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AUTONOMIE DE LA. PHYSIOLOGIE

Autrefois l'anatomie et la physiologie étaient généralement réunies entre les mains du môme professeur. En Allemagne, ce cumul regrettable a disparu partout. Il y avait encore l'année dernière deux cours embrassant à la fois l'anatomie et la physiologie, mais ils ont été récemment divisés, et il n'y en a plus aujourd'hui. En France, dans beaucoup de chaires encore, la physiologie est enchaînée à l'anatomie; mais on s'occupe aussi de changer cet état de choses (1) extrêmement funeste pour la physiologie, car, dans cette union forcée de deux sciences, c'est toujours elle qui est la plus sacrifiée. Le professeur chargé à la fois de l'anatomie et de la physiologie enseigne surtout l'anatomie, et dans presque tous les cas il fait seulement suivre ses descriptions anatomiques de quelques considérations physiologiques sur les organes dont il vient d'exposer la structure.

Comme complément et conséquence d'un enseignement distinct, la physiologie doit aussi avoir des laboratoires spéciaux qui lui appartiennent à elle seule, et où elle puisse se développer largement et librement. Cette seconde nécessité n'a pas été moins bien comprise en Allemagne, en Hollande, en Russie, que la première; on y a établi partout, à côté des chaires de physiologie, des laboratoires tous convenablement installés et pourvus des moyens d'étude nécessaires, quoique de richesse et de dimensions inégales. 11 serait peut-être utile de les décrire au moment où la France semble vouloir entrer

(1] Dans son récent rapport sur renseignement supérieur, le ministre de rinstruction publique constate la nécessité d'érigei' dans les écoles de médecine de province des chaires distinctes pour la physiologie.

d'une manière décisive dans la môme voie; mais cela nous entraînerait trop loin. Nous signalerons seulement les deux grands laboratoires que l'on construit en ce moment à Amsterdam pour M. W. Kiihne, et à Leipsick pour M. Ludwig. Étant les plus récents, ils sont naturellement au nombre des plus perfectionnés, puisqu'ils peuvent j)rofiter de l'expérience des laboratoires antérieurs. Le laboratoire dç M. W. Kûhne sera terminé à la fin de l'été; celui de M. Ludwig est achevé et va commencer à fonctionner.

Ce dernier laboratoire, par son étendue, son aménagement, la disposition des divers services, le nombre et la perfection des instruments, est un véritable institut physiologique modèle. Il se compose de trois corps de bâtiments disposés l'un sur l'autre à angles droits, de manière à former trois des côtés d'un carré dont le quatrième côté reste vide, et laisse place à une vaste cour.

Dans les caves se trouve une grande machine à vapeur qui servira à une foule d'usages variés, distribuera de la force dans les différentes salles d'expériences, permettra de pratiquer commodément la ventilation des salles de vivisection et des lieux où sont renfermés les animaux, etc. On y a placé aussi les ateliers d'un mécanicien et de deux autres ouvriers spécialement attachés à l'institut physiologique pour construire ou réparer tous les instruments nécessaires, et travailler sur les indications et sous la direction des physiologistes, afin de réaliser les appareils nouveaux qu'ils imagineraient. Des salles destinées aux vivisections ou aux autopsies qui répandent des odeurs

LABORATOlUES DE PHYSIOLOGIE. 5/il

désagréables, enfin des chenils et des étables pour les animaux destinés aux expériences , chiens, lapins, etc., se trouvent également au rez-de-chaussée. Les lapins seront élevés dans l'institut même.

Dans la cour, on a construit des écuries pour les chevaux et des salles de vivisection spécialement destinées aux grands animaux, sur lesquels on ne peut évidemment pas opérer dans les mêmes conditions que sur les animaux de petite taille. On trouve également dans là cour un aquarium pour les poissons, un autre pour les grenouilles, etc.

Au premier étage, les salles du bâtiment central sont réservées à ce qu'on pourrait appeler la physiologie opératoire proprement dite. Il y a d'abord une grande salle pour les vivisections, une salle particulière pour les recherches personnelles du professeur Ludwig, puis un certain nombre de salles pour des expériences d'une nature spéciale, telles que les recherches d'électro-physiologie, les expériences d'optique, etc. Chacune de ces dernières salles est pourvue de tous les instruments utiles au genre spécial de recherches auquel elle est destinée, de (elle sorte que l'opérateur les trouve toujours réunis sous sa main , prêts à fonctionner, et dans toutes les conditions convenables pour leur jeu régulier.

Des deux bâtiments latéraux, — toujours au premier étage, — l'un est consacré aux recherches microscopiques, l'autre aux travaux chimiques. Chacun de ces ordres d'études est placé sous la direction spéciale d'un des deux professeurs assistants, adjoints à M. Ludwig. Dans le bâtiment des travaux chimiques comme dans

celui des recherches microscopiques, il y a aussi des salles particulières pour les professeurs et pour certaines expériences spéciales, comme les analyses de gaz par exemple.

Le second étage contient les appartements privés de M. Ludwig, les logements des mécaniciens et des personnes de service attachées à l'institut physiologique, etc.

Au miHeu de la cour s'élève un grand amphithéâtre, éclairé par le haut, et où se feront les cours de M. Ludwig et de ses deux assistants. Cet amphithéâtre communique directement par des couloirs avec chacun des trois corps de bâtiments que nous venons de décrire; les instruments, les préparations microscopiques, les sujets expérimentés, y arrivent par de petits chemins de fer, et peuvent passer successivement sous les yeux de chacun des auditeurs.

Tel est ce grand laboratoire qui réalise toutes lès conditions actuellement nécessaires aux progrès de la physiologie.

Voilà donc la physiologie complètement émancipée sous tous les rapports : au point de vue intellectuel, elle a fait reconnaître son point de vue spécial, indépendant de celui des autres sciences, et qu'elle peut développer librement; au point de vue matériel, elle a conquis un domicile propre et les moyens d'action nécessaires.

Comment procédera-t-elle pour expliquer les phénomènes qu'elle étudie? Elle constate d'abord les phénomènes de la vie par l'observation simple, et par la vivisection, qui pénètre dans l'intérieui- de l'organisme. Ensuite elle doit exphquer ces phénomènes, et elle utilisera

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