COURS DU RHONE
cularités que présente, dans la zone alpine et préalpine, le cours (lu Rhin *. Il convient d'ajouter ici quelques mots sur le tracé du Rhône.
Le cours supérieur de ce fleuve est déterminé par un accident tectoaique de jjremière importance; car il est établi juste en prolongement de celui du Rhin, dans le pli synclinal qui sépare la zone cristalline interne de celle des massifs extérieurs et des Hautes Alpes calcaires. Mais, à Martigny, ce synclinal se heurte contre le coin du massif du Mont Blanc. C'est alors que le Rhône dévie à angle droit, encadrant avec TArve le territoire éminemment disloqué du Chablais, dont les deux bords, par le changement marqué de direction que les plis y subissent, étaient prédestinés à céder plus facilement aux efforts de l'érosion.
Vient ensuite la profonde cavité du lac de Genève, dont Tallure ne nous a semblé justifiable ' que par une combinaison d'effondrements et d'érosion.
La dislocation qui a créé le Léman est de date assez récente, et les études des géologues suisses, notamment celles de M. Lugeon^, semblent avoir prouvé qu'à l'époque pliocène, le Rhône supérieur et môme la Dranse devaient être tributaires du Rhin.
En effet, le sillon que suit le Rhône, en aval de Saint-Maurice, trouve sa prolongation assez exacte dans la dépression rectiligne tl'Altalens qui, au nord de Vevey, sépare le Mont Pèlerin du Mont Vuarat. C'est vraiment une vallée délaissée, qui se poursuit naturellement par celle de la Broie, affluent du lac de Morat.
D'autre part, en prolongement de la vallée de la Dranse, on trouve sur la rive droite du Léman celle de la Venoge, que seuls les marais d'Orbe séparent du lac de Neuchâtel. Il est donc vrai^ semblable qu'un affluent de l'Arve a commencé par capturer la haute Dranse, et qu'un tributaire de celle-ci a ensuite poussé sa tète jusqu'au Rhône, dont il s'est emparé. C'est alors que l'affaissement de la bordure alpine aurait créé le Léman, et que le Rhône aurait conquis les Veveyses, lesquelles, à l'origine, s'écoulaient par Chàtel-Saint-Denis et Palézieux vers le Rhin.
Quant à la Venoge, elle aurait été capturée jusqu'à la Sarraz, ce qui expliquerait le délaissement de la cluse de la Sarraz et d'Entreroche.
Cours inférieur du Rhône. — La position de la branche méridionale du Léman est absolument indiquée par l'angle aigu que
1. Voir plus haut, p. 210. — 2. Voir plus haut, p. 179. — 3. Comptes rendus de r Académie des sciences, 11 janvier 1897.
forment, en ce point, d'un côté le Jura, de Tautre le Salève, cet accident mi-partie alpin, mi-partie jurassien, qui témoigne d'une violente dislocation dans la vallée; car sur sa blanche paroi, on voit clairement les couches calcaires, horizontales au sommet, se courber en genou pour devenir verticales.
A partir de là, le Rhône franchit la chaîne jurassienne culminante, au point où elle se décroche nettement pour se réduire au chaînon du Vuache. Puis, après que le fleuve s'est un instant engouffré dans les fissures des calcaires crétacés qui déterminent la Perte du Rhône^ son tracé épouse, dans Tensemble, un des synclinaux nord-sud que le plissement post-miocène a déterminés dans la mollasse et dans son substratum.
Un moment le Rhône tente de continuer au sud, dans la coupure du lac du Bourget, qu'il se contente d'utiliser comme réservoir et régulateur latéral pour ses crues. Mais il se décide à briser les chaînons pressés du Bugey, juste à l'endroit où ceux-ci éprouvent une torsion que l'orographie seule suffit à dévoiler, torsion qu'explique la nécessité de se souder au massif de la Chartreuse. Alors le fleuve, heurtant le plateau jurassique non plissé de Morestel, qu'il semble avoir essayé de franchir en deux endroits, se détourne au nord-ouest, en longeant le dernier chaînon du Bugey. La rencontre de l'Ain le repousse au sud-ouest, et il débouche ainsi au bord de la nappe des DombeSy qu'il contourne pour se jeter à Lyon dans le sillon rectiligne de la Saône, au pied même du massif central.
Ajoutons qu'il y a des raisons de croire que le Drac et l'Isère réunis se jetaient par la cluse de Chambéry dans le lac du Boui^et, à 1 époque où la vallée du Bas Graisivaudan était encombrée par des moraines*. C'est en affouillant ces dernières que l'Isère s'est créé un nouveau cours.
Alpes orientales. Axe cristallin. Pràttigrau. — Le noyau longitudinal des Alpes orientales consiste en une large zone de schistes cristaUins, accompagnés de terrains primaires, où les différences locales de constitution permettent de distinguer successivement : le groupe du Vorarlberg^ par lequel une pointe secondaire pénètre dans l'archéen ; le groupe de YŒtzthal:, les Hohe Tauerriy de gneiss central avec calotte schisteuse; enfin le groupe plus abaissé du Gurkei du Lavantthal*. Le caractère de l'arête archéenne est de former une série culminante de hautes montagnes, presque
!. Faisan, les Alpes françaises , p. 144. — 2. Supan, Kirchhoff's Lànderkunde.
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dépourvue de cols, et entourée par deux zones de cimes primaires un peu moins élevées, où abondent les sources, les prairies et les bois.
Le cours de Tlnn entre Landeck et Wôrgl, celui de TEnns entre Radstadt et Admont, et au sud celui de la Save en amont de Villach, correspondent très exactement aux limites naturelles de la zone cristallophyllienne, et le contraste entre les deux rives de ces vallées est des plus frappants par suite de la différence des roches.
A partir des Hohe Tauern, la zone cristalline des Alpes orientales ne cesse de s'élargir vers Test, avec les Alpes styriennes*, et au moment où elle va disparaître sous les terrains tertiaires de la plaine hongroise, elle embrasse plus de 220 kilomètres, s'étendant depuis les collines de la Leitha, tout près de Vienne, jusqu'à la Save. Nous reviendrons ultérieurement sur la signification de cet épanouissement.
Accident du Rliœtikon. — Nous avons dit que la chaîne commençait à partir de la coupure où coule le Rhin entre Coire et le lac de Constance. Un phénomène très particulier marque ce début; c'est l'effondrement du Pràttigau au pied de l'arête du Rhœtikon.
Cette dernière est le bord méridional d'une grande bande calcaire, celle du Vorarlberg, qui s'avance jusqu'au Rhin, en face du Sentis, étant soudée vers le sud au massif cristallin central. Mais, avant d'arriver au Rhin, ce massif s'interrompt tout d'un coup, et de la crête escarpée du Rhaetikon, qui forme ainsi promontoire, on voit s'ouvrir sous ses pieds, jusqu'à Coire, la verdoyante dépression tertiaire du Pràttigau, où le flysch est façonné en collines. De plus, autour de cette dépression, apparaît un ruban mince et continu de formations secondaires, exactement du même type que celles qui affleurent au Sentis, et qui plongent sous la masse plus ancienne du Rhaetikon. Les choses se passent donc comme si une violente poussée avait fait chevaucher la chaîne orientale sur l'extrémité du massif helvétique*.
Il est à remarquer que cette importante dislocation est située juste au point de croisement de la coupure du Rhin avec le sillon des lacs de Wallenstatt et de Zurich, sillon que le fleuve a suivi avant de prendre sa route actuelle.
De part et d'autre de la zone cristalline centrale se dresse la haute et large bande des Alpes calcaires, l'élément caractéristique de la chaîne orientale.
1. Haug, Annales de géographie^ 1894, 154. Ce sont les Alpes noriques et cétiques de M. Boehm. — 2. Suess, Antlitz der Erde, I, p. 182.
DK LAPPARENT. — Ix$çons dc g^ogr. pliys. 2» édit. 32
Alpes calcaires du nord. — La construction des Alpes calcaires du nord est très simple; c'est une véritable muraille, composée de chaînes parallèles, correspondant à une suite d'anticlinaux et de synclinaux, et séparée du noyau primaire par un grand sillon longitudinal, où se succèdent les cours supérieurs de llnn, de la Salzach, de TEnns et de la Salza. Tous les sédiments qui constituent ces chaînes sont d'âge secondaire, principalement de trias et de lias. L'élément principal est le calcaire triasique en bancs épais, qui vus de la vallée de Tlnn, à la faveur d'une différence de niveau de 2000 mètres, produisent un effet des plus imposants.
C'est surtout sur le versant nord du noyau archéen que se dessine Taffleurement continu d'assises paléozoïques, qui doivent à leur facile altérabilité (partagée par la base du trias qu'elles supportent) d'avoir donné naissance au long ruban de vallées qu'on voit se poursuivre au nord des Alpes. Entre la vallée de Wipp et le col de Mandling, de même qu'aux environs d'Eisenerz, ces roches gagnent en extension horizontale, au point de former un district à part, d'individualité bien tranchée, celui des Alpes schisteuses de Salzbourg*.
Au sud, la limite de la zone cristalline est moins bien marquée. Elle ne se dessine nettement qu'avec l'apparition du bassin de Klagenfurt.
Tandis que, tout contre le Rhin, les Alpes de VAlgâu ressemblent encore à la Suisse, parce que le trias alpin s'y coince et qu'il y a, comme en Suisse, mélange de roches d'inégale résistance, ce qui entraîne une moindre homogénéité dans les éléments du relief, les Alpes bavaroises, qui leur font suite, offrent l'idéal d'une chaîne à éléments parallèles, donnant, dit M. Penck, l'impression d'une mer dont les vagues auraient été congelées *. Un réseau de vallées longitudinales et de cluses les divise, rendant la circulation facile dans la région. Les lacs y sont fréquents, et la nature calcaire du terrain se prête au développement des phénomènes du Karst; même la contrée serait un désert pierreux, sans la présence de quelques bancs marneux ou schisteux, qui motivent aussi certaines variations dans les pentes.
La chaîne bavaroise s'est assez bien prêtée au plissement parce qu'elle offrait un certain nombre d'assises marneuses, qui lui donnaient quelque flexibilité. Elle se résout donc en ondes régulières, dont quelques-unes peuvent être suivies sans inter-
1. Boehm, Eintheilung der Ostalpen,'Wien, i887. — 2- Das deuische Reichf p. 149.