L’ANK ET LE PETIT CHIEN
Ne forçons point notre talent ; Nous ne ferions rien avec grâce :
Jamais un lourdaud, quoi qu'il fasse, Ne saurait passer pour galant.
Peu de gens, que le Ciel chérit et ratifie, Ont le don d'agréer infas avec la vie.
C’est un point qu’i leur faut laisser, Et ne pas ressembler à l'âne de la fable, Qui, pour se rendre plus aimable Et plus cher à son maître, alla le caresser : ‘* Comment ! disait-il en son âme, Ce chien, parce qu'il est mignon, Vivra de pair à compagnon Avec Monsieur, aveo adame ; Et jamais des conpe de bâton !
Que fait-il® il donne la patte ; Puis aussitôt il ost baisé :
S'il en faut faire autant afin que l’on me fiatte, Cela n’est pas hien malaisé, ” Dane cette admirable pensée, Voyant son maiire en joie, il s’en vient lourdement, Lève une corne tout usée, La lui porte su menton fort amoureusement, Non sans accompagner, pour plus grand ornement De son chant gracieux cette action hardie, “Oh! oh! quelle caresse ! et quelle mélodie ! Dit le maître aussitôt, Holà ! Martin-bâton |” Martin-bâton accourt : l'âne change de ton.
Aiusi finit la comédie, LA FONTAINE,