MASSIFS ANCIENS. RHODOPE
repoussés par le massif ancien du Rhodope. Dès Tentrée du pays, le Drin se fraye un chemin à travers les chaînes calcaires, par un canyon de 1000 mètres de profondeur. La région se distingue par la netteté de ses bassins d'effondrement, compris entre les hautes chaînes calcaires, et dont nous avons déjà parlé à propos •les lacs dessarétiques^ , Aussi ce territoire rude, au sol pierreux de calcaire crétacé, pauvre en surfaces cultivables, au régime hydrographique capricieux, est-il divisé en vallées indépendantes et tlifficileraent accessibles, même de la mer, le long de laquelle règne une bande plate insalubre. Mieux que toute autre, la région a pu se conserver intacte, n'ayant rien à offrir qui- parût compenser les difficultés d'une conquête. Dans son district le plus fermé, le pays des Mirdites, véritable citadelle de la haute Albanie -, lies apparitions de serpentine, en dressant d'énormes rochers au milieu des calcaires, sont venues ajouter un nouvel élément à ce qu'on peut appeler la sauvagerie du paysage.
L'Albanie confine à l'Épire, qui participe des mêmes caractères. Mais avant de descendre aussi loin vers le sud, il convient d'achever l'examen des parties orientales de la péninsule balkanique.
Massifs anciens de la péninsule balkanique. — Ces parties orientales elles-mêmes comportent une double division : à savoir le massif ancien de la Serbie, de \di Macédoine et de la Thrace, d'une part; la chaîne des Balkans avec la fosse danubienne, d'autre part. Le massif ancien, surtout archéen, est traversé par une sorte de dépression longitudinale, où coulent d'un côté la Morava, de l'autre le Vardar, rivières que ne sépare aucun faîte, et dont le cours traverse plusieurs petits bassins d'effondrement, que des lacs tertiaires ont remplis. Il est impossible de ne pas rapprocher cette structure de l'affaissement qui a créé le golfe de Salonique avec la mer Egée, et dont nous parlerons un peu plus loin.
A l'est de la dépression du Vardar s'élève rapidement, à partir «le la Strouma, le massif du Rhodope, formé surtout de gneiss et de granité, qu'un trachyte tertiaire a brisés en y faisant naître de hautes cimes. Peu varié en lui-môme, et dépourvu de formes tranchées, il se maintient, en dehors de quelques cimes imposantes, comraeleMuss-Alla(2930m.),leRilo(2673m.),leVitosch(2290m.), aune hauteur moyenne de 1000 mètres, et a mieux que toute autre partie du noyau ancien de la péninsule gardé les caractères d'une pénéplaine.
1. Voir plus haut, p. 137. — 2. Reclus, V Europe méridionale^ p. 178.
526 LA REGION MEDITERRANEENNE
Balkan. — Le Balkan présente une grande analogie avec les Garpathes'. Ces deux chaînes touchent par leur flanc septentrional une plate-forme de craie, ainsi qu'un ruban de flysch, comprimé entre le bord de cette plate-forme et celui d*un massif ancien méridional. De même aussi, sur son flanc sud, le Balkan laisse voir des tufs et des éruptions andésitiques.
Le noyau cristallin et granitique de la chaîne est bien un fragment du massif archéen du Rhodope, qui vient s'intercaler comme un coin, entre les sédiments de la Serbie orientale et de la Haute-Mésie, d'une part, et le Balkan occidental, de Tautre. Longtemps le massif s'était étendu comme un continent jusqu'au Danube et môme au delà. Puis, brisé en compartiments, il a vu le bord septentrional de ce qui subsistait se plisser sous la forme du Balkan, tandis qu'une cassure est-ouest s'ouvrait dans le voisinage, et que, le long de cette cassure, le massif du Rhodope dressait, à 20 kilomètres de distance de la chaîne principale, l'escarpement archéen de la Sredna Gora ou Anti- Balkan.
Entre les deux arêtes, sur l'emplacement de la cassure, s'est dessinée sur 100 kilomètres une vallée longitudinale étroite, et qui est jalonnée par des éruptions volcaniques récentes, ainsi que par des sources thermales. La haute Toundja suit cette vallée, sans cesse rejetée contre l'Anti-Balkan par les torrents qui descendent de la haute crête opposée.
Le Balkan tombe à la mer au cap Eminé, au nord duquel apparaissent, autour de Varna, des dépôts tertiaires oB*rant de grandes analogies avec ceux de la Crimée *, où les montagnes de la Tauride doivent être considérées comme la suite de l'accident balkanique.
Très abrupt au sud, le Balkan s'incline beaucoup plus doucement au nord, où l'archéen disparaît de suite sous une couverture de sédiments secondaires fortement plissés, dont l'élément principal est le calcaire crétacé. Cette formation redevient horizontale sous la plaine de Bulgarie, Elle descend au Danube par un versant assez raide, de 150 mètres de hauteur verticale, et à 40 ou 50 kilomètres du fleuve, tout disparaît sous le limon, non sans laisser percer, de temps à autre, quelque petit pointement basaltique', qui semble indiquer qu'entre la Bulgarie et la Roumanie, il y a autre chose qu'une simple vallée d'érosion. La grande diflerence de niveau dont disposent les eaux, entre le
1. Franz Toula, Geologiscfie Unlersuchungen im ôsllichem Balkan, 1896. — 2. Toula, Eine geologische Reise in der Dohrudscha^ Wien, 1893. — 3. M. Toula en a compté 8 sur 40 kilomètres.