‹ Leçons de pathologie expérimentale [electronic resource]Chapitre 55 sur 143 · INTOXICATION DES NERFS · texte numérisé non relu

INTOXICATION DES NERFS

celui qui suffisait pour l'exciter avant l'empoisonnement. Enfin, au bout de vingt-trois minules, tout est fini ; le nerf sain lui-même est complètement mort.

L'empoisonnement n'aurait pas été si lent si la dose de curare eût été plus forte ; la mort aurait eu lieu en cinq ou six minutes, mais nous avions ici pour but de ralentir la marche des phénomènes afin de mieux les étudier.

r^EUVlÈME LEÇON

DÉS DIFFÉRENCES QUE PRÉSENTENT LES NERFS SENSITIFS ET LES NERFS MOTEURS, APRÈS UNE SECTION COMPLÈTE.

SOMMAIRE : L'action des médicaments et des poisons sur le système nerveux semble, au premier abord, en augmenter les propriétés. — Application de ces données à la pathologie. — Effets de l'opium. — Les lésions du système nerveux modifient les effets des excitants extérieurs. — A l'état normal, le galvanisme agit plus énergiquement sur les nerfs moteurs que sur les fibres sensitives. — Le contraire a lieu après la section de la moelle épinière. — Effets généraux des lésions qui portent sur l'appareil sensoriel. — Production artificielle d'accès épileptiformes. — Expériences de M. Brown- Séquard. — Parallèle entre les effets de la strychnine et ceux du curare. — Troubles exclusivement produits par le système nerveux. — Convulsions, troubles de sécrétion, etc. — Différence essentielle entre les deux grandes divisions du système nerveux.

Messieurs,

Nous avons étudié précédemment l'action des agents excitants, toxiques ou médicamenteux sur les nerts, à l'état sain comme à l'état pathologique, et nous avons vu que l'exaltation de leurs propriétés spéciales est le premier effet qui se manifeste. Le curare lui-même, dont l'action tend à paralyser complètement le nerf moteur, commence par exalter ses propriétés ; de telle sorte que si l'on pouvait suspendre l'action du poison, et maintenir le nerf dans l'état où il se trouve au début de l'expérience, on obtiendrait des effets diamétralement opposés à ceux qui doivent se produire définitivement. C'est là une particularité qui

ACTIONS MÉDlCAMENTliUSËS. ^25

par;iîl commune aux actions d'un grand nombre de substances. Pourrait-on expliquer ainsi comment l'opium pris à faible dose, est un excitant très-énergique, tandis qu'à forte dose il est stupéfiant; et pourrait-on étendre ces considérations aux médicaments dont les effets, à doses fractionnées, diffèrent de ceux qu'ils produisent à fortes doses?

Mais, on le comprend, ces effets seront susceptibles d'éprouver encore des variations considérables, suivant l'état où se trouvent les centres nerveux, et les troncs qui en émanent. A l'état normal, les nerfs sensitifs sont moins facilement impressionnés par l'action du courant électrique que ne le sont les nerfs moteurs : et il faut un courant plus énergique pour éveiller la douleur ou produire des mouvements réflexes que pour stimuler les contractions musculaires par la galvanisation d'un nerf mixte. Ainsi, l'action de l'électricité à l'état physiologique, se fait d'abord sentir sur les fibres motrices; mais après la section de la moelle épinière, l'hypérestésie qui résulte de cette opération permet aux fibres sensibles de reprendre le dessus et les rapports sont alors renversés. C'est ainsi que nous voyons la douleur et les mouvements réflexes se produire beaucoup plus rapidement, en pareil cas, que les convulsions par excitations des fibres motrices.

Nous vous avons souvent entretenus du mécanisme par lequel les affections locales deviennent générales : et nous vous avons montré que la circulation d'une part, le système nerveux de l'autre, sont les deux agents qui permettent à cette généralisation de se produire. On n'admet universellement que l'action de la première de ces deux

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causes : elle est d'ailleurs plus l'acile à comprendre et à démontrer. Quant à l'action de la seconde, elle est plus difficile à saisir, bien qu'il soit assez facile d'en donner expérimentalement la preuve. Lorsqu'un cheval se blesse, avons-nous dit, en marchant sur une pierre aiguë, si vous coupez le nerf sensitif qui se rend au point blessé, vous ne verrez se produire aucun des phénomènes généraux qui résultent ordinairement de cette plaie; il n'y aura ni douleur, ni fièvre, ni symptômes de réaction. Mais, si au heu découper un nerf à l'animal, vous lui faisiez une section unilatérale de la moelle épinière, un effet tout opposé serait produit; la fièvre, la doulein% les phénomènes inflammatoires, loin de disparaître, comme dans le premier cas, viendraient sans doute acquérir une intensité plus grande.

Il en est de môme par rapport à une maladie qui a longtemps attiré l'attention des observateurs, bien que l'on n'ait point réaHsé jusqu'à présent de grands progrès relativement au traitement qu'il convient de lui opposer : je veux parler du tétanos, affection convulsive qui résulte évidemment d'une lésion du système nerveux. Il devient beaucoup plus facile de produire les symptômes qui la caractérisent, quand les animaux ont subi la seclion unilatérale de la moelle épinière. Vous voyez donc, messieurs, qu'en produisant une hypéresthésie artificielle sur un point donné, et en excitant ensuite le membre correspondant, on peut donner naissance au tétanos, à la fièvre, et même à des attaques d'épilepsie. C'est à des phénomènes de ce genre que se ratlachent ces accès d'épilepsie produits, par M. Brown-Séquard, chez des

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