CÉRÉBRO-SPINAL
SOMMAIRE : La différence entre les nerfs de la vie organique et ceux de la vie aminale est plus apparente que réelle. — Le mot « grand sympathique » doit être rayé du vocabulaire scientifique. — La disposition anatomique du système des nerfs organiques explique l'opinion des anciens anatoniistes à cet égard. — Les ganglions ont été considérés comme des centres nerveux distincts. — On sait aujourd'hui que le grand sympathique émane de la moelle épinière. — Il n'existe en réalité que deux grands systèmes nerveuXt l'un sensitif, l'autre moteur. — Les nerfs sensitifs du système organique ne transmettent que des impressions dont l'animal n'a point conscience. — Les nerfs moteurs du système organique n'agissent que sur la contractilité vasculaire. — Les nerfs moteurs cérébro-spinaux agissent sur les autres tissus. — Inconvénients du galvanisme dans les expériences sur le système nerveux. — On doit soigneusement isoler les nerfs, cérébro-spinaux des filets sympathiques dans toutes les expériences destinées à éclairer les fonctions. — Les conditions nécessaires au succès de ces expériences ne se rencontrent qu'à la face. — Il est aujourd'hui démontré qu'il existe deux ordres de nerfs, qui sont de même nature, mais qui sont destinés à des rôles différents. — Les uns président à la nutrition des tissus ; les autres, h leur activité fonctionnelle.
Messieurs,
Les fonctions du nerf grand sympathique et du système nerveux cérébro-spinal ont été pendant longtemps considérées comme essentiellement différentes : le premier régissant la vie intérieure de nos organes; le second présidant au contraire à la vie extérieure, on, si l'on veut, à la vie animnie, Mais, comme vous avez pu vous en con-
NERFS SYMPATHIQUES ET CÉRÉBRO-SPINAUX. '"iQ?
vaincre, cette différence est plutôt apparente que réelle. Il est certaines expressions qu'il faut définitivement rayer du vocabulaire scientifique; et les mots : nerfs du grand sympathique, nerfs cérébro-spinaux, sont de ce nombre. Lesanatomistes ont été les premiers à établir une distinction entre ces deux systèmes : frappés de la différence qu'ils pre'sentent sous le rapport de leur disposition générale, ils les ont regardés comme essentiellement opposés au point de vue de leurs propriétés physiologiques ; et Bichat lui-même considérait le grand sympathique comme un appareil entièrement indépendant des nerfs cérébrorachidiens : chaque ganglion lui paraissait représenter, à l'égard de ce système, un petit centre nerveux indépendant.
Nous sommes aujourd'hui fort éloignés de ces idées ; et l'on sait, de manière à ne plus en douter, que, si chaque ganglion jouit en effet d'une action spéciale, il ne faut pas cependant attribuer à ces petits renflements nerveux une action indépendante. Il est anatomiquement démontré que le grand sympathique prend naissance au sein de la moelle épinière, et la physiologie a pleinement confirmé cette donnée en démontrant l'influence exercée sur la portion céphalique du grand sympathique par la section des racines antérieures sur un point déterminé de l'axe médullaire. La science est définitivement entrée dans cette voie; et l'on parviendra sans doute un jour à démontrer que toutes les ramifications du grand sympathique prennent naissance A la moelle épinière.
Mais ce n'est pas seulement au point de vue des origines
qu'on avait établi des différences anatomiques entre le grand sympathique et le système cérébro-rachidien ; on admettait aussi que leur mode d'action sur les éléments hislologiques soumis à leur influence n'était pas exactement le même. Je vous ai déjà dit qu'une action instantanée est en effet la conséquence des excitations portées sur le système nerveux volontaire, tandis que le grand sympathique se fait remarquer par la lenteur des effets qu'il produit : plusieurs minutes peuvent s'écouler entre le moment d'une excitation portée sur les branches de ce nerf et la contraction qui lui fait suite. Mais cette lenteur avec laquelle se manifestent les phénomènes est, selon moi, l'apanage, non pas du système nerveux de la vie organique, mais des éléments contractiles spéciaux auxquels il se distribue; à cet égard, ma pensée vous est déjà connue.
Il n'existe donc en réalité que des nerfs de mouvement et des nerfs de sentiment : peu importe que l'individu ait ou non conscience des phénomènes qui s'accomplissent chez lui ; peu importe que la volonté intervienne ou non dans les mouvements qui se produisent sur divers points de l'économie; les propriétés nerveuses sont au fond toujours les mêmes. Les nerfs sensitifs, destinés dans le système cérébro-rachidien à transmettre des impressions perçues par le sujet lui-même, sont dépourvus de cette propriété dans le système opposé. Cette différence n'a point une valeur absolue : car, dans certains éfats déterminés, on voit les organes splanclmiques acquérir une sensibilité qui égale et peut même dépasser celle des parties extérieures du corps; et, dans d'autres cas, l'enve-