LE CURE DE CAMPAGNE
Le pasteur, sur lequel la politique peut-être ne daigne pas abaisser ses regards , ce ministre relégué dans la poussière et l'obscurité des campagnes, voilà l'homme de Dieu qui les éclaire, et l'homme d'État qui les calme. Simple comme eux, pauvre avec etix, parce que son nécessaire même devient leur patrimoine, il les élève au-dessus de l'empire du teins, pour ne leur laisser ni le désir de ses trompeuses promesses, ni le regret de ses fragiles félicités. A sa voix, d'autres deux, d'autres trésors s'ouvrent pour eux; à sa voix, ils courent en foule
aux pieds de ce Dieu, qui compte leurs larmes, ce Dieu, leur éternel héritage, qui doit les venger de cette exhérédation civile à laquelle une Providence qu'on leur apprend à bénir les a dévoués. Les subsides , les impôts , les lois fiscales , les éléments même, fatiguent leur triste existence; dociles à cette voix paternelle qui les rassemble, qui les ranime, ils tolèrent, ils portent, ils oublient tout. Je ne sais quelle onction puissante s'échappe de nos tabernacles ; le sentiment toujours actif de cette autre vie qui nous attend, adoucit dans les pauvres toute l'amertume de la vie présente. Ah! la foi n'a point de
; malheureux: ces mystères de miséricorde dont on les environne, ces figures, le traité de protection et de paix, qui se renouvelle, dans la prière publique,
; entre le ciel et la terre, tout les remue, tout les
i attendrit dans nos temples ; ils gémissent , mais ils espèrent, et ils en sortent consolés.
Ce n'est pas tout: garant des promesses divines, ce pasteur, cet ange tutélaire les réalise, en quelque sorte, dès cette vie, par les secours, par les soins les plus généreux, les plus constants: je dis les soins; et peut-être, hommes superbes, n'avezvous jamais compris la force et l'étendue de cette expression ! Peignez-vous les ravages d'un mal épidémique, ou plutôt placez-vous dans ces cabanes infectes, habitées par la mort seule, incertaine sur le choix de ses victimes : hélas! l'objet le moins affreux qui frappe vos regards est le mourant lui-même; épouse, enfants, tout ce qui l'environne semble être sorti du cercueil pour y rentrer pêle-mêle avec lui. Si l'horreur du dernier moment est si pénétrante au milieu des pompes de la vanité, sous le dais de l'opulence, qui couvre encore de son faste l'orgueil-
j leuse proie que la mort lui arrache, quelle impression doit-elle produire dans des lieux où toutes les misères et toutes les horreurs sont rassemblées ! Voilà ce que bravent le zèle et le courage pastoral. La nature, l'amitié, les ressources de l'art, le ministre de la religion seul remplace tout ; seul au mi-
lieu des gémissements et des pleurs, livré lui-même à l'activité du poison qui dévore tout à ses yeux, il l'affaiblit, il le détourne; ce qu'il ne peut sauver, il le console, il le porte jusque dans le sein de Dieu; nuls témoins, nuls spectateurs, rien ne le soutient; ni la gloire, ni le préjugé, ni l'amour de la renommée, ces grandes faiblesses de la nature, auxquelles on doit tant de vertus; son âme, ses principes, le Ciel qui l'observe, voilà sa force et sa récompense. Le monde, cet ingrat qu'il faut plaindre et servir, ne le connaît pas: s'occupe-t-il, hélas ! d'un citoyen utile, qui n'a d'autre mérite que celui de vivre dans l'habitude d'un héroïsme ignoré? L'abbé de Boismont. Sermon pour rétablissement d'un hôpital ecclésiastique et militaire,