousse d'une première année, la tige est alors revêtue d'une couche ligneuse; elle est terminée par un bouton qui doit^ l'année suivante, la probnger par son développement. Elle reste ainsi stationnaire pendant tout l'hiver; mais, dès qu'au retour du printemps la végétation reprend son activité, te jet de l'année précédente , qui a terminé sa longueur , n'augmente plus qu'en grosseur par une nouvelle couche de liber et d'aubier, qui s'établit également sur le bouton à mesure qu'il se prolonge pour former un second jet : mais cette nouvelle pousse, cette pousse de l'année, n'est revêtue que d'une seule couche de liber et d'aubier, tandis que celle de la précédente année en a deux ; l'année suivante elle en aura trois, la seconde pousse deux , la dernière une seule, toujours avec un bouton terminal , ainsi successivement d'année en année ' j d'où il suit que la tige s'accroît annuellement en longueur par le bouton terminal , et qu'elle grossit par les couches corticales et ligneuses. Ce sont autant de cônes durcis et convertis en bois : d'où il résulte que les couches étant plus nombreuses a la base du tronc qu'au sommet, ce sont celles-là qu'il faut toujours compter, si l'on veut connaître les années de végétation d'un arbre.
Telle est l'idée que l'on peut se former de l'accroissement tant en longueur qu'en grosseur des végétaux ligneux : il est plus ou moins rapide, selon la nature des arbres, et selon qu'il est favorisé par toutes les circonstances propres à faciliter la végétation, telles que l'exposition , la nature du sol, une chaleur modérée, des pluies douces et bienfaisantes. Cet accroissement serait indéfini si la nature n'y eût mis des bornes, mais elle a fixé, pour chaque espèce d'arbre, une élévation relative à sa constitution. Le tronc, parvenu à la hauteur qu'il doit avoir , ne produit plus de bouton termi-
• En aYanennt que les tiges ne produisent chaque année qu''une seule couche de hber et d^-^ubier , je n''ai parlé que de ceiks que l'on peut apercevoir ; car il esr, reconnu que chacune de ces couches est composée de plusieurs autres formées dans la même année, mais appliquées les unes sur les autres en feuillets si minces, qu'ii est presque impossible de les .séparer, et qu'il n'y a que Tinterruption de la \égelation d'une année à Tautre , qui nous rende sensible !a succession des couches annuelles, leur «éparaùon étant as irquée par une teinte facile à distinguer.
(98) nul, ou, bien celui-ci reste stérile; les sucs propres a le développer se répandent dans les branches et les rameaux, qui, eux-mêmes, ne se montrent sur le tronc, dans toute leur vigueur, qu'h une hauteur déterminée; les branches inférieures et très-basses qui nuiraient par leur développement a rélévation du tronc, se dessèchent et périssent; les sucs nourriciers les abandonnent pour se porter en abondance dans les branches supérieures ' : c'e^t alors que les arbres se montrent dans toute leur beauté, chargés de branches , de rameaux et de feuilles.
D'après ce qui vient d'être exposé sur l'accroissement des tiges, et ce que j'ai dit ailleurs sur les boutons, il me reste peu a dire sur les branches dont l'accroissement est exactement le même que celui du tronc : ce qu'il y a de plus remarquable, est leur disposition et leur direction constantes et régulières. Les unes sont alternes , d'autres opposées , éparses ou verticillées , et très-ordinairement le même ordre se retrouve dans les rameaux; mais il n'en est pas toujours de n:iême de leur direction : il arrive quelquefois que les branches sont horizontales ou presque verticales, tandis que les rameaux sont pendans ou redressés , étalés ou très-rapprochés ; enfin, la disposition et la direction des branches sont telles, qu'elles nous font reconnaître, même de loin, les différens arbres qui forment, par leur agréable variété , l'ornement des paysages. Qui pourrait, en effet, méconnaître, à sa longue et belle cime pjaamidale , le peuplier d'Italie, tandis que, par un contraste frappant , les souples et nombreux rameaux du saule-pleureur pendent tous vers la terre? les uns, tels
^ Quelle est donc cette cause secrelte, inconnue, qui arrête les arbres dans leur accroissement, bornant les uns à une hauteur de quinze ou vingt pieds, permettant aux autres de parvenir jusqu''à celle de cent pieds et plus ? Faudra-t-il la chercher dans Tabondance et la force de la .sève proportionnée à la grandeur relative que Tarbre doit acquérir, oa bien à une organisation originelle et particulière qui en détermine et en fixe le développement. Questions jusqu''alors insolubles, quoique Texpérience nous apprenne qu'il est souvent au pouvoir de Fart de modifier les proportions naturelles des ]-ilanles ligneuses. C'est ainsi que, la serpe en main, le cultivateur est parvenu à convertir en nains plusieurs de nos arbres fruitiers , ou bien à donner à d''aulres une plus grande élévation , en retranchant les branches inférieures, opérations qui, à la vérité, dénaturent l'individu, mais en même temps le rendent plu? propre aux services que Ton veut en retirer. Il se rencontre également dans la nature une foule de circonstances qui changent le port des plantes, quelquefois nu point de les rendre méconnaissables.
( 99 ) que le cèdre du Liban, étalent horizontalement leurs Lranches robustes, comme autant d'arbres implantés sur un tronc gigantesque; dans les autres, les branches, dirigées vers le ciel , forment , avec le tronc , des angles plus ou moins ouverts.
Le double accroissement des tiges ligneuses en longueur et en grosseur peut également s'appliquer aux tiges herbacées, avec cette différence que celles-ci croissent avec bien plus de rapidité, ayant à parcourir, dans le court espace d'une même saison, tous les périodes de leur existence. Comme il n'y a point d'interruption dans leur développement, elles n'ont et ne peuvent avoir qu'une seule couche, un tissu cellulaire plus abondant. Si ces plantes duraient plusieurs années, cette couche passerait, comme dans les arbres, a l'état ligneux , ainsi qu'il arrive en effet aux arbrisseaux et sous-arbrisseaux.
Les tiges offrent entre elles des différences importantes qui peuvent fournir de très-bonnes notes pour la distinction des espèces , et qui entrent même comme caractères dans plusieurs grandes familles naturelles, telles que celles des plantes monocotylédones et dicotylédones. Ces différences dépendent : i°. de leur consistance et de leur durée; 2". de leur direction; 3°. de leur forme; 4"- de leur composition.
1°. Considérées dans leur consistance, elles sont lierhacee5, lorsqu'elles sont tendres et ne durent pas plus d'un an : on les nomme ^Z<77//e5 annuelles : le pavot, le mouron; sous-ligneuses , lorsque leur base subsiste pendant l'hiver, porte des bourgeons, que le reste de la tige périt dans l'année, ainsi que les branches : ce sont les plantes hisnnnuelles Qjwaces : la giroflée des murs, la douce-amère (solanum dulcamara); elles sont ligneuses , quand leur partie herbacée se convertit en bois d'une année à l'autre. Lorsqu'elles s'élèvent peu, et poussent des branches dès leur base, ce sont des arbustes; plus d'élévation et de force en font des arbrisseaux. Lorsqu'elles subsistent pendant de longues années, qu'elles s'élèvent fort haut, qu'elles ne se divisent en branches qu'a une certaine hanteur, ce sont des arbres ; leur tige porte le nom de tronc. Ces trois sortes de tiges ligneuses passent de l'une a l'autre par des nuances si insensibles, qu'il est presque impossible de les bien caractériser. On distingue la tige solide ou pleine, de la ti§e Jïstuleuse , creuse ou tubulée dans son intérieur : eliç est spongieuse
( 100 ) quand elle est remplie d'une substance très-poreuse, ou qu'elle est revêtue d'une écorce molle, flexible, élastique, comme celle du liège.
2°. Considérées suivant leur direction, les tiges sont'rerticales ou dressées^ lorsqu'elles s'élèvent perpendiculairement au plan de Thorizon; obliques^ lorsqu'elles s'écartent de la ligne perpendiculaire; inclinées^ cowzZ/ee^, lorsqu'elles forment une courbe ou un arc plus ou moins marqué 5 penchées, quand leur sommet s'incline vers la terre; ascendantes, lorsque, coudées k leur base, elles se relèvent ensuite vers le ciel; couchées^ quand elles sont étendues sur la terre sans y jeter de racines; ranipontes^ lorsque, étendues sur la terre, elles s'y enracinent; traçantes ou stolonifères^ lorsqu'elles jettent ça et là des drageons, qui s'enracinent et produisent de nouvelles tiges ; ^^77>/?/?a72Z^5 , quand , trop faibles pour se soutenir par elles-mêmes, elles cliercbent nn appui, et s'élèvent le long des corps qui les avoisinent : elles sont radicantes ^ quand elles s'y atlacbent par des racines (le lierre ) ; entortillées ou voluhiles , lorsqu'elles montent en spirale sur les corps qui leur servent d'appui : elles sont droites, lorsque, quelle que soit leur direction, elles s'allongent en ligne àvoilQ-^ fie jcueuse s ^ quand elles sont courbées en zigzag ; tortueuses , quand elles sont courbées irrégulièrement dans différentes directions.
3". Les tig^s présentent dans leur forme un grand nombre de caractères, la plupart faciles à distinguer, sans qu'il soit nécessaire de les définir ; je ne citerai que ceux qui pourraient offrir quelques difficultés. Les tiges sont grosses y mojennes y grêles^ effilées , Jîlif ormes ^ capillaires, cylindriques, comprimées ^ à demi-cylindrigues , anguleuses, a deujc tranchans ou a deux angles opposés, triangulaires , quadrangulaires ou tétragones ^ à cinq, six ou plusieurs angles : elles sont striées ou rayées , lorsqu'elles sont marquées de petites lignes longitudinales , peu profondes 5 canneUes ou sillonnées, quand ces lignes sont beaucoup plus profondes et plus larges : elles sont lisses, ou également unies partout; âpres , chargées de points rudes, saillans, accrocbans; 'velues, quand elles sont couvertes de poils un peu fermes; pubescentes , ces poils sont faibles, courts et mous; cotonneuses ou tomenteuses, quand ces poils sont fins, entrelacés, d'im aspect blanchâtre.
( ^oi ) 4*. La composition des tiges porte particulièrement sur leurs divisioos en branches et en rameaux. La tige est simple y lorsqu'elle n'a aucune ramification, ou qu'elle n'en a que de très-faibles : elle Q^i fourchue ou hifurquée , quand elle se divise a son sommet en deux branches simples ; elle est dichotonic ou plusieurs lois Mfurquêe ^ lorsque ses deux premières divisions se divisent elles-mêmes ime ou plusieurs fois.
Les brandies et les rameaux se distinguent en partie par les mêmes caractères que ceux que nous venons d'exposer pour les tiges ; ils se distinguent encore par leur attache et leur direction sur ces mêmes tiges. Ils sont éparSy placés sans aucun ordre déterminé j opposés ^ lorsqu'ils naissent par paires de deux points opposés; alteiiies , situés Fun audessus de l'autre, à des distances a peu près égales; distiques ou rangés en deux séries opposées, croisés (^decussati), quand, étant opposés, les paires se croisent à angles droits; verticillés, lorsqu'ils forment, par leur insertion , un anneau autour de la tige.
Comparés dans leur direction avec la tige , les rameaux sont f as tigié s {fastigiati^ appressi)^ lorsqu'ils sont appliqués contre la tige, et parviennent presque tous k la même hauteur; quelquefois ils affectent une forme pyramidale; dressés^ quand ils s'en écartent peu; ouverts , très-ouverts ^ diK^ergens y quand ils forment un angle presque droit avec la tige; diuariqués y lorsqu'ils s'étalent en différens sens, et diffus j lorsqu'ils n'ont aucune direction déterminée; enfin ils sont réfléchis ou recourbés ^ formant une courbe plus ou moins marquée ; peiidans , quand ils tombent perpendiculairement vers la terre. Dans quelques espèces, les rameaux sont terminés par une épine au lieu de l'être par un bouton.
IXous avons observé dans les tiges des plantes monocotjlédones un ordre d'organisation différent de celui des plantes dicotylédones. On les a distinguées par des noms particuliers; la tige des graminées porte celui de chaume (pi. 4> fig. 5) : c'est un long tuyau creux ou rempli de moelle dans son centre, divisé de distance en distance par des nœuds épais, solides, de chacun desquels part une feuille roulée en gaine à sa partie inférieure. L'intervalle d'un nœud à l'autre se nomme entre-nœud, CckS chaumes sont simples ou
ramifiés ; les rameaux sont axillaires et ont le même point d'insertion que les feuilles. Dans la plupart des cjpéroïdes j les chaumes sont dépourvus de noeuds (enodes).
La tige des palmiers ', que Ion désigne plus vulgairement sous le nom de tronc, parce qu'en effet elle offre souvent les grandes proportions des arbres dicotjlédons les plus vigoureux, est distinguée par le nom de 5iff)[7e, caractérisée par un mode particulier de végétation (voyez page 65). La tige des yucca, des aloès, des dracœna, prend aussi le nom de stipe, quoique modifiée autrement que celle des palmiers. Outre son accroissement en longueur par les fibres centrales, elle croît aussi en grosseur par le développement de celles de la circonférence, d'après les observations de M. du Petit-Thouars. Les tiges des smila.Ty des tamus, des dioscorea^ quoique appartenant à des plantes monocotylédones, se rapprochent de celles des dicotylédones; elles augmentent en longueur et en grosseur, se ramifient, et sont revêtues d'une écorce. Que de subtilités employées pour ramener ces sortes de tiges aux principes établis pour celles des monocotylédones ! Ou est tout étonné que la nature ne veuille point se soumettre h des coupes aussi tranchées que nos divisions, et qu'elle se permette de mettre toutes nos méthodes en défaut. Je renvoie le lecteur aux savantes dissertations publiées à ce sujet.
Des difficultés plus nombreuses encore se présentent lorsqu'il s'agit de fixer l'idée qu'on doit se former à.'\me hampe. Elle semble tenir le milieu entre le pédoncule et la tige r elle diffère du premier, en ce qu'elle part immédiatement du collet de la racine, de la seconde, en ce qu'elle porte les ileurs et non les feuilles; elle offre beaucoup d'embarras dans son application. Les uns n'admettent la hampe que pour les plantes monocotylédones. Elle est facile à reconnaître dans la jacinthe ., la tulipe, le narcisse, le muguet, etc. On a été la chercher également dans le bananier, parce qu'on a remarqué que la tige de cette belle plante n'était formée que par les bases élargies des feuilles roulées sur elles-mêmes , et que cette tige apparente était traversée inté-
ï Voyez pi. 4, fig. 7, Ironc d'un palmier d'Amérique, enrouré par la tige d'une plante grimpante qu'on soupçonne être un bauliinia. îl est placé sur Tescalier de la galerie botanique au Jardin du roi.
( io3 ) rieurement dans toute sa lonj^ueur, à partir du collet de sa racine, par un long pédoncule qui ne devient visible qu'à l'extrémité de la tige, d'où il pend entre les feuilles, et se termine par une grappe de fleurs (voyez pi. 4, fig. 4? où cQ pédoncule est représenté dépouillé des feuilles qui l'entourent). On cite encore, pour exemple de la hampe, le plantain, le pissenlit, etc. ; d'autres refusent de Vy reconnaître, prétendant que ces plantes ont une véritable tige, et que c'est d'elle, et non du collet de la racine, que part cette liampe. J'abandonne ces discussions qui m'écarteraient trop de mon principal objet, persuadé d'ailleurs que quelque nom que l'on donne aux soutiens des fleurs, il ne sera pas moins facile de les reconnaître.
Je suis très-porté a donner le nom de souche aux prétendues racines allongées et presque ligneuses des fougères : ce sont de véritables tiges enracinées qui coulent entre deux terres, fournissent des pousses annuelles, se développent par leur extrémité antérieure, d'où s'élèvent des feuilles sessiles ou pétiolées, ainsi qu'il s'en élève de distance en distance de leur surface supérieure (pi. 4, fig- B). On trouve, dans l'Amérique méridionale, des fougères, qui, au lieu d'une souche ou tige souterraine, offrent une tige verticale, arborescente, assez semblable au stipe des palmiers j elle paraît formée par la réunion des nombreux pétioles dont les fibres se dirigent vers les feuilles : elle présente, dans son ensemble, des masses de bois compactes, ou des lames ligneuses bizarrement contournées (pi. 2, fig. 4).
Quelques auteurs ont encore considéré comme tige, dans , les liliacées, etc., ce plateau orbiculaire et souterrain qui sépare les véritables racines, de cette partie, qui, sous la forme d'un oignon ou d'une bulbe, fournit les feuilles et les fleurs ( pi. 4 7 fig- î* ? 3 ? 9 ) i i^^^is n'est-ce pas abuser des termes , que de signaler comme tige cette portion de la plante, qui souvent n'a pas plus d'épaisseur qu'une feuille de papier, tandis que la plante entière s'élève à la hauteur de plusieurs pieds; dès lors la tige du lis, bien garnie de feuilles dans toute sa longueur, ne sera plus qu'une hampe, et le plateau qui soutient l'oignon, la véritable tige. Dans ce cas, pour prouver l'existence de la hampe qui ne doit point supporter de feuilles, on dira sans doute que ces feuilles ne sont que des écailles foliacées , des bractét\s ou des spathes , ou bien
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on aura recours aux avortemens. Ainsi tout s'arrange selon le système que l'on adopte; on a, pardessus , l'avantage de présenter des idées nouvelles , et de plus la persuasion d'avoir jaeaucoup fait pour la perfection de la science, et surtout pour cet amour de la renommée, qui trop souvent nous aveugle dans nos opinions. Je ne m'appesantirai pas davantage sur ces détails, et je ne présente ici ces réflexions que Ï>our faire sentir combien, à force de vouloir subiiliser sur es mots, on jette de doutes, de difficultés et d'embai'ras, dans l'étude des productions de la nature.