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DE LA CAUSE DES PHÉNOMÈNES

mènes qui en résultent. Eh bien, chez les êtres vivants, il faut chercher, de même, la cause des phéuomènes, non en remontant à la cause créatrice ou première de la vie, mais simplement en étudiant les propriétés de la matière vivante. Évidemment les corps vivants sont des corps formés sous l'influence d'une force qui leur est spéciale; mais néanmoins tous les phénomènes qu'ils manifestent dérivent des propriétés de la matière qui les constitue, et notre recherche n'a pas besoin d'aller au delà.

L'observation et l'expérimentation sont beaucoup plus difficiles chez les êtres vivants que chez les corps bruts, parce que la matière vivante est très-délicate , et qu'elle agit dans des conditions tout à fait particulières que les corps bruts ne présentent point.

Dans l'étude des propriétés de toute matière, il y a deux choses à considérer : 1° la matière avec sa propriété innée et immuable dans des conditions données ; 2° le milieu , c'est-à-dire les conditions extérieures à la matière qui agissent comme circonstance déterminante immédiate de ses manifestations, et qui sont en corrélation directe avec les formes diverses de ces manifestations.

L'objet spécial de la science expérimentale est de déterminer exactement les conditions des manifestations phénoménales de la matière , parce que c'est seulement en agissant sur ces conditions que nous pouvons nous rendre maîtres des phénomènes qui leur correspondent. Quand nous connaissons exactement les conditions d'existence d'un phénomène qui est à notre portée, nous pouvons, soit en empêchant ces conditions de se réaliser, soit en favorisant au contraire leur réunion, tantôt

empêcher la manifeslaliuii du pliciiomène et tantôt la provoquer. C'est en ce sens que la science expérimentale, ainsi que je me plais à le répéter, se rend maîtresse des phénomènes de la nature. Elle n'en crée pas les lois, mais elle agit sur leurs conditions d'existence ou de manifestation.

Cette possibilité d'agir sur les phénomènes en modifiant les conditions dans lesquelles la matière manifeste ses propriétés, est un fait acquis depuis bien longtemps à l'égard des corps bruts : les brillantes applications de la physique et de la chimie en font foi; mais la question est de savoir si l'on peut obtenir les mêmes résultats pour les corps vivants. •

D'abord , pouvons-nous modifier les phénomènes de la vie ? et ensuite pouvons-nous arriver à la connaissance exacte des propriétés de la matière vivante et agir expérimentalement sur ces propriétés? Il est certain que nous pouvons agir sur les phénomènes de la vie; il n'est pas nécessaire d'en donner des preuves nouvelles : les faits de tous les jours le montrent suffisamment. Quand, par exemple, on empoisonne un animal, quand on administre un médicament à un homme , on détruit ou l'on modifie les phénomènes de la vie; seulement jusqu'alors nous avons agi empiriquement. Lorsque la physiologie sera plus avancée et que nous aurons étudié les propriétés de la matière vivante, nous aurons la connaissance scientifique de ces diverses actions , nous pourrons les manier et les diriger à notre gré.

Mais quelles sont les conditions d'activité de la matière vivante? Sont-elles différentes de celles qui président à

COMMENT AGIR SUR LA VIE? ft91

l'activité de la matière brute ou leur sont-elles semblables ? On croyait autrefois que les conditions physico-cbimiques présidant aux manifestations des propriétés de la matière brute étaient contraires aux manifestations des propriétés delà matière vivante : les animistes et les vitalistes avaient établi une opposition complète, un véritable antagonisme entre la force vitale et les forces physico -chimiques ; mais on sait aujourd'hui que c'est là une opinion absolument erronée, et que les manifestations vitales ne peuvent se produire sans le concours des influences physicociiimiques. Il y a plus : ces influences physico-chimiques nécessaires au fonctionnement des propriétés de la matière vivante sont les mêmes que celles qui président à la manifestation des propriétés de la matière brute. Ces conditions sont, d'un côté comme de l'autre, l'oxygène, la chaleur, la lumière, l'électricilé, etc. Lavoisier, dans ses belles recherches sur la respiration, et ensuite dans son travail sur la chaleur animale, exécuté avec Laplace, a vu que le même gaz, l'oxygène, d'un côté entretient la vie et la respiration chez les animaux, et de l'autre produit la calcination des métaux. Comparant la calcination du fer ou du mercure avec la respiration des animaux, il montre que la présence de l'oxygène provoque également ces deux ordres de piiénomènes, et que la soustraction de l'oxygène les fait cesser l'un et l'autre.

Lorsque nous voudrons modifier un phénomène de la vie, nous devrons donc nous y prendre de même que s'il s'agissait d'un phénomène des corps bruts; il faudra toujours modifier d'une manière physico-chimique le milieu dans lequel la matière manifeste ses

propriétés, que cette malière soit brute ou vivante. Mais il y a une différence qu'il faut signaler ici : c'est que les conditions d'existence des phénomènes sont beaucoup plus complexes, et par conséquent beaucoup plus difficiles à atteindre dans les corps vivants que dans les corps bruts.

Chez les végétaux et les animaux à sang froid, les phénomènes chimiques qui provoquent et entretiennent les manifestations vitales subissent , comme dans les corps bruis , des modifications dues à l'influence du chaud et du froid; mais chez d'autres êtres vivants, comme chez l'homme et les animaux à sang chaud , il semble exister une complète indépendance entre les manifestations de la vie et les conditions cosmiques extérieures. L'homme et les animaux à sang chaud auraient donc l'apparence de posséder une sorte de force vitale intérieure qui lutterait contre les conditions physicochimiques extérieures et se soustrairait à l'influence de toutes leurs variations. 11 n'y a là cependant que des phénomènes avec mécanismes plus complexes; les hommes et les animaux à sang chaud n'ont pas des propriétés vitales d'une autre nature que celles des animaux à sang froid. La différence tient seulement, ainsi que nous allons le voir, à ce que les éléments organiques de ces deux catégories d'animaux n'agissent réellement pas dans les mêmes conditions.

Pour arriver à connaître les phénomènes des organismes vivants, ce n'est pas l'animal tout entier que nous devons prendre pour objet direct de nos études; il faut le considérer dans les propriétés des éléments qui le

ANALYSE EXPÉRIMENTALE DIÎS iniÉNOMENES. k^^

constituent. Soiis ce rapport, la physiologie ressemble encore aux autres sciences expérimentales. De même que la physique et la chimie arrivent, par l'analyse expérimentale, à trouver les éléments minéraux des corps composés, de même , lorsqu'on veut connaître les phénomènes de la vie, qui sont complexes, il faut descendre dans l'organisme, analyser les organes, les tissus, et arriver jusqu'aux éléments organiques. C'est dans les éléments organiques que se trouve l'explication des phénomènes de la vie, comme c'est dans les éléments minéraux que se trouve l'explication des phénomènes des corps inorganiques. Ainsi, lorsqu'un animal respire, c'est une partie de son corps, nn élément seul qui respire, le globule du sang; lorsqu'un animal se meut, ce n'est qu'un ou deux éléments qui agissent, la fibre nerveuse et l'élément musculaire; lorsqu'un animal sécrète une humeur, ce n'est encore qu'un seul élément qui fonctionne, la cellule glandulaire. Par conséquent, pour comprendre les phénomènes physiologiques du corps vivant, il faut connaître l'action de chacun de ces éléments et savoir dans quelles conditions ils manifestent leurs propriétés.

Mais, si l'application de l'expérimentation analytique dans les corps bruts et chez les êtres vivants est soumise aux mêmes préceptes généraux, elle présente des difficultés fort inégales. Quand on veut répéter une expérience ou provoquer l'apparilion d'un phénomène, il faut toujours se placer dans les mêmes conditions, car les manifestations des phénomènes varient avec les changements- survenus dans les conditions où ils se produisent.

/l9â PATHOLOGIE EXPÉRIMENTALE.

Or, pour se placer dans des conditions déterminées, il faut prendre des instruments qui puissent nous renseigner à ce sujet : tels sont les instruments destinés à indiquer la température, le degré d'humidité, la pression de l'air, etc., etc., dont se servent les physiciens et les chimistes pour se mettre dans des circonstances identiques faciles à reproduire.

Mais quand on veut déterminer les conditions qui président à la manifestation des phénomènes vitaux chez . les êtres vivants, il ne suffit plus de prendre un baromètre, un thermomètre et tous les instruments propres à déceler les variations dans le milieu cosmique ambiant ; il faut pénétrer jusqu'à l'élément, arriver dans l'intérieur même de l'organisme, où se rencontrent des conditions spéciales à l'être vivant et qu'on pourrait appeler des conditions physiologiques. L'observation simple n'aurait donc jamais pu nous permettre de pénétrer dans l'organisme des êtres vivants ; il fallait absolument pour cela recourir à l'expérimentation, et à une expérimentation très-délicate, qui nous permet d'étudier directement la matière vivante pour en déduire les phénomènes de la vie.

Or, ces éléments, avons-nous dit, ne manifestent leurs propriétés qu'autant qu'ils sont influencés par des conditions physico-chimiques déterminées. Seulement ce sont d^ conditions physico-chimiques qui résident dans l'intérieur de l'animal. C'est pourquoi j'ai été amené à dire qu'il faut considérer, dans les animaux, deux milieux : le milieu intérieur^ dans lequel se produisent les phénomènes intimes des éléments organiques, et le milieu

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