DISTRIBUTION DES PLUIES
groupes. En effet, d'une part, le second comprend, en vertu de circonstances cliraatériques spéciales, plusieurs régions tributaires de la mer, savoir : la vallée du Nil, la basse vallée de Tlndus, la contrée au nord du fleuve Orange, la bande qui va de la Patagonie à la Bolivie, et surtout le bassin du Mackenzie dans TAmérique du Nord. En revanche, plusieurs des régions sans écoulement ont une part de leur territoire comprise dans la zone des fortes pluies. Ainsi dans le Sahara, on voit le pays au nord de Tombouctou et le bassin du Tchad arrosés par les pluies équatoriales. Les mêmes pluies tombent en abondance sur la dépression abyssinienne, et celle de Kalahari profite encore des vents pluvieux venant du golfe de Mozambique. Dans l'Amérique du Sud, la dépression intérieure de la République Argentine reçoit les courants humides de Test. Le Mexique bénéficie de quelques pluies tropicales; TEurasie voit une quantité d'eau assez sérieuse s'abattre sur le bassin occidental de la Caspienne et sur le Pamir. Enfin la partie orientale de la cuvette australienne participe au bénéfice des pluies qui arrosent la côte voisine.
Malgré ces différences, il n'y en a pas moins, dans l'ensemble, une remarquable concordance entre les bassins fermés et les déserts. Nous en avons indiqué la cause principale, et nous en reconnaîtrons plus tard une autre, qui tient au modelé nécessairement inachevé de la surface. Pour le moment, contentons-nous d'établir, par des chiffres, que la situation météorologique des dépressions semble fatalement condamnée à s'aggraver.
M. Murray admet que le débit total des fleuves terrestres, à leur embouchure dans la mer, est d'environ 27 500 kilomètres cubes. Comme les territoires maritimes en reçoivent 113 150, on peut dire que, en dernière analyse, Vévaporation enlève les trois quarts de la pluie tombéey soit plus de 73 centimètres sur les 98 que reçoivent les régions pourvues d'écoulement vers la mer. Seulement il est à remarquer qu'une bonne part de l'eau finalement évaporée a eu, avant de disparaître, le temps de produire un certain travail mécanique.
Si l'évaporation a la même intensité sur les dépressions, et elle ne saurait y être moindre, puisque la protection d'une végétation abondante fait défaut, et que le vent y souffle avec prédilection, les 315 millimètres qui tombent sont notoirement insuffisants, et le territoire doit peu à peu s'appauvrir en humiditéy aux dépens des réserves qu'il pouvait posséder antérieurement. Nous aurons ultérieurement l'occasion de revenir sur ces considérations. Nous
rappellerons seulement ici qu'elles ont été développées avec beaucoup de force par M. Schirmer dans leur application au Sahara *.
En même temps que croît la sécheresse, l'excès de l'évaporation sur la pluie a pour effet de concentrer dans les lacs les substances salines que les eaux rencontrent partout dans le sol. Aussi, quelle qu'ait été à l'origine la condition de ces lacs, ils ne peuvent manquer avec le temps de se transformer en salins.
11 ne faut pas oublier que les données numériques qui précèdent représentent des chiffres d'ensemble, et que les résultats varient beaucoup suivant les contrées. Ainsi, entre le 30* parallèle de latitude boréale et le 30* de latitude australe, l'évaporation enlève les quatre cinquièmes de l'eau tombée, tandis que, pour les autres latitudes, la portion rendue à la mer est à la chute de pluie comme 1 est à 3,677. Quoi qu'il en soit, la conclusion générale que nous avons tirée ne nous paraît pas contestable, alors surtout qu'elle est appuyée sur des faits aussi probants que le dessèchement progressif des anciennes cuvettes mongoliennes.
Nous nous arrêterons sur ce dernier exemple, qui prouve une fois de plus à quel point les conditions géographiques (c'est-à-dire, en somme, la résultante des conditions géologiques) d'une région peuvent influer sur l'ensemble des facteurs météorologiques. Par là se justifie cette pénétration réciproque des deux ordres de phénomènes, que nous avions signalée dès le début de cette leçon.