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Lois du syllogisme conditionnel

PREMIÈRE LOI. — Si l’on affirme la condition ou l’antécédent, il faut affirmer le conditionné ou le conséquent. Ex.:

Si vous êtes québecquois (condition), vous êtes canadien (conditionné).

Or, vous êtes québecquois, Donc vous êtes canadien.

La raison de cette loi est que, dans l'ordre logique, la condition est la cause nécessaire du conditionné ; à

son tour, le conditionné est l'effet inséparable de la condition.

DEUXIÈME Lot. — Si l’on affirme le conditionné, il ne s'ensuit pas qu'il faille affirmer la condition ou l'antécédent. Ex. :

Or vous êtes canadien (conditionné), Donc vous êtes québecquois \«ondition).

Il est évident que cetix conclusion est fausse. La raison de cette loi est que la condition n’est pas la cause unique du conditionné. Il est vrai, en effet, qu’ «être québecquois » est une des causes d’ « être canadien », mais non pas l'unique.

TROISIÈME LOI. — Si l’on nie le conditionné ou le conséquent, il faut nier la condition ou l'antécédent. Ex. :

Or vous n'êtes pas canadien (conditionné), Donc vous n'êtes pas québecquois (condition).

Le conditionné est l'effet inséparable de la condition qui en est la cause nécessaire. Donc, en niant l'effet on nie la cause qui en est inséparable.

QUATRIÈME LOI. — Si l’on nie la condition, il ne s'ensuit pas qu’il faille nier le conditionné. Ex. :

Or vous n'êtes pas québecquois (condition), Donc vous n'êtes pas canadien (conditionné).

Le conditionné ou le conséquent est faux. — La condition est une des causes, et non pas la cause unique du conditionné.

108. Lois du syllogisme disjonctif. — Le syllogisme disjonctif est celui dont la majeure ext une proposition disjonctire.

PREMIÈRE LOI. — La majeure disjonctive doit être com- Plète. La disjonctive incomplète peut être vraie ou fausse dans tous ses membres, et l’on ne pourr-:t conclure. Le syllogisme suivant manque à cette |.

Ou vous êtes canadien, ou vous êtes français, Or vous n'êtes pas canadien, Donc vous êtes français.

La majeure de ce syllogisme peut être fausse : Il y a bien des gens qui ne sont ni canadiens ni français. Elle peut être vraie : Beaucoup de gens sont canadiens et français. Pour conclure dans une disjonctive, il faut qu’au moins un membr: soit ou bien vrai ou bien faux.

DEUXIÈME LOI, — Si l’un des membres de la disjonc-

tive est affirmé ou nié, les autres membres doivent être niés ou afirmés. Si tous les membres moins un sont affirmés ou niés, ce membre unique doit-être nié ou affirmé.

Ex. : Les élèves de la classe A sont aussi studieux, où plus studieux, où moins studieux que les élèves de la classe B.

Or ils sont aussi studieux, Donc ils ne sont pas ou Plus, ou moins studieux.

Or ils ne sont pas aussi studieux, Donc ils sont ou plus, ou moins studieux.

Or ils sont ou plus ou moins studieux, Donc ils ne sont pas aussi studieux.

Or ils ne sont pas ou plus ou moins studieux, - Donc ils sont aussi studieux.

109, Lois du syllogisme conjonctif. — Le syllogisme conjonctif est celui dont la majeure est une proposition conjonctive, c’est-à-dire une proposition dont les membres sont incompatibles.

PREMIÈRE LOI. — L'affirmation de l’un des membres entraîne la négation de l’autre. Ex. :

On ne peut pas à la fois aimer Dieu et haïr son prochain,

Or X haït son prochain,

Donc X n'aime pas Dieu.

DEUXIÈME LOI. — La négation de l’un des membres entraîne l'affirmation de l’autre s’il y a opposition contradictoire entre les deux. Ex. :

On ne peut pas à la fois être catholique et baptiste, Or vous n'êtes pas catholique, Donc vous êtes baptiste.

Cette conclusion n’est pas légitime, parce que être catholique et être baptiste ne sont pas opposés contradictoirement. Tous les non-catholiques ne sont pas, pour cela des baptistes. Ils peuvent éfre des adeptes des autres cultes nombreux qui se partagent le monde.

Ex.: On ne peut être à la fois théiste et athée, Or vous n'êtes pas athée, Donc vous êtes théiste.

Cette conclusion est légitime, parce que, entre le théisme et l’athéisme, il y a opposition contradictoire.

110. Enthymène. — L’enthymène est un syllogisme dans lequel une des prémisses est sous-entendue. Ex. :

Tout fondateur de séminaires mérite de la patrie, Donc Mgr de Laval mérite de la patrie.

111. Epichérème, — L’épichérème est un syllogisme dont l’une des prémisses ou toutes les deux sont accompagnées de leur preuve. Ex. :

Ceux qui savent se vaincre sont heureux : la paix et le bonheur résultent des victoires que l’on remporte sur soimême, Or ceux qui sont fidèles à leurs devoirs savent se vaincre, Donc ils sont heureux. :

112. Sorite. — Le sorite est un syllogisme composé de plusieurs Propositions tellement liées entre elles que l’attribut de la Précédente devient le sujet de la suivante Pour arriver à une conclusion dont le sujet est celui de la Première proposition et l'attribut celui de la dernière Proposition. Ex. :

L'écolier studieux fait la consolation de ses maîtres,

Celui qui fait la consolation de ses maîtres est agréable Dieu,

Celui qui est agréable à Dieu est heureux,

Donc l’écolier studieux est heureux.

113. Polysyllogisme, — Le polysyllogisme est un argument composé de plusieurs syllogismes liés entre eux de manière que la conclusion du premier devienne l’antécédent du second. Ex. :

L'effort intellectuel est une condition du progrès dans les études,

Or beaucoup d'élèves ne font aucun effort intellectuel,

Donc beaucoup d'élèves ne Progressent pas dans les études,

Or ceux qui ne Progressent pas dans les études risquent de manquer leur avenir,

Donc beaucoup d’élèves risquent de manquer leur avenir.

114. Le dilemme. — Le dilemme est un argument dont la majeure est une proposition disjonctive à deux membres qui — l'un affirmé et l’autre nié dans la mineure — donnent toujours une conclusion opposée à l'adversaire réel ou imaginaire. Ex. :

Les rois, ou ils sont méchants, ou ils sont bons,

S'ils sont méchants, quels affreux tourments ils se préparent.

S’ils sont bons, quelles difficultés n’ont-ils pas à vaincre,

Les rois sont donc à plaindre.

Ce dilemme de Fénélon (Télémaque, Liv. VI) peut être opposé à ceux qui vantent le bonheur des têtes couronnées.

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