MOUVEMENTS NEGATIFS
il est difficile de dire avec certitude laquelle de ces deux conditions a été réalisée, on convient habituellement de considérer les mouvements relatifs du niveau de base. On appelle alors positifs ceux qui paraissent élever ce niveau, en déterminant la submersion de parties auparavant émergées, et négatifs ceux qui se traduisent au contraire par une émersion *. Nous commencerons par Texamen de ces derniers.
Mouvements négatifs. — Le premier effet d'un déplacement négatif du niveau de base est de mettre à découvert une certaine étendue de plages auparavant immergées et pourvues, en général, d une inclinaison assez faible en même temps qu'uniforme. Sur ce territoire asséché, les cours d'eau existants vont s'allonger suivant la pente générale, en un système qui sera nécessairement conséquent, quelle que fût d'ailleurs l'allure préalable des tronçons qui lui donnent naissance. De plus, dans cet allongement, plusieurs cours d'eau originairement distincts seront exposés, soit à se rencontrer, soit à se laisser capturer par les affluents des plus puissantes parmi les nouvelles rivières. Il y aura ainsi simplification du réseau primitif par réunion en un ou plusiefrs troncs communs. Cette simplification, en accroissant la force de certaines branches, leur donnera une facilité nouvelle pour accomplir en amont l'œuvre qu'elles avaient commencée durant le cycle précédent, et lorsque le nouveau cycle sera parvenu à la maturité, l'adaptation du réseau total, par capture des branches de dernier ordre, se trouvera beaucoup plus complète. Nombre de cours d'eau indépendants lors du dessin initial ne se retrouveront plus que tronqués, sous forme de courts affluents de deuxième espèce, aboutissant perpendiculairement aux affluents subséquents, qui eux-mêmes tombent à angle droit sur les troncs principaux *.
Dans le cas le plus général, en raison de l'allure habituelle des fonds marins, l'appendice émergé, où va se produire l'allongement des cours d'eau, aura une pente notablement supérieure à la pente d'équilibre que ces derniers avaient acquise dans le voisinage de leur embouchure. Comme d'ailleurs l'exhaussement relatif du terrain offre aux eaux courantes une plus grande hauteur totale de chute, il en doit résulter un accroissement du pouvoir mécanique de l'eau courante, lequel produira le rajeunissement de la topographie. En pareil cas, le réseau hydro-
1. Quelques auteurs ont introduit récemment les mots de géocratique pour un mouvement qui accroît le domaine de la terre ferme, et (Vhjdrocratique quand c'est la mer qui gagne sur le continent. — 2. Davis, Géograph. Journal, 1895, p. 427.
166 INFLUENCES TECTONIQUES ACTIVES
graphique, gardant le même dessin, s'enfoncera peu à peu, chaque rivière descendant entre des berges progressivement approfondies.
C'est toujours par l'embouchure de chaque cours d'eau que commence le remaniement du profil. Donc, au début, on doit rencontrer, près de cette embouchure, des gorges plus étroites, et une section transversale en V plus aigu que dans le cours supérieur, non encore atteint par la modification. La topographie semble ainsi plus ancienne d'aspect dans ces parties supérieures, alors qu'en réalité, et par rapport au nouveau cycle qui vient d'être inauguré, elle est plus Jeune. Ces circonstances sont réalisées, selon M. Lawson S au nord de San Francisco, sur la côte de Californie.
Formation des gorges ou canyons. — L'efiet d'approfondissement ne sera pas très marqué si les territoires mis à découvert par émersion ont une grande étendue et une pente progressive; car l'accroissement de la hauteur totale de chute est en partie compensé par l'allongement du parcours. Mais il en sera autrement si le mouvement fait|(émerger un ancien fond de mer à pente très rapide, ou si, portant d'une manière inégale sur les diverses masses minérales d'une région qui s'exhausse, il en met quelquesunes en saillie notable au-dessus du terrain situé en aval.
C'est de cette façon que naissent les canyons ou gorges profondément encaissées, dont le type le plus remarquable est offert par la rivière du Colorado (fig. 76), dans la traversée du haut plateau de l'Arizona. Ce plateau a subi un relèvement en masse de plusieurs milliers de mètres, et les rivières ont fini par y couler à 1000 mètres et souvent davantage au-dessous de la surface sur laquelle elles circulaient dans l'origine.
Ce qui caractérise ces gorges de la région du Colorado, c'est l'extrême raideur des parois, souvent presque verticales sur un millier de mètres. Par exception, il arrive parfois que leur largeur au sommet soit à peine supérieure à leur profondeur. Il est même une d'entre elles, celle de la rivière de la Vierge, qui forme au milieu d'un grès massif un abîme profond de 600 mètres, dont les parois verticales, même par endroits surplombantes, ne sont distantes l'une de l'autre, près du fond, que de 6 à 1 mètres.
Les mêmes circonstances se reproduisent, sur une échelle moindre, dans les gorges au fond desquelles le Tarn traverse les