À. LOIS DES TERMES
I 1. Trois termes sont exigés : le grand, le petit et le moyen terme.
II 2. Les termes, dans la conclusion, ne doivent pas
avoir une extension plus grande que dans ” prémisses.
IIT 3. Le moyen terme ne doit jamais être dans la conclusion.
IV 4. Le moyen terme doit être universel, au moins une fois.
B. Lors DES PROPOSITIONS :
V 1. Si les deux prémisses sont négatives, pas de conclusion possible.
VI 2. De deux prémisses afirmatives on ne peut pas déduire une conclusion négative.
VII 3. On ne peut rien conclure de deux prémisses particulières.
VIIE 4. La conclusion suit LtoujoursEla partie la plus faible.
82. Première loi des termes : Trois termes sont exigés : le grand, le petit et le moyen terme. — Cette loi est basée sur l'essence même du syllogisme. Celui-ci, en effet, consiste dans la comparaison de deux termes, appelés extrêmes, avec un troisième nommé moyen terme. Donc, s’il y a plus ou moins que trois termes, la comparaison ne se fait point, et partant, il n’y a pas de syllogisme possible, — Notons que les termes doivent être trois quant au sens. Il se peut rencontrer, parfois, quatre termes dont deux ont le même sens. Alors la loi est observée. É
Ex. :
Bossuet est un grand orateur, Or Bossuet est un mot de trois syllabes, Donc un mot de trois syllabes est un grand orateur.
Dans ce syllogisme, quant aux mots, il y a trois termes, mais, quant au sens, il y en a quatre, puisque Bossuet orateur, et Bossuet, mot de trois syllabes, ce sont deux Bossuet distincts.
Le pape est partout respecté, celui qui est partout respecté a bonne réputation, Donc le chef de l’ Eglise a bonne réputation.
Quant aux mots, ce syllogisme possède quatre termes; quant au sens, il n’en a que trois, parce que pape et chef de l’Église ont la même signification.
83. Deuxième loi des termes : Les termes, dans la conclusion, ne doivent pas avoir une extension plus grande que dans les prémisses. — La conclusion donne le résultat de la comparaison faite dans les prémisses entre le petit, le grand et le moyen terme. Si le petit et le grand terme conviennent au moyen
tal An
terme dans les prémisses, ils doivent convenir entre eux dans la conclusion ; si l’un ne convient pas au moyen terme dans les prémisses, ils ne peuvent convenir entre eux dans la conclusion. Il faut donc que ce soient exactement les mêmes termes dans la conclusion. Autrement, la conclusion ne serait pas le résultat de la comparaison.
Ex. :
Tout prêtre a le pouvoir d’absoudre les péchés, Or tout prêtre est homme, Donc tout homme a le pouvoir d’absoudre les péchés.
Dans les prémisses, parçe que attribut d’une proposition affirmative, homme est un terme particulier — en effet — tout prêtre est quelque homme. Dans la
conclusion, parce qu’affecté du terme fout, homme est “universel. Par conséquent, ayant une extension particulière dans la mineure, et une extension universelle dans la conclusion, le terme homme n’est plus exactement le même. Aussi bien ce syllogisme est-il faux.
84. Troisième loi des termes : Le moyen terme ne doit jamais être dans la conclusion. — La conclusion énonce que le petit et le grand terme conviennent ou ne conviennent pas entre eux suivant que tous deux ou l’un d’eux conviennent ou ne conviennent pas, dans les prémisses, au moyen terme. La comparaison se fait donc dans les deux premières proportions. Et le moyen terme n’est exigé .que pour la comparaison. S'il se rencontre dans la conclusion, il n’est donc pas à sa place:
Ex. :
La Mère Marie de l’Incarnation fut une grande sainte,
Or la Mère Marie de l’Incarnation a été la Première supérieure des Ursulines de Québec,
Donc la première supérieure des Ursulines de Québec a été une grande sainte — et la Mère Marie de l’Incarnation. La « Mère Marie de l’Incarnation » est le moyen terme de ce syllogisme, Ce terme est de trop dans la conclusion.
85. Quatrième loi des termes : Le moyen terme doit être universel au moins u e fois. — Le moyen terme est répété deux fois dans les prémisses. Supposons qu’il soit Particulier les deux fois ; dans ce Cas On aura quatre termes quant au sens. Le particulier est une fraction de l’universel, et deux fractions de l’universel sont différentes et constituent deux termes complètement distincts. :
Ex. :
Tout péché est mauvais, Or Jean est mauvais, Donc Jean est péché,
Mauvais, parce que attribut de propositions affirmatives est deux fois particulier. Aussi mauvais péché, et mauvais Jean, ce sont deux termes tout à fait distincts. Et ce syllogisme, pour n’avoir que trois termes quant aux mots, en a réellement quatre, quant au sens. — Cette loi n’affecte pas le moyen terme suigulier, Un terme singulier, logiquement, équivaut à un terme universel.
86. Première loi des propositions : Si les deux prémisses sont négatives, pas de conclusion possible. — La conclusion est le résultat de la comparaison faite dans les premisses. Si les deux extrêmes conviennent au moyen terme, la conclusion sera afirmative. Si l’un des extrêmes ne convient pas au moyen terme, le petit et le grand terme ne conviendront pas entre eux dans la conclusion, et celle-ci sera négative. Il ne peut pas donc pas y avoir de conclusion, lorsque les deux extrêmes ne conviennent pas au moyen terme, par ce que, dans ce cas, il n’y a pas eu de comparaison. Et les deux prémisses sont négatives précisément lorsque le grand et le petit terme ne conviennent pas au moyen terme.
Ex. :
L'homme n’est pas un minéral, Le minéral n’est pas un animal.
Donc...
Que conclure ? rien, c’est évident.
87. Deuxième loi des propositions : De deux prémisses affirmatives, on ne peut pas déduire une conclusion négative. — Cette loi est, pour ainsi parler, l'inverse de la précédente. Quand les deux prémisses sont affirmatives, les deux extrêmes (grand et petit terme) conviennent au troisième (moyen terme). C’est cette convenance qu’exprime la conclusion, et partant, elle doit être afirmative.
Le vice est détestable, Or la paresse est un vice Donc la paresse est détestable.
C’est la bonne conclusion. Et non pas celle-ci : Donc la paresse n’est pas détestable,
88. Troisième loi des propositions : On ne peut rien conclure de deux prémisses particulières. — Comme l'extension d’une proposition est la quantité même du sujet de cette Proposition, les propositions particulières ont donc toujours comme sujets des termes particuliers. — On peut supposer trois cas.
Premier cas. — Les deux prémisses particulières peuvent être négatives. Alors, en vertu de la première loi des propositions toute conclusion est impossible,
Deuxième cas. — Les deux prémisses particulières peuvent être affirmatives.
Ex. :
Quelques savants sont incroyants, Or quelques incroyants sont illetrés, Donc quelques savants sont illetrés.
La quatrième loi des termes n’est pas observée. Le moyen terme incroyants est pris dans deux sens différents. En réalité, ce syllogisme contient quatre termes — quant au sens.
Troisième cas. — Les deux prémisses particulières peuvent être, l’une affirmative, l’autre négative. Ex. :
Quelques étudiants sont Paresseux, Or quelques hommes ne sont Pas paresseux, Donc quelques étudiants ne sont pas hommes.
Dans ce syllogisme, la deuxième loi des termes n’est pas observée. Dans la conclusion, parce que attribut d'une proposition négative le terme homme,
LEŸONS DE LOGIQUE
est universel. Dans les pré:aisses, il est particulier. Ou encore :
Quelques étudiants ne sont pas hommes, Or quelques étudiants sont paresseux, Donc quelques paresseux ne sont pas hommes.
Ici la quatrième loi des termes n’est pas observée. Etudiants, moyen terme, est deux fois particulier,
89. Quatrième loi des propositions : La conclusion suit la partie la plus faible. — Si l’une des prémisses est négative la conclusion est négative : si l’une des prémisses est particulière, la conclusion est particulière. En effet, si l’une des prémisses est négafive, c’est parceque l’un des extrêmes ne convient pas au moyen terme. Et, la conclusion, nécessairement sera négative. Ex. :
Tous ceux qui offensent Dieu ne sont pas ordinairement heureux,
Or les pécheurs offensent Dieu,
Donc les pécheurs ne sont pas ordinairement heureux.
Cette conclusion est juste, évidemment.
Si l’une des prémisses est particulière, c’est parceque l’un des extrêmes ne convient qu’en partie, ou, partiellement, au moyen terme. C’est cette partie de l’extrême convenant au moyen terme qui sera exprimée dans la conclusion. Celle-ci sera donc particulière.
Ex. :
Quelques souverains ne sont pas aimés,
Or tous les souverains sont les représentants de l’autorité,
Donc tous les représentants de l'autorité ne sont pas aimés.
DIALECTIQUE a?
Cette conclusion est fausse. Il faut dire quelques représentants de l'autorité.
qui l’exhibe en précises, elle a moins de C'est ce qu’enseignent et qui avait soin d’ôter ures et les autres ornements de mieux « voir ce que la logique fait es, et ce que la rhétorique y ajoute ».
Selon Kant, « tous 1
est un raisonnement dont il faut se défier ».— En employant le syllogisme, l'esprit humain acquiert de la précision et de la Pénétration. « L’art syllogistique, écrit V. Cousin, est une escrime puissante, qui donne à l'esprit l’habitude et de la rigueur. C'est à cette mâle école que se sont formés nos pères, et il n’y a que de l'avantage à y retenir la jeunesse actuelle.» a)
91. Figures du syllogisme. — La figure d’un syllogisme est la Place successivement occupée par le moyen terme dans les prémisses.
92. Différentes espèces de figures. — Il y a trois figures du syllogisme, En effet le moyen terme peut Occuper frois places différentes dans la majeure et la mineure.
® Cfr. Lahr. ouv. cit. T. 1, pp. 432.433.
4ÿ LEÇONS DE LOGIQUE
93. Premiére figure du syllogisme. — Lorsque le moyen terme est sujet dans la majeure et attribut dans la mineure, le syllogisme appartient à la première figure. Ex. :
Toute science mérite le respect, Or la philosophie est une science, Donc la philosophie mérite le respect.
Dans ce syllogisme le moyen terme est science.
94. Deuxième figure du syllogisme.—Si le moyen terme est attribut et dans la majeure et dans la mine re, le syllogisme appartient à la deuxième figure. Ex.
Tout homme peut pécher, Or aucun ange ne peut pécher, Donc aucun ange n’est homme.
Dans cet exemple le moyen terme est peut pécher.
95. Troisième figure au syllogisme. — Quand le moyen terme est sujet et dans la majeure et dans la mineure, le syllogisme est appelé syllogisme de la troisième figure. Ex. :
Tous les papes ont été infaillibles, Or quelques papes furent des aliemands, Donc quelques allemands ont été infaillibles.
Ici le moyen terme est papes.
96. Modes du syllogisme. — Les modes du syllogisme sont les différentes combinaisons dont sont susceptibles les prémisses d’un syllogisme eu égard à leur quantité (universelle ou particulière) et à leur qualité (affirmative ou négative).