‹ Leçons de médecine légale (volume 2)Chapitre 6 sur 54 · LEÇONS · texte numérisé non relu

LEÇONS

DE

PREMIÊRlf TÆÇON.

On a désigné sous le nom de médecine politique , la science qui a pour objet l’applicatioii des principes de la médecine aux lois concernant la salubrité publique et l’administration de la justice. Cette science a été divisée en deux branches , la police médicale (médecine légale policiale , hygiène publique ) , et la médecine légale justiciale : la première embrasse tout ce qui tend à conserver la santé publique, à favoriser la vigueur de la population , à assurer l’existence et la liberté des citoyens ; l’examen de l’air, des eaux et des lieux , des comestibles , des boissons , des habitations , des prisons , des épidémies , des épizooties , des états des professions, etc. , appartient évidemment à cette partie de la médecine politique. La médecine légale justiciale , dont nous devons traiter ici exclusivement , s’occupe des causes portées devant les tribunaux et les cours de justice. Elle a ét# définie mal à propos, Vart de Jdire des rapports en justice, comme si l’examen approfondi des questions pour lesquelles on est con-

siilté , n’âppartenàit pas aussi bien à cette science , quë la rédaction des actes dans lesquels sont énoncées les opinions que fait naître cet examen. Suivant M. Fodéré et Mahon, la médecine légale est T art d’ appliquer les connaissances et les préceptes des diverses branches principales et accessoires de la médecine d la composition des lois £t aux diverses questions de droit , pour les éclaircir ou les interpréter cons>enablement, A cette définition , que l’on pourrait adopter sans inconvénient, nous en substituerons une autre, qui nous paraît plus exacte : la médécirie légale justiciale est Y ensemble spstématiqiiê dé toutes les connâissariçes physiques et médicales qui peuvent diriger les différens ordres de magistrats dans rapplication et dans la composition des lois. (^Prunelle, Discours prononcé à la Faculté de Montpellier, en i8i4*)

Est-il indifférent de désigner la médecine légale , avec quelques auteurs, sous les dénominations de. du barreau, de médecine des tribunaux^ et de jurisprudence médicale? On ne saurait répondre affirmativement à cette question, sans méconnaître le but de la science qui doit faire l’objet de ce cours ; en effet, ces dénominations 'sont vicieuses; la première et la seconde parce qu’elles semblent enlever à la médecine légale toutes les questions, qui sont de la compétence de l’administration civile et des autorités militaire et ecclésiastique ; tandis que la dernière n’exprime qu’une branche de \&. jurisprudence proprement dite , savoir: la partie qui a pour objet la collection des lois , dont le magistrat ne pourrait faire une application rigoureuse, sans l’avis des gens de l’art.

Nous Wâmerons également les dénominations de médecin légiste , d’eæpert^ etc. ^ qne l’on donne journellement aux médecins appelés à résoudre des pro-, blêmes de médecine légale. - Pourquoi leur accorder d’autre titre que celui de médecin, puisque, comme les praticiens , ils se bornent à faire l’application des connaissances médicales à des cas particuliers? L’épiiéakxe. légiste ne leur conviendrait qu’autant qu’ils concourraient à la formation de nouvelles lois, ou à la révision de celles qui sont en vigueur : dans tout autre cas elle est évidemment inutile et déplacée.

La débnition que nous avons donnée de la médecine légale, nous dispense de faire connaître en détail quelles sont les sciences dont l’étude doit avoir précédé celle qui va nous occuper ; toutes les connaissances physiques et médicales, avons -nous dit, pourront être mises à contribution, et l’on ne tardera pas à s’apércevoir qu’il ne s’agit pas simplement de notions superficielles sur chacune de ces sciences, mais bien des détails les plus minutieux, et par conséquent les plus difficiles. Est-il question de donner son avis sur une hémorragie qui a été promptement mortelle, il faudra désigner au juste la branche ou le -raineau de 1 artère qui ont été ouverts. Cherche-t-on à connaître la cause dé la paralysie d’un ou de plusieurs muscles à la suite de la piqûre d’un nerf , le nom de celui-ci devra être soigneusement indiqué. S’agit-il d’un emppisonuement par une substance minérale, les recherches ne seront complètes qu’autant que l’on aura déterminé, par des expériences souvent délicates , que le poison existe ou n’existe pas dans les alimens ou

tîàns les boissons (iont on avait fait nsage, dans les matières vomies ou dans Tes tissus du canal digestif.

. Il suffit de réfléchir un instant sur la variété -des questions qui sont du ressort de la médecine légale, pour s’apercevoir combien il est difficile d’établir une classification féellénaent utile 5 lés faits dont se compose cette science sont tellement disparates , qu’il n’est' guère possible de les rapprocher pour chercher à former des sections! et encore moins des classes ; aussi les auteurs classiques de médecine légale ont-ils suivi, dans l’exposition dés 'matières, des routes différentes dont il suffit d’avoir une idée générale , et que nous nous garderons bien de faire connaître en jdétail. M. Fo~ déré, par exemple, divise la médecine légale en deux parties: là première qu’il appelle comprend la

médecine légale applicable au civil, au criminel et à la police dé santé; la' seconde a pour objet la médecine légale / plusieurs chapitres , composés

de séctions, fôrmént la matière de chacune de ces parties. Wîahon , sans admettre de division préalable , après avoir traité des généralités , parle de l’impuissance, du congrès, dèla castration, des hermaphrodites, de la défloration, du viol, de la sodomie, de la grosséssè, dés naissances tardives, du part illégitime, de l’avortement , dé l’état doütédk de l’esprit et du corps, delà dénaéhcè, des maladies simulées et dissimulées, des blessures, dé la mort, de rempoisonneraent , de l’infanticide, des noyés, des pendus, et des rapports. M. Prunelle établit quatre sections : la première, sous le titre (^examen des corps -divans, renferme : loThistoire des âges et de leurs privilèges ; 2° la détermina-

tion des sexes, l’hermaphroditisme j 3° la virginité et la défloration, le viol dans l’un et dans l’autre sexe ^ 4° l’impuissance'conjugale ; 5® la grossesse simulée ou dissimulée , raccouchement , les naissances prématurées et les naissances^ tardives, la supposition de part J la viabilité des enfans , la superfétation , les monstres; 6° les maladies douteuses-, les maladies feintes, les maladies dissimulées, les maladies imputées, les exoines ecclésiastiques, civiles et militaires; 7° l’état des facultés morales ; 8° les blessures et leur gravité respective. seconde section a pour objet V examen des cadavres , et contient : 1° la mort par blessures; a® la mort par suffocation ; 3« la mort par suicide; 4® la mort par empoisonnement; 5° l’avorter ment , l’infanticide. La section est relative à

V examen des corps qui riont point eu xie, tels que les substances qui peuvent être administrées dans une intention criminelle, les corps vulnérans, et les boissons frelatées. On trouve enfin dans la quatrième section tout ce qui concerne Y exercice de la médecine, comme le salaire dû aux gens de l’art, et les fautes qu’ils peuvent commettre. (Discours déjà cité page 54.)

Adoptant, sous ce rapport, les idées de Mahon, qui décrit les objets sans les classer, nous attacherons fort peu d’importance à faire ressortir les avantages et les vices des distributions précédentes ; tous nos efforts seront dirigés vers la solution complète des diverses questions, quelle que soit la place qu’elles occupent dans ce cours.

\oici la marche que nous nous proposons de suivre. Après avoir indiqué d’une manière générale les règles

qui doivent servir de base à la rédaction des rapports, des certificats et des consultations médico-légales, ainsi que les parties qui cD.m,poseîit chacun de ces actes, nous traiterons successivement des âges dans les diverses périodes de la vie, de l’identité, de la défloration, du. viol, du mariage, de la grossesse, de l’accouchement, des naissances tardives et précoces, de la superfétation , de l’infanticide, de l’avortement, dé l’e:?;position , de la substitution, de la supression et de la supposition de part j de la viabilité du fœtus, de la' patermté et de la maternité, des maladies simulées, dissimulées, imputées, des qualités intellectuelles et morales, dé la mort, de la survie, de l’asphyxie, des blessures, ^t de l’empoisonnement.

Nous n’imiterons point les auteurs qui, avant d’entrer en matière, ont cru devoir faire l’histoire de la médecine légale, depuis son origine jusqu’à nos jours. Ce sujet, beaucoup trop vaste pour pouvoir être simplement esquissé , sera sans doute approfondi par le professeur de cette faculté chargé de l’histoire de la médecine ; d’ailleurs ne peut-on pas établir d’une manière générale , que les progrès qu’a faits la médecine légale sont le résultat des découvertes qui ont enrichi toutes les sciences physiques et médicales, et que dès lors l’historique appartient à celles-ci plutôt qu’à la science dont nous nous occupons i* Si l’on parvient aujourd’hui à résoudre beaucoup mieux qu’on ne le faisait autrefois les questions médico-légales relatives à l’empoisonnement, à l’infanticide, aux blessures, aux maladies simulées,. etc. ,qela ne tient-il pas évidemment à ce que la chimie, la physique, l’histoire naturelle,

i anatomie et la pathologie ont été perfectionnées et étudiées sous des ra,pports sous lesquels elles n’avaient pas encore été envisagées ?,(i)

jjaror/ire alphabétique des ouvrages ou dés mémoires ^sur la rnédecino légale en général, 'ou sur quelques points de cette science. ' ^ c.c ■ -

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de funiculi umbilicalis neglecta àlligâtione ; Halæ, 1731. ~ Paré ( OEuvres d’ ) ; sur plusieurs sujets. — Amr-

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DEUXIEME EEGOm

Des Rapports^ Certificats et des Consultations médico-légales.

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( lO )

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d'un, ou de deux officiers de santé , qui feront leur rapport iur les causes de la mort et sur l’état du cadaVre.

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( ra } .

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: probe; ■SN^^T^,^ Schoepffer , de Pulmonum ihfantis natante - Il^t;, 1705. , An umbilici deligatio in nupernâtil

absolute necessaria ? Halæ , 1733. -- , Medici-

nisclie - gericbtlicbè beobachtungén ; Strasb., 1 789.— ^’criéonius, de Sagarum natura et pptêstate ; Helmst., i584 — Sebiz , d^ uotis virginitatis ; Argent. , i63o. — Af. , Examen yulnerum prout letHalia sunt, etc. ; Argentor. , i638. Senac , sur la Submersion : Uùt. de rjead. royale desScien- ^ - . Pincei, Opusc. Pbys. tractans notas în-

tegritatis et corruplionis vifginum ; Paris, Sihora

Conspeçtukmedîcinæ legalis; Pragæ, 1780. Smith, sertation sur l’usage et l’abus des caustiques ; Paris , i8 i 5.

. Expérimenta circa yària venena; Goettingue, 1753.

— - Sprengel, Medicina forènsîs ; Mediolani ,1817 ~ ^Stàhl

^ de vulnerum letbalitate ; Halæ, i7o3.--6teW, de Venenia

termmatis et temporaneis ; Viteb., i73o.^ .SmZ/, sur les blessures. Fbjr. Ratio medendi, t. 6. Quædam ad Med. forens pertinentia.— de fide et legalitate medici in inyestiganda yulnerum letbalitate ; Erf. , 1735: —

aura dressé procès verbal de l’état du cadavre , et des circonstances y relatives, ainsi que des renseignemens qu’il aura •

Tract, de respiratione et usu pulmonum; Lugd., Bat., 1677,

Tagereau , Discours sur l’impuissance de l’homme , etc. ; Paris , i6t i.— Tartrat , de l’Empoisonnement par l’acide nitrique ; Paris , an x. — Teichmeyer'i y '\Tist\.ta.\iorxes medicinæ legalis; lenæ , 1722. — Tessier^ Mémoires sur les naissances tardives ; Académie des Sciences. — Thruston , de Respirationis usu primario. — Traité, Instituzione di medicina foreuse; Vicenza, i8og. — Traité complet de médecine légale, à l’usage des législateurs, des jurisconsultes et des médecins; Leipsick, 1821. — Troppaneger , Decisiones medico forenses; Dresden, 1783.

Vden, Magazin fiir die gerichtlichen arzneykunde und medicinisch^Polizey ; Stendal, 1782-84.

Pandectæ medico legales; Francof., x'jox.Idem, Novellæ medico legales; Francof., t’-jxx. Idem , Corpus juris medico legale, 1722. — Van Hoorn , Forta bref om siunkande och drifwande lungen; Holm. , 1718. — V arnier , sur la submersion : Mém, de la Société roy. de méd., 177g.; — Vater, de Signis infanticidii ; Vit., 1722. — - Verdier, Essai sur la jurisprudence de la médecine ; Alençon, 1763. — , Histoire des plantes vénéneuses de la Suisse; Yverdon, 1 776. — Vicq-d’ Azyr, Essai sur le danger des sépultures; Paris, x']']^. — Vierius , de prestigiis dæmonum et incantationibus; Basil., i568. — Vigné , De la médecine légale. — Vogel, de Partu scrqtino, valde dubio ; Gott. , 1764.

TVagner, de Signis veneno interfectorum : B.egiom, 1707. ^ — fValdschmidii,'E.T^'hemev. medic. , physic. , natural., cur. , ann. 1687 : sur la Submersion.-^ — TValter, sur la Submersion. Nouv. Mém. de l’ Acad. roy. des sc. et belles-lettres de Berlin; 1782. — Wélschii, Rationale vulnerum lethalium judicium; 1660. — fVepfer, de Cicuta aquatica ; 1716. — TVesterhoJf , deCadavere auctoritate publica lustrando; Eugd. Bat., 1738.

pu. recueillir sur les prénoms , nom , âge , profession , liea de naissance , et domicile de la personne décédée. ( Code civil, art. 8i.) (i)

Tout individu atteint d’une infirmité grave et dûment justifiée , est dispensé de la tutelle. Il pourra même s’en faire décliarger, si cette infirmité est survenue depuis sa nomination. ( Code civil, art. 484. )

Tout juré qui ne se sera pas rendu à son poste sur la citation qui lui aura été notifiée , sera condamné , par la cour d assises , à une amende. ( Code d’instr. crim. , art. 896. )

— fVildherg.^ Handbucîi der gericlitl , Arzney Wissenschaft,

Manuel de médecine légale , in-8° ; Berlin, 1812. Wins^

lo(v. Dissert., an mortis incerta signa, etc.; Paris, 1740. — Wolfart, Tract, de infanticidio doloso ; Francof. , 1750.

Questlones medicp legales; Franc., 1688 , in-fol.

— Zelleri, De vitahumana et fune pendente; Tub., 1692.

Zittjnanni , Medieina, forensis; Francof. ,17 06.’’

Nous pourrions ajouter encore plusieurs autres ouvrages ayant des rapports avec quelques-iiiies des branches, de la médecine légale ; mais nous préférons renvoyer le lecteur aux traitas de Baldinger , et surtout de où il trouvera

1 indication détaillée de tout ce quia été écrit d’important sur cette science.

(i) On remarquera sans doute que le titre de docteur est exigé dans cet article, tandis que l’art. 44 du Code d’instruction criminelle autorise les officiers de santé à faire des rapports. I! est probable que sous ce dernier titre , le législateur a voulu seulement designer les docteurs en médecine et en chirurgie. Il n’est pas fait mention non plus dans l’art. 81 du Code civil, de la prestation du serment, exigée par l’article 44 du Code d’instruction criminelle apparemment qu’on l’a jugée inutile, dès que le rapporteur est oblige de répéter de vive voix dans la séance où la cause est jugée les faits et les conclusions consignés dans le rapport, et qu’alors U est tenu de prêter serment.

'‘Sfetoift exceptes , ceux qui justifieront qu’ils étaient dans ^l’impossibilité de se rendre au jour indiqué. {Ibid., art. 397. )

Toute personne citée polir ntre entendue en témoignage , sera tenue de cdmparàitre, ét de satisfaire à la citation, etc. {Ibid., art. 80.)

JLe témoin, ainsi condamné à l’amende sur le premier défaut , et qui, sur la seconde citation , produira devant le juge d’instruction , des excuses légitimes, pourra , sur les conclusions du procureur du roi , être déchargé de l’amende. {Ibid., art. 81. )

Si le justifie qu’il n’a pu se présenter au jour in¬

diqué , le juge-commissaire le déchargera , après sa déposition , de l’amende et des frais de réassignation. ( Code de procédure civile , art. â65.)

Si le témoin auprès duquel le juge se sera transporté , n’était pas dans l’impossibilité de comparaître sur la citation qui lui aurait été donnée , le juge décernera un mandat de dépôt contre le témoin et V officier de santé qui aura délivré le certificat. (Code d’instruct. criminelle, art. 86.)

Tout médecin , chirurgien , ou autre officier de santé qui , pour favoriser quelqu’un , certifiera faussement des maladies ou infirmités propres à dispenser d’un service public , sera pimi d’un emprisoimement de deux à cinq ans. S’il y a été mu par dons ou promesses , il sera puni du bannissement, tes corrupteurs seront, en ce cas, punis de la même peine. (Code pénal, art. 160.)

Des Rapports.

On donne le nom de rapport (relation, récit d’une chose) à un acte dressé par ordre de l’autorité, renfermant l’exposition d’un ou de plusieurs faits , et les conclusions qui en découlent. Au lieu de distinguer comme autrefois des rapports dénonciatifs , provisoires

■et mixtes y on admet aujourd’hui des rapports judiciaires, administratifs et d’estimation. Ces dénominations , qui n’ont pas besoin de commentaire, expliquent parfaitement l’objet de chacun de ces actes. Il ne sera pas inutile, avant de les examiner en particulier, d’établir un certain nombre de préceptes que les gens de Fart ne devraient jamais perdre de vue,

I Le premier devoir du médecin, dit Devaux, est de faire les rapports dans un esprit d’équité et d’intégrité qui soit à toute épreuve, de manière qu’elles ne puissent être ébranlées par les offres les plus avantageuses, ni séduites par les prières de ses proches, et qu’elles le rendent sourd et insensible aux instances de ^s amis, aux sollicitations des personnes puissantes, et de tous ceux à qui il est redevable des bienfaits les plus insignes. Il devrait être juge indépendant de ses travaux judiciaires et ne pas avoir la faculté de prodiguer d’autres soins au plaignant que ceux qu’il serait absolument nécessaire de donner dans le premier moment d’une blessure, d’une maladie, etc. Une loi qui nxerait ainsi les attributions du rapporteur, offrirait des avantages que le docteur Biessy nous paraît avoir sufesamment appréciés : la justice et l’apcusé trouveramnt dansie médecin-rapporteur un homme désinté- ^sse, propre à les éclairer sur la marche du traitement et sur les causes accidentelles ou provoquées qui en prolongent la durée; et en supposant que la méthode curative employée fût l’objet delà censure de iWcusé, le rapport ne pourrait jamais être annulé; inconvénient grave que l’on ne pourrait pas éviter dans le cas «U la même personne serait chargée d’éclairer les ma-

( io ) '

g'istrats et de soigner les malades. {Biessj, Manuel pratique de la médecine légale, année 1821.}

2® On doit se transporter au lieu désigné par l’autorité, immédiatement après avoir été requis : en effet , qu’il s’agisse d’une blessure, d’un empoisonnement, de l’asphyxie par submersion, etc,, on court risque, en différant la visite de quelques heures seulement, de ne plus pouvoir constater le délit; on perd souvent les moyens d’établir l’identité d’un individu, parce que la putréfaction a exerc^de tels ravages, que les formes sont méconnaissables, etc.

8® La visite et la reconnaissance des lieux et des objets qui s’y trouvent ne doivent être faites qu’en présence du magistrat ou du commissaire délégué ; par ce moyen l’intention de la justice ne sera jamais trompée, et les faits qui auront été recueillis seront toujours exacts. Ne serait-il pas convenable, comme l’a proposé M. Chaussier, que le magistrat se fît accompagner par un médecin qui surveillerait en quelque sorte les opérations du rapporteur, et qui serait considéré comme un témoin aussi éclairé que possible ? Nous savons en effet que lorsqu’il s’agit d’ouvrir un cadavre, les agens de l’autorité se tiennent souvent à l’écart , et, quand même ils vaincraient la répugnance que fait naître la dissection ils sont trop étrangers à Tétude de l’anatomie et ‘d^Éjfcl chirurgie pour distinguer une section accidentelle faite par l’inattention de celui qui opère.

4° Le rapporteur ne peut se passer, dans beaucoup de circonstances, d’un ou de plusieurs aides; mais il aurait tort de leur confier exclusivement l’examen de l’individu sur lequel il doit pt^ouoncer; des recherches

aussi délicates He sauraient être livrées à des personnes peu versées dans l’étude de l’art ; celui qui signera le^ rapport a dû chercher et voir par lui- même ce qu’il dira avoir observé.

S S il s agit dé T examen d’un cadavre, on commencera par observer àttentivènàént lés vêteraèns et les matières qui l’enveloppent j sont-ils salis par du sang, par dés mucosités, par la matière d’un écoulement purulent ou syphilitique, par dé la boue, de la poussière, ou bien sont-ils déchirés, coupés , etc. : des renseignemens de cette nature ne peuvent être que fort utiles lorsque la mort est la suite d’une blessure j du viol , del’avortement, etc- Après avoir déshabillé le cadavre avec précaution, on tiendra compte dés taches de sang ou de tout autre fluide qui pourront s’observer à la surface du corps; onde lavera, et on cherchera à reconnaître rindividu par les moyens dont il sera fait mention à l’article identité. Toutes- les fois qu’une pérsonne a été trouvée morte , dit le docteur Biessy, et qu’on est parvenu a la reconnaître, on a bientôt découvert également lés circonstances précises de sa mort; et si celle-ei a été l’effet d’une cause criminelle, on est. promptement remonté jusqu’aux auteurs de ce crime. Avant de procéder à l’ouverture du corps, on s’assurera que la mort n’est pas apparente, mais bien réelle; il faudra même déterminer approximativement l’époque à laquelle 1 individu a cessé de vivre, en ayant égard à lalempérature du corps , à la rigidité ou à la flexibilité des membres, à l’état de putréfaction plus ou moins

avancé , etc. ( Mort. )

6° Si la personne est. vivante, après avoir fait sur

ïes vêtemens et les lieux les recherches dont il vient d’être parlé , on constatera rigoureusement l’état des organes extérieurs , la manière dont s’exercent les diverses fonctions, et on adressera à l’individu les questions que l’on croira les plus propres à découvrir la vérité : ces questions ne sauraient être indiquées d’une manière générale y parce qu’elles doivent varier dans un cas d’empoisonnement , de blessure , d’accouchement y de maladie simulée , etc. Il faudra toutefois être sur ses gardes pour ne pas être induit en erreur par des contorsions , des convulsions, des ecchymoses, des tumeurs et d’autres maladies feintes. Nous indiquerons , en parlant des règles de X examen médicolégal des blessures ^ une foule de particularités relatives à ce genre de lésion, et dont il sera nécessaire de tenir compte.

On s’attachera à découvrir le corps du délit : la présence d’une arme à feu ou de tout autre instrument piijuant ou contondant , de linges ensanglantés , de substances réputées abortives , de matières vénéneuses récelées dans une armoire ou dans lespoches de l’individu ; les liquides vomis ou rejetés par les selle|; l’existence d’un fœtus ou du délivre dans la chambre , dans les fosses d’aisance , etc. , sont autant d’objets sur lesquels il faut porter toute son attention, par les lumières qu’ils peuvent fournir, comme nous . l’établirons en traitant des blessures, de l’empoisonnement, de l’avortement, de l’infanticide, etc.. Mais on aurait tort de borner là les recherches : on devrà visiter soigneusement l’auteur présumé du crime,, joutes les fois qu’il y aura possibilité de le faire. Dans

certains cas; on trouvera sur lui ou dans son appar^ tement des substances vénéneuses de la même natureque celles qui ont occasioné- les accidens ; les vêtemens, les mains ou toute autre partie de la surface du corps de l’aggresseur soupçonné , seront peutêti’e teints de sang; on découvrira quelquefois qu’if est atteint d’unê maladie syphilitique , ce qui pourra, éclairer singulièrement dans une question de viol, etc.

8® On éloignera du lieu de la visite toutes les personnes qu’il n’est pas nécessaire d’y admettre. Le médecin et le chirurgien , dit Rose (Manuel d’autopsie cadavérique), regarderont comme une obligation sacrée , de ne parler , dans aucun cas, du résultat de leurs recherches à d’autres personnes qu’à celles, requises par la justice. L’indiscrétion qui en général est incompatible avec les devoirs et la dignité de l’art, de guérir, peut surtout compromettre la responsabilité du médecin; elle a même souvent donné lieu à; 1 impunité du crime et à la persécution de l’innocence.

9® Le rapport doit toujours être écrit en totalité ou. en grande partie sur le lieu même de la visite : en totalité, lorsque l’affaire n’est point compliquée et que les conclusions à déduire des faits observés sont dune évidence frappante. S’il n’en ést pas ainsi, ou bien s il est nécessaire de se transporter dans un laboratoire de chimie pour analyser des matières suspectes , on doit rédiger sur les lieux mêmes tqut ce qui est le résultat de l’observation, sauf à tirer plus, tard les conséquences qui doivent terminer le rapport. Le médecin trouve toujours quelque prétexte spécieux pour se sousti-aire àcette règle, ditM. Chaus.

sier; tantôt il n des affaires urgentes 5 d’autres fois il allègue le besoin de la méditation pour rédiger les faits, les rapprocher, en tirer des conséquences; ainsi presque toujours il s’en rapporte à la fidélité de sa mémoire ou a quelques notes fugitives prises avec précipitation. Sans doute il est des. circonstances qui exigent la méditation dans le silence du cabinet, mais l’exposition des faits, qui constitue lia majeure partie du rapport, ne demande que de l’attention ; la méditation ne peut rien y ajouter ou en rétrancher ; il suffit de les décrire avec clarté et avec précision. Çette partie du rapport doit être remplie sur-le-champ ; car si quelqu’article échappait ou paraissait douteux , on est sur les lieux, on peut le vérifier aussitôt : ce travail, une fois terminé , sera lu et signé par le rapporteur et par le magistrat. Pour ce qui concerne les conclusions , comme elles exigent quelquefois des réflexions particulières, on peut, sans inconvénient, laisser au médecin la liberté de les rédiger dans le silence du cabinet, et de les ajouter à la suite de l’exposition et de la description déjà signées. ( Observations chirurgico-légales sur un point important de la jurisprudence criminelle, p. 4i} année 1790.)

10® Le rapport doit être rédigé en termes clairs et précis; il faut éviter avec soin les expressions, équivoques , les mots barbares et scolastiques , les raisonnemenset les discussions scientifiques ; en un mot, on doit ne rien dire de superflu , ne rien omettre de ce qui est utile. Croirait-on, dit Devaux, qu’il y a eu des chirurgiens assez extravagans pour tracer des figures géométriques dans leurs rapports, et assez peu sensés

pour s’imaginer qu’ils se rendraient recommandables aux juges , en leur faisant voir qu’ils pouvaient démontrer géométriquement l’effet des forces mouvantes et la pesanteur des corps liquides ?

1 1® L’homme de l’art ne peut pas refuser de donner ün rapport. MM. Fodéré , Biessy et quelques autres auteurs de médecine légale ont émis une opinion contraire : la putréfaction , disent-ils , est tellement , avancée dans certains cas j qu’il deviendrait inutile de procéder à l’examen du cadavre, dont l’ouverture pourrait être nuisible à la santé; d’ailleurs il est des ciréonstances où la visite est ordonnée trop tard pour qu’elle puisse être de quelque utilité. Quel avantage tirera-t-on, par exemple, de l’inspection d’une femme que l’on dit être accouchée , passé le dixième jour? Il est aisé de voir que de pareils motifs ne peuvent pas avoir été allégués sérieusement. Combien n’y a-t-il pas de subtances vénéneuses dont on peut démontrer la présence, lors même que la décomposition putride a déjà fait les plus grands progrès? {Voyez Empoisonnement. ) La science ne possède-t-elle pas des moyens de désinfecter les cadavres pouris , de manière à ce que les émanations qu’ils exhalent soient promptement aétruites? {ployez Mort, art. Ouverture des corps.') Comment admettre , enfin-, qu’un médecin puisse refuser son ministère dans une question d’accouchement , d avortement, de viol, etc., parce qu’il est mandé quelques jours après le terme où , dans la plupart des cas on n aperçoit plus de traces certaines du fait? Tout ce qui tient à là vie échappe à des calculs mathématiques rigoureux : les termes dont nous parlons ont été fixés

par les gens de l’art, pour la généralité des cas; mais il est évident qu’on doit rencontrer des exceptions , et trouver quelquefois , au quinzième jour chez un individu , des altérations que l’on n’aurait pu constater au cinquième ni au sixième jour chez un autre; d’ailleurs , il n’en serait pas ainsi, que nous ne verrions aucun inconvénient à donner un rapport, dans lequel on aurait soin de spécifier que la visite a été réclamée trop tard , et qu’il est impossible de résoudre le problème.

12° La même question médico-légale exige quelquefois que l’on fasse plusieurs rapports. Tantôt le rapporteur se borne , dans un premier examen , à constater l’état des organes, et renvoie à une époque plus éloignée le jugement qu’il croira devoir porter sur le fait : l’histoire des blessures offre des exemples frappans de la nécessité des nouveaux rapports dont nous parlons. Mais le plus souvent, la justice ou les parties, intéressées sollicitent d’autres rapports et demandent de nouveaux rapporteurs, le premier rapport ayant été attaqué comme incomplet ou inexart. Les médecins ne sauraient trop se pénétrer de cette vérité : nous voyons tous les jours des rapports frappés de nullité à cause de leur insuffisance, ce qui est d’autant plus déplorable que souvent les seconds rapporteurs , tout en rejetant les conclusions' du premier rapport, ne peuvent pas leur en substituer d’autres; et la justice n’est pas éclairée. Que l’ôn suppose, en effet, un cas de médecine légale ayant donné lieu à un premier rapport où des faits essentiels étaient omis, où d’antres étaient mal décrits, où les conclusions enfin n’étaient

point rigoureusement déduites, tandis qu’il eût été possible de faire le contraire : le second rapporteur n’aura pas de peine à renverser un acte aussi peu satisfaisant ; mais que mettra-t-il à la place , si déjà les faits qui étaient' sensibles au premier moment de la lésion ont disparu, si la putréfaction a changé la forme, la couleur et le rapport des parties , si le traitement qui a suivi a modifié l’état des organes , etc. ? Ces réflexions doivent faire sentir combien il est indispensable de recueillir précieusement les -faits qui constituent la base d’un premier rapport. Le docteur Biessy insiste avec raison ( page 142 de l’ouvrage cité) , sur la nécessité de faire la seconde visite qui donne lieu à un rapport , en présence du médecin qui a rapporté le premier. « Soûvent nous avons vu que tel individu sur lequel dn n’a trouvé , lors de la première visite , aucun signe sensible et caractéristique de violence, non-seulement les présentîiit à l’époque de la seconde, mais offrait même à ce moment des lésions graves ou compliquées. Sans doute alors le premier rapporteur peut seul donner des indices Certains pour déterminer la cause de ce changement , qui tantôt dépend d’une sur-cause , tantôt est déterminé par le plaignant luimeme dans des vues criminelles. Que pourra encore un second rapporteur dans le cas de l’ouverture d’un cadavre, lorsque les parties dénaturées soit par les sections indispensables dans la première opération, soit par une putréfaction toujours croissante , l’auront mis dans 1 impossibilité absolue 'de vérifier les faits OU du moins une partie des faits établis par le premier' rapport?» ^

I)es rapports administratifs et judiciaires.

Un rapport aflministratif et judiciaire , pour être bien fait, doit se composer de trois parties distinctes présentées constamment dans le même ordre , savoir; \e préambule , la description de ce qui, fait l’objet du rapport , et les conclusions.

Première partie. — Préambule, Protocole,' Formule d'' usage , etc. On commence par indiquer le nom, les prénoms, les titres et,qualités ainsi que le domicile du rapporteurj le jour, l’heure et le lieu de la visite; on fait connaître la qualité du magistrat par qui on a été mandé, et de celui dont on est accompagné; on désigne également les noms des médecins ou des aides que l’on a cru devoir employer; puis on expose les circonstances qui ont précédé la 'visite , et qui paraissent ^^^entielles ^ ainsi, après avoir recueilli tous les signes commémoratifs, tant de la part du plaignant que de ses amis, des parens et des autres assistans ; après avoir même quelquefois pris connaissance des plaintes respectives des parties (i), on transcrit brièvement tout

(ij Les juges du Châtelet de Paris ordonnèrent, en lySS, .au sujet d’une accusation d’impéritie d’un médecin , « qu’avant de faire droit , la ^ame H. sera de nouveau vue et visitée par les médecins et chirurgiens du Châtelet réunis , ès mains desquels seront remises les plaintes , demandes et requêtes énonciatives des faits articulés par le sieur H. ; lesquels , après lecture desdites pièces, visite faite pourront entendre ladite malade , la garde malade , et ^ndre tous autres renseignemens qu ils jugeront convenables. » {Chaussier, Mémoire cité, pag. 3?.)

ne qui paraît se rattacher au sujet, en repoussant cette foule de propos extravagans et de plaintes exagérées qui n ont évidemment aucune connexion avec le fait allégué, et qui sont le fruit de l’ignorance, de la malveillance ou de la cupidité. On tient compte , par exemple, de la profession, du tempérament, des habitudes du plaignant ou de ses ayans- cause; des maladies auxquelles il était sujet, de celles qui régnent actuellement ; -et s’il s’agit d’une violence extérieure, du nombre de coups que l’on dit avoir été portés , des accidens qui ont suivi la violence , des moyens employés pour les combattre, etc. On parlé ensuite de 1 attitude dans laquelle on a trouvé le corps, de l’état des vetemens et des différons objets qui peuvent avoir un rapport quelconque avec le fait pour lequel on est mandé. Si l’on trouve un instrument meurtrier on en indique l’espèce et la forme ; et s’il a déjà été soustrait , on en fait mention d’après les récits!

Seconde PARTIE. — Description historique. Reconnaissancede Tétai de T individu ( visum et repertum''). Cette partie est sans contredit la plus importante du rapport, puisqu’elle renferme les faits qui doivent servir de base aux conclusions; et lors même que celles-ci seraient mal déduites, lès faits étant exactement décrits, il serait aisé de les infirmer pour leur en substituer d’autres; tandis que la plus légère inexactitude dans l’exposition de ces faits pourrait entraîner les conséquences les plus fâcheuses. Ce serait abuser de la patience du lecteur , que d’exposer en détail la ipanière dont il faut procéder a la recherche des données dont nous parlons ; qu’il nous suffise de dire qu’on ne doit pas

craindre le reproche de lenteur ou de minutie , puisqu’on est souvent conduit à des découvertes importantes , par l’appréciation d’un fait que l’on n’avait pas observé et que l’on était tenté de négliger. Nous dirons, en parlant de l’ouverture des cadavres Ç'vojyez mort), comment il faut étudier la surface externe des corps avant de les inciser ; les blessures nous fourniront l’occasion d’indiquer combien les recherches qui s’y rapportent d.oivent être scrupuleuses ; il en sera de même des articles qui traitent de l’empoisonnement, de l’infanticide, etc. Nous nous bornerons ici à faire une observation générale : il importe que les objets mentionnés dans la seconde partie du rapport , le soient de manière à convaincre tous les esprits.; et l’on y parviendra facilement en appuyant l’énoncé d’un certain nombre de preuves, ou de quelques détails sans lesquels la véracité ou la capacité du rapporteur pourraient être mises en doute : ainsi lorsqu’il s’agira . d’un empoisonnement., on ne se bornera poi^t à dire :

« Les matières suspectes ont fourni à l’analy^ telle ou telle autre substance vénéneuse. » Il faudrÿf ^jouter :

« ce qui a été prouvé par l’action des véa^Ms A. B. C. D. etc. qui ont fait naître des précipités^©- couleur verte, jaune, rouge, etc. , et par l’action d’autres agents que l’on désignera ». S’il est question de la description d’une blessure , on en indiquera l’espèce en la désignant sous le nom qui lui convient; et après avoir parlé d’une manière précise de sa situation, de sa direction , de sa profondeur , de son étendue , etc. , on dira par parvenu à les reconnaître, si l’on s est servi d un compas , si l’on a pratiqué des inci- .

sions, si l’on a trouvé peu ou beaucoup de sang épanché, etc. Quand il faudra constater si la mort est réelle ou apparente , au lieu de dire : « Les membres étaient raides comme après la mort, et les muscles n offraient plus la moindre trace de contractilité, » on ajoutera : « ce dont on s’est assuré en forçant la position du membre et en soumettant à l’action de la pile électrique un muscle mis â découvert. » Dans un rapport sur l infanticide , loin d’indiquer d’une manière aproximative les proportions et le poids du foetus et de ses diverses parties , on les donnera d’une manière précise, en faisant connaître les instruments dont on s’est servi.

Troisième PARriE.- — Conclusions. Cette partie doit contenir, comme on le prévoit, les conséquences qui découlent immédiatement des faits observés et des signes commémoratifs dont le préambule fait mention. On sentira qu’il doit être impossible de donner des préceptes propres à servir de guide dans la rédaction de cette partie du rapport. Les conclusions doivent varier autant que les cas : toutefois nous observerons combien il importe de se servir d’expressions convenables ; des mots que l’on regarde à tort comme synonymes, ne peuvent pas être employés indistinctement ; nulle part le langage du rapporteur ne doit être plus nuancé, pour affirmer, pour nier, pour établir des probabilités 5 pour faire naître des soupçons , etc. Quelquefois la vérité est évidente, dit le docteur Renard , tout le monde peut la saisir sur-le-champ, il suffit de l’énoncer pour entraîner la conviction; mais d’autres fois elle est tellement obscurcie par le concours, la série

des circonstances , que pour l’atteindre il faut apporter l’attention, la circonspection la plus scrupuleuse. Dans ces cas complexes, on doit, pour arriver à une conséquence.positiveet incontestable, considérer, comparer, analyser avec soin tous les faits ; rapprocher autant que possible les circonstances qui ont précédé ou accompagné le cas actuel , ne présenter aucune conséquence qui ne soit immédiatement déduite des faits les plus certains,, qui ne soit fondée sur les lois les plus constantes de la nature et des principes de Fart. C’est après avoir médité sur tous ces objets , après avoir arrêté et tracé le plan du rapport , que le médecin le rédige , l’écrit, ou le dicte au commis-greffier dans quelques circonstances. ( Dissertation inaugurale soutenue à la Faculté de Paris en i8i4-) .

Des î'apports cü estimation. .

On désigne sous le nom de rapport d’ estimation, une attestation rédigée par les hommes -de l’art , pour examiner si les honoraires réclamés par leurs confrères ou par les pharmaciens sont fixés à un taux convenable, et si la méthode de traitement suivie par les médecins et les chirurgiens qui ont donné des soins aux malades a été de nature à prolonger la maladie ou à rendre sa terminaison funeste. Des actes de ce genre ne doivent être dressés, comme les rapports administratifs et judiciaires , que d’après l’ordre de l’autorité.

Devaux, que plusieurs auteurs de médecine- légale ont copié sur ce point, sans indiquer la source où ils -avaient puisé, dit que dans la rédaction de ces rapports, indépendamment des préceptes établis dans les

ileux articles précédens, il faut encore avoir égard aux considérations suivantes :

I® On doit marquer en marge du mémoire qui a été présenté, le jugement porté sur chaque article, pour prouver que l’on a fait droit sur tout avec l’exactitude requise, a® Si l’on réduit le prix d’un article à une moindre somme , cette somme modifiée doit être marquée en chiffres. 3® Lorsqu’on ne trouve rien à retrancher, on doit mettre en nnarge le mot bon. 4® Le travail terminé, on doit le certifier au bas du mémoire, en forme de procès verbal conçu en peu de mots^ 5® On considérera le mérite de l’opération, parce que celles qui demandent beaucoup de dextérité et d’expérience , ou qui sont pénibles et laborieuses , doivent être mieux rétribuées que celles qui sont faciles et communes. 6° On aura quelquefois plutôt égard à l’importance des maladies : ainsi un chirurgien qui réunira en fort peu de temps une grande division dans les chairs, par la suture, la situation, et un bandage convenable, méritera d’être mieux récompensé qu’un autre qui aura tamponné une semblable plaie , et qui ne l’aura conduite à sa guérison qu’après une longue suppuration, et qu’après avoir fait souffrir au blessé de cruelles douleurs, qu’il lui aurait épargnées, ainsi qu’un traitement fort long, s’il eût été plus instruit. Il serait toutefois injuste de ne pas avoir égard , dans les' estimations, au temps qu’a duré le traitement; en effet, il y a des maladies tellement graves par elles-mêmes , dont les complications sont si fâcheuses , que, l’on ne peut très-souvent les guérir que par un long traitement; il y en a meme qui sont légères en apparence,

et que la tnauraise disposition des individus rend néanmoins très - longues et très - difficiles à guérir. Les médecins ne sauraient estimer avec équité , qu’en pesant toutes ces circonstances. 7° On insistera beaucoup dans la taxe d’un mémoire , sur la qualité et là fortune des personnes qui ont été traitées ; car plus ces personnes sont élevées en dignité , plus elles exigent de soins, de visites et d’assiduité, qui méritent par conséquent une plus ample récompense. 8° On tiendra compte de là proximité ou de l’éloignement du malade ; car il ne serait pas juste qu’un homme de l’art qui aurait été d’un bout d’une grande ville à l’autre, ou à unelieue et plus-dans la campagne, ne fut pas mieux payé qu’un autre qui aurait fait un pareil traitement dans son voisinage. S’il s’agit d’estimer le prix des médicamens fournis par un pharmacien , on prendra pour base le prix moyen auquel les substances qui sont l’objet de la contestation sont débitées chez plusieurs de ses confrères; et ce ne serait que dans le cas où les drogues seraient d’une mauvaise qualité, qu’on pourrait leur assigner une valeur au-dessous delà moyenne. Lorsque les médicamens auront été vendus par des officiers de santé , on se gardera bien de les porter à un prix plus élevé que s’ils avaient été achetés chez des pharmaciens : la société ne doit pas tolérer que des hommes de l’art réduisent à quelques centimes honoraires qui leur sont dûs pour leurs visites , tandis qu’ils exigent des sommes exorbitantes pour des médicamens de peu de valeur : en agissant autrement, on favorise le charlatanisme et l’on autorise le débit de ces prétendus arcanes avec lesquels on ne

séduit que trop aisément les habitans des villes et des campagnes. ,

Lorsqu’un homme de l’art est accusé d’avoir prolongé le traitement d une maladie , ou de ne pas en avoir prévenu les suites fâcheuses , la justice désigne un ou plusieurs médecins pour lui faire un rapport qui doit servir de base au jugement. Dans le plus grand nombre de cas 1 accusation n est pas fondée , parce que la plupart des hommes qui exercent une profession aussi honorable que la notre joignent à des - connaissances assez étendues pour ne pas commettre des erreurs grossières , la plus grande probité et beaucoup de délicatesse ; le médecin chargé par l’autorité de remplir une mission aussi pénible ne tarde pas à faire tomber sur le plaignant tout ce que l’accusation présente d’odieux; il y parvient facilement en se faisant rendre compte de toutes les circonstances qui ont précédé et accompagné la maladie, des moyens prô|yMés par le médecin ou par le chirurgien que d’pn désigne , de l’époque à laquelle ils ont été consultés , du traitement qui a été employé , de la répugnance ou de la docilité du malade à suivre ce traitement, du régime qui a été prescrit , et de la manière dont il a été observé , etc. : ces recherches conduisent souvent à établir que la longueur de la maladie est le résultat de rinohsérvation des réglés de l’hygiène, d’une manœuvre pratiquée pàr

le malade , dans le dessein d’aggraver les accidens , etc. Mais, -il faut l’avoüer , la perversité et fi^horance sont portées assez loin chez quelques hommes de l’art, pour que 1 on soit obligé âé^eprouver léUr conduite: ICI tous les intérêts doivent disparaître devant la ve-

ritç. Que le charlatanisme et l’impéritie soient dévoilés et impitoyablenjent réprimés , et l’on verra bientôt ceux qui avaient usurpé la confiance de leurs cliens , réduits à un état de. nullité dont ils n’auraient jamais dû sortir.

Des Certificats.

Le certificat diffère du rapport par sa plus grande simplicité, et parce qu’il peut être délivré par un officier de santé ou par toute autre personne étrangère à l’art de guérir ; c’est une attestation purement officieuse qui n’exige ni la prestation du serment, ni la présence du magistrat, et qui, dans beaucoup de cas, n’a pas été provoquée par la justice. On a désigné plus particulièrement sous le nom d'exoine, un certificat ài excuse lait sur la réquisition des particuliers ou par ordre de l’autorité , et qui a pour objet de dispenser les personnes malades d’un service quelconque : de pareils actes peuT^ent être relatifs aux institutions civiles, criminelles , religieuses et militaires. Nous avons exposé avec assez de détails les dispositions des lois concernant les certificats J les règles d’après lesquelles ils doivent être rédigés sont les mêmes que celles dont nous avons fait mention à l’occasion des rapports administratifs et judiciaires; aussi nous abstiendrons-nous de donner plus de développement à çet article.

, Des Consultations médico-légales.

On désigne sous le nbpi de consultation médico-légale un mémoire rédigé par un ou plusieurs docteurs

en médecine , ou par une Faculté de médecine, sur l!a demande de l’autorité ou dés parties' iiitërèsséëS' dans lequel on discuté la valéur dés rapports , des; certificats, d.es notes ou des mémoires qui ont déjà îétei dressés, et où l’on expose les divetses cdn sidérations, que l’on croit propres à éclairer les magistrats. Tandi'sque le rapport et le cerfifieât. sont concis et dégagésde citations et de rapprochemens , la consultation medieo-légalé, au contraire ^ offre dés développentens convenablès; Les propositions qui ÿ sontémises doivent etré prouvées par des faits Bien avérés , généralement< avoués , et par l’aùtorite imposante dés auteurs les plu^ célèbres; le récit d’urie observation antérieure dOnt èn

aura été témoin , ou qüé l’on aura puisée dans un- éü-:' vrage recommandable , pourra quelquefois venir à= bappuî de ce que l’on avance, et l’on aurait tort denégliger aucun dés ' moyens susceptibles de porter daconviction dans l’esprit des juges et dès jurés. Le médecin doit éviter avec soin dans un ouvrage de ce genre, de dénaturer les faits où de lès interpréter mal à propos , dans l’espoir d’annuler les rapports de ses confrères; il ne se bornera pas à examiner la question telle qu’elle aura été posée par les avoeaîs dont il croit devoir combattre lés opinions, car ees questions, souvent insidieuses , limiteraient sés pouvoirs, restreindraient le champ de là diséussion , et conduiraient à des conclusions erronées. Loin dé là , il analysera les propositions dont il s’agit, il' en établira de nouvelles, s il le juge nécessaire , et il n’attàquera les rapports qu autant qu’ils seront essentiellement incomplets, yiçieux , ou c'ontraû’es aux principes de l’art. Si l’hon-

ïieur et le devoir ne nous forçaient pas à suivre cette tnarche, rintérêt devrait nous engager à l’adopter : en effejtyde nouvelles consultations médico-légales peuvent être fédigées par des médecins qui jouissent d’une grande célébrité , ou par des Facultés de médecine, qui né. manqueraient pas, de mettre en évidence l’inhabileté dü premier consultant.

Il n’èst^uére possible d’indiquer dans cet article la manière de rédiger les consultations médico-légales , parce ; quelle doit varier, suivant les cas; nous nous bornerduiSià dire qu elle doit être écrite avec méthode, et qu’il faut éviter de confondre dans un même paragi^phejla solution des questions qui ne se ressemblent pas :;àda,hn de chacun de ces paragraphes, on déduira les conclusions qui découlent évidemment des prén misses, et le travail sera terminé par l’exposition rigoureuse, des diverses conséquences auxquelles on aura été conduiti .

TROISIÈME LEÇÔlS'.

De Vhistoire des âges.

Les questions relatives à l’infanticide, à l’avorte-; ment et à la viabilité du fœtus ne peuvent souvent être Késokies d’une manière satisfaisante, qu autant que l’on parvient à déterminer, du moins approximativement , l’âge du fœtus ou de l’enfant qui vient de naître, n importe encore de constater l’âge d’un enfant ou d’un adulte toutes les fois qu’il s’agit d’ouvrir juridiquement le cadavre d’un inconnu, ou d’une question d’identité, et que l’âge ne peut être prouvé par les

titres, les possessions detat ou les témoins. Enfin, les dispositions suivantes des Godes civil et pénal obligent quelquefois le médecin à résoudre le problème dont nous allons nous occuper : : - -

« ï° Le mineur est rindividu de f un et de l’autre sexe qui n’a point encore atteint râge de vingt et un ans âecoiriplis ; 2 le mineur, même non marié, pourra être émancipé par son père, ou , à défaut de -père, par la mère , lorsqu’il aura atteint l’^e de quinze ans révolus : 3°le mineur resté sans père ni mè^e pourra aussi, mais' seulement à Tège de ■dix-huit ans accomplis être émancipé sï le conseil de faiiiille l’eri juge eapàLle; lé mineur âgé de moins de seize ans ne pourra ariennemënt disposer , qu’avec le consentement et l’assistance de ceux dont le: consentement est requis pour la validité, de son mariage , et avec ce consentement il pourra donner tout ce que la loi permet à Téppux majeur de donner à rautr© conjoint; 5° le mineur parvenu à Tâge de seize ans ne ijourra disposer que par teâtàment, et jusqd’à concurrencé seulèmént delà moitié, dès biens dont la loi permet au majeur dé disposer; 6° l’homme, avant dixdmit ans révoluâ; la femme, avant quinze ans révolus , ne peuvent contracter mariage; 7® le fils qui n’a pas atteint l’age de vingt-einq ans acomplis ; la fille qui n’a pas atteint l’age de vingt^et un ans accomplis , ne peuvent contracter mariage sans le' consentement de leurs père et mère ; en casde dissentiment, le consentement du père suffit. » (Code civil, art. 388, 477, 478 goS , looS , qo4 ,

. Lorsque raecusé aura moins de seize ans, s’il est décide qu’il a agi sans discernement , il sera acquitté ; mais , etc.- 2° ceux qui auront porté à un hospice "un enfant an-dessous sept ans accomplis qui leur aurait été confié , afin ;qu’ils en prissent soin , ou pour toute autre cause , seront punis d’un emprisonnement de six semaines à six mois , èt d’une amende de i6 â 5o francs ; 3® ceux qui auront exposé et délaissé en un lieu solitaire un enfant -au-dessous de l’âge

de sept ans accomplis ; ceux qui auront donné Tordre de’ l’exposer ainsi, si cet ordre a été exécuté, seront, pour ce. seul fait , condamnés à un empi’isonnement de six mois à deux ans , et à une amende de i6 francs à aoo francs ; 4** si personne enlevée ou détournée est une fille au-dessous de seize aiis accomplis , la peine sera celle des travaux forcés à temps. » ( Code pénal, articles 66, 348, 349 et 355.)

« Les enfans de Tun et de l’autre sexe , au-dessous de Tâge de quinze ans , pourront être entendus par forme de déclaration, et sans prestation de serment.» ( Code d’instruction criminelle, art. 79. )

Des âges pendant la 'vie intra-utérine.

T^ous comprenons sous -ce titre les âges du produit de la conception , depuis le moment où il frappe nos sens, jusqu’à celui de la naissance à terme, c’est-à-dire . jusqu’à la du neuvième mois, La détermination de l’âge dans cette période de la vie est entièrement basée sur le développement successif des organes , et sur l’étude des caractères qu’ils présentent aux diverses époques de la grossesse : toutefois , comme il serait fastidieux et inutile de décrire tous les changemens que le foetus éprouve, nous;nous bornerons à indiquer ceux qu’il est indispensable de connaître. Plusieurs des caractères dont nous allons parler ne peuvent être constatés qu’après avoir fait l’ouverture du cadavre , opération que Ton ne doit jamais entreprendre sans avoir rempli un certain nombre de conditions que nous indiquerons plus tard. (Voyez Ouverture des cadavres. ) Qu’il nous suffise de savoir pour le moment qu’en négligeant ces précautions , on risque perdre le fruit de ses recbex’cbes , et de commetti’e des erreurs graves.

Développement du produit de la conception.

Ce produit est désigné sous le nom dîernbrjron pendant les deux premiers mois de, la vie intra-utérine ; depuis cette époque jusqu’au terme de la grossesse, il porte le mom àe foetus. Les caractères quil présente sont loin d’être constans et invariables ; en effet , il existe une infinité de causes propres à les modifier : telles , sont la disposition, la vigueur du père , l’âge, la constitution de la mère, les passions qui peuvent la tourmenter pendant là grossesse, la saison , le climat, etc, j cependant, dans lé plus grand nombre des cas, on observe les résultats suivans : - ,

Huit jours après la conception, on ne, trouve dans l’utérus qu’une petite vésicule remplie d’tin liquide transparent. Du quinzième axz , 'vingtième jour, Y embryon est vermiforme, oblong , renflé au milieu, obtus à une extrémité, et terminé en pointe à l’autre; il est grisâtre , un peu opaque , et long de trois à cinq lignes; il 'pèse de deux à trois grains. On ne voit aucuneproéminence, aucune ouverture; il n’y a point de trace de tête ni dé membres; on n’observe qu’une petite saillie séparée du reste par une entaillé. Les anatomistes qui disent avoir distingué à cette époque le cœur, le cerveau, des vaisseaux sanguins, etc., se sont évidemment trompés.

A trente jours. L’embryon a été comparé à une grosse fourmi par Aristote, au marteau de l’oreille par Baudelocque, â un grain d’orge par Burton , etc. Il paraît recourbé sur lui-même en forme de croissant ; sa longiiéur varie de trois à sept lignes; son poids est

d’environ dix-neuf grains. La tête est déjà visible , et constitue presque la moitié du corps. Le prolongement rachidien (moelle épinière) , distinct dans toute sa longuéur, est la seule partie de l’encéphale qui puisse etre aperçue. Les paupières, excessivemént minces, recouvrent les yeux, qui existent déjà sous la forme de deux points noirs arrondis ; deux simples trous également arrondis marquent la place des oreilles; il ny a point de lèvres; mais la bouche est distincte et marquée par une fente transversale, dont les bords peu rapprochés laissent une ouverture visible jusqu’au troisième mois. Les membres thoraciques, qui se développent un peu avant les abdominaux , ressemblent a des, petits mamelons ou à des bourgeons; le bras, 1 avant-bras, les mains, les cuisses, les jambes et les pieds ne sont pas encore visibles. La clavicule et chacune des moitiés de 1 os maxillaire inférieur présentent déjà un point d’ossification. Le cœur est reconnaissable, et ne paraL formé que d’une seule pièce. On voit 1 artere aorte et la portion de l’artère pulmonaire, qui formera par la, auite le canal artériel, La membrane caduque (épichorion de Mi Chaussier), qui existe avant l’arrivée de l’embryon dans la cavité de 1 utérus , et qui dans le commencement était demifluide, demi-concrète, est alors mollasse,- comme charnue, pulpeuse , inorganique , et semblable à un caillot de sang incolore dont la surface serait hérissée de filamens; elle est simple ^ et r.evet l’intérieur de la matrice et l’extérieur de l’œuf. Uamnios est très-mou , et ressemble à la l’étine. Le chorion apparaît sous la forme dune membranè forte, opaque, épaisse, plus large

que l’amnios, lomenteuse surtout à sa face externe, qui est hérissée de villosités, véritables flocons vasculaires, veineux et artériels déjà très-apparens , et qui, par la suite j doivent former le placenta : ces villosités, dont la racine est simple ou double , naissent de l’psuf par des troncs longs, rameux, semblables au çoraiL, et ne recouvrent guère, à l’époque dont nous parlons, que les trois quarts, les deux, tiers, ou la moitié seulement de la surface de l’œuf, tandis que dans les premiers temps celle-ci en était entièrement couverte. Le placenta TV existe encore que sous la fornie de - eès villosités. Il n’j a point de cordon ombilical. La 'vésicule ombilicale est déjà très-apparente, puisqu’on Ta vue a.voir à peu près trois lignes à cette époque; elle est ^ forme ovalaire pu sphériqup , à parois minces, contenant un liquide d’abord limpide , puis blanchâtre ; elle est d autant- plus grande; que l’embryon est plus jeune : pn ne connaît pas au juste Tépoque de sa formation ; mais on sait qu’à mesure; que le cordon ombilical s allonge , elle reste attachée, entre les membranes du foetus , a la face fœtale du placenta , préside Tinsertion de ce cordon. Les yaisseaux omphalo ’- rnés entériques soTxt également trèsrapparens : ils ; consistent en une artere et- une veine qui viennent des vaisseaux mesentériques et se ramifient dans l’épaisseur de la yesicule ombilicale. Nous reviendrons sür ces objets en parlant du troisième mois.

A quarante-cinq jours. La longueur de rembrybn est de seize à dix-huit lignés-; il pèse de deux à quatre gros. On distingue 1 avant-bras , la main , la jambe et le pied. L ossification des masses apopbysaires des pre-^

mières Tertèbres cervicales commence. Le cubitus , îe radius, le tibia, les côtes, le scapulum, l’ilium, l’occipital, les deus parties qui constituent l’os frontal, etc., présentent aussi un point ossifié. Le thorax est court et aplati ; l’abdomen gros et très-saillant. Le méconium , d’une couleur blanchâtre, est contenu dans l’estomac. Le cæcum, s’il n’a pas paru, ne tarde pas à se montrer, et son appendice n’est jamais plus ample et plus long, toute proportion gardée. Le foie s’étend transversalement de l’hypochondre droit jusqu’à l’hypochondre gauche, et , de haut en bas , du diaphragme au point d’insertion du cOrdon ombilical. Celui-ci est très-gros, parce qu’il renferme, outre les parties qui le forment à la naissance, une portion du canal intestinal, la totalité ou une partie de la vésicule ombilicale, et les vaisseaux omphalo-mésentériques ; il est un peu plus long que le fœtus, et ne présente aucune trace de torsion : il s attache à la partie inférieure de. l’abdomen ,. par une base fort large.

^ deux mois. La longueur du fœtus est de deux pouces à deux pouces et demi; il pèse d’une once à une once et demie. La tête est très-grosse ; le nèz et les oreilles sont encore fermés. Le bras et la cuisse, ainsi que les doigts de la main, ont paru dès la septième semaine. Ce n’est qu’à la fin du deuxième mois que les membres abdominaux commencent à dépasser la queue rudimentaire. Alors se forment les lèvres. La peau, qui, jusqu à cette époque, semblait avoir été remplacée par un enduit gluant, très-mou et assez transparent pour permettre devoir au travers les organes et surtout les vaisseaux, est mince, facile à déchirer, et sans ap-

parence fibreuse. On voit paraître les branches de l’artère pulmonaire, qui sont d’autant plus petites par rapport à la portion qui doit former le canal artériel, que le foetus est plus jeune. Le méconium est encore contenu dans l’estomac. On commence à apercevoir Vépiploon^ qui est situé vers la grande courbure de l’estomac, sous la forme d’une petite proéminence aplatie. Les alvéoles des bs maxillaires sont déjà manifestes ; chacun d’eux contient une vésicule gélati- ' neuse adhérente à son fond, et qui est le futur noyan de la denti

A trois mois. Le foetus est long de cinq à six ponces, il pèse de deux onces et demie à trois onces; la tête est plus grosse et plus pesante que le reste du corps- La pupille est fermée par une membrane appelée ^Kpillaire.^ formant avec l’iris une cloison complète qui sépare entièrement les chambres de l’œil ; elle résulte de l’adossement de deux feuillets membraneux contenant dans leur intervalle une multitude de vaisseaux sanguins; on ne peut guère l’apercevoir avant le troisième mois de vie intra-utérine, et elle n’existe ordinairement que jusqu’au septième mois. La bouche est très-grande et ouverte. Leuez est bouché. La peau est encore mince, incolore et transparente, sans la moindre apparence d enduit sébacé ; on ne voit ni cheveux ni poils, ni duvet, ni ongles. Les osselets de l’ouïe ne sont point encore ossifiés. L’ischium présente déjà un point lenticulaire ossifié qui en occupe le milieu. Il ^ encore ni sinus maxillaires , ni sinus frontaux. Le cerveau , presque fluide jusqu’alors , offre la consistance de la matière çaséeuse , sans apparence de sillons

ni de circonvolutions. Le méconium, d’un blanc grisâtre , est encore contenu dans l’estomac ; la valtulve déo-cœcale est déjà visible, et forme une saillie arrondie : il en est de même des appendices épiploïques du colon. Le placenta est très-apparent et très-reconnaissable , il couvre presque la moitié de l’œuf ; et quoiqu il n ait pas la consistance qu’il aura par la suite , on lui reconnaît déjà la forme qu’il présente au neuvième mois. Le cordon ombilical s’insère près du pubis; il a la forme d’une colonne torse ; il est à peii près aussi long que le fœtus ; sa largeur est assez considérable. C’est ordinairement dans le courant du troisième mois que disparaissent la vésicule ombilicale et les vaisseaux omphalo-mésentériques.

quatrième mois. La longueur du fœtus est de six à sept pouces; son poids est de cinq à sept onces; la moitié du corps répond à plusieurs centimètres au-dessus de l’ombilic. Le volume de la tête comparé au reste du corps est considérable , les fontanelles très-amples, et les commissures du crâne fort larges. On aperçoit la membrane pupillaire. La peau , d’une couleur rosée, ressemble à une membrane satinée extrêmement mince, offrant pour la première fois iin léger duvet à sa surface. Les cheveux, forj; courts, sont rares, blancs et argentins; on voit à peine quelques traces d’ongles. Les osselets de 1 ouïe et les cornets inféz'ieurs du nez sont presque entièrement ossifiés. Le cerveau n’est qu une masse blanche, molle, homogène , séparée évidemment en deux parties par le sillon interlobulaire. On voit déjà dans le cervelet les lames et les lamelles blanches qui le constituent chez l’adulte. Le rnéco-

nium se trouve à l’origine de l’intestin grêle. C’est à la fin de ce mois que l’on aperçoit pour la première fois des traces de pylore; du reste il n’y a encore ni valvules conniventes , ni bosselures le long du canal intestinal. Les reins sont très-volumineux , et formés chacun de quinze à dix-huit lobes, terminés par un petit pavillon qui se rend dans le bassinet. Les capsules surrénales sont au moins aussi grandes que les reins. C’est ordinairement du troisième au quatrième mois que l’on remarque dans les alvéoles les germes des dents de l’adulte ( deuxième dentition ) , excepté ceux des bicuspidées ( premières molaires ) , qui ne deviennent visibles que du sixième au douzième mois après la naissance. ■ '

A cinq mois. La longueur du fœtus est de neuf à dix pouces; son poids d’environ une livre; le cordon ombilical s’insère moins près du pubis qu’au quatrième mois, en sorte que la moitié du corps répond à ufi point moins élevé au-dessus de Tombilic. Les paupières sont collées, et lapupille fermée par la membrane pupillaire. La peau est fisse, fine, mince, sans apparence de fibres dermoïdes, ni d’enduit sébacé; elle est d’un rouge, pourpre, surtout à la paume des mains , à la plante des pieds, à la face, aux lèvres , aux oreilles , aux mamelles aux plis de l’aîne, des cuisses et des fesses. Les cheveux sont rares, courts, blancs ou de couleur argentine. Les ongles existent déjà sous la forme de lames minces,, comme épidermoïdes. Le sternum commence à peine à sossifier, tandis que l’ossification est complète dans les osselets de louïe, qui sont presque aussi volumineux que chez 1 adulte. Le pubis offre déjà un point

oblong, ossifié, qui en forme le corps, et une partie de la branche transversale. Le calcanéum présente un point osseux dès le quatrième mois et demi : c’est du quatrième au cinquième mois que l’on voit paraître pour la première fois au sommet du noyau gélatineux des dents, des petites lames ^ivoire (poi’tion osseuse). Le cerveau est blanc, lisse et mou, surtout à sa partie supérieure; le sillon longitudinal y est très-visible; on n’aperçoit ni circonvolutions, ni substance grise, ni points rouges; la pie-mère est à peine adhérente. La texture du cervelet est plus ferme que celle du cerveau. Les poumons sont très-petits. Le cœur, toute pi’oportion gardée, est très-volumineux, et les oreillettes aussi vastes pour le moins que les ventricules. Lé canal artériel, qui, pendant les. premiers temps de la vie intrautérine, avait surpassé en grandeur les deux branches qui, par la suite, doivent former les artères pulmonaires, leur est égal. Le méconium est renfermé dans l’intestin grêle : ce n’est qu’à dater de ce moment que le colon présente l’apparence de bosselures. Les testicules, assez volumineux, sont situés peu au-dessous des reins, près les vertèbres lombaires, sous le péritoine; il en est de même des ovaires.

A six mois. Sa longueur, prise du sommet de la tête aux talons, est de onze à douze pouces; son poids d’environ deux livres ; la moitié du corps répond à un point moins élevé au-dessus de l’ombilic qu’à l’époque précédente. La grosseur de la tête, comparée au reste du corps, et l’évasement des fontanelles, sont trèsmarqués. Les paupières sont encore collées ; la pupille ést fermée par la membrane pupillaire. La peau pré-

sente, pour la première fois, des fibres dermoïdes* elle est fine, assez mince, légèrement- granulée , rouge et même pourpre, surtout aux endroits indiqués en parlant de l’époque précédente ; elle offre un léger duvet sur toute sa surface, mais sans aucune trace d’enduit sébacé. Les ongles sont déjà formés, malgré 1 assertion contraire de .plusieurs auteurs : à la vérité lis sont mous, et quelquefois rougeâtres. Les cheveux sont courts, blancs, argentins, quoique déjà ils manifestent une tendance à se colorer. Le sternum, présente trois ou quatre points ossifiés, ordinairement disposés suivant la longueur de l’os, et en procédant de haut en bas. On voit un noyau osseux dans l’astragale. Le cerveau est lisse, sans anfractuosités, mou j la pie-mère fort peu adhérente. Les poumons sont petits et rougeâtres : la bronche gauche, plus longue et moins grosse que la droite, est dirigée beaucoup plus obliquement que chez l’adulte. La vésicule biliaire ne contient qu’une petite quantité d’un fluide séreux, presque incolore, qui n’est pas amer. C’est à peu près à cette époque que se forme la substance corticale des reins. Lé colon présente déjà des bosselures; on ne voit aucune trace de valvules conniventes dans les intestins ; le méconium peu abondant ne remplit que le cæcum et une petite portion du colon. Les testicules et les ovaires sont situes peu au-dessous des reins, près les vertèbres lombaires, sous le péritoine.

A sept mois. La longueur du fœtus est de treize à quatorze pouces; son poids de trois à quatre livres ; /« moitié du corps répond à un point moins élevé au-dessus de l’ombilic, et par conséquent plus éloigné du sternum qu’au

‘sixâ'èmjejmois^sIi<^ GessfeTî d’être

collées; la ïnembraire püjydlairej€;st^£ii|i’lepoint,de djSr paraît;re. Le, thorax estjHoâbs Doiiçtjçe.t^’abdornen moins long et moins amplç qjx’à l’êppijuerpréGédentevLà peau, qui pendanLlG cinquièineet le sixiènie anois était d’qne cpuleur pouî-pre dans .plusieurs .de ses parties , oflrp iine teinte rosée ; elle est déjà^hreuse et assez .épaisse.-; on -J trouve un assez. gran d nombre de foUicuIes sébaçés sécrétant nn fluide onctueux , q^ui se répand à sa surfape pour former renduit graisséux , blanchâtre, dont nous avons parié , et que l’on chercherait en vain à une .épçyque moins avancée de la grossesse. Les ongles, déjà assez consistans , n’arrivent pas jusqu’à l’extrémité des doigts. Les cheveux prennent une teinte blondine. L’ossification a fait des progrès. Le cerveau., moins diffluent que lorsque le foetus est plus jeune, est d’un. blanc jaunâtre, sans apparence de couleur grise; sa substance est parsemée dé vaisseaux sanguins qui lui donnent un aspect rougeâtre sur plusieurs points, lorsqu’on -la coupe par tranches. La longueur de rinteslin grêle est à la distance qui sépare la bouche de l’anus comme 7:1, ou comme 5^ a i. Le colon est déjà bosselé, surtout à sa portion transverse. On commence seulement alors à apercevoir les valvules conniventes, sous forme de faibles élévations, qui s’effacent dès qu’on distend le canal intesiinal. Le méconium occupe le 'cæcum et presque tout le gros intestin. Le foie est très-volumineux, peu consistant et d’un rouge assez foncé ; le lobe gauche est presque aussi gros que le droit. La vésicule biliaire contient une petite quantité d’un fluide séreux , presque incolore , et dont la saveur commence à peine à être

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