‹ Leçons de la physiologie opératoireChapitre 114 sur 152 · GLANDE SOUS-MAXILLAIRE · texte numérisé non relu

GLANDE SOUS-MAXILLAIRE

toutes les sensations sapides disparaissent ; on peut alors verser du vinaigre dans la bouche de l’animal sans provoquer l’issue d’une seule goutte de salive. Mais si vous galvanisez le bout central du nerf divisé, une sécrétion abondante se produit à l’instant. Si, d’autre part, vous sectionnez le facial, toute action réflexe est immédiatement supprimée. Mais, comme vous allez le voir, si l’on soumet au courant galvanique le bout périphérique du nerf moteur de la glande, un abondant écoulement de salive apparaît aussitôt.

Mais, pour pratiquer ces différentes expériences, il est indispensable de mettre à découvert la. région qui renferme les organes sur lesquels on est appelé nécessairement à opérer.

Voici le modus operandi qui permettra au physiologiste de réaliser toutes les conditions désirables : Faites une incision le long du côté interne du bord inférieur du maxillaire. Écartez le digastrique, ou mieux encore coupez ce muscle, et détachez sa moitié postérieure de ses insertions. Alors vous apercevrez presque tous les organes intéressés dans l’expérience. Il faut avoir bien soin, dans cette opération, de ne pas léser les organes importants immédiatement sous-jacents aux muscles. Après avoir écarté les lèvres de la plaie, on découvre une cavité qui renferme la glande sous-maxillaire. On énuclée la glande au moyen d’une érigne, de manière à découvrir sa face interne ou profonde, au centre de laquelle est situé le bile : c’est par ce bile que pénètre l’artère principale, la corde du tympan, ou nerf moteur, et plusieurs rameaux du système ganglionnaire.

APPAREIL DIGESTIF

La paroi interne de la cavité elle-même contient la carotide externe, les artères linguale et faciale, et le nerf hypoglosse. En avant, la paroi inférieure de la cavité est constituée par les mylo- hyoïdiens que l’on divise à leur

Fig. 115. — Incision pratiquée pour découvrir le canal excréteur de la glande .....

sous-maxillaire (chez le chien). . :

a, muscle digastrique sectionné et écarté ; 6, muscle mylo-hyo*dien coupé et écarté ; C, e, canal de Wharton; d, canal excréteur de la sublinguale; 1, nerf lingual.

tour perpendiculairement et qu’on soulève ensuite avec des érignes (ô, fig. 115 et 116). On voit alors les conduits excréteurs des glandes sous-maxillaire et sublinguale croisés par le nerf lingual. En suivant en arrière le trajet de ce dernier, on voit la corde] du

INNERVATION DE LA SOUS-MAXILLAIRE. 545 tympan (2, fig. 116) se détacher de lui et former, par son anastomose avec les rameaux sympathiques, le plexus gangliforme , d’où émergent les nerfs qui pénètrent dans la substance propre de la glande.

L’opération que je viens de décrire a été pratiquée a l’avance sur le chien que l’on vient d’apporter.

Nous allons maintenant ouvrir le canal de Wharton, placer un tube dans sa cavité et exciter la sécrétion au moyen du vinaigre. Vous verrez tout de suite que la glande FlG* 116- ~ Anatomie de la région des glandes

^ ° sous-maxillaire et sublinguale,

sous-maxillaire est a, a, muscle digastrique ; b, b, mylo-hyoïdien ;

-, . c, c', glande sublinguale ; d, son canal excré-

uOUée û Une sensibl- teur; e, canal excréteur de la sous-maxillaire .. , , 1 (f, g) ; 1 , nerf lingual; 2, rameau nerveux

Il té heaUCOUp plus (suite de la corde du tympan) pour les glandes salivaires.

grande que la parotide, fait que nous avons déjà essayé de démontrer dans notre dernière leçon.

Vous voyez que l’expérience est pratiquée avec un plein succès. Plusieurs gouttes de liquide s’échappent immédiatement du tube et sont recueillies dans un verre.

cl. bernard. — Physiol. opér. 35

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Vous voyez, messieurs, que la salive sous-maxillaire est épaisse et visqueuse. Ces propriétés varient considérablement suivant les individus. Il est tout à fait impossible de prédire à l’avance le degré de viscosité de ce liquide chez un sujet donné. Mais, par l’intermédiaire du système nerveux, ces propriétés peuvent être augmentées ou diminuées à volonté. Nous allons maintenant couper la corde du tympan après sa séparation du lingual, et appliquer un courant galvanique à son bout périphérique. La salive ainsi obtenue est, vous le voyez, moins visqueuse que celle qui a été le résultat des impressions gustatives.

Il nous reste maintenant une autre expérience à faire. Nous allons galvaniser le grand sympathique. La corde du tympan étant entièrement paralysée par l’opération précédente, la salive que nous obtiendrons sera évidemment produite sous l’influence exclusive du système ganglionnaire. Cette expérience prouve que le sympathique, abandonné à lui-même, est capable d’agir sur la glande. Combien, sous ce rapport, la sousmaxillaire diffère-t-elle de la parotide !

Vous voyez ici l’expérience : Le liquide est plus visqueux que tout à l’heure; mais sa quantité paraît insignifiante, en comparaison de la quantité produite par l’excitation du nerf moteur.

Ces expériences ont dû vous convaincre, messieurs, que la glande sous-maxillaire est pourvue d’un double appareil nerveux , et que deux ordres distincts de nerfs président à ses fonctions physiologiques. Les nerfs émanés du facial augmentent l’abondance et diminuent

INNERVATION DE LA SOUS-MAXILLAIRE. 547 la viscosité de sa sécrétion ; les nerfs ganglionnaires agissent précisément dans le sens contraire. Ces résultats vous les connaissez déjà dans une certaine mesure, après la longue étude que nous avons consacrée au nerf moteur de la parotide.

L’influence exercée par le système ganglionnaire sur la glande so us-maxillaire explique l’action produite sur elle par différentes causes d'excitation qui portent sur des points éloignés du canal alimentaire. C’est ainsique l’introduction directe des aliments dans l’estomac détermine généralement un écoulement de salive sous-maxillaire. On peut constater facilement ce fait chez les animaux porteurs d’une fistule gastrique.

Nous allons appeler maintenant votre attention sur les propriétés physiologiques de l’appareil sublingual, afin de vous donner une idée aussi complète que possible de la sécrétion salivaire.

Dans l’espèce humaine, la glande sublinguale n’est pas une glande en une seule grappe. Complètement différente, sous ce rapport^ de ses congénères, elle n’a pas de canal excréteur de dimension suffisante pour permettre l’introduction d’un tube. Ses produits se déversent dans la cavité buccale par six ou sept petits orifices, qui correspondent à autant de portions distinctes de la glande. La même disposition anatomique règne chez la plupart des animaux qui servent habituellement à nos expériences. Il paraît donc impossible, au premier abord, de recueillir le liquide sécrété par ce petit appareil, en quantité suffisante pour déterminer ses propriétés physico- chimiques et le rôle qu’il est appelé à jouer

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dans la mastication. Heureusement pour la physiologie expérimentale, le chien (fig. 115 et 116) possède une glande sublinguale volumineuse et conglomérée, pourvue d’un seul canal excréteur dans lequel on peut facilement passer des tubes. Aussi est-ce sur cet animal que nous avons pratiqué toutes nos expériences relatives au sujet qui nous occupe aujourd’hui. Le chien que nous plaçons en ce moment sous vos yeux vient de subir l’opération préliminaire. Une canule a été introduite dans le canal sublingual, et de son orifice on voit s’écouler lentement un liquide visqueux et demi-transparent. La difficulté avec laquelle il s’écoule témoigne suffisamment de ses propriétés adhésives. 11 est, sous ce rapport, très-différent de la salive aqueuse de la parotide. La sécrétion sous-maxillaire paraît établir, au point de vue chimique, une transition entre les deux autres. Toutefois, il n’existe pas d’analyse satisfaisante de là salive sublinguale : tout ce que nous savons, c’est qu’elle contient une proportion énorme de matière lubrifiante.

La quantité de cette salive est faible; et elle est lente à se former, lorsqu’on excite la sécrétion. C’est ainsi que lorsqu’on verse du vinaigre dans la bouche d’un animal, après avoir préalablement placé des tubes dans les conduits excréteurs des trois glandes salivaires , on voit la salive sous - maxillaire couler immédiatement ; la sécrétion parotidienne apparaît bientôt après; la salive sublinguale se montre la dernière. On pourrait en conclure que la glande sousmaxillaire est en rapport avec le sens du goût, la

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