‹ Leçons de littérature françaiseChapitre 161 sur 187 · L'AVANTAGE DE LA SCIENCE · texte numérisé non relu

L'AVANTAGE DE LA SCIENCE

Entre deux bourgeois d'une ville, S'émut jadis un différend :

L'un était pauvre, mais habile; L'autre riche, mais ignorant.

Celui-ci sur son concurrent Voulait emporter l'avantage ; Prétendait que tout homme sage

Était tenu de l'honorer.

C'était tout homme sot: car pourquoi révérer

Des biens dépourvus de mérite?

La raison m'en semble petite.

Mon ami, disait-il souvent Au savant,

Vous vous croyez considérable :

Mais, dites-moi, tenez-vous table?

Que sert à vos pareils de lire incessamment? Ils sont toujours logés à la troisième chambre, Vêtus au mois de juin comme au mois de décembre, Ayant pour tout laquais leur ombre seulement.

La république a bien affaire

De gens qui ne dépensent rien!

Je ne sais d'homme nécessaire Que celui dont le luxe épand beaucoup de bien. Nous en usons, Dieu sait! notre plaisir occupe L'artisan, le vendeur, celui qui fait la jupe , Et celle qui la porte, et vous, qui dédiez A messieurs les gens de finance

De méchans livres bien payés.

Ces mots remplis d'impertinence

Eurent le sort qu'ils méritaient.

L'homme lettré se tut ; il avait trop à dire. La guerre le vengea bien mieux qu'une satire. Mars détruisit le lieu que nos gens habitaient.

L'un et l'autre quitta sa ville.

L'ignorant resta sans asile ;

Il reçut partout des mépris :

L'autre reçut partout quelque faveur nouvelle.

Gela décida leur querelle.

Laissez dire les sots : le savoir a son prix.

La Fontaine.

LA CHATAIGNE.

« Que l'étude est chose maussade!

A quoi sert de tant travailler? « Disait, et non pas sans bâiller ,

Un enfant que menait son maître en promenade. Que répondait l'abbé ? rien. L'enfant sous ses pas B.encontre cependant une cosse fermée, Et de dards menaçants de toutes parts armée.

Pour la prendre il étend le bras.

— « Mon pauvre enfant ! n'y touchez pas !

— Eh! pourquoi? — Voyez-vous mainte épine cruelle Toute prête à punir vos doigts trop imprudents?

— Un fruit exquis, monsieur , est caché là-dedans.

— Sans se piquer peut-on l'en tirer? — Bagatelle!

Vous vouiez rire, je crois.

Pour profiter d'une aussi bonne aubaine, On peut bien prendre un peu de peine , Et se faire piquer les doigts.

— Oui, mon fils: mais de plus, que cela vous enseigne

À vaincre les petits dégoûts Qu'à présent l'étude a pour vous.

Ces épines aussi cachent une châtaigne ».

ÀRNAULT.

Page 1