‹ Leçons de pathologie expérimentaleChapitre 32 sur 145 · FONCTIONS DES RACINES DE LA MOELLE · texte numérisé non relu

FONCTIONS DES RACINES DE LA MOELLE

s'adresser aux animaux supérieurs. On peut, sans doute, opérer sur des mammifères : mais dans le cas présent, nous ferons usage de batraciens, ce qui ne peut nuire en rien à la rigueur de la démonstration.

Yoici une grenouille, chez laquelle, d'un côté, on a coupé les racines sensitives qui correspondent à la patte postérieure, et^ de l'autre côté, les racines motrices : voyons quels sont les effets de ces lésions. Lorsque je pince la patte dont les mouvements sont conservés, l'animal reste immobile, ce qui prouve que la sensation n'a pas lieu : lorsqu'au contraire je pince celle qui est paralysée du mouvement, mais qui est demeurée sensible aux impressions extérieures, elle retire la patte opposée, les mouvements volontaires étant abolis dans le membre qui vient d'être excité. On peut répéter la même épreuve en trempant les deux pattes dans l'eau légèrement acidulée : l'animal retire alors la patte dont les nerfs moteurs n'ont pas été paralysés par la section des racines antérieures; l'autre patte reste immobile plongée dans le liquide. Cette expérience suffit pour vous prouver que la sensibilité est l'apanage des racines postérieures,. et le mouvement celui des racines antérieures. Nous ne croyons pas devoir insister davantage sur un fait aussi net et aussi clair.

Mais nous avons des expériences bien plus délicates à pratiquer sur la sensibilité récurrente; il faut, pour constater cette propriété, avoir recours à des animaux supérieurs mammifères, le chien, le chat, etc. : les batraciens ne se prêtent pas à ce genre d'investigation. Je vous ai déjà entretenus des précautions qu'il importe de

prendre pour mettre en lumière ce phénomène intéressant : il est indispensable de laisser reposer l'animal après l'ouverture du canal racliidien. L'influence exercée par cette opération sur la sensibilité des paires rachidiennes se démontre encore à merveille par les effets qu'on obtient sur d'autres nerfs plus artificiels, le facial par exemple. Ce nerf jouit d'une sensibilité récurrente très prononcée, qui siège dans le bout périphérique quand le nerf a été coupé : mais, après l'ouverture du canal vertébral, ce qui n'amène cependant aucune lésion directe des nerfs crâniens, le facial peut devenir insensible, et ne recouvrer ses propriétés normales que lorsque l'animal a eu le temps de se reposer. La perte de sensibilité momentanée des racines antérieures des nerfs rachidiens paraît donc n'être qu'un cas particulier d'un fait très général; en d'autres termes, la douleur amène toujours un épuisement nerveux qui se traduit par une insensibilité plus ou moins complète et qui disparaît après un certain 1 aps de temps.

L'animal que je vous présente ici a été opéré il y a près de deux heures : il a donc eu le temps de se reposer : d'ailleurs nous ne vous montrerons les résultats de l'expérience qu'à la fin de la leçon.

La sensibilité récurrente, comme nous vous l'avons montré dans la séance précédente, est encore enveloppée d'un profond mystère quant au mécanisme réel qui lui donne naissance, et vous avez vu que Thypothèse la plus rationnelle consiste à admettre l'existence des fibres sensitives qui, parvenues à différents points de leur parcours, se courberaient vers leur point d'origine en sui-

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