MOYENS DE CONTENTION MÉCANIQUE : HISTORIQUE
Les anciens expérimentateurs s’étaient déjà soigneusement pourvus de moyens propres à immobiliser les animaux. C’est une revue curieuse que celle des appareils plus ou moins primitifs qu’ils avaient mis en usage dans ce but.
Nous trouvons dans Vésale une figure représentant l’appareil de contention destiné à l’expérimentation sur
Fig. i. -5- Appareil de contention du porc, d’après Ve'sale. b b, table de vivisection ; d, anneaux, et c, trous pour fixer les membres de l’animal; e. chaîne qui fixe la tête en passant dans la gueule.
le porc (fîg. 4). — Yoici la légende de cette figure telle que la donne Vésale :
« Hac figura suem asseri quem vivis sectionibus administrandis parare solemus.
» ô, b , asser vivis sectionibus administrandis idoneus. » c, c, varia foramina quibus laqueos pro animalis mole adhibemus, quum femora et brachia vincimus.
» d, d, ejus modi anuli summis manibus pedibusqùe ligandis adaptantur.
» e, huic anulo maxilla superior, libéra inferiori, catenula alligatur, ut caput immotum servatur, ac intérim neque vox neque respiratio vinculorum occasione prepediantur (1) . »
Uu des procédés les plus simples pour la contention du chien se trouve représenté dans l’ouvrage de Régnier de Graaf sur le pancréas (2).
Fig. 5. — Contention du chien, d’après Régnier de Graaf.
Dans cette figure, l’animal est fixé sur une table, couché sur le dos et les quatre membres maintenus par des liens qui sont attachés à quatre clous plantés à des distances plus ou moins grandes, suivant la taille du chien. La tête et le museau sont également maintenus
(1) Andreæ Vesalii Bruxellensis Suorurn de humani corporis fabrica librorum epitome. London, 1545.
(2) Tractatus anatomo-medicus de succi pancreatici natura et usu, authore Regnero de Graaf. 1671, p. 47.
à l’aide d’un clou auquel est fixée une muselière en corde qui forme une anse derrière la tête et vient se nouer sur le museau .
Pour empêcher les cris de l’animal, sans gêner la respiration, la trachée-artère a été mise à nu, puis ouverte en a et soulevée sur un clou passé en dessous en travers, afin que les liquides sanguinolents ne coulent pas dans
(les voies respiratoires.
Beaucoup d’autres physiologistes ont eu, comme de Graaf, la pensée d’éteindre les cris des animaux pour éviter les plaintes des voisins du laboratoire.
Dupuytren faisait la section des nerfs récurrents pour les rendre aphones. Nous-même avons souvent pratiqué la même opération dans un but semblable ; seulement nous opérons par la méthode sous-cutanée, suivant un autre procédé que nous décrirons ailleurs.
Au lieu de fixer les quatre membres de l’animal à l’aide de clous enfoncés dans la table, selon la méthode de de Graaf, on peut les attacher à des liens de cordes préalablement passés et arrêtés dans des trous pratiqués dans une table. Magendie se servait pour les vivisections d’une simple table de chêne solide sur ses bases et munie de liens nombreux préalablement fixés à des distances variées et pouvant ainsi s’adapter à des animaux de taille variée.
Un autre procédé, peut-être le plus simple de tous, consiste à étendre l’animal sur une petite table et à fixer ses quatre membres aux angles montants de la table à l’aide d’une corde attachée à chacun d’eux.
Dans ces procédés, où l’animal est ainsi garrotté sur
une planche, en quelque sorte écartelé, et où le tronc est posé à plat sur une table, il y a des mouvements du corps qui peuvent beaucoup gêner l’opérateur et exiger des aides. C’est pour cela que d’autres expérimentateurs ont imaginé des tables mieux disposées, ou des espèces de gouttières dans lesquelles le corps de l’animal peut se loger et être maintenu latéralement, en même temps que les membres sont fixés convenablement.
Il existe un grand nombre de ces appareils à vivisection, nous n’en citerons ici que quelques-uns.
Haller avait imaginé une table à vivisection pouvant s’élever et s’incliner dans des sens divers, suivant les opérations que l’on avait à pratiquer. Il existe encore des tables de ce genre en Allemagne, mais tous ces appareils sont plus ou moins compliqués.
M. Schwann (de Liège) a imaginé une gouttière spécialement destinée aux chiens (l’animal y est maintenu couché sur le dos) , pour les opérations que l’on a à pratiquer sur le ventre.
Je dois la description de cette gouttière à l’obligeance du professeur Schwann lui-même, qui me la transmit
FIG. 6. — Gouttière de Schwann.
B, B, gouttière; E, E; pieds ou supports; D. D, trous pour fixer l’animal; F, boîte à chloroformer (o, ouverture pour l’entrée de l’air ; r, couvercle qui permet d’introduire l’ouate imbibée de chloroforme).
en 1860, lorsque je faisais un cours de physiologie opératoire au Collège de France, et que je m’occupais déjà
de fixer les procédés d'expérimentation. Voici le dessin de cette gouttière (fig. 6).
L’appareil se compose de deux planches D, D, réunies sous un angle d’environ 80 degrés. La gouttière qu’elles forment repose sur deux planches verticales E, E, qui servent de pied , de manière qu’elle penche en arrière et que l’urine s’écoule de ce côté. La longueur totale des planches est de 70 centimètres, leur largeur de 20 centimètres. En avant, cette largeur est diminuée sur une étendue de 19 centimètres. Les planches sont traversées de trous nombreux (D, D).
Pour fixer les chiens, on leur met dans la gueule, derrière les dents canines, une tige de fer ou de laiton qui se termine aux deux bouts par un anneau dans
Fig. 7. — Musèlement du chien avec une forte ficelle placée en arrière d’un mors de fer.
lequel on passe une corde. On serre les mâchoires par une corde qui est placée en arrière de la tige de fer, autour du museau (voy. fig. 7) .
Quand le chien est couché dans la gouttière, le ventre en haut, on fixe la tête au moyen des cordes qui sont passées dans les extrémités de la tige de fer. On fixe ensuite les membres au moyen de cordes qu’on passe par les trous pratiqués dans les planches.
Cet appareil est de plus muni d’une boîte en cuivre, F, destinée à chloroformer l’animal. Cette boîte prismatique est longue de 18 centimètres, et s’adapte à l’appareil en bois au moyen d’une glissière qui permet de la retirer ou de l’enfoncer, de manière à la mettre à volonté en rapport avec le museau du chien par son ouverture postérieure. En ce point, c’est-à-dire en arrière, la paroi supérieure de la boîte est évasée et dépasse les autres parois, de façon à recouvrir le museau du chien, afin de l’empêcher de respirer au dehors. Il aspire donc, de l’intérieur de la boîte en cuivre, l’air qui sort, par la partie postérieure de la boîte, chargé de chloroforme, après être entré par une ouverture O pratiquée à la partie antérieure. L’air se charge de chloroforme à l’intérieur de la boîte en cuivre, parce qu’il traverse une couche d’ouate arrosée de chloroforme et placée entre deux cylindres métalliques. On introduit l’ouate imbibée de chloroforme par la partie supérieure de la boîte en cuivre, qui est munie d’une porte à coulisse.
M. Pirogoff a imaginé une gouttière dont un modèle réduit m’a été transmis de la part de M. Pirogoff luimême. Voici la forme de cette gouttière qui est également destinée à pratiquer des opérations sur le ventre et sur la partie antérieure de l’animal (fig. 8).
Elle se compose d’une table A A, sur laquelle est fixée la gouttière B, élevée sur deux montants triangulaires E,E. A l’une de ses extrémités, en C, la gouttière présente une échancrure sur laquelle repose le cou de
Fig. 8. — Gouttière de Pirogoff.
A, A, table ; B, gouttière soutenue par les montants E, E ; C, extrémité échancrée pour recevoir le cou de l’animal ; d, d, trous pour le fixer.
l’animal. Celui-ci est couché sur le dos et ses membres sont maintenus par des liens fixés aux parois de la gouttière, en passant dans divers trous ovales dont celle-ci est percée.
Blondlot a décrit une gouttière mobile et non fixée à une table comme la précédente. Il en a fait usage pour pratiquer les fistules biliaires ; mais elle peut aussi être utilisée pour les diverses opérations que l’on pratique sur la partie antérieure du corps.
Voici (fig. 9) cette gouttière, que j’ai fait exécuter d’après la description qu’en donne Blondlot :
B, B, planches d’un mètre et demidelongueur, réunies à peu près à angle droit et ayant 18 à 20 centimètres de largeur.
d,d, d , mortaises et trous pour donner passage à des
courroies ou à des cordes destinées à fixer l’animal.
E,E, patins ou chevalets convenablement échancrés sur lesquels sont clouées les planches qui forment la gouttière (1).
Fig. 9. — Gouttière de Blondlot. (Pour l’explication, voyez le texte.)
Table à vivisection. — Tous les appareils de contention qui consistent en une gouttière fixe sont très-commodes quand ils sont construits en vue d’une seule expérience, c'est-à-dire quand il s’agit d’opérer toujours sur des animaux à peu près de même taille et placés sur le dos, de manière à rendre le cou, la poitrine et le ventre particulièrement accessibles à l’opérateur. Mais quand il s’agit de pouvoir opérer sur des animaux de taille et d’espèce très-diverses et placés dans toutes les positions que peut exiger la physiologie expérimentale, alors une simple table percée de trous serait préférable. Cependant celle-ci offre encore beaucoup d’inconvénients ; elle ne maintient pas suffisamment le tronc des animaux, ou
(1) Yoy. Blondlot, Essai sur les fonctions du foie et de ses annexes. 1846, p. 49.
bien exige un trop grand nombre d’aides qui souvent gênent plus qu’ils ne servent. C’est pourquoi j’ai cherché à rassembler dans un même appareil à contention les avantages d’une table percée de trous, comme celle de Magendie, et d’une ou plusieurs gouttières mobiles. Le principal avantage est qu’alors les animaux peuvent être disposés d’une manière très-convenable pour opérer sur le dos et sur la colonne vertébrale. Voici comment se compose cet appareil, que j’appelle table à vivisection et dont je me sers depuis plusieurs années au Collège de France avec beaucoup d’avantages.
L’appareil représenté figure 10 se compose de deux parties distinctes :
La première est une table à vivisection (E) qui est percée de trous [g, g) dans toute son étendue, et qui, comme on le voit dans le dessin, est formée par quatre panneaux ( e , e, e, e) réunis entre eux par des charnières (/’,/,/), dont trois sont visibles en dessus et les six autres placées en dessous. Les charnières, ainsi disposées, permettent aux panneaux de s’étendre comme une table (fig. 10) ou de se replier en forme de gouttière, comme nous le verrons plus loin (fig. 15 à 19).
La deuxième partie de l’appareil est une forte table en chêne montée sur quatre pieds solides (0,0, 0). Cette table est bordée latéralement par un liteau D et munie à ses deux extrémités de deux rebords mobiles R. Ces rebords tiennent à la table chacun par deux charnières visibles en dessus, ce qui permet de pouvoir les relever ou les abaisser à volonté. Dans la figure 10, les rebords sont relevés et maintenus dans cette position par des
tasseaux à tiroir C, G. À l’extrémité libre de chacun de
Fig. 10. — Table d vivisection. — Ici la table à vivisection n’est pas repliée en gouttières (voy. ci-après lig. 15, 16, 17, 18 et 19), mais simplement établie en table plane : g, g, trous de la table ; e, e, e, ses panneaux ; f, f, charnières de ces panneaux ; o, o, pieds dé la table proprement dite, avec son liteau D et ses rebords mobiles R, que maintiennent les tasseaux C, C.
ces rebords se trouve une feuillure b , ô, destinée à encastrer à ses deux bouts la table à vivisection, qui est retenue latéralement par la continuation du liteau latéral de la table (d, d). On peut donc enlever la table à dissection proprement dite, et alors, en repoussant les deux tasseaux à tiroir C, C, les rebords s’abaissent et la table de support devient une table ordinaire. — Cet appareil, tel qu’il est représenté dans la figure 10, est dans ce que j’appellerai la 'première position.
Voici les dimensions que j’ai choisies pour chaque partie de l’appareil, comme étant celles qui conviennent à peu près dans tous les cas :
La longueur de la table gouttière est de lm,30 (fig. 10) ; sa largeur est de Om,85, qui se divisent ainsi : 0ra,21 pour chaque panneau extrême et 0m,19 pour chaque panneau moyen. — Longueur: lm,45 ; hauteur de la table: 0m, 87.
On peut, avec la table à vivisection disposée comme dans la figure 10, avoir tous les avantages d’une table ordinaire ; seulement la multiplicité des trous permet de fixpy des animaux de toute taille inférieure aux dimensions de la table.
Fixation des membres sur la table à vivisection. — Pour attacher les pattes de l’animal et les fixer à l’appareil , on glisse autour d’elles un nœud coulant et l’on passe les deux chefs de la corde dans les ouvertures pratiquées à la table, de manière à attacher le membre dans la posi. tion la plus convenable, suivant l’opération que l’on veut pratiquer (voy. fig. 11).
VIVISECTION
>ulant pour fixer les membres.
chien, dans la figure 13 un
la table à vivisection.
lapin sont fixés par les extrémités des membres au moyen de cordes qui sont nouées dans les trous de la tablée
Dans la figure 14, on voit un pigeon fixé de la même manière par les deu \jambes et par les deux ailes.
Fig. 14. — Pigeon fixé sur la table à vivisection.
Mais quand l’expérience que l’on a à exécuter exige que le tronc de l’animal soit maintenu dans une gout-
Fig. 15. — Table à vivisection dont les quatre panneaux sont resserrés de manière à former une gouttière (par ses deux panneaux médians. A, A).
tière, on peut immédiatement transformer la table à vivisection en un appareil à gouttière. Il suffit, comme le