LA FAUSSE ET LA VÉRITABLE ÉRUDITION
Nous savons qu'il est une science peu digne des efforts de l'esprit humain; ou plutôt il est des savants peu estimables, de qui le bon sens paraît comme accablé sous le poids d'une fatigante érudition. L'art, qui ne doit qu'aider la nature, l'étouffé chez eux, et la rend impuissante. On dirait qu'en apprenant les pensées des autres, ils se soient condamnés eux-mêmes à ne plus penser, et que la science leur ait fait perdre l'usage de la raison. Chargés de richesses superflues, souvent le nécessaire leur manque ; ils savent tout ce qu'il faut ignorer, et ils n'ignorent que ce qu'ils devraient savoir.
A Dieu ne plaise qu'une telle science devienne jamais l'objet de nos veilles ! Mais ne cherchons point aussi à faire, des défauts de quelques savants, le crime de la science même.
Il est une culture savante, il est un art ingénieux
qui , loin d'étouffer la nature et de la rendre stérile, augmente ses forces et lui donne une heureuse fécondité; une doctrine judicieuse, moins attentive à nous tracer l'histoire des pensées d'autrui, qu'à nous apprendre à bien penser, qui nous met, pour ainsi dire., dans la pleine possession de notre raison, et qui semble nous la donner une seconde fois, en nous apprenant à nous en servir; enfin, une science d'usage et de société, qui n'amasse que pour répandre, et qui n'acquiert que pour donner. Profonde sans obscurité , riche sans confusion, vaste sans incertitude, elle éclaire les intelligences, elle étend les bornes de notre esprit, elle fixe et assure nos jugements.
DWguesseau. Nécessité de la science.