TROISIÈME LEÇON
Rôle des phénomènes extérieurs. — Il nous a semblé nécessaire irétablir dés le début, par l'analyse des {j^rands traits de récorce solide, Texistence d'un dessin général profondément marcjué dans toutes les parties du globe, et suffisant à lui seul pour attester la puissance des causes internes qui ont provoqué la déformation du sphéroïde terrestre.
Cette notion était indispensable, pour prévenir Terreur où Ton aurait pu tomber, d'attribuer une importance prépondérante aux phénomènes extérieurs dont nous sommes chaque jour témoins, et qui, en additionnant leurs effets à travers les siècles, ont souvent produit des résultats bien propres à encourager cette ilhision. L'homme (jui voit s'ébouler sous ses yeux d'énormes quartiers de falaises, que la mer emploiera seulement quelques années à débiter; celui qui chemine au fond de gorges escarpées, que le seul travail de l'érosion a creusées sur i)lus de mille mètres à partir de la surface; le géologue même (jui constate avec certitude la disparition totale, sur certains territoires, d'anciennes chaînes de montagnes, dont les débris ont formé de nouveaux sédiments; ou qui retrouve, sur des millions de kilomètres carrés, le dépôt erraticiue abandonné par les anciens glaciers; tous ceux-là, disonsnous, sont à la rigueur excusables de croire (pi'un tel ordre île puissances suffise à tout expliquer. Voilà pourquoi nous avons jugé à propos, non seulement de regarder de loin les traits de la géographie, en embrassant, avec le secours de cartes bien faites, ces ensembles que nos yeux ne peuvent pas contempler directement, mais encore d'interroger les profondeurs des mers, afin d'y observer, revêtues de leur fraîcheur originelle, des formes carac-
léristîques, dans un miliou où l'attaque des agents extérieurs a été impuissante à se faire sentir.
Sans doute il eût été loisible d'admettre l'existence de ees données, comme un des résultats fondamentaux de la science géoloirique. Mais la démonstration n'en a que plus de force, si elle |)eul être obtenue à l'aide des seules méthodes de la géographie, sans que la connaissance préalable du but à atteindre intervienne autrement que pour éclairer d'une lumière générale le chemin suivi par l'observateur. C'est ce que nous avons essayé de faire, et si, comme nous l'espérons, la tentative n'a pas été vaine, nous pouvons maintenant sans danger nous attacher à la considération de détails extérieurs, dont la grande importance ne saurait être méconnue; car après tout ils constituent à eux seuls la presque totalité des formes immédiatement visibles; et leur ampleur est telle, en face de nos dimensions propres, que pour savoir les réduire à leur juste valeur, il fallait tout un travail d'abstraction en môme temps que de synthèse, appliqué à un ensemble de documents qui vient à peine de recevoir, des plus récentes ex[dorationsjréographiques, l'éten^hie et la précision désirables.
Notion du modelé. — Ainsi nous admettons comme bien établi que l'écorce terrestre a des formes propres, qu'on peut appeler structurales *, résultant, soit de la genèse môme de l'écorce, soit des actions dynamiques par lesquelles cette croûte a été disloquée. Nous constatons de plus que ces formes, resjiectées en général dans le domaine océanique, ont subi sur la terre ferme des modifications, qui leur ont imprimé un modelé spécial. Ce modelé se caractérise, en plan, par la complication des lignes hypsométriques, et, dans les coupes verticales, par la concavité des courbes qui représentent les pentes d'ensemble des grands versants, ainsi que par le contour déchiqueté des profils.
Ces divers ordres de modifications révèlent un mèmephénomènt» universel; c'est V ablation ou érosion de la terre ferme, c'est-ànlire sa destruction progressive sous des influences purement externes. Préciser le caractère de cette ablation, en définir la mesure et le terme final, montrer comment elle peut être influencée par les structures préexistantes ou les mouvements ultérieurs, telle est la *àche qui s'impose à nous. Du succès de cette recherche dépend 'a solution d'un grand nombre de problèmes géographiques.
1. C'est dans les Formes du terrain que M. M. de la Noë et de Margerie ont intn»- ^Juil lVxI)^es^$ion de surface structurale, pour <lésigner rêlal de choses ac((uis au moment où l'érosion entre en jeu.
Agents du modelé. — Le principe des changements de forme, que les forces extérieures font subir à la terre ferme, réside dans la pesanteuTy (jui agit sur tous les matériaux du globe, et tend à les amener dans une meilleure situation d'équilibre. Tout élément qui fait saillie est, par cela môme, sollicité à descendre, jusqu'à ce qu'il soit parvenu dans une situation telle, qu'aucun déplacement nouveau ne puisse plus le rapprocher du centre commun d'attraction. Et cet équilibre une fois acquis persistera, aussi longtemps que les forces internes ne provoqueront pas de déformation dans l'écorce.
Mais la manifestation de la pesanteur est paralysée par la cohésion habituelle des matériaux de la terre ferme. Pour que la puissance mécanique de la gravité soit mise en jeu, il faut que la cohésion disparaisse, c'est-à-dire que les matériaux deviennent meubles. A supposer que cette condition soit remplie, il reste une limite au mouvement provoqué par la pesanteur, le frottement mutuel des particules rendant leur descente impossible au delà d'un certain degré de pente. Alors intervient un agent de transport d'une rare efficacité, c'est ïeau courante. La pluie qui ruisselle entraîne les fragments désagrégés de l'écorce, et, par les cours d'eau, les conduit de proche en proche, soit au grand réservoir de l'océan, sur le lit duquel ils se déposent, soit, s'il s'agit de dépressions continentales, dans des lacs qui en occupent le fond. La mer, de son côté, poussée par le vent et la marée, attaque ses rivages, et en môle les débris à ceux que les fleuves lui apportent. Ainsi peu à peu la terre ferme se dégrade et voit <liminuer son relief en môme temps que son étendue.
Nous avons dit que la condition essentielle du transport était la désagrégation des roches de l'écorce. Pour quelques-unes, qui sont restées meubles, comme les sables, le défaut de cohésion résulte des conditions originelles du dépôt. D'autres sont naturelment divisées en blocs, soit par des lits de stratification, soit par des fentes de retrait, soit par des fissures en rapport avec les dislocations antérieurement infligées à la croûte terrestre. Mais si cette division préalable peut déterminer l'écroulement progressif d'une côte exposée à l'assaut des vagues, celui d'un escarpement miné par un torrent, ou la chute de blocs entraînés par des avalanches de neige, elle n'a d'efficacité que dans des conditions très limitées, et sur la plus grande partie de la surface continentale, il lui serait impossible, à elle seule, d'amener les matériaux solides à un état qui les rendît transportables par l'eau courante
Heureusement les infltœnces météoriques, c'est-ànlire les alternathes du chaud et du froid, dç la sécheresse et de Thumidité, de la gelée et du dégel, parfois aussi Faction des végétaux et celle des animaux inférieurs, ont bientôt fait de débiter les roches, même les plus dures, en menus fragments. Il n'y a pas de limite à cet émiettement. Môme, pour peu que le climat s'y prête, il en peut résulter une altération et un amcublissement du terrain jusqu'à une profondeur telle, qu'il devient la plupart du temps impossible d'apercevoir les roches en place. C'est ce qui se passe dans les pays équatoriaux.
D'autre part, l'eau courante, concentrée dans des rigoles, acquiert, en dehors de son rôle comme agent de transport, une faculté propre de creusement ou érosion, qu'elle doit à la fois à sa force vive et à l'action des matériaux entraînés, devenus de véritables outils à son service. Elle est ainsi capable d'user les roches dures, même non désagrégées au préalable. Comme d'ailleurs l'eau ne perd complètement la faculté de transporter des particules solides que quand elle coule sur une pente insensible, la surface entière des continents, soumise à l'action du ruissellement et de l'érosion, est condamnée à descendre d'un mouvement lent mais inévitable. Seuls les déserts, où la pluie fait défaut, échappent en partie à cette descente ; mais l'œuvre de l'ablation s'y poursuit par l'atmosphère et par le vent, et pour être fréquemment ballottés de place en place, les sables résultants ne s'en accumulent pas moins de préférence dans les creux abrités.
Divers modes de façonnement de la surface. — En résumé, la terre ferme se modifie d'une façon constante, sous l'influence de plusieurs catégories de puissances extérieures. Ces puissances n'agissent pas seulement pour détruire. Avec les matériaux qu'elles ont conquis, elles édifient de nouveaux terrains, et si la plupart de ces formations de remaniement nous sont cachées par les eaux marines ou lacustres, il en est un bon nombre qui ne subissent cette éclipse finale qu'après avoir longtemps fait partie <lû domaine continental et influé sur son modelé. Néanmoins les effets destructeurs, par la superficie sur laquelle ils se manifestent, ont un rôle incomparablement plus important. Ce sont eux surtout qui déterminent la physionomie de la terre ferme. Aussi nous servirons-nous le plus souvent du mot d'érosion pour désigner lensemble de ces influences externes; mais il sera entendu qu'à cété de la dégradation, qui est le phénomène principal, nous aurons parfois à considérer la reconstruction qui en dérive.
Cela pose, il y a lieu de distinguer Yaction itiarine, efficace depuis une profondeur qui ne dépasse pas sensiblement 200 mètres, qui môme est rarement supérieure à 100 mètres, jusqu'à la hauteur que peuvent atteindre les vagues de tempête; Yaction des eaux courantes^ à laquelle toute la terre ferme est assujettie à partir du niveau de la mer jusqu'à la limite des neiges persistantes, et que Ton classe parfois sous la rubrique plus générale d'érosion subaérienney pour rappeler la grande part qu'y prennent la pluie et les actions atmosphériques; Yaction glaciaire, dont le domaine descend au-dessous de la limite des neiges, en même temps que, par la gelée et les avalanches, il s'étend jusqu'aux plus hautes cimes; enfin Yaction du vent ou éolienne, active dans certains pays où la sécheresse du climat rend le rôle de la pluie tout à fait subordonné. A cette énumération il convient d'ajouter Yactioji souterraine, c'est-à-dire l'attaque des terrains par les eaux d'infiltration, accompagnée de la dissolution, totale ou partielle, des roches, sous l'influence de l'eau chargée d'acide carbonique.
Relation des agents du modelé avec les conditions météorologri<iues. — Les agents du modelé terrestre ont en chaque lieu une activité déterminée par l'ensemble des conditions météorologiques de la région. Or ces conditions sont très variables d'un lieu à un autre, et la connaissance de leur distribution est indispensable à quiconifue veut se faire une idée de la manière dont se répartit, sur le globe, l'énergie des puissances extérieures.
De ces puissances, deux surtout doivent attirer l'attention : la pluie (ou à l'occasion son équivalent en neiges et brouillards) et le vent. A vrai dire, la considération de ces deux agents embrasse, en principe, celle de tous les autres; car les vents soulèvent les tempêtes, seules vraiment efficaces pour la modification des rivages, engendrent les courants marins, par lesquels s'accomplit la dissémination des sédiments, et provoquent dans les déserts la dégradation du sol par les sables en mouvement.
D'autre part, la pluie et le vent sont presque toujours intimement liés l'un à l'autre; car, sauf sous l'équateur, la pluie résulte de la condensation de la vapeur apportée par les vents, condensation que détermine le mélange de l'air humide avec des masses plus froides. D'un autre côté, l'atmosphère doit à sa mobilité d'obéir aux moindres variations de densité, et chacune tle ces variations, résultat d'un inégal échauflement, se traduit par un changement dans la pression barométrique. En résumé, le secret des variations météorologiques doit se trouver dans l'étude simultanée de l'état
thermique et de l'état barométrique à la surface du globe. C'est ce qu'on réalise par l'examen des cartes qui font connaître les lignes isothermes et les lignes isobares, (Voir la planche annexée à l'ouvrage.)
Distribution de la chaleur sur le globe. — La température, en chaque point, a pour unique source la chaleur versée par le soleil *. Si l'axe terrestre était perpendiculaire au plan de l'orbite, tous les points de la terre verraient se succéder douze heures de jour et douze heures de nuit. Les rayons solaires, à l'heure de midi, tomberaient pendant toute l'année d'aplomb sur l'équateur, tandis que, pour les autres latitudes, à partir de cette ligne, l'incidence serait de plus en plus oblique, pour finir par être entièrement rasante aux pôles. Il y aurait donc, de part et d'autre de l'équateur, une zone torride, où la température aurait toujours son maximum au centre, et qui comprendrait tous les parallèles pour lesquels l'incidence des rayons méridiens serait peu éloignée de la normale ; après quoi la chaleur décroîtrait progressivement dans la direction de chaque pôle, sans que rien permît d'établir, entre les bandes successives, une séparation tranchée.
L'inclinaison de l'axe terrestre sur le plan de l'écliptique empêche qu'il en soit ainsi, et donne lieu au phénomène des saisons^ fondé sur ce que chaque point de la surface du globe, à l'heure de raidi, reçoit les rayons solaires sous un angle qui varie avec le moment de l'année où l'on se trouve. Pour l'équateur, le soleil méridien apparaît au zénith deux fois par an, lors des équinoxes; «t tous les points de la zone comprise entre les tropiques jouissent une fois par an du même privilège, à une époque variable, selon la latitude, entre l'équinoxe et le solstice. Seulement, pendant six mois, cet avantage est réservé à la zone tropicale d'un seul hémisphère, tandis que, pendant les six autres mois, c'est l'hémisphère opposé qui en a le bénéfice.
L'ensemble des deux bandes tropicales, larges chacune de 23" 2T21*, définit donc une zone torride ^ ,où la durée des jours diflfôre <le moins en moins de celle des nuits à mesure qu'on se rapproche do Téquateur, et qui est nettement délimitée par le fait que les points de cette zone sont les seuls d'où l'on puisse voir le soleil au zénith.
1. La |iart contrihiilive «les actions volcaniques ou thermales est ici considérée domine négligeable. Nous ne tenons pas compte non plus du rayonnement des ^pace«, identique pour tout le globe. Quant à la chaleur interne, outre qu'elle ^t partout à peu près dans la même mesure, on a calculé qu'elle ne devait pas contribuer aujourd'hui pour plus d'un trentième de degré à l'entretien de la temptrature extérieure.
DK LArPABEXT. — Le^^oDs de géogr. phys. 4
D'autre part, entre chaque pôle et la latitude de 66" 32' 39", s'étend une calotte dont aucun point ne peut apercevoir le soleil au moment de Tun des solstices. La saison d'été de cette calotte comprend des jours sans nuits, dont la durée atteint six mois au pôle même, et que balance une saison hivernale avec nuits ininterrompues. Et comme l'incidence presque rasante du soleil d'été ne coippense pas l'effet de la longue obscurité de l'hiver, chaque pôle est entouré d'une zone glaciale^ aussi nettement délimitée que la zone torride.
Dans l'intervalle s'étendent les zones tempérées^ celles où ni le jour, ni la nuit ne sont exposés à durer vingt-quatre heures, et dont chacune peut se subdiviser en zone tempérée chaicde, voisine du tropique, et zone tetnpérée froide^ contiguë au cercle polaire.
Déformation des zones de température. — Les limites des zones ainsi déterminées coïncideraient exactement avec des parallèles de latitude, si la distribution relative de la terre ferme et des mers, ainsi que le relief de l'écorce, étaient identiques pour toute l'étendue du globe. Mais la répartition très inégale de ces divers éléments entraîne une déformation des limites.
En effet, la terre ferme, pendant Tété, s'échaufîe beaucoup plus que l'eau, sur laquelle une partie de la chaleur versée est employée, sans effet thermique sensible, à prothiire de la vapeur. De j)lus,là où il neige, le manteau qui couvre la terre en hiver intercepte la chaleur solaire, entièrement utilisée pour fondre de la neige, sans que l'air ambiant puisse en profiter. Au contraire, l'eau de mer est rarement exposée à geler. Par conséquent la terre ferme exagère réchauffement de l'air dans les basses latitudes, tandis qu'elle agit dans les zones froides comme un réfrigérant. En outre, l'atmosphère emmagasine diversement les radiations calorifiques, selon qu'elle est sèche ou humide, pure ou chargée d'acide carbonique. Enfin l'air se raréfie lorsque croît l'altitude, devenant de moins en moins propre à concentrer la chaleur solaire pour en faire profiter les corps qu'il baigne. Dès lors, toutes les inégalités de la surface du globe interviennent pour modifier l'effet thermique des radiations solaires, provoquant du même coup, dans l'eau des mers et surtout dans l'atmosphère, des mouvements capables d'étendre cette influence bien loin des lieux où elle a pris naissance.
Telle est la raison pour laquelle les isothermes mutuelles (voir, sur la planche jointe à l'ouvrage, la fig. 1), c'est-à-dire les lignes réunissant les points où la température moyenne de Tair pour toute l'année, réduite au niveau de la mer, est identique, sont loin de
coïncider avec des cercles de latitude. Chacune d'elles s'infléchit dans le sens où agissent les causes modificatrices que nous venons d'indiquer.
Irréernlarité de la Eone chaude. — Le premier résultat qu'il convienne de signaler est le transport que la zone chaude subit vers le nord. D'une part, l'aire du maximum de chaleur, c'est-à-dire celle à l'intérieur de laquelle la moyenne annuelle est supérieure à 30 degrés centigrades, va du Soudan occidental à la Mer Rouge, se maintenant à peu près à cheval sur le parallèle de 20* lat. N., et, chose absolument caractéristique, ne descendant nulle part j'usquà Téquateury qui théoriquement semblerait devoir en marquer Taxe *. Pendant ce temps, l'aire des températures comprises entre 26 et 28 degrés centigrades, la seule qui exprime le maximum annuel en Amérique *, dépasse à peine l'équateur dans la direction du sud, au lieu qu'elle s'avance au nord du tropique, ayant son point culminant à Mexico. D'autre part, alors que l'isotherme boréale de 20 degrés ne cesse pas (sauf en un seul point au large de la Californie) d'être au nord du tropique du Cancer, la courbe correspondante, sur l'hémisphère austral, remonte par endroits jusqu'au voisinage immédiat de l'équateur. En somme, on peut s'assurer que l'espace compris entre la ligne équinoxiale et l'isotherme de 20 degrés est, dans l'hémisphère boréal, supérieur d'un cinquième à ce qu'il est dans l'autre. Et cela pour deux raisons : d'abord parce que l'Afrique s'épanouit beaucoup plus largement au nord qu'au sud de l'équateur, en même temi)s que l'élargissement du continent américain se prononce au nord des Antilles; de sorte qne la zone chaude boréale est bien plus riche en territoires continentaux, la plupart de faible altitude; ensuite parce que les océans, laidement ouverts au sud, laissent arriver des courants froids qui parviennent, sur le littoral atlantique de l'Afrique jusqu'à l'équateur, sur le littoral pacifique do l'Amérique jusqu'à 12 degrés de latitude sud. Aussi voit-on, le long de ces deux côtes, toutes les isothermes brusquement rejetées vers le nord.
iBothermeB diverses. — Mais ce qui est surtout significatif, c'est lacomparaison desdeuxisothermes de o degrés. Cellede l'hémisphère austral, qui ne rencontre absolument que la Terre de Feu, oscille constamment entre 4T* et 56"* lat. S. La courbe boréale varie de 43" à 68* lat. N., soit 15 degrés au lieu de 9 pour l'amplitude de
1- Ce n'est qu'en janvier que colle aire, alors considérablement réduite, vient se placer à cheval sur l'équateur, au centre du Conjfo. 1 Voir pour ces détails les atlas physiques, et notamment celui de Berghaus.
52 LEÇONS DE GÉOGRAPHIB PHYSIQUB
ses variations, toutes déterminées par le lai^e épanouissement de la terre ferme sur son parcours. Tandis qu'à Tentrée du golfe de Bothnie Tisotherme en question se tient à 60°, Tinfluence réfrigérante du continent asiatique l'abaisse jusqu'à 43° en Mandchourie, en attendant que les courants chauds du Pacifique occidental la ramènent à 58° contre la côte de l'Alaska. De là, les terres froides du massif canadien la font redescendre à 46° dans la région des grands lacs. Aussitôt la puissante influence du Gulf-Stream lui fait faire un bond, dans Taxe de l'Atlantique, jusqu'au delà du cercle polaire. Mais arrivée ainsi au contact de la côte Scandinave avec son cortège de glaciers, elle redescend brusquement à 60°, revenant presque sur ses pas par une boucle extraordinairement resserrée, avant de se recourber vers l'est.
L'amplitude des écarts est encore plus grande pour l'isotherme de 10°, qui descend à 60° dans la Sibérie orientale, pour remonter à plus de 80° au nord du Spitzberg. Quant à l'isotherme de zéro, rien que de la pointe de Terre-Neuve au large du Cap Nord, elle subit aussi un relèvement de vingt degrés; et comme, à l'île Sakhalin, on la retrouve par 3 degrés de latitude plus bas qu'à Terre-Neuve, l'échelle de ses oscillations n embrasse pas moins de vingt-trois degrés.
On remarquera en outre que le massif sibérien, plus ample et plus froid, dévie les isothermes vers le sud plus fort que le massif canadien, à la fois moins étendu, moins élevé et plus maritime; enfin que la déformation des courbes est bien moins prononcée dans le Pacifique que dans l'Atlantique; d'abord parce que le courant chaud du Japon n'est aucunement comparable en intensité au Gulf-Stream : ensuite parce que l'Asie, d'une part, l'Amérique, de l'autre, enferment presque complètement le Pacifique septentrional dans une ceinture de terres froides, qui réagissent sur la température de l'air à sa surface; au lieu que l'Atlantique boréal, qui ne subit pas de grandes variations dans sa largeur, est mieux soustrait à l'influence réfrigérante des terres environnantes.
Considération des isobares. Zone des basses pressions éqaatoriales. — Les irrégularités que nous venons de constater dans le parcours des isothermes vont naturellement se refléter dans l'allure des lignes d'égale pression barométrique, puisqu'on sait que, dans une masse d'air inégalement échaufl(ée, il se produit de toute nécessité des mouvements tendant à rétablir l'équilibre. C'est ce qu'indique du premier coup d'œil l'examen d'une carte des isobares annuelles (voir la planche, fig. 2). Pour en bien apprécier
les enseignements, cherchons, comme dans le cas précédent, ce que devrait être théoriquement la circulation de Tair, s'il n'y avait pas à compter avec la distribution irrégulière de la terre ferme et du relief.
Des deux côtés de l'équateur, mais empiétant davantage, comme nous l'avons vu, sur l'hémisphère boréal, s'étend la zone torride. L'atmosphère y est d'autant plus accessible à réchauffement que, grâce à la surface considérable occupée par les mers, l'air de cette zone est très chaîné de vapeur d'eau, au moins dans ses couches inférieures, depuis le niveau de la mer jusqu'à environ 8000 mètres d'altitude *. L'effet produit est à son comble au centre de la zone, là où règne le maximum de chaleur. En ce point donc se trouve une colonne d'air plus chaude et par conséquent plus haute que toutes les autres, de part et d'autre de laquelle, suivant un méridien, des colonnes de moins en moins chaudes s'échelonnent en s'abaissant dans la direction des deux pdles.
Or toutes les fois que deux masses d'air juxtaposées possèdent des températures inégales, il se produit un déversement, par suite duquel le haut de la colonne chaude s'écoule vers la masse froide, tandis que le pied de cette dernière tend à s'avancer vers la base de l'autre.. Tant que ce mouvement persiste, la pression est inférieure à la moyenne dans la colonne qui se déverse, et supérieure dans l'autre. Le courant d'air est donc dirigé, en haut du minimum barométrique vers le maximum, en bas dans le sens inverse •.
On comprend ainsi que, des deux côtés de l'équateur thermal, il existe une bande où la moyenne annuelle du baromètre (lequel les d'ailleurs très stable toute l'année) se maintient partout, au niveau de la mer, au-dessous de 760 millimètres, en même temps que la température y atteint son maximum. La largeur de cette îone tient à ce que, en vertu de l'inclinaison de l'axe terrestre, les points qui voient le soleil au zénith voyagent, suivant les saisons, d nn hémisphère à l'autre, ce qui déplace en latitude la bande des ^tnes équatoriaux. En fait, la zone des pressions inférieures i160 s'étend sur une trentaine de des-rés. Sa limite australe, beaucoup plus régulière que l'autre, parce qu'elle passe sur un très petit nombre de surfaces continentales, s'avance parfois jusqu'à 20" rtraême 25* Sud. Mais en Afrique elle recule jusqu'à 10* S. Sa
1. La moitié de la rapeur d'eau atmosphérique est contenue entre zéro et 2000 mètres d'altitude.
1 Doclanx. Onart de phytique et de météorologie^ p. 23$.
limite boréale devient extrêmement capricieuse en Asie, pour des causes que nous analyserons plus loin.
Bande des pluies éqoatoriales. — D'une façon générale, la zone du minimum barométrique annuel est aussi celle du maximum des pluies terrestres. Cela tient à ce que, dans le centre de cette bande (centre qui se déplace en latitude avec les saisons), les vapeurs, aspirées par un soleil torride, après ôtre venues former à une certaine hauteur un voile de nuages amoncelés (pot au noir des marins), se résolvent, à une heure déterminée du jour, en averses violentes, le plus souvent avec orages. La région subit alors ce que les marins appellent Vhivernage, bien qu'en réalité cette période corresponde à Tété astronomique.
La bande des pluies équatoriales s'étend (voir la planche, fig. 3) de 1 50 à 2O0 lat. N. jusqu'à IS^ et parfois môme 20'^ lat. S. C'est en Afrique seulement qu'elle est réduite à dépasser à peine Téquateur vers le sud, ce qui est bien d'accord avec le rétrécissement marqué que subit, dans cette même région, la zone australe des basses pressions équatoriales. On peut dire que l'aire de maximum thermique du Soudan attire à elle la bande des basses pressions et des pluies, en lui permettant tout juste d'atteindre cet équateur, sur lequel elle devrait être à cheval si l'influence des terres sahariennes ne venait pas se faire sentir. On jugera de l'importance de cette zone si nous disons que, la moyenne annuelle de pluie pour toute la terre ferme étant de 844 millimètres, la bande comprise entre 20*^ lat. N. et 20'* lat. S. en reçoit 1400 '.
Bande des vents alizés. — De part et d'autre de la bande équatoriale, non loin des tropiques, se produit à la surface du sol l'appel d'air qui doit compenser le déversement de la colonne chaude. De là résultent les vents alizés, que la rotation terrestre dévie, comme chacun sait, en les faisant souffler, du nord-est dans l'hémisphère boréal, du sud-est dans l'autre. Pendant ce temps, les hautes régions de l'air sont parcourues par le contre-alizé^ c est-à-dire le courant supérieur d'air chaud déversé, lequel souffle, pour la même cause, du sud-ouest dans l'hémisphère boréal, du nord-ouest dans l'autre. Seulement la hauteur à laquelle ce courant se produit fait que d'ordinaire il ne devient visible que quand il rencontre sur son chemin des poussières volcaniques, projetées par les explosions à plus de 10 kilomètres d'altitude.