‹ Leçons de littérature françaiseChapitre 67 sur 187 · L'AVARICE · texte numérisé non relu

L'AVARICE

L'avare n'amasse que pour amasser; ce n'est pas pour fournir à ses besoins, il se les refuse; son argent lui est plus précieux que sa santé , que sa vie, que lui-même; toutes ses actions, toutes ses vues., toutes ses affections ne se rapportent qu'à cet indigne objet. Personne ne s'y trompe, et il ne prend aucun soin de dérober aux yeux du public le misérable penchant dont il est possédé; car, tel est le caractère de cette honteuse passion, de se manifester de tous les côtés, de ne faire au dehors aucune démarche qui ne soit marquée de ce maudit caractère, et de n'être un mystère, que pour celui seul qui en est possédé. Toutes les autres passions sauvent du moins les apparences ; on les cache aux yeux du public: une imprudence peut quelquefois les dévoiler, mais le coupable cherche , autant qu'il est en soi , les ténèbres. Mais, pour la passion de l'avarice, l'avare ne se la cache qu'à lui-même: loin de prendre des précautions pour la dérober aux yeux du public, tout l'annonce en lui. tout la montre à découvert, il la porte écrite dans son langage, dans ses actions, dans toute sa conduite, et, pour ainsi dire , sur son front.

L'âge et les réflexions guérissent d'ordinaire les autres passions \ au lieu que l'avarice semble se ranimer et reprendre de nouvelles forces dans la vieillesse. Plus on avance vers ce moment fatal, où tout cet amas sordide doit disparaître et nous être enlevé, plus on s'y attache; plus la mort approche, plus on couve des yeux son misérable trésor, plus on le regarde comme une précaution nécessaire pour un ^venir chimérique. Ainsi l'âge rajeunit, pour ainsi dire^ cette indigne passion ; les années, les maladies, les réflexions, tout l'enfonce plus profondément dans rame ; elle se nourrit et s'enflamme par les remèdes mêmes qui guérissent et éteignent toutes les autres.

On a vu des hommes, dans une décrépitude où à peine leur restait-il assez de force pour soutenir un cadavre tout près de retomber en poussière, ne conserver, dans la défaillance totale des facultés de leur âme, un reste de sensibilité, et, pour ainsi dire, de signe de vie , que pour cette indigne passion ; elle seule se soutenir, se ranimer sur les débris de tout le reste; le dernier soupir être encore pour elle; les inquiétudes des derniers moments la regarder encore ; et l'infortuné qui meurt, jeter encore des regards mourants qui vont s'éteindre, sur un argent, que la mort lui arrache, mais dont elle n'a pu arracher l'amour de son cœur.

Massillon.

rAMBITrEUX.

Quelle idée vous formez vous d'un ambitieux préoccupé du désir de se faire grand? Si je vous disais que c'est un homme ennemi par profession de tous les autres hommes (j'entends de tous ceux avec qui il peut avoir quelque rapport d'intérêt), un homme à qui la prospérité d'autrui est un supplice ; qui ne peut voir le mérite , en quelque sujet qu'il se rencontre , sans le haïr et sans le combattre, qui n'a ni foi, ni sincérité; toujours prêt, dans la concurrence, à trahir l'un, à supplanter l'autre, à décrier celui-ci, à perdre celui-là, pour peu qu'il espère d'en profiter; qui, de sa grandeur prétendue, de sa fortune, se fait une divinité à laquelle il n'y a ni amitié, ni reconnaissance, ni considération, ni devoir qu'il ne sacrifie , ne manquant pas de tours et de déguisements spécieux pour le faire même honnêtement selon le inonde ; en un mot , qui n'aime personne et que personne ne peut aimer. Si je vous le figurais de la sorte, ne diriez -vous pas que c'est un monstre dans la société, dont je vous aurais fait la peinture? et cependant, pour peu que vous fassiez de réflexions sur ce qui se passe tous les jours

DÉFÎHITIONS. 125

au milieu de vous , n'avouerez -vous pas que ce sont là les véritables traits de l'ambition, tandis qu'elle est encore aspirante , et dans la poursuite d'une fin qu'elle se propose?

ROURDALOUE.

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