‹ Leçons de pathologie expérimentale [electronic resource]Chapitre 78 sur 143 · DES EXCITANTS NERVEUX · texte numérisé non relu

DES EXCITANTS NERVEUX

Mais il faudrait peut-être se défier de Texcilant pnrticiiiier employé pour réveiller l'activité de la glande, c'est-à-dire du galvanisme; car M. du Bois-Reymond a prouvé qu'en électrisant les nerfs, on produit un état électro-tonique qui est trop faible pour influer en rien sur la contraction musculaire, mais qui peut agir sur les autres nerfs voisins en leur communiquant une partie du fluide électrique dont les premiers sont chargés. Supposons, en effet, qu'on fasse passer un courant à travers un nerf voisin d'un autre nerf divisé, et par conséquent très-excitable ; on verra une contraction se produire dans les muscles auxquels se rend ce dernier, bien qu'il n'ait reçu aucune impulsion directe, soit du centre nerveux dont il est séparé, soit de l'appareil galvanique avec lequel il n'est pas en communication; mais le voisinage d'un nerf fortement excité a développé un état électrique qui a suffi pour lui communiquer une impulsion.

Or nous pouvons fort bien employer, à la place du galvanisme, d'autres excitants, des excitants qui n'ont pas les mêmes inconvénients, parce qu'ils ne développent pas d'état électro-tonique : le sel marin est au nombre des substances dont on peut faire usage dans ce but; je vais vous en donner immédiatement la preuve.

Nous enlevons l'une des pattes postérieures à une grenouille vivante; nous mettons à nu le nerf sciatique et nous plongeons l'extrémité coupée dans le sel marin. Les muscles du membre entrent aussitôt en contraction et acquièrent une rigidité tétanique.

Vous voyez donc, messieurs, que le sel marin excite les contractions musculaires, et peut stimuler les nerfs

302 PATHOLOGIE EXPÉRIMKISTALE.

tout aussi bien que le galvanisme. Or, j'ai fait usage de ce procédé pour exciter la corde du tympan : en traitant par le sel marin ce filet nerveux, nous obtenons sur-le-cbamp une sécrétion abondante de la glande sous-maxillaire. Nous avons ensuite répété la même expérience sur le filet correspondant du grand sympathique ; après l'avoir mis en contact, pendant huit à dix minutes, avec le sel marin, nous n'avons pas obtenu le moindre effet sur les fonctions de la glande, bien que la contraction habituelle des vaisseaux, qui résulte de l'excitation du grand sympathique, se fût déjà produite à un degré assez élevé pour rendre le sang veineux complètement noir.

Les résultats de cette expérience devraient peut-être nous engager à modifier un peu les idées que nous avions adoptées jusqu'ici sur les fonctions des glandes ; il semblerait, en effet, qu'il n'existe qu'un seul nerf sécréteur, dérivé de l'axe cérébro-spinal, etquelegrand sympathique galvanisé n'agit, en pareil cas, que par un simple effet de la force électro-tonique. Je crois donc que, dans cette expérience, 011 deux sécrétions se produisent successivevement selon qu'on galvanise l'un ou l'autre des filets destinés à la glande ; je crois, dis-je, qu'il se produit un phénomène anormal, et que la sécrétion provoquée par l'action du sel marin sur les nerfs se rapproche davantage de l'étal physiologique. C'est encore ainsi que, lorsqu'on agit sur le nerf dilatateur des vaisseaux, on peut influer en même temps sur le nerf constricteur, pourvu que le courant employé soit très-énergique. Si, par exemple, vous portez un faible courant sur la corde du tympan, vous aurez une accélération de la circulalion,

ÉTAT ÉLECTRO-TONIQUE RÉCIPROQUE DES NERFS. âOâ

qui précédera même l'apparition de la sécrétion, et qui l'accompagne ensuite d'une manière étroite, c'est-à-dire que, sous l'influence d'un courant qui augmente modérément, l'intensité de la sécrétion et celle de la circulation s'accroissent parallèlement. Mais si le courant, au lieu d'être peu énergique, vient à acquérir une grande intensité, le parallélisme se détruit ; les vaisseaux se contractent, le cours du sang se ralentit, et cependant la sécrétion continue. Le grand sympathique, dans cette expérience, a donc été excité par l'état électro-tonique de la corde du tympan ; renversez les conditions de l'expérience, et galvanisez fortement le filet sympathique qui se rend à l'appareil sécréteur, vous exercerez alors une influence de même nature sur le filet moteur de la glande, et, après avoir d'abord arrêté la circulation et augmenté la vénosité du sang, vous parviendrez, avec un courant plus fort, à stimuler les éléments sécréteurs. Il devient donc indispensable de refaire à ce point de vue toutes les expériences relatives à l'influence du grand sympathique sur la sécrétion. Le galvanisme, qui a presque toujours été employé dans ce but, est un agent qui, à forte dose, peut être considéré comme infidèle, et dont les effets ne peuvent pas être regardés comme l'expression parfaite du fait physiologique.

Il y aurait donc, peut-être, quelques modifications à introduire dans les idées que nous avons émises au sujet des sécrétions, dans la première partie de ce cours. La question se trouve ainsi remise à l'étude.

Il en est absolument de même pour le système musculaire : quand vous galvanisez le nerf qui stimule les con-

oO!l l'ATHOLOGIIÎ KXPÉUIMKiSTALE.

tractions d'un muscle, vous agissez en même temps sur l'appareil vaso-moteur; il en résulte que les vaisseaux se contractent en même temps que les fibres musculaires, et que le sang devient noir. Il faudrait donc isoler les deux ordres de nerfs, pour agir séparément sur les uns et les autres; mais, pour ce qui touche aux muscles du tronc et des membres, cette distinction n'a pas encore été faite : les nerfs des deux ordres s'y trouvent, en effet, confondus en un seul cordon ; et ce n'est que sur les muscles de la tête, animés par les nerfs crâniens, qui ne présentent pas à leur origine la même fusion des cordons qui les composent, qu'il devient plus facile de réaliser cette expérience intéressante.

Prenons, par exemple, le masséter : la disposition anatomique des nerfs qui l'animent se prête assez bien à cette opération. En coupant les filets sympathiques qui se rendent à ce muscle, on constate un changement de couleur du sang veineux, qui devient rouge et rutilant ; mais en galvanisant le bout périphérique du nerf coupé, on voit reparaître la vénosité du sang, bien que les fibres musculaires soient demeurées parfaitement à l'état de repos.

Ainsi donc, messieurs, la modification chimique du sang, qui se rapporte évidemment à la nutrition des organes, coïncide, mais n'est pas liée d'une manière nécessaire, avec l'exercice de leurs fonctions. On sait, en effet, qu'un muscle séparé du corps et privé, par conséquent, de toute circulation, peut encore se contracter énergiquement quand on l'excite; il est évident que le phénomène, en pareil cas, est complètement indépendant de l'état de la circulation des vaisseaux.

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