‹ Leçons de littérature françaiseChapitre 29 sur 187 · L'ERUPTION D'UN VOLCAN, ET SES RAVAGES · texte numérisé non relu

L'ERUPTION D'UN VOLCAN, ET SES RAVAGES

Tout à coup, au milieu du silence de la nuit, un bruit affreux retentit à leurs oreilles ; ils entendent de loin la nier mugir, et rouler vers le rivage ses ondes amoncelées : les souterrains profonds sont frappés à coups redoublés : la terre tremble sous leurs pas; ils courent pleins d'effroi au milieu des ténèbres épaisses. Une montagne voisine s'entr'ouvrant avec effort , lance au plus haut des airs une colonne ardente qui répand, au milieu de l'obscurité, une lumière rougeàtre et lugubre; des rochers énormes volent de tous côtés: la foudre éclate et tombe: une mer de feu , s'avançant avec rapidité , inonde les campagnes ; à son approche, les forêts s'embrasent, la terre n'offre plus que limage d'un vaste incendie qu'entretiennent des amas énormes de matières enflammées , et qu'animent des vents impétueux. Où fuyez-vous, mortels infortunés? De nouveaux gouffres s'ouvrent sous vos pas, de nouveaux tourbillons de flammes , de pierres , de cendres et de fumée , volent vers vous du sommet des montagnes , et la mer écumeuse, rougie par l'éclat des foudres, sur-, monte son rivage, et s'avance pour vous engloutir.

Cependant ces phénomènes terribles s'apaisent peu à peu; les feux s'amortissent: la mer, à demi calmée, retire en murmurant ses ondes bouillonnantes, la terre se raffermit, le bruit cesse, et le jour parait. Quel triste et lugubre tableau présente la campagne ravagée ! Elle n'offre plus que des monceaux de cendres, que des rochers énormes entassés sans ordre , que des torrents de lave ardente , que des bois qui brûlent encore , que des tristes restes des infortunés qui ont péri au milieu de ces désastres.

TABLEAUX. o"

Du ciel couvert de nuages n'envoie sur tous ces objets lugubres qu'une clarté pâle et terne: un calme sinistre règne dans l'air ; des bruits lointains annoncent de nouveaux malheurs; et la mer répond par de sourds gémissements au bruit lugubre que font entendre les profondes cavernes de la terre. Consternés, saisis d'effroi, pressés dans le seul espace où les flammes ne sont pas parvenues, les mains élevées vers le ciel qui seul peut les secourir , les hommes adressent alors leurs ardentes prières à Celui qui commande à la mer et à la foudre. Leur prière est courte, mais touchante; ils la recommencent souvent , et chaque fois avec un ton plus pénétré , ils cherchent en quelque sorte à faire parvenir leurs voix jusqu'à l'Être dont ils implorent la clémence : tous les signes des passions qui les agitent, de l'effroi , de la vive inquiétude . de la désolation, se mêlent aux sons qu'ils profèrent, et qu'ils soutiennent avec effort.

Lacépède, Poétique de la musique.

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