ACTIONS NERVEUSES SÉCRÉTOIRES
sang veineux; d'où l'on pouvait conclure que si, dans la veine rénale^ le sang est habituellement rouge, cela tient à ce que la sécrétion se fait d'une manière presque continue dans les reins, tandis que la fonction subit de nombreuses interruptions dans la glande sous-maxillaire, dont le sang veineux est en conséquence habituellement noir.
Ces inductions se trouvent confirmées par l'analyse des gaz que renferme le sang. On trouve que la couleur rutilante du sang veineux correspond à une surabondance d'oxygène, tandis qu'à Tétat ordinaire on n'y trouve qu'une faible proportion de ce gaz; l'acide carbonique suit une marche inverse. Il est donc évident que, pendant la sécrétion, le sang veineux prend les caractères du sang artériel, et que l'influence du système nerveux peut accélérer ou retarder la consommation d'oxygène qui s'opère à l'intérieur de nos tissus ou dans le sang. L'elîet inverse se produit pendant la période d'activité du système musculaire ; le sang veineux devient très noir, très peu oxygéné pendant la contraction; à l'état de repos, il se rapproche davantage du sang artériel.
On voit, par conséquent, que la grande division établie par Bichat entre le sang noir et le sang rouge, avant le passage de ce hquide dans les poumons et après l'accomplissement des fonctions respiratoires, n'est pas d'une exactitude absolue. Si le sang veineux général dans le cœur droit est habituellement noir chez les animaux, cela tient à la prédominance du système musculaire sur tous les autres ; car la contraction musculaire persiste à tous les moments de la vie, même pendant le sommeil, au
moins pour ce qui touche aux mouvements respiratoires : les individus en état de syncope font seuls exception à la règle, et Hunter avait observé qu une saignée pratiquée dans de pareilles conditions donne écoulement à du sang veineux rouge.
Or, je crois que tous ces phénomènes s'exphquent par l'antagonisme des deux ordres de nerfs vaso-moteurs, les uns constricteurs, les autres dilatateurs, dont je vous ai parlé dans les leçons précédentes. Voyons comment on peut expliquer le fait.
La respiration, disait-on autrefois^ s'accomplit par l'introduction d'oxygène dans les poumons. Mais le phénomène est bien plus complexe qu'on ne l'avait pensé. La respiration ne s'accomplit définitivement qu'au sein des tissus eux-mêmes : c'est là que s'opère la consommation d'oxygène ; tant que ce gaz demeure dans le sang, la respiration n'est pas achevée. Or les nerfs exercent une influence incontestable sur la respiration envisagée à ce point de vue : c'est ce que nous allons démontrer.
Si, dans une partie quelconque du corps, on divise le grand sympathique, on met en pleine liberté les nerfs qui lui sont" opposés ; on voit alors le sang passer rouge et rutilant dans les veines. Tiré de la veine jugulaire, ce Hquide est presque semblable, pour la couleur, à celui qui circule dans l'artère carotide. Or, nous avons vu que l'activité dans les glandes, et dans les muscles le repos, favorisent cet état particulier; et il existe une condition générale qui relie entre eux tous ces phénomènes, malgré leur discordance apparente; nous voulons parler de la