DES POISONS
SOMMAIRE : Importance de la méthode expérimentale en physiologie et en pathologie. — Les phénomènes que présentent les êtres vivants, ù l'état de santé comme à l'état de maladie, résultent des propriétés de la matière vivante. — Considérations générales sur la nature de la maladie. — Insuffisance des principales définitions adoptées jusqu'ici. — Maladies essentielles. — Comment on peut en admettre l'existence sans blesser les principes de la science. — Applications de ces vues à la pathologie expérimentale. — Les expériences à poursuivre consistent à développer artificiellement diverses maladies chez les animaux dans des conditions bien déterminées à l'avance. — Sous ce rapport, les poisons sont les plus commodes de tous les moyens d'expérimentation. — Leurs effets ressemblent à ceux de la maladie sous tous les rapports. — Leur action sur les éléments histologiques. — Symptômes constants qui succèdent à leur introduction dans l'économie. — Divers degrés de la rapidité avec laquelle leurs effets se manifestent. — Absence souvent complète de lésions visibles. — Possibilité d'une guérison radicale. — Période d'incubation qui précède l'explosion des symptômes caractéristiques. — Les phénomènes de la vie sont donc indissolublement reliés les uns aux autres et doivent être étudiés par les mêmes procédés dans tous les cas. — L'action des poisons offre d'immenses avantages à l'observateur physiologiste. — Des distinctions établies entre l'étude expérimentale et l'observation clinique. — Énumération des principales substances dont on se propose d'étudier l'action dans le» leçons qui vont suivre.
Messieurs,
La méthode expérimentale à laquelle toutes les sciences sont redevables de leurs progrès actuels a rendu les plus éminents services à la physiologie. C'est elle qui nous
apprend à ne considérer chez les animaux que les propriéte's de la matière vivante, au lieu de les rapporter à l'aclion mystérieuse d'une force située en dehors de l'organisme, régissant tous ses actes et prenant le nom, dans le langage des anciens, &'âme physiologique ou de force vitale.
La même révolution doit nécessairement s'accomplir en pathologie, et les tendances actuelles de la science nous y mènent avec rapidité. Toutefois, un grand nombre de nos contemporains, pénétrés des idées de l'école ancienne, accusent de matérialisme tous ceux qui s'éloignent à cet égard des vues traditionnelles qu'ils ont adoptées. Ce reproche qui ne repose sur aucun fondement ne doit pas nous arrêteï dans le cours de nos investigations ; il n'y a qu'une seule méthode expérimentale pour toutes les sciences. Pourquoi donc chercherions- nous à établir en pathologie une distinction non moins erronée en théorie que nuisible en pratique? Aucun médecin vraiment philosophe ne saurait nous contredire à cet égard.
Qu'est-ce que la maladie ? Voilà sans doute l'une des premières questions qui apparaissent à l'esprit du médecin. Mais aucune des définitions qui ont été formulées jusqu'ici ne contient une réponse satisfaisante. Au fond, la plupart de ces définitions formulées à priori ne présentent aucune valeur dans l'état actuel de nos connaissances. La méthode synthétique est sans doute le but final de toutes les sciences; mais il faut d'abord arriver à la méthode analytique, qui permet plus tard de reconstruire les théories générales en les appuyant sur des bases solides. La physiologie a jusqu'à un certain point