ÉTUDE DE IA SALIVE
La salive est, de tous ces liquides, celui que nous nous proposons d’examiner d’abord. A première vue, rien ne paraît plus facile que d’en obtenir de grandes quantités par simple expuition. Mais la salive obtenue par ce moyen est un liquide complexe, provenant d’un grand nombre de sources différentes. Aussi, pour prendre une connaissance complète de ses propriétés et de ses origines, faut-il examiner successivement chacune des glandes salivaires.
De Graaf, qui, de tous les physiologistes du dixseptième siècle, paraît avoir pratiqué le plus grand nombre de vivisections, a publié un ouvrage, renfermant plusieurs planches (1), dans lequel il rapporte les expériences entreprises par lui pour obtenir du suc pancréatique. Sur l’une de ces planches représentant un chien en expérience, on voit un tube introduit dans le canal de Sténon et en rapport avec un petit réservoir en verre. Il semble d’après cela que cet auteur avait cherché à obtenir de la salive parotidienne pure, bien que cette expérience ne soit pas mentionnée dans le texte.
En 1784, H. de Lachenay, professeur à l’École vétérinaire de Paris (actuellement l’École d’Alfort), découvrit le conduit parotidien chez le cheval et l’ouvrit pour recueillir le liquide sécrété par la glande. Il établit facilement toutes ses propriétés, et trouva qu’elles différaient entièrement de celles du liquide complexe qui s’échappe de la bouche de l’animal. Depuis cette
(1) Voy. ci-dessus, p. 59, le Frontispice du livre de Régnier de Graaf (%• 1).
APPPAREIL DIGESTIF.
époque, on a observé dans la pratique plusieurs cas qui ont permis aux médecins de recueillir la salive parotidienne pure chez l’homme. Or, on a admis universellement qu’il existait deux variétés de salive : l’une produite par la parotide, et qu’on supposait être la salive pure ; l’autre, constituée par le liquide complexe obtenu par l’expuition. Cette distinction a été reconnue par Tiedemann et Gmelin, et l’on a cru longtemps que toutes les autres glandes salivaires sécrétaient un liquide identique à celui de la parotide. Ce n’est qu'en 1847 que je pus, par des expériences directes, me convaincre que la sécrétion de la glande sous-maxillaire était totalement différente ; depuis cette époque, des expériences variées ont mis en lumière les différentes propriétés de chaque espèce de salive. Nous avons actuellement recours, à propos de chaque glande, à un procédé opératoire spécial, dans le but de recueillir les produits de sa sécrétion.
Quant à la salive complexe, dont les caractères ont également la plus haute importance pour le physiologiste, on l’obtient facilement par expuition. Mais il faut que l’observateur se soit soumis au jeûne depuis un certain temps. Magendie et Rayer en ont recueilli de grandes quantités chez le cheval, en faisant mâcher à l’animal du son préalablement plongé dans l’eau bouillante afin de le débarrasser de toutes ses parties solubles.
La salive humaine a été, bien entendu, le principal objet de nos recherches ; nous avons examiné ensuite celle du chien, du cheval, du mouton, du bœuf, du lapin et de presque tous les animaux domestiques.