CHAPITRE SEPTIEME
SjTionjmie,
JJès qu'il est question de synonymie , l'imagination effrayée n'ose aborder ce dédale obscur de noms divers que les plantes ont reçus successivement pendant une longue suite de siècles, noms très-arbitraires, souvent bizarres et ridicules, tantôt allégoriques, quelquefois fondés sur leurs prétendues propriétés, sur leurs usages, leur forme individuelle, leurs rapports avec les autres êtres de la nature. Long-temps les noms vulgaires ont été les seuls connus, les seuls cités, et, comme il n'était donné a aucune langue particulière de percer a travers toutes les autres, et d'être admise comme langue scientifique, ces noms devaient nécessairement varier dune langue dans une autre, d'une nation chez une autre. Les anciens, n'écrivant que pour leur pays, se bornaient a citer les plantes sous les seuls noms qui y étaient admis, sans y joindre ceux qu'elles portaient chez les autres peuples-, source d'incertitudes et d'erreurs, lorsque, dans les siècles postérieurs, l'on a voulu appliquer, a des plantes désignées sous d'autres noms, ceux qu'elles avaient dans les écrits des anciens botanistes. Plus attachés a en citer les propriétés que les caractères, ils ne les ont livrées à leurs successeurs que par tradition , ou bien accompagnées quelquefois de descriptions vagues et incomplettes. C'est ainsi que quelques-unes nous sont parvenues; mais nous ne pouvons avoir, sur le plus grand nombre, que des doutes, souvent très-difficiles a lever : de la vient que cette partie de l'étude des plantes n'a été long-temps considérée que comme un travail oiseux, trop aride, rebutant, presque sans utilité, n'ayant d'autre avantage, lorsqu'il s'agit des anciens, que de nous mettre a même de profiter de leurs observations, si peu importantes, si erronées, que le profit est bien au-dessous de la peine. S'il est question d'auteurs plus modernes, ce n'est souvent qu'une superfétation de lîoms changés sans motifs, et qu'il ne faut citer que pour éviter les doubles emplois.
Quoique ces raisons soient assez fondées, je n'en crois pas
(68) moins l'étude de la synonymie très-essentielle pour l'histoire des plantes, et une des plus agréables après la connaissance individuelle des végétaux. Sans doute la synonymie ne sera jamais qu'une étude de mots pour ceux qui ne savent y voir que des mots, et dont la froide imagination, ou le défaut de réflexion , s'arrête au seul énoncé des noms : il n'en est pas de même de celui qui sait se porter au siècle de chacun des écrivains, aux idées, aux préjugés de chaque âge, au lieu natal des plantes^ a Tépoque et aux circonstances de leur découverte, et à beaucoup d'autres détails qui jettent sur l'histoire des végétaux le plus grand intérêt, comme on le verra ci-après.
On ne peut trop applaudir sans doute aux découvertes des botanistes modernes, a leurs travaux sur la classification des végétaux , k leurs recherches sur les rapports naturels , à cette étude approfondie de l'organisation et des fonctions vitales dans les plantes; mais peut-être, d'une autre part, a-t-on trop négligé les connaissances accessoires, fondées la plupart sur une synonymie bien ordonnée.
La recherche des noms que les plantes ont reçus successivement dans lesdifférens siècles est une étude toute philosophique; elle se rapporte aux idées, aux préjugés, aux erreurs, au perfectionnement de l'esprit humain, au génie des divers peuples; elle se rattache, d'une autre part, a une foule d'observations et de connaissances particulières, relatives aux vertus des plantes, a leur emploi, aux illusions du merveilleux, si séduisantes pour l'imagination, quoique trop souvent aux dépens de la raison. J'ai développé ces différentes considérations a l'article nomenclature.
C'est sous le beau ciel de la Grèce que l'on a commencé à observer les plantes; c'est dans cet heureux climat qu'ont vécu les premiers auteurs qui nous en ont transmis la connaissance : aussi est-il peu de contrées qui nous intéressent autant que cette terre classique, d'où sont sortis les instituteurs du genre humain dans les sciences, la religion et les arts; ce qui justifie cette sorte de passion qu'elle a toujours inspirée aux personnes enthousiastes des sciences ou des beaux arts. L'imagination se peint avec un vif intérêt tout ce qui a appartenu a ces temps où l'esprit humain était arrivé à cet état de perfection qui a frappé d'étonnement les siècles suivans; et si les grands écrivains de cet âge sont encore aujourd'hui nos modèles dans l'éloquence et la poésie,
(69) les monumens des arts ne le sont pas moins pour les artistes de nos jours; mais ces chets-d'œuvre ne nous olfrent plus que des débris dans les contrées qu'ils ont autrefois embellies : ils ne peuvent guère nous intéresser qu'autant que l'imagination les arrache du milieu des décombres, qu'elle relève les colonnes, qu'elle reconstruit les palais.
Il n'en est pas de même des plantes : ces jardins de la natm-e , au milieu desquels les anciens contemplaient avec admiration toute la beauté de la végétation , nous les retrouvons a peu près tels qu'ils étaient de leur temps : le cèdre croît encore sur le Liban, le dictame dans l'île de Crète, l'ellébore a Antycire, le lotos dans l'ancienne patrie des Lotopliages , etc. Ces plantes , qui ont fixé les regards des premiers hommes , s'ofii ent encore à nous dans toute la vigueur de leur jeunesse, ornées de leurs brillantes fleurs, telles qu'elles se sont montrées aux premiers observateurs. Ainsi la nature, toujours active et vigoureuse, ne vieillit point; les individus périssent; les espèces se perpétuent, tandis que les travaux des hommes, quelque solides qu'ils soient, éprouvent tôt ou tard le ravage des ans. A l'admiration que nous inspirent leurs ruines, se mêle un sentiment de regret et de mélancolie, que nous sommes loin d'éprouver lorsque nous retrouvons les plantes qui nous ont été signalées par les anciens botanistes. On conçoit dès lors combien il est intéressant de les rechercher dans les contrées où elles ont été indiquées par leurs premiers historiens , de nous y promener leurs ouvrages à la main, d'avoir pour guides, pour compagnons de nos courses Pline, Théophraste, Dioscoride, etc. Mais ces peintres éloquens de la nature nous ont plutôt tracé des tableaux que des descriptions : leur défaut de méthode ne nous permet pas de reconnaître un grand nombre de plantes qu'ils ont mentionnées; nous ne pouvons les aborder qu'avec le flambeau de la plus saine critique, presque toujours environnés de doutes désespérans; recherches pénibles, discussions fatigantes, qui ne sont que pour le savant qui s'y dévoue, mais qui doivent être épargnées au lecteur, pour ne lui laisser que la jouissance d'uiie décoTiverte utile et curieuse : tels ces voyageurs modestes, qui nous rendent compte du résultat de leurs observations, mais qui se taisent sur tout ce qu'il leur en a coûté de peines et de fatigues pour y parvenir.
Les diiiicultcs deviennent encore plus insurmontaLies, pour la synonymie, à mesure qu'on s'éloigne du siècle des premiers botanistes : les noms employés par les médecins dans ces temps d'ignorance et d'obscurité, étaient presque tous des noms barbares, insignilians; ils variaient d'un siècle a un autre, d'une nation chez une autre : très- souvent oubliées ou négligées, les mêmes plantes reparaissaient comme nouvelles sous d'autres noms , douées de nouvelles propriétés , sans description, sans synonymie, telles enfin, qu'il nous est aujourd'hui presque impossible de leur appliquer les nom3 qu'elles ont portés dans ces siècles de ténèbres ; travail fastidieux, qui a occupé si péniblement une foule de couimenta^ teurs obscurs, dont les recherches n'ont servi qu'h nous montrer jusqu'à quel point l'esprit humain est susceptible de crédulité et de superstition lorsqu'il n'est guidé que par de vieux préjugés.
Rien déplus funeste aux progrès des sciences, que cet ascendant avec lequel établissent leurs opinions ces hommes parvenus a jouir de la confiance de leurs semblables. S'ils leur ont ouvert une fausse route, chacun croit devoir la suivre , personne n'ose s'en écarter ; souvent il faut des siècles avant de retrouver le véritable chemin. Telle la botanique est restée jusque vers le seizième siècle, où des esprits plus éclairés sentirent enfin qu'il était impossible de s'occuper de 1 étude des plantes sans donner de chacune d'elles une description convenable, et sans rappeler les différens noms qu'elles avaient reçus jusqu'à cette époque; tel fut l'objet du travail de l'Ecluse, de Dodoens, de Dalechamp, et surtout des célèbres frères Bauhin, qui, tous deux, s'efforcèrent de joindre a leurs descriptions l'ancienne nomenclature. Quoique leur synonymie soit quelquefois douteuse ou inexacte, ils n\mt pas moins posé les premiers fondemens de la science des végétaux, qu'ils ont iait sortir de l'obscurité, oii l'avait retenue si long-temps l'ignorance des vrais principes.
Mais ce travail en exigeait un autre. Chez les anciens, chaque plante avait un nom particulier, rarement de ces noms communs qu'on a depuis appelés noms génériques. Lorsque les plantes furent étudiées avec plus de méthode, on en forma de petits groupes, à la vérité très-imparfaits, dans lesquels on réunissait toutes celles qui paraissaient se convenir le plus par leur port, par une sorte de ressemblance
(70 générale qui les rapprochait : elles recevaient alors un nom commnn ; les espèces étaient désignées par une sorte de phrase très-courte j souvent établie sur leurs attributs particuliers, sur leurs rapports avec d'autres plantes, sur leurs propriétés ou leur lieu natal.
Telle fut la marche suivie principalement par G. Bauhin, ainsi que par quelques-uns de ses prédécesseurs et de ses contemporains. Forcés de changer les noms d'un grand nombre de plantes, ils eurent soin en même temps de rappeler ceux qu'elles avaient reçus auparavant : c'était déjà un premier pas vers l'établissement des genres, dont on n'avait encore qu'une idée très-imparfaite. Combien, dans ces groupes mal composés, dans lesquels on accumulait des plantes trèsdifférentes les unes des autres, rapprochées seulement par une ressemblance vague; combien, dis-je, on était loin alors de la connaissance de ces bases naturelles, sur lesquelles les genres devaient être appuyés!
Ces changemens successifs dans l'étude des plantes devaient nécessairement en amener un dans leur nomenclature : il n'était pins possible de conserver, sous le même nom, des plantes qui appartenaient à des genres très-différens , et chaque méthode, chaque réforme obligeaient leurs auteurs a placer dans de nouveaux genres des espèces connues sous d'autres uoms ; mais, à l'aide de la synonymie, il était facile de s'entendre, de profiter des observations faites par tous ceux qui s'étaient occupés des progrès de la science : on avait alors des descriptions et des figures qu'on pouvait consulter, et, malgré l'imperfection des unes et des autres, ce n'était plus cet ancien ch;ios, dans lequel nous avaient jetés, pendant une longue suite de siècles, des uoms barbares, des descriptions vagues ou nulles, des notions fausses, l'oubli ou l'ignorance de ces caractères, qui, seuls, peuvent fixer la distinction des espèces.
Cette nomenclature, particulièrement celle de G. Bauhin et de Tournefort , se conserva, sauf quelques chaugemens, jusqu'au temps où Linné, se frayant une route nouvelle, établit cette ingénieuse nomenclature, de laquelle aujourd'hui il n'est plus permis de s'écarter, et qui convient également a toutes les distributions imaginées pour la classification des végétaux. A la vérité, on lui a reproché d avoir changé trop facilement presque tous les noms des plantes;
(72) mais sur quoi porte ce reproche ? Ce ne peut cire sur les noms spécifiques;, qui n'existaient point alors, à moins qu'on neprenne pour tels ces phrases presque insignifiantes qu'il a remplacées par d'autres bien autrement caractéristiques. Il ne peut pas porter davantage sur les genres : ceux qui existaient à l'époque de la réforme linnéenne, étaient la plupart composés d'espèces qui ne se rapportaient plus aux caractères des nouveaux genres : ces espèces devaient donc en être retranchées, classées dans d'autres genres, recevoir une nouvelle dénomination, et l'ancien nom du genre changé, pour éviter la confusion. Si quelquefois il a porté un peu trop loin, a ce sujet, la sévérité de ses principes, vouloir aujourd'hui rappeler d'anciens noms qu'il aurait pu conserver, ce serait jeter de nouveau le désordre dans la science, surcharger, sans aucun avantage, chaque espèce d'une synonymie déjà beaucoup trop étendue.
Tel est malheureusement l'état de la science depuis qu'une nuée de réformateurs, se jetant avec acharnement sur les ouvrages de Linné, se sont imposé la tâche de soumettre ses genres à leur examen, de supprimer les uns, de lacérer les autres, d'en changer les noms, les caractères^ tellement que si l'on donnait aujourd'hui un Species plautarum d'après toutes ces réformes, a peine pourrait-on y reconnaître quelques vestiges de l'ancien travail du botaniste suédois, quoique souvent publié sous son nom. A la vérité, depuis environ un demi-siècle, le nombre des plantes connues a été presque doublé : ces découvertes ont amené l'établissement de beaucoup de nouveaux genres; des espèces rares, peu connues, ont été mieux observées; elles ont exigé des réformes, que I.inné lui-même eût exécutées. On ne pouvait, sans doute, qu'applaudir a ces utiles travaux; mais l'abus est venu à leur suite.
Corriger, rectifier les genres de Linné , paraît être devenu un titre à la célébrité; c'est, en quelque sorte, s'élever jusqu'à lui et même le surpasser, dans l'opinion de ces réformateurs. Ils se sont dès lors livrés tout entiers à saisir les plus légères différences dans les parties de la fructification des espèces, pour séparer ces dernières du genre auquel Linné les avait réunies : elles sont devenues le type d'autant de nouveaux genres, et l'on en voit tel disparaître presque entièrement, et remplacé pour douze ou quinze autres et plus.
(73) Ces novateurs, plus jaloux encore les uns des autres , qu'ils ne le sont de Linné, sont loin d'être d'accord entre eux : l'un détruit ce que l'autre édifie 5 et souvent d'un travail établi à peu près sur les mêmes bases, résultent presque les mêmes genres, mais sous des noms différens.
Le changement des noms est la première opération, parce qu'elle est la plus facile, et qu'elle semble donner plus d'importance au travail. Des observations, souvent minutieuses, fixeraient peu l'attention, tandis qu'elles s'annoncent bien autrement loi squ'ell es servent de base h la formation de genres nouveaux : ceux-ci, s'ils ne sont point admis, doivent être du moins cités dans la S3'nonyniie des espèces; c'est toujours une sorte de dédommagement pour l'amour-propre de leurs auteurs. Au reste, quelque soit le motif de ces cliangemens, il n'-en résulte pas moins un désordre daiis l'ensemble de la science, qui ne peut guère être réparé que par l'exactitude de la synonymie; tandis que si ces mêmes auteurs se fussent bornés h nous présenter leurs observations sans chercher a dénaturer les genres, a en supprimer les noms, ils auraient contribué bien plus directement à la perfection de la botanique. Cette nouvelle synonymie, quoique moins rebutante, moins difficile que celle des anciens, n'en est pas moins une superfétation qui fatigue la mémoire; ce serait bien pire, si luie critique juste et sévère ne rejetait la plupart de ces nouveaux genres, établis sur la dilacération de ceux de Linné. Il est donc essentiel de distinguer deux ordres dans la synonymie : le premier doit comprendre la synonymie des anciens jusqu'à Linné; le second, celle de tons ceux venus après Ini, qui ont parlé, sous d'autres noms, des plantes qu'il avait nommées avant eux. Ce travail, quoique souvent fastidieux^ est indispensable pour éviter les doubles emplois. Faudra-t-il également citer tous les auteurs qui ont traite des mêmes plantes sous les mêmes noms qu'elles ont reçns de Linné? Question délicate, surtout si l'on considère le grand nombre d'auteurs qni ont écrit depuis ce célèbre réformateur. Que de llores particulières qni ne nous apprennent rien! Que de monographies incompletles! Que de figures de plantes répétées sans aucune nécessité! On conçoit que s'il fallait tout citer, chaque espèce amènerait à sa suite des pages entières de synonymes : il n'y a donc aucun inconvénient à passer sous silence toutes les flores, qui ne sont que
de simples catalogues de localités, et qui n'offrent aucune description, aucune observalion particulières; en général, ces ouvrages ne doivent être cités que pour les espèces qui sont ou figurées pour la première fois , ou qui ne l'avaient été qu'imparfaitement, et qui sont accompagnées de quelques notes critiques un peu importantes : on ne doit pas non plus oublier les plantes qui naissent dans des contrées très-différentes de celles on elles se rencontrent ordinairement, telles que des plantes d'Europe nées en Amérique, et vice versa ^ quand toutefois l'auteur mérite notre confiance.
Il arrive aussi qu'on trouve, dans un grand nombre de Flores y des plantes rapportées faussement aux espèces de Linné. Quand on découvre de telles erreurs, elles doivent être relevées avec soin : elles se reconnaissent, soit d'après les figures on les descriptions que les auteurs en ont données, soit d'après les exemplaires de ces plantes qu'ils ont communiqués , soit par les recherclies faites dans les mêmes localités. On voit, d'après toutes ces considérations, que la synonymie des auteurs modernes exige également une grande attention et beaucoup de recllercbes quand on veut éviter de réunir, sous une même dénomination, plusieurs espèces différentes, ou de distinguer, comme séparées, des plantes qui doivent être réunies. Ces erreurs sont très- fréquentes et souvent inévitables , surtout lorsqu'on n'a point sous les yeux les plantes mentionnées par les auteurs : il serait de plus a désirer que, dans la citation des synonymes, on fît connaître, au moins par des signes de convention , le degré de certitude que l'on peut avoir de chacun d'eux. On se borne ordinairement à indiquer le doute : ce signe est insuffisant. Que de degrés entre la certitude absolue, la simple probabilité et le doute! Si la nature de l'ouvrage permet plus d'étendue, comme dans les monographies, on doit alors présenter des observations sur la conformité des descriptions et des figures, avec la plante que l'on veut faire connaître : J. Bauhin , dans son Histoire des phiutcs ; Tournefort, dans ses Herborisations aujc ej n'irons de Paris ^ nous en ont donné l'exemple. 11 est étonnant que le premier soit peu cité , que le second ne le soit point du tout dans les i7o/-e\i que Ton a publiées, des plantes des environs de Paris.
Une synonymie bien ordonnée peut donc, seule, nous offrir l'histoire completîe de chaque plante, à partir de celui
( 75 ) qui en a parlé le premier jusqu'à l'auteur le plus moderne : elle n'est donc plus nne étude de mots, mais un tableau instructif des faits observés avec plus ou moins d'exactitude, celui des erreurs accréditées ou détruites, enfin des progrès successifs de l'esprit humain dans l'observation des sciences naturelles. Chaque synonyme devient, en quelque sorte, le titre d'un chapitre particulier, dont le développement se trouve dans les ouvrages auxquels on renvoie le lecteur et qu'on soumet à son jugement. Jean Bauhin a fait plus : il ne se borne pas h citer, dans son Histoire des plantes , les auteurs qui avaient traité de chacune d'elles avant lui ; par de savantes et judicieuses dissertations, il assigne à chacun d'eux le degré de confiance qu'il croit pouvoir lui donner, discute leurs assertions, l'exactitude ou les défauts de leurs descriptions et des figures qui les accompagnent. Malheureusement entraîné par les préjugés de son siècle, il s'est trop appesanti sur les propriétés médicales des plantes.
Ce n'est donc que par un travail semblable à celui dont Jean Bauhin nous a donné le modèle, que nous pourrons avoir une histoire complette des plantes, car on ne doit pas regarder comme telle ces Species publiés a différentes époques, bornés, comme ils doivent l'être en effet, a la seule indication des espèces, avec les caractères qui les distinguent, et la synonymie des auteurs les plus renommés, mais sans qu'il soit fait mention du degré de confiance qu'ils méritent. Dans l'état actuel de la science, un travail d'une aussi grande étendue serait difficilement exécuté par un seul homme : il ne pourrait l'être que par la réunion d'une suite de bonnes monographies, qui permettent beaucoup plus de ^développement que les ouvrages classiques.