DURÉE DE L’ABSORPTION EXTERNE
de l’idée de Magendie que l’absorption se fait par imbibition. Vous le voyez, en effet, messieurs, l’animal est bien vite pris; ses muscles se paralysent; il y a à peine deux minutes que la ligature a été enlevée. Ainsi, dans la durée de quatre minutes que demande l’ensemble des trois phases de l’absorption pour le cas particulier du curare, deux minutes sont consacrées au transport et à l’absorption interne ; un égal espace de temps, c’est-à-dire deux minutes, est donc nécessaire au seul acte de l’absorption externe : cette première phase dure à elle seule aussi longtemps que les deux suivantes.
Il nous reste à cherchera distinguer la durée relative de ces deux dernières.
Nous pouvons aborder directement l’étude de la durée du transport par le sang : cette recherche a été faite par plusieurs physiologistes qui ont déterminé la durée totale d'un double cercle circulatoire , la rapidité de la circulation , ou, pour le dire plus nettement, le temps que met une substance introduite dans le bout central d’une veine pourarriverau cœur droit, traverser le poumon, et, du cœur gauche, parcourir les artères, les capillaires et revenir par le bout périphérique de la veine mise en expérience. Cette durée est très-courte, plus courte qu’on ne pourrait le concevoir à priori, puisqu’elle se compte non pas par minutes, mais par secondes et n’a jamais été trouvée supérieure à vingt-cinq ou trente secondes. Elle dépend du reste de la taille de l’animal, c’est-à-dire du chemin à parcourir; et il est évident quelle doit être infiniment plus courte chez un
cl. bernard. — Phvsiol. opér. 24
APPAREIL CIRCULATOIRE
animal de petite taille, chez un rat, par exemple, que chez un quadrupède relativement énorme, comme le cheval ou l’éléphant.
Pour agir dans des circonstances bien déterminées nous prenons ici un chien dont la taille est de 1 mètre depuis l’extrémité du museau jusqu’à la racine de la queue. Nous découvrons largement la veine jugulaire du côté gauche et nous plaçons une pince à pression continue sur la partie supérieure de cette veine; après avoir exprimé vers le cœur le sang qui remplit la partie inférieure de la veine, nous plaçons une seconde pince à pression à environ un décimètre au-dessous de la première (fig. 98). Nous avons donc ainsi un segment de veine entièrement vide et compris entre deux ligatures très-faciles à enlever, puisqu’elles ne sont dues qu’à la pression de nos pinces. Dans cette portion de veine, nous injectons 2 centimètres et demi d’eau contenant en dissolution. 4 gramme de prussiate de potasse. La piqûre de la canule à injection a été faite très-obliquement dans la paroi de la veine, et la canule une fois enlevée, le vaisseau demeure plein et distendu par l’injection, dont il ne laisse rien écouler.
Nous découvrons alors la jugulaire du côté opposé et nous faisons à ce vaisseau une légère incision par laquelle s’écoule d’une façon continue un mince filet de sang (fig. 98). Quelques grammes de ce sang sont recueillis, soumis à une rapide coction avec du charbon, et dans le liquide incolore que nous obtenons après filtration nous ajoutons quelques gouttes d’un sel de fer : le liquide demeure incolore. Le sang ne renferme