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LES CRITIQUES

parcelle irréductible de la personnalité humaine. La race, le milieu, le moment déterminent seuls, selon eux, les lois de l'espèce et de l'individu ; l'homme tel qu'il est, et dans tout ce qu'il fait, n'est qu'une résultante fatale des circonstances : il n'est ni hbre ni responsable. Mais comment démontrer à l'homme, s'il se sent libre, qu'il ne l'est pas; s'il se croit responsable, qu'il a tort de le croire? La fatalité n'est qu'une hypothèse, impossible à prouver, et qui ne prévaut pas contre la conscience.

Cette analyse exacte et obstinée, qui prétend appliquer à l'honune les mêmes procédés d'investigation qu'à la nature, animale ou inanimée, recèle un grand danger moral, et même littéraire. A force de démonter les ressorts de l'àme avec une habileté si spécieuse, l'analyse tend de plus en plus à expUquer l'homme comme un mécanismie un peu plus compliqué que la plante; mais analogue, et soumis pareillement à des influences fatales. Ce n'est pas le lieu de montrer le péril que cette grande erreur ferait courir à la société, si elle pénétrait un jour dans la majorité des esprits. Mais déjà inculquée à la littérature, elle y est un germe de faiblesse et de mort. Si nous arrivions à croire que nous faisons des poèmes comme les abeilles font leur miel, nos poèmes ne nous intéresseraient pas longtemps; l'homme n'est vraiment touché de son œuvre qu'autant qu'il la croit libre ; et qu'il sent quelque chose en lui qui échappe aux circonstances. C'est la littérature moderne, bien plus que la philosophie, qui est responsable des progrès du déterminisme ; mais, comme pour la punir , le déterminisme étouffera la littérature, si l'âge prochain, par une réaction salutaire, qu'on peut entrevoir et espérer, ne restitue à l'âme humaine la foi dans sa liberté ^

1. Les principaux critiques (depuis 1850) sont M. Taine (voir cidessus, p. 27G, noie 1); — M. Ernest Ilcnan, iiô ii Tréguicr en 18:!ô;

XIX ^ILCLC, LES CO:CTLlll-OB.%l>é.

L>t'€e tn>p pr^iimer de notre époque et s'y cooiplaire à ïexdr> qup d'exprimer cet espoir : la littérature du iiiècle qui «^'achève excitera dans l'â^ futur, sinoD une admiration sans ré^e^ve, au moins un intérêt très Tif et une curiosité durable?

Il est vrai que nous ne parions plus, nous n*écriTons pas davantage la belle langue classique du xtii* siècle; et notre idiome tend certainement à se déformer par l'abus du néologisme scimtiûque, et par Tinvasion de beaucoup de mots étrangers. Mais n*esl-il pas vrai, en revanche, que les origines de la langue, sa formation, son histoire sont mieux connues, mieux expliquées tous les jours, et n'est-ce pas une heureuse conquête que d'avoir arraché l'œuvre artistique et littéraire de notre moyen âge à l'oubli, au dédain, dans lequel les deux derniers siècles l'avaient comme ensevelie?

Notre époque ne fait plus aux lettres pures autant d'honneur qu'elles en ont obtenu dans d'autres temps, qui furent leur âge d'or. La tournure générale des intelligences devient de plus en plus scientifique et pratique. La \'ulgarisation des sciences occupe l'activité de beaucoup de bons esprits et suffit à remplir les rares loisirs d'une foule de lecteurs. Le journalisme, de moins en moins littéraire, fait tort au livre. L'apparition d'un écrit purement littéraire n'est plus jamais un grand événement, conmie il arrivait jadis; des querelles littéraires, comme celles des anciens et des modernes à la fin du xvii<^ siècle, celle des classiques et des romantiques sous la Restauration, ne seraient plus possibles aujourd'hui ou laisseraient tout le monde indifférent.

— M. Ferdinand Brunetiére ; — M. Francisque Sarcey, qui s'est acquis une autorité particulière dans la critique tliéâtrale ; — M. Gaston Boissicr (éludes sur la littérature et l'archéologie romaine); — Saint- René Taillandier (1817-1879) et M. Alfred Mézières (études sur la littérature anglaise et allemande); etc., etc.

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